Dénoncer les travers de la société : la satire

Français — 3ème — Fiche de révision
OBJECTIFS / ATTENDUS DE FIN DE SÉQUENCE

I. Le fil de la séquence

Problématique : Comment la satire permet-elle de dénoncer les travers de la société et de faire réfléchir le lecteur ?

Textes et œuvres étudiés

Séance Texte / œuvre Genre Cible de la satire
1La Bruyère, Les Caractères (1688) — « Giton et Phédon »Portrait moralL'inégalité fondée sur la richesse
2Molière, Le Misanthrope (1666) — sc. de la médisanceThéâtre / comédieL'hypocrisie de la cour, la médisance mondaine
3La Fontaine, « Les Animaux malades de la peste » (1678)FableL'injustice du pouvoir : « selon que vous serez puissant ou misérable… »
4Montesquieu, Lettres persanes, Lettres 24 et 30 (1721)Roman épistolaireLe roi, le pape, les mœurs des Parisiens (regard étranger)
5Voltaire, Candide, ch. 19 « Le Nègre de Surinam » (1759)Conte philosophiqueL'esclavage et l'optimisme aveugle
6Daumier, Plantu, Cabu — caricatures et dessins de presseDessin de presseLes puissants, les abus politiques contemporains

II. Leçon de synthèse sur la satire

1. Définition

Satire (n. f., du latin satura = « mélange, pot-pourri ») : œuvre ou passage qui critique de manière moqueuse une personne, un comportement ou un fait de société, dans le but de le dénoncer pour le corriger.

2. Visée et fonctions

La satire repose sur la formule latine « Castigat ridendo mores » (« Elle corrige les mœurs en riant »). Elle a une double fonction :

Elle peut être morale (vices humains), sociale (mœurs d'un groupe), politique (pouvoir, institutions) ou religieuse.

3. Caractéristiques

4. Histoire du genre

PériodeAuteurs et œuvres clés
AntiquitéJuvénal, Horace (satires latines)
Moyen ÂgeLe Roman de Renart (satire des seigneurs et du clergé)
XVIIe siècleLa Bruyère, Molière, La Fontaine, Boileau
XVIIIe siècle (Lumières)Montesquieu, Voltaire, Diderot, Beaumarchais
XIXe siècleHugo (Les Châtiments), Daumier, Jarry (Ubu roi)
XXe–XXIeLe Canard enchaîné, Charlie Hebdo, Plantu, Cabu, Les Guignols

5. Genres et supports de la satire

La fable, le conte philosophique, la comédie, le roman épistolaire, le pamphlet, la caricature et le dessin de presse, la chanson, la parodie.

III. Notions de langue (1) — L'expression de la satire

Pour dénoncer sans attaquer frontalement (et parfois pour échapper à la censure), l'auteur satirique utilise des procédés stylistiques qui créent un décalage entre ce qui est dit et ce qui est pensé.

ProcédéDéfinitionExemple
IronieDire le contraire de ce qu'on pense en faisant comprendre sa vraie pensée« C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe » (Voltaire, à propos de l'esclavage)
AntiphraseForme d'ironie : utiliser un mot pour signifier son contraireDevant un désastre : « Voilà du beau travail ! »
HyperboleExagération volontaire pour grossir un trait« Il est mort de fatigue », « mille fois plus riche »
LitoteDire moins pour faire entendre plus« Ce n'est pas mauvais » (= c'est très bon)
CaricatureDéformation grossissante d'un trait pour rendre ridiculeHugo représentant Napoléon III en singe ; Daumier dessinant Louis-Philippe en poire
ParodieImitation moqueuse d'un texte ou d'un genre sérieuxJarry parodiant la tragédie shakespearienne dans Ubu roi
Comique de situationDécalage absurde entre la situation et le contexteUn esclave mutilé prononçant un discours raisonné sur l'économie européenne
Comique de motsJeux de mots, calembours, néologismes« Pince-Porc », « Chambre-à-Sous » (Jarry)
Lexique péjoratifVocabulaire dévalorisant qui dévoile le jugement« atroce », « féroce », « brigand », « extravagance »
Naïveté feinteFaire semblant de ne pas comprendre pour mieux dénoncerLe regard étranger des Persans dans Les Lettres persanes

Marques linguistiques fréquentes

IV. Notions de langue (2) — Les paroles rapportées

Il existe quatre manières de rapporter dans un récit les paroles ou les pensées d'un personnage. Le choix du discours produit des effets différents.

1. Le discours direct (DD)

Les paroles sont rapportées telles qu'elles ont été prononcées.

Marques : guillemets « », tirets —, deux-points, verbe de parole introducteur (dire, demander, s'écrier, murmurer…), conservation de la 1re/2e personne, ponctuation expressive.

Ex. : Il s'écria : « Je partirai demain à l'aube ! »

Effet : crée un effet de réel, met en valeur la voix et la subjectivité du personnage.

2. Le discours indirect (DI)

Les paroles sont intégrées au récit dans une proposition subordonnée.

Marques : verbe de parole + subordonnée introduite par que, si, ou par un mot interrogatif (ce que, pourquoi, comment) ; pas de guillemets ni de marques d'oralité ; passage à la 3e personne ; concordance des temps.

Ex. : Il déclara qu'il partirait le lendemain à l'aube.

Effet : ne pas interrompre le récit, résumer, faire entendre la voix du narrateur.

Tableau de la concordance des temps (DD → DI)

Discours directDiscours indirect
PrésentImparfait
Passé composéPlus-que-parfait
Futur simpleConditionnel présent
Futur antérieurConditionnel passé
Impératifde + infinitif

Transformations des indicateurs spatio-temporels

aujourd'hui → ce jour-là  |  hier → la veille  |  demain → le lendemain  |  ici → là  |  maintenant → alors

3. Le discours indirect libre (DIL)

Forme intermédiaire : les paroles sont intégrées au récit (sans verbe introducteur ni subordonnée en que) mais conservent l'expressivité du discours direct.

Marques : 3e personne et concordance des temps (comme au DI), mais ponctuation expressive, exclamations, interrogations, lexique du personnage (comme au DD). Aucun verbe de parole introducteur.

Ex. : Il était décidé. Non, il ne resterait pas une nuit de plus dans cette maison ! Il partirait dès l'aube.

Effet : fondre la voix du personnage et celle du narrateur ; rendre la narration plus expressive sans rompre le récit. Très utilisé chez Flaubert (Madame Bovary).

4. Le discours narrativisé (DN)

Le narrateur indique qu'il y a parole sans rapporter le contenu.

Marques : verbe de parole + COD ou GN.

Ex. : Il annonça son départ. Elle raconta sa journée.

Effet : résumer rapidement, accélérer le récit.

Lien avec la satire

Le choix du discours rapporté peut être un procédé satirique : faire parler le personnage ridiculisé au discours direct le démasque par ses propres mots ; le discours indirect libre permet d'introduire de l'ironie en feignant d'épouser la voix du personnage critiqué.

À RETENIR

La satire = critique moqueuse pour dénoncer et corriger (Castigat ridendo mores).

Procédés clés : ironie, antiphrase, hyperbole, caricature, parodie, naïveté feinte, lexique péjoratif.

4 paroles rapportées : direct (DD), indirect (DI), indirect libre (DIL), narrativisé (DN). À l'écrit, vérifier guillemets / verbe introducteur / temps verbaux / personne.

Erreur fréquente : oublier la concordance des temps lors du passage DD → DI ; confondre DIL et DI à cause de l'absence de guillemets.