FRANÇAIS — LE RÉCIT FANTASTIQUE

Fiche de révision — Classe de 4ème  |  Cycle 4

I. Définition du fantastique (bilan séance 1)

Le fantastique est un genre littéraire dans lequel un phénomène inexplicable et troublant irrompt dans un cadre réaliste et quotidien. Le lecteur — et souvent le personnage — hésite entre deux explications : une explication rationnelle (rêve, hallucination, folie) et une explication surnaturelle (fantôme, magie, monstre). Cette hésitation est l'essence même du fantastique.

Le fantastique ≠ le merveilleux

Dans le merveilleux (contes, fées), le surnaturel est accepté sans doute par les personnages. Il n'y a pas d'hésitation.
Ex : Cendrillon monte dans une citrouille-carrosse sans s'interroger.

Le fantastique ≠ la science-fiction

La science-fiction propose un cadre futuriste ou scientifique qui explique les phénomènes étranges. Il n'y a pas d'inexplicable.
Ex : Un voyage dans le temps expliqué par la physique.

📌 La définition de Tzvetan Todorov

Le théoricien Todorov (1970) définit le fantastique comme l'hésitation ressentie par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel. Si l'hésitation se résout, on bascule dans l'étrange (explication rationnelle) ou dans le merveilleux (surnaturel accepté).

Auteurs majeurs : Maupassant Poe Mérimée Gautier Buzzati Hoffmann

II. Vocabulaire du récit fantastique

L'inquiétante étrangeté
Sentiment de malaise face à quelque chose de familier qui devient troublant.
Le surnaturel
Ce qui échappe aux lois de la nature et de la raison.
L'angoisse / la terreur
Sentiments ressentis par le personnage et transmis au lecteur.
L'hésitation
Doute du personnage (et du lecteur) entre réel et surnaturel.
Le narrateur interne
Narrateur qui est aussi un personnage (vision subjective, doute accru).
La focalisation interne
Le lecteur ne sait que ce que sait le personnage — contribue à l'incertitude.
Le cadre réaliste
Décor ordinaire qui rend l'irruption de l'étrange plus efficace.
L'irruption de l'étrange
Moment précis où l'élément inexplicable fait son apparition dans le récit.
Le suspense
Tension narrative qui maintient le lecteur dans l'attente et l'inquiétude.
L'ambiguïté
Caractère de ce qui peut être interprété de deux façons opposées.
Le champ lexical de la peur
Ensemble des mots exprimant l'effroi : terreur, frisson, pâleur, frayeur…
La nouvelle fantastique
Forme courte privilégiée par le genre — unité de lieu, de temps, d'effet.

Procédés d'écriture caractéristiques

Procédé Effet produit Exemple type
Modalisateurs du doute
(sembler, paraître, comme si…)
Entretient l'hésitation « Il me semblait que… »
Questions rhétoriques du narrateur Implique le lecteur dans le doute « Était-ce un rêve ? »
Description de l'obscurité, du froid, du silence Crée une atmosphère angoissante Décors nocturnes, maison isolée
Gradation des événements étranges Intensifie le suspense De l'inquiétude à la terreur
Fin ouverte / ambiguë Maintient l'hésitation jusqu'au bout Pas de résolution claire

III. Les temps du récit

Dans un récit au passé, trois temps principaux s'articulent : le passé simple (actions), l'imparfait (descriptions / arrière-plan / répétition), et le plus-que-parfait (antériorité). Le fantastique exploite ces temps pour créer des contrastes entre la routine et l'irruption de l'étrange.
Temps Formation Emploi dans le récit Exemple
Passé simple radical + ai/is/us
(il parla / il vit / il courut)
Actions ponctuelles, qui font avancer le récit.
Rupture, événement clé, irruption de l'étrange.
« La porte s'ouvrit brusquement. »
Imparfait radical + ais/ait/ions/iez/aient
(il parlait / il voyait)
Descriptions, décors, états, habitudes, arrière-plan.
Durée, atmosphère, cadre réaliste.
« Il faisait nuit, le vent soufflait. »
Plus-que-parfait avoir/être à l'imparfait + participe passé
(il avait vu / il était venu)
Action antérieure à une autre action passée.
Rappel d'un événement encore plus ancien.
« Il se souvint de ce qu'il avait entendu la veille. »
Présent de narration Présent de l'indicatif Rendre une scène plus vivante, plus immédiate.
Créer un effet de suspense intense.
« Soudain, la main saisit son épaule. »

Passé simple vs Imparfait — le schéma

Imaginer deux plans :

La lune brillait [Imp.] sur la plaine silencieuse quand, soudain, une ombre surgit [PS] de l'obscurité.

Erreurs à éviter

Confondre passé simple et passé composé dans un récit littéraire. Le récit fantastique utilise le passé simple, jamais le passé composé (qui appartient à l'oral et aux registres courants).
Utiliser l'imparfait pour des actions qui font avancer l'histoire : « il marchait jusqu'à la porte » ❌ → « il marcha jusqu'à la porte » ✓
✏ À retenir — Les 3 caractéristiques du récit fantastique
1. Un cadre réaliste
Le récit se déroule dans un monde ordinaire, crédible, pour que l'intrusion de l'étrange soit d'autant plus efficace.
2. Un phénomène inexplicable
Un événement surnaturel irrompt, que ni le personnage ni le lecteur ne peut expliquer complètement.
3. L'hésitation
Ni le personnage ni le lecteur ne tranche entre explication rationnelle et surnaturelle — c'est l'essence du genre.