Histoire-Géographie / EMC · 1re

Permanences et mutations de la société française (1870-1914)

Salut ! Si tu n’as jamais mis les pieds sur ce chapitre mais que le contrôle arrive, pas de panique. On part des bases indispensables pour que tu deviennes fonctionnel en un rien de temps. Accroche-toi, on va tout reprendre depuis le début, étape par étape, et remplir les trous ensemble.

Ce qu’il faut avoir en tête avant de commencer (les prérequis)

Pour bien comprendre ce chapitre, il faut te souvenir de quelques notions et événements antérieurs :

  • La France a connu au XIXe siècle plusieurs régimes politiques : monarchie, empire, république. Sous le Second Empire (1852-1870), Napoléon III dirige le pays.
  • L’industrialisation a commencé en France dans la première moitié du siècle (chemin de fer, usines).
  • La colonisation : la France a déjà conquis des territoires en Algérie, en Afrique et en Asie.
  • La guerre franco-allemande de 1870 oppose la France de Napoléon III à la Prusse (futur Empire allemand). Le 2 septembre 1870, Napoléon III est capturé à Sedan, l’Empire s’effondre. C’est le point de départ de notre chapitre.

La naissance de la III<sup>e</sup> République

Après la capture de Napoléon III, un gouvernement provisoire proclame la République le 4 septembre 1870. Mais la guerre continue. Paris est assiégé, et finalement la France signe l’armistice en janvier 1871.

Le traité de Francfort (mai 1871) impose à la France de céder l’Alsace et une partie de la Lorraine à l’Allemagne, et de payer une lourde indemnité. Cette perte reste une plaie vive : beaucoup de Français rêvent de « revanche ».

En mars-mai 1871, à Paris, une insurrection éclate : la Commune de Paris, écrasée dans le sang. Puis, lentement, les républicains gagnent du terrain. En 1875, une série de lois constitutionnelles établit définitivement la IIIe République : un régime parlementaire avec un président de la République, une Chambre des députés et un Sénat.

Organisation des pouvoirs sous la IIIe RépubliquePrésident de la Républiqueélu pour 7 ansChambre des députésvote les loisSénatexamine les lois

L’enracinement de la République

Pour ancrer la République dans les esprits, les gouvernements républicains adoptent de grandes lois dans les années 1880 :

  • École : les lois Ferry rendent l’école primaire gratuite (1881), puis obligatoire et laïque (1882). L’école diffuse la langue française et les valeurs républicaines.
  • Libertés : liberté de la presse (1881), droit de former des syndicats (1884), liberté d’association (1901).
  • Symboles : La Marseillaise devient hymne national (1879), le 14 juillet est fête nationale (1880).

À toi de jouer

1. Complète les phrases suivantes avec les dates ou les mots manquants (aide-toi du cours).

La défaite de la \(\) contre la Prusse entraîne la chute du Second Empire. La République est proclamée le \(\) . Le traité de \(\) (1871) prévoit la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine.
Corrigé
La défaite de la France contre la Prusse entraîne la chute du Second Empire. La République est proclamée le 4 septembre 1870. Le traité de Francfort (1871) prévoit la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine.
2. Complète : Les lois Ferry rendent l’école primaire gratuite en \(\) et obligatoire et laïque en \(\) . La liberté de la presse est instaurée en \(\) , le droit syndical en \(\) et la liberté d’association en \(\) .
Corrigé
Les lois Ferry rendent l’école primaire gratuite en 1881 et obligatoire et laïque en 1882. La liberté de la presse est instaurée en 1881, le droit syndical en 1884 et la liberté d’association en 1901.
3. Complète : La Marseillaise devient l’hymne national en \(\) . Le 14 juillet est institué fête nationale en \(\) .
Corrigé
La Marseillaise devient l’hymne national en 1879. Le 14 juillet est institué fête nationale en 1880.

Ça y est, tu commences à y voir plus clair ! Maintenant, on va réactiver le cours en détail et ajouter la méthode. Tu vas reconnaître les crises célèbres de cette République, et voir comment analyser un document historique. Prêt ? Ensemble, on remplit encore quelques trous pour consolider tout ça.

Une République traversée par des crises

La IIIe République affronte plusieurs secousses :

  • Boulangisme (fin des années 1880) : le général Boulanger cristallise un mécontentement antiparlementaire, perçu comme une menace.
  • Scandale de Panama (1892-1893) : affaire de corruption liée au financement du canal, qui éclabousse des parlementaires.
  • Affaire Dreyfus (1894-1906) : le capitaine Dreyfus est condamné à tort pour espionnage. Le pays se déchire entre dreyfusards (défenseurs de la justice) et antidreyfusards. Émile Zola publie J’accuse…! le 13 janvier 1898. Dreyfus est réhabilité en 1906.
  • Séparation des Églises et de l’État (9 décembre 1905) : loi de laïcité qui met fin au Concordat et garantit la liberté de conscience.

Mutations économiques et sociales

La France connaît la seconde révolution industrielle (électricité, automobile, chimie).

Les classes sociales se recomposent : une bourgeoisie industrielle et financière prospère, tandis que la classe ouvrière grossit dans les villes. Le monde ouvrier s’organise : les syndicats se développent (CGT en 1895) et des partis socialistes apparaissent. La SFIO est fondée en 1905.

L’expansion coloniale

Sous la IIIe République, l’empire colonial français s’étend en Afrique, en Asie et dans le Pacifique. La conférence de Berlin (1884-1885) fixe les règles du partage colonial. La colonisation est justifiée par une prétendue « mission civilisatrice », mais elle suscite aussi des résistances et des débats en métropole.

Des permanences à l’ombre des mutations

Malgré ces changements, la France reste en 1914 un pays à dominante rurale (plus de la moitié de la population vit dans les campagnes). L’exode rural alimente la croissance urbaine, mais les structures sociales évoluent lentement. Les femmes, bien que toujours exclues du droit de vote, investissent peu à peu le monde du travail.

Méthode : analyser un document historique

Pour réussir un exercice type brevet sur document, suis ces étapes :

  1. Présenter le document : nature (texte, affiche, carte…), auteur, date, contexte.
  2. Dégager l’idée principale : que veut dire l’auteur ?
  3. Citer et expliquer des passages clés.
  4. Apporter un regard critique : le document est-il fiable ? Quel est son point de vue ?
  5. Mettre en perspective avec tes connaissances : relie le document au contexte général.

À toi de jouer

1. Associe chaque événement à sa date et à une conséquence. Écris les réponses dans les carrés.

1. Boulangisme : date \(\) ; conséquence \(\)
2. Scandale de Panama : date \(\) ; conséquence \(\)
3. Affaire Dreyfus : date \(\) ; conséquence \(\)
4. Loi de séparation : date \(\) ; conséquence \(\)

Dates proposées : 1886-1889, 1892-1893, 1894-1906, 1905.
Conséquences proposées : Crise du régime parlementaire / Discrédit du personnel politique / Division profonde du pays / Laïcité de l’État et liberté de conscience.
Corrigé
  1. Boulangisme : date 1886-1889 ; conséquence Crise du régime parlementaire
  2. Scandale de Panama : date 1892-1893 ; conséquence Discrédit du personnel politique
  3. Affaire Dreyfus : date 1894-1906 ; conséquence Division profonde du pays
  4. Loi de séparation : date 1905 ; conséquence Laïcité de l’État et liberté de conscience
2. Complète le texte suivant sur les mutations sociales.

Pendant la IIIe République, la seconde révolution industrielle transforme l’économie grâce à de nouvelles énergies comme l’\(\) et le pétrole. La \(\) ouvrière s’organise : en 1895 est créée la \(\) , et en 1905 le parti socialiste \(\) .
Corrigé
Pendant la IIIe République, la seconde révolution industrielle transforme l’économie grâce à de nouvelles énergies comme l’électricité et le pétrole. La classe ouvrière s’organise : en 1895 est créée la CGT, et en 1905 le parti socialiste SFIO.
3. Explique en quelques lignes pourquoi l’affaire Dreyfus est une crise majeure pour la République (3 phrases attendues).
Corrigé
L’affaire Dreyfus est une crise majeure car elle divise la société française en deux camps irréconciliables autour de la justice et de l’antisémitisme. Elle met en lumière les tensions entre l’armée, la justice et les valeurs républicaines. Finalement, la victoire des dreyfusards renforce la République et conduit à une clarification de la laïcité (loi de 1905).

Allez, on répète les automatismes ! Voici cinq mini-exercices quasiment identiques pour que les dates clés deviennent un réflexe. Un seul piège parfois, mais tu vas enchaîner sans stress.

À retenir

Les grandes dates de la période :
1870 : proclamation de la République
1871 : Commune de Paris, traité de Francfort
1875 : lois constitutionnelles
1879 : La Marseillaise, hymne national
1880 : 14 juillet, fête nationale
1881 : liberté de la presse, école gratuite
1882 : école obligatoire et laïque
1884 : droit syndical
1895 : fondation de la CGT
1901 : liberté d’association
1905 : loi de séparation des Églises et de l’État ; fondation de la SFIO

À toi de jouer

1. Complète : La IIIe République est proclamée le \(\) .
Corrigé
La IIIe République est proclamée le 4 septembre 1870.
2. Complète : L’école primaire devient gratuite en \(\) , puis obligatoire et laïque en \(\) .
Corrigé
L’école primaire devient gratuite en 1881, puis obligatoire et laïque en 1882.
3. Complète : La liberté de la presse est instaurée en \(\) , le droit syndical en \(\) et la liberté d’association en \(\) .
Corrigé
La liberté de la presse est instaurée en 1881, le droit syndical en 1884 et la liberté d’association en 1901.
4. Complète : La loi de séparation des Églises et de l’État est votée le \(\) .
Corrigé
La loi de séparation des Églises et de l’État est votée le 9 décembre 1905.
5. Complète : La CGT est fondée en \(\) , la SFIO en \(\) .
Corrigé
La CGT est fondée en 1895, la SFIO en 1905.

C’est l’heure du contrôle ! Ici, on te met en situation avec des exercices type brevet. Plus de trous, tu vas devoir mobiliser tout ce que tu sais. Respire un grand coup, tu es prêt.

À toi de jouer

1. Analyse de document
Voici un extrait d’un discours de Jules Ferry, président du Conseil, à la Chambre des députés en 1885 :
« Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. »

1. Présente le document (nature, auteur, date, contexte).
2. Quelle idée Jules Ferry défend-il ?
3. Explique en quoi ce discours illustre la politique coloniale de la IIIe République.
4. Montre les limites de cette vision à l’aide de tes connaissances.
Corrigé
1. Présentation : Ce document est un discours de Jules Ferry, président du Conseil, prononcé à la Chambre des députés en 1885. À cette époque, la France étend son empire colonial et des débats opposent partisans et adversaires de la colonisation. Jules Ferry est un républicain convaincu, partisan de l’expansion coloniale.
2. Idée défendue : Jules Ferry affirme que les « races supérieures » (les Européens) ont un droit – et même un devoir – de « civiliser » les « races inférieures ». Il justifie la colonisation par une prétendue mission civilisatrice.
3. Illustration de la politique coloniale : Ce discours reflète l’idéologie officielle de la IIIe République qui présentait la colonisation comme une œuvre de progrès et d’éducation des peuples colonisés. La conférence de Berlin (1884-1885) venait d’organiser le partage de l’Afrique. Jules Ferry cherchait à convaincre les parlementaires d’accepter les conquêtes coloniales.
4. Limites : Cette vision est marquée par un racisme et une hiérarchisation des peuples aujourd’hui condamnés. En réalité, la colonisation a surtout été motivée par des intérêts économiques et stratégiques, et elle s’est accompagnée de violences, d’exploitations et de la négation des cultures locales. Des voix, comme celle de Georges Clemenceau, dénonçaient déjà l’entreprise coloniale comme contraire aux droits de l’homme.
2. Rédaction d’un paragraphe argumenté
Sujet : « Montrez que la société française entre 1870 et 1914 connaît à la fois des permanences et des mutations. »
Organise ta réponse en deux parties : les mutations, puis les permanences. Appuie-toi sur des exemples précis (économiques, sociaux, politiques).
Corrigé
Introduction : De 1870 à 1914, la France est gouvernée par la IIIe République. Cette période est marquée par de profondes transformations mais aussi par des continuités héritées du siècle précédent.
I. Les mutations
La France connaît la seconde révolution industrielle : essor de l’électricité, de l’automobile, de la chimie. La population urbaine augmente avec l’exode rural ; des métropoles comme Paris ou Lyon se transforment. La classe ouvrière grossit et s’organise en syndicats (CGT, 1895) et en parti (SFIO, 1905). La République s’enracine par de grandes lois : école gratuite, obligatoire, laïque (1881-1882), libertés fondamentales (presse, syndicats, associations), séparation des Églises et de l’État (1905). L’empire colonial s’étend en Afrique et en Asie.
II. Les permanences
Malgré ces changements, la France reste un pays à dominante rurale : en 1914, plus de la moitié des Français vivent encore à la campagne. Certaines structures sociales évoluent lentement : les femmes restent exclues du suffrage universel et leur place dans la société est largement subordonnée. Dans les campagnes, le mode de vie traditionnel persiste longtemps. En politique, malgré l’enracinement républicain, des tensions fortes traversent le pays (crises boulangiste, Dreyfus, tensions religieuses).
Conclusion : Ainsi, la France de la Belle Époque est à la fois un pays en pleine modernisation et un pays aux permanences profondes, ce qui explique certaines tensions qui déboucheront sur la Première Guerre mondiale.
3. Question de cours
Explique en cinq à dix lignes comment la IIIe République s’est enracinée dans la société française entre 1879 et 1905.
Corrigé
Après les hésitations des années 1870, les républicains parviennent au pouvoir en 1879. Ils mènent une politique volontariste pour diffuser les valeurs républicaines. Les lois Ferry sur l’école (gratuite en 1881, obligatoire et laïque en 1882) forment les citoyens et diffusent le français. Les libertés publiques sont renforcées : presse (1881), syndicats (1884), associations (1901). Des symboles unificateurs sont adoptés : La Marseillaise (1879), le 14 juillet (1880). Malgré les crises (Boulangisme, Panama, Dreyfus), la République résiste et la loi de séparation des Églises et de l’État (1905) affirme la laïcité, marquant un pas décisif dans l’affirmation de la République comme cadre commun.
4. Exercice sur carte
Complète la légende de cette carte de l’empire colonial français en 1914 (tu peux la décrire en phrases).
Carte mentale : terrritoires de l’Afrique du Nord, Afrique occidentale, Afrique équatoriale, Madagascar, Indochine, quelques îles.
Quels sont les principaux ensembles coloniaux ?
Corrigé
Les principaux ensembles coloniaux français en 1914 sont :
- Afrique du Nord : Algérie (colonie de peuplement), Tunisie et Maroc (protectorats).
- Afrique subsaharienne : Afrique-Occidentale française (AOF) et Afrique-Équatoriale française (AEF), le long des côtes et des fleuves.
- Madagascar, colonie depuis 1896.
- Indochine française (Cochinchine, Annam, Tonkin, Cambodge, Laos).
- Îles : Antilles, océan Indien, Pacifique (Tahiti, Nouvelle-Calédonie).

Bravo, tu domines le sujet ! Maintenant, on va regarder au-delà pour préparer ton année de terminale. On aborde des questions plus larges et on t’initie à ce qui viendra après : le XX<sup>e</sup> siècle et ses conflits. Accroche-toi, ça va décoller.

Vers la Première Guerre mondiale et au-delà

La période 1870-1914 prépare le cataclysme de 1914-1918 : rivalités coloniales et nationalistes, course aux armements, systèmes d’alliances. L’enracinement républicain et les tensions sociales persistent. La colonisation jette les bases de contestations futures qui mèneront aux indépendances après la Seconde Guerre mondiale.

À toi de jouer

1. Réflexion guidée
Pourquoi peut-on dire que la colonisation française de cette période a préparé les futurs mouvements de décolonisation ? Appuie-toi sur des exemples concrets vus en cours.
Corrigé
La colonisation française de 1870-1914 a laissé des traces profondes : exploitation économique, inégalités juridiques, acculturation forcée. Ces injustices ont suscité des résistances et une prise de conscience chez les peuples colonisés, souvent formés dans les écoles françaises mais exclus des droits politiques. Par exemple, en Indochine, les élites locales ont ensuite mené la lutte pour l’indépendance (Hô Chi Minh). En Algérie, la colonie de peuplement a créé un système inégalitaire qui explosera en 1954. La période coloniale a ainsi semé les graines des mouvements nationalistes qui aboutiront aux indépendances après 1945.
2. Synthèse ouverte
Compare la France de 1914 avec celle de 1870 : quels changements majeurs peuvent expliquer l’éclatement de la Première Guerre mondiale ?
Corrigé
En 1870, la France sort humiliée de la guerre contre la Prusse et privée de l’Alsace-Lorraine ; le régime est incertain. En 1914, la France est une République parlementaire consolidée, industrialisée, dotée d’un vaste empire colonial. Le ressentiment contre l’Allemagne (la « Revanche ») n’a pas disparu et s’ajoute aux rivalités coloniales et aux alliances (Triple-Entente contre Triple-Alliance). La modernisation économique a permis un armement plus puissant. Les tensions sociales intérieures (grèves, montée des nationalismes) sont en partie canalisées par le patriotisme. Ainsi, la France de 1914 est mieux préparée psychologiquement et militairement à un conflit, tout en étant prise dans l’engrenage des alliances qui déclenche la guerre.
3. Prolongement actuel
En quoi la laïcité républicaine de 1905 influence-t-elle encore la société française d’aujourd’hui ? Donne deux exemples contemporains.
Corrigé
La loi de 1905 a établi la séparation des Églises et de l’État et la liberté de conscience. Aujourd’hui, ce principe reste au cœur du débat public : neutralité des services publics (interdiction des signes religieux ostensibles à l’école par la loi de 2004), débats sur le port du voile dans l’espace public. La laïcité est devenue un pilier de l’identité républicaine, bien que régulièrement discutée. Elle influence aussi la gestion des lieux de culte et le financement des religions.