Philosophie · Terminale

Absolu / relatif

Tu n'as jamais entendu parler d'absolu et relatif, mais contrôle bientôt. Pas de panique, on attaque par les bases. Le secret : deux mots simples et un réflexe pour voir clair dans toutes les notions du programme. Pour démarrer, il faut juste savoir ce qu'est un concept et comment comparer deux idées. Prêt ? C'est parti.

Prérequis : avant de plonger

Pour utiliser ce repère, tu dois déjà :

  • Savoir ce qu'est un concept : une idée générale qui catégorise le réel (exemple : la justice, le temps).
  • Être capable de comparer deux idées pour voir ce qui les oppose.

Ici, on va opposer deux manières de concevoir une chose : soit elle vaut par elle-même, soit elle dépend d'autre chose. Rien de plus au départ.

Le duo du jour : absolu / relatif

Relatif : est relatif ce qui n'existe, ne vaut ou n'a de sens qu'en relation avec autre chose. Cela dépend d'un point de vue, d'un repère, d'un contexte. Exemple : être « grand » est relatif à ce avec quoi on compare. Un homme est grand par rapport à un enfant, petit par rapport à une girafe.

Absolu : est absolu ce qui existe, vaut ou a un sens par soi, indépendamment de toute relation. Cela ne dépend de rien d'autre que de soi-même. Exemple : une vérité qui serait vraie en tout temps et en tout lieu, sans exception.

Ces deux termes se définissent l'un par l'autre : est relatif ce qui n'est pas absolu, et inversement. Retiens bien ce couple, car tu vas le croiser partout en philo.

À toi de jouer

1. Complète ces définitions avec les mots manquants. (Le corrigé est là pour vérifier, ne triche pas trop vite !)

a) Est relatif ce qui ne vaut que à autre chose.
b) Est absolu ce qui ne dépend de et qui vaut par .
Corrigé
a) Est relatif ce qui ne vaut que par rapport à autre chose.
b) Est absolu ce qui ne dépend de rien d'autre et qui vaut par soi-même.
2. Associe chaque exemple à la bonne catégorie en complétant par « absolu » ou « relatif ».

1. La beauté « à chacun selon ses goûts » : c'est une conception de la beauté.
2. Un principe moral valable pour tous les êtres humains, partout : c'est un principe .
3. La trajectoire d'un objet dépend du point de vue de l'observateur : c'est une notion .
Corrigé
1. La beauté « à chacun selon ses goûts » : c'est une conception relative de la beauté.
2. Un principe moral valable pour tous les êtres humains, partout : c'est un principe absolu.
3. La trajectoire d'un objet dépend du point de vue de l'observateur : c'est une notion relative.

Ah, ça te dit quelque chose... Tu as déjà croisé ces mots, peut-être en histoire ou en français. On réactive : le cours complet et la méthode pour ne plus jamais te tromper. L'objectif : transformer l'étincelle du souvenir en réflexe utile.

Rappel structuré : les définitions

Relatif : qui dépend d'une relation, d'un point de vue, d'un contexte. Étymologie : relatus (latin) = « rapporté à ». Ce qui est relatif n'est jamais « en soi ».

Absolu : qui vaut par soi, indépendamment de toute condition. Étymologie : absolutus (latin) = « délié, détaché ». L'absolu est « délié » de toute attache extérieure.

Un couple, pas deux notions isolées : « absolu / relatif » est un repère conceptuel, c'est-à-dire une paire d'opposés qui éclaire des problèmes. On l'utilise pour clarifier une affirmation en se demandant : cela dépend-il d'autre chose ou non ?

Méthode pas-à-pas : comment trancher ?

Pour savoir si une notion, une valeur ou une vérité est absolue ou relative, pose-toi ces trois questions :

  1. Est-ce que cela change selon les époques, les cultures, les individus ? Si oui → c'est relatif. Si non → cela pourrait être absolu.
  2. Est-ce que cela dépend d'un point de vue ou d'un repère particulier ? Si oui → relatif. Si cela reste le même pour tout observateur → absolu.
  3. Peut-on imaginer un contraire qui aurait pourtant une légitimité ? Si oui → on est dans du relatif. Si la chose exclut tout contraire par sa nature → elle est peut-être absolue.

Attention : ne confonds pas « relatif » avec « subjectif ». Ici, on parle de dépendance logique, pas forcément d'opinion personnelle.

À toi de jouer

1. Applique la méthode en complétant le tableau. Pour chaque affirmation, coche « absolu » ou « relatif », puis justifie en une phrase à trous.

1. « Les lois sont justes quand elles respectent la volonté du peuple souverain. »
Cette conception de la justice est (absolu / relatif), car elle dépend .

2. « Il existe des droits humains fondamentaux qui s'imposent à tout État, quelle que soit sa culture. »
Cette conception des droits est (absolu / relatif), car elle prétend valoir .
Corrigé
1. Cette conception de la justice est relative, car elle dépend de la volonté d'un peuple particulier, qui peut varier.
2. Cette conception des droits est absolue, car elle prétend valoir indépendamment des cultures et des États.
2. Complète ce petit paragraphe qui résume le piège du relativisme.

Dire que « tout est relatif » est une position qu'on appelle le . Mais si tout est relatif, cette affirmation elle-même est , donc elle ne peut pas être vraie pour tous. Si au contraire on la prend pour une vérité absolue, alors on reconnaît qu'il existe au moins une vérité , ce qui contredit le discours. Le repère absolu/relatif permet de repérer ce genre de contradiction.
Corrigé
Dire que « tout est relatif » est une position qu'on appelle le relativisme. Mais si tout est relatif, cette affirmation elle-même est relative, donc elle ne peut pas être vraie pour tous. Si au contraire on la prend pour une vérité absolue, alors on reconnaît qu'il existe au moins une vérité absolue, ce qui contredit le discours.

On s'échauffe : cinq petites situations où il suffit de coller le bon mot. Du rodage, du velours. Si c'était une chanson, ce serait le refrain. Tu vas voir, ça rentre tout seul.

À toi de jouer

1. Pour chaque affirmation ci-dessous, indique si la conception est absolue ou relative en complétant la case .

1. « Le temps passe plus vite quand on s'amuse. » → Cette appréciation du temps est .
Corrigé
relative
2. 2. « Toute société humaine interdit le meurtre. » → Cette règle morale est .
Corrigé
absolue (elle prétend valoir universellement)
3. 3. « La vérité scientifique dépend des théories disponibles à un moment donné. » → Cette conception de la vérité est .
Corrigé
relative
4. 4. « Il existe un bien suprême auquel tout homme aspire naturellement. » → Ce bien est conçu comme .
Corrigé
absolu
5. 5. « Être à la mode, c'est suivre le goût de son époque. » → Le goût est ici considéré comme .
Corrigé
relatif

On sécurise le contrôle : place aux exercices type contrôle. Tu vas montrer que tu sais utiliser la distinction pour analyser des thèses philosophiques. Plus de trous : à toi de jouer en rédigeant. Souviens-toi du réflexe : poser la question « absolu ou relatif ? » peut débloquer bien des sujets.

Boîte à outils pour le contrôle

Quand tu rencontres une notion au programme (l'art, le bonheur, la justice, la science...), demande-toi :

  • Les défenseurs de telle thèse traitent-ils cette notion comme absolue ou comme relative ?
  • Quelle conséquence cela a-t-il sur leur argumentation ?
  • Le choix entre une conception absolue et une conception relative change-t-il notre manière d'agir ou de penser ?

Tu peux aussi montrer les limites d'un camp en utilisant l'autre : une conception trop absolue risque d'être dogmatique ; une conception trop relative risque de tomber dans le relativisme contradictoire.

À toi de jouer

1. Texte : « Il n'y a point de justice ou d'injustice qui ne dépende de l'état où l'on se trouve. Le juste et l'injuste ne sont point des qualités des actions considérées en elles-mêmes, mais des rapports aux personnes. » (d'après Pascal)

Explique en quelques lignes pourquoi la conception de la justice exposée ici est relative, et quelle difficulté elle rencontre.
Corrigé
Pascal défend une conception relative de la justice : le juste ne tient pas aux actions elles-mêmes, mais dépend des relations et des états (probablement les lois, les coutumes, les intérêts). La justice est donc relative à un contexte. Une difficulté est que, si la justice est purement relative, on ne peut condamner universellement des actes comme le meurtre, car cela reviendrait à ériger notre point de vue en absolu. De plus, toute critique d'un système injuste devient impossible, puisque l'injustice n'est définie que localement.
2. Le bonheur est-il relatif ?

Des penseurs soutiennent que le bonheur consiste dans la satisfaction de tous nos désirs, et que ces désirs varient d'un individu à un autre. D'autres, comme Aristote, affirment qu'il existe une fonction propre à l'homme et que le vrai bonheur réside dans l'exercice de la raison, le même pour tous.

Identifie, pour chaque position, si elle traite le bonheur comme absolu ou comme relatif. Puis formule une objection possible contre la position absolue.
Corrigé
Première position : bonheur relatif, car il dépend des désirs particuliers de chaque individu. Seconde position (Aristote) : bonheur absolu, car il repose sur une nature humaine universelle. Une objection contre la position absolue : elle risque de méconnaître la diversité des aspirations humaines et d'imposer un modèle unique de vie bonne, niant la légitimité de choix de vie différents. De plus, qui peut définir cette « fonction propre » de manière incontestable ?
3. La science nous donne-t-elle des vérités relatives ou absolues ?

Dans un paragraphe argumenté, distingue deux manières de comprendre la vérité scientifique en utilisant le repère absolu/relatif. Appuie-toi sur l'histoire des sciences (par exemple le passage du géocentrisme à l'héliocentrisme).
Corrigé
On peut considérer les vérités scientifiques comme relatives si l'on pense qu'elles dépendent des paradigmes et des instruments d'une époque. Ainsi, le géocentrisme était tenu pour vrai relativement aux observations et aux conceptions antiques ; il a été remplacé par un autre paradigme, donc la vérité change. Une conception absolue soutiendrait que la science progresse vers une description de plus en plus exacte d'une réalité indépendante de l'observateur : l'héliocentrisme serait alors une vérité absolue découverte progressivement. Le problème de la conception relative est qu'elle peut conduire au scepticisme : si tout se vaut, pourquoi privilégier la science ? Le problème de la conception absolue est qu'elle doit justifier comment nos théories, produites par des humains situés, peuvent capturer une réalité transcendante.
4. L'art et le goût : absolu ou relatif ?

Imagine un dialogue entre deux personnes : l'une dit « Il n'y a pas de critère universel pour juger de la beauté d'une œuvre, chacun a ses goûts » ; l'autre répond « Pourtant, certaines œuvres sont reconnues comme des chefs-d'œuvre à travers les siècles ». En mobilisant le repère absolu/relatif, montre en quoi ces deux positions s'opposent et quelle question philosophique elles soulèvent.
Corrigé
La première personne défend une conception relative du goût : la beauté dépend du sujet individuel, elle n'est pas dans l'objet. La seconde avance une conception absolue ou du moins objective : il existerait des qualités esthétiques indépendantes des préférences subjectives, capables de traverser le temps. La question philosophique est de savoir si le jugement de goût peut prétendre à l'universalité sans être un simple caprice individuel. Kant, par exemple, cherche une voie intermédiaire : le beau est subjectif (plaisir pris à l'objet) mais prétend à l'universalité car il est lié au libre jeu des facultés communes à tous les humains.

On préshot l'année prochaine : pour briller en philo l'an prochain ou cartonner au bac, on prend un peu d'avance. On va pousser le concept un cran plus loin, vers des questions qui dépassent le programme de terminale. Prêt à voir plus grand ?

Prolongement : au-delà du bac

Le repère absolu/relatif ouvre des pistes vers l'ontologie (qu'est-ce qui existe vraiment ?) et l'éthique (y a-t-il des valeurs universelles ?). L'année prochaine, si tu continues la philo, tu croiseras peut-être ces débats chez Platon (l'absolu des Idées), Hegel (l'absolu qui se manifeste dans l'histoire), ou encore dans la discussion sur le droit naturel versus le droit positif. Mais dès maintenant, tu peux commencer à évaluer des positions complexes.

À toi de jouer

1. Exercice 1 : le paradoxe du relativisme revisité.

On dit souvent que le relativisme se contredit. Mais un relativiste cohérent pourrait répondre : « Ma thèse selon laquelle tout est relatif est elle-même relative, donc je n'affirme pas qu'elle est vraie absolument, je la propose comme un point de vue. »

En quoi cette défense est-elle logiquement insatisfaisante ? Formule ta critique en utilisant la distinction « absolu/relatif ». Puis, esquisse une position qui échapperait à la fois au dogmatisme et à la contradiction.
Corrigé
Si le relativiste dit que sa thèse n'est que relative, il renonce à convaincre quiconque de l'adopter sur des bases rationnelles. En effet, une proposition relative n'a pas de force normative universelle ; on pourrait tout aussi bien adopter la thèse inverse. La position s'effondre donc comme argument. Pour échapper au dogmatisme sans tomber dans la contradiction, on peut défendre que certaines propositions (comme la logique elle-même) sont absolues en tant que conditions de tout discours, mais que d'autres domaines (goûts, coutumes) sont relatifs. C'est un relativisme modéré ou un absolutisme localisé.
2. Exercice 2 : un absolu sans l'homme ?

Imagine un absolu qui ne dépendrait même pas de l'esprit humain, comme une loi physique qui serait vraie même si aucun observateur n'existait.

Quel problème épistémologique cette idée soulève-t-elle ? Autrement dit, comment pouvons-nous connaître un tel absolu si nous ne pouvons pas sortir de notre point de vue d'humains situés ? Rédige une brève réflexion.
Corrigé
Le problème est le suivant : toute connaissance que nous avons est formulée par des humains, avec nos concepts et nos instruments. Même si l'absolu existe indépendamment, nous n'y accédons que par notre médiation humaine. Dès lors, peut-on distinguer ce qui appartient à l'absolu lui-même de ce que nous y projetons ? C'est le vieux problème de la chose en soi chez Kant : nous ne connaissons que les phénomènes relatifs à notre structure cognitive, et l'absolu nouménal reste inconnaissable. Toute tentative d'affirmer un absolu par-delà l'homme risque d'être une illusion métaphysique.
3. Exercice 3 : distinction voisine « objectif/subjectif ».

En philo, on utilise souvent un autre repère : objectif/subjectif. L'absolu est parfois confondu avec l'objectif, et le relatif avec le subjectif. Pourtant, ce n'est pas exactement la même chose.

Essaie de trouver un exemple où quelque chose pourrait être subjectif (dépendant d'un sujet) sans pour autant être relatif (c'est-à-dire qu'il ne dépendrait pas d'un rapport à autre chose). Indice : pense à une certitude intime, comme le « cogito » de Descartes.
Corrigé
Le cogito (« je pense, je suis ») est une vérité subjective : elle dépend du sujet qui la pense, elle ne se déduit pas d'une observation extérieure. Pourtant, Descartes en fait une vérité absolue, car dès qu'un sujet la pense, elle est indubitable pour lui et ne dépend d'aucun contexte. C'est un absolu subjectif. À l'inverse, une loi physique est objective (valable pour tout observateur) mais elle pourrait être relative à un cadre théorique (comme en mécanique newtonienne vs relativité). Donc les deux repères ne se recouvrent pas parfaitement. L'idée est de raffiner nos outils conceptuels.