Français · 1re

Commentaire composé (écrit)

Pas de panique si tu n’as pas suivi le cours sur le commentaire composé et que le contrôle approche. On repart de ce que tu sais déjà depuis la seconde : les trois moments d’un devoir argumenté (introduction, développement, conclusion). Et on y ajoute l’essentiel pour comprendre ce qui fait la spécificité du commentaire composé.

Texte support : « La Cigale et la Fourmi »

La Cigale et la Fourmi (Jean de La Fontaine)

La Cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
« Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’oût, foi d’animal,
Intérêt et principal. »
La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
— Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
— Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien ! dansez maintenant. »

1. Rappel de seconde : introduction, développement, conclusion

En seconde, tu as appris qu’un devoir argumenté comporte trois moments :

L’introduction : elle présente le sujet et annonce le plan.
Le développement : il développe les arguments en plusieurs parties.
La conclusion : elle résume les idées et répond à la problématique.

Dans le commentaire composé, on retrouve cette structure, mais avec des spécificités : l’introduction doit présenter le texte (auteur, genre, contexte) et poser une problématique (une question directrice). Le développement s’organise en axes de lecture (grandes parties thématiques) et non en arguments persuasifs. La conclusion fait un bilan et peut s’ouvrir sur une autre œuvre.

2. La règle d’or : lier une observation à une interprétation

Le commentaire composé ne raconte pas le texte : il l’analyse. Chaque fois que tu relèves un élément (un mot, un temps verbal, une figure de style…), tu dois expliquer ce que cela apporte au sens.
Par exemple : dans « La Cigale, ayant chanté tout l’été », l’imparfait (observation) installe une durée habituelle et insouciante (interprétation).

On ne peut pas dissocier l’observation (ce qui est écrit) de l’interprétation (pourquoi c’est écrit ainsi).

3. Le plan composé : des axes de lecture

Plutôt que de suivre l’ordre des lignes, le commentaire est composé : il regroupe les remarques par thèmes. Ces thèmes sont appelés axes de lecture.
Pour « La Cigale et la Fourmi », on pourrait dégager deux axes :

  1. L’opposition entre les deux personnages
  2. La leçon morale délivrée par la fable

Chaque axe est ensuite divisé en sous-parties qui examinent des aspects plus précis.

À toi de jouer

1. Pour chaque phrase ci-dessous, indique si elle exprime une observation (O) sur le texte ou une interprétation (I) en cochant la bonne case. 1. « La fable est écrite en vers. » → 2. « Le changement de mètre souligne le contraste entre les saisons. » → 3. « On relève une personnification de la fourmi. » → 4. « Cette personnification rend le dialogue plus incisif. » → 5. « Le discours direct est omniprésent. » → 6. « L’usage du discours direct crée un effet de théâtralité. » →
Corrigé
1. O 2. I 3. O 4. I 5. O 6. I
2. Complète cette introduction de commentaire composé rédigée sur « La Cigale et la Fourmi ». « L’extrait que nous allons commenter est tiré de la fable « La Cigale et la Fourmi » de . Cet auteur du siècle est célèbre pour ses Fables. Le texte met en scène une cigale qui, après avoir chanté tout l’été, se retrouve démunie et va mendier de la nourriture chez la fourmi. Nous nous demanderons comment cette fable apparemment anodine délivre une leçon sur la nécessité du . Pour répondre à cette interrogation, nous étudierons d’une part l’opposition entre les deux protagonistes, et d’autre part la dimension morale du récit. »
Corrigé
« L’extrait que nous allons commenter est tiré de la fable « La Cigale et la Fourmi » de Jean de La Fontaine. Cet auteur du XVIIe siècle est célèbre pour ses Fables. Le texte met en scène une cigale qui, après avoir chanté tout l’été, se retrouve démunie et va mendier de la nourriture chez la fourmi. Nous nous demanderons comment cette fable apparemment anodine délivre une leçon sur la nécessité du travail (ou de la prévoyance). Pour répondre à cette interrogation, nous étudierons d’une part l’opposition entre les deux protagonistes, et d’autre part la dimension morale du récit. »
3. Lis cet extrait de commentaire. Pour chaque segment en italique (mis entre parenthèses), note dans le carré s’il s’agit d’une observation (O) ou d’une interprétation (I). « La fable s’ouvre sur une description à l’imparfait (), ce qui installe une durée habituelle (). L’arrivée de l’hiver est brutale, marquée par un passé simple rapide (), ce qui souligne le contraste entre l’insouciance de l’été et la dureté de l’hiver (). »
Corrigé
O, I, O, I (dans l’ordre des carrés : O, I, O, I).

Tu te souviens maintenant des bases ? On va structurer tout ça avec une méthode pas-à-pas pour analyser un texte et bâtir un commentaire composé. On révise ensemble comment faire une lecture active, formuler des axes et rédiger un paragraphe.

1. La lecture active : repérer et classer

Prends ton crayon et lis le texte plusieurs fois. Relève tout ce qui te frappe :

  • Le lexique (champs lexicaux, niveaux de langue)
  • La syntaxe (types de phrases, ponctuation)
  • Les figures de style
  • Les temps verbaux et leur valeur
  • La versification pour les poèmes

Pour chaque repérage, note une idée d’interprétation en te demandant : « Quel effet cela produit-il ? »

2. Formuler des axes de lecture

Regroupe tes idées d’interprétation par thèmes pour dégager les grandes orientations de ton commentaire. Un axe de lecture, c’est une idée directrice qui éclaire le texte sous un certain angle.
Par exemple, pour « La Cigale et la Fourmi », tes observations peuvent se regrouper autour de :

  1. L’opposition cigale / fourmi (caractères, modes de vie)
  2. La fonction morale de la fable (dialogue, chute)

3. Rédiger un paragraphe de commentaire

Chaque sous-partie suit une structure simple :

  • Annonce de l’idée : « Nous allons voir que... »
  • Citation précise entre guillemets
  • Analyse qui explique le lien entre la citation et l’idée

Exemple : « La cigale est présentée comme un être insouciant. L’imparfait dans « La Cigale, ayant chanté tout l’été » suggère une action habituelle qui s’étire dans le temps, ce qui souligne sa légèreté face aux réalités. »

À toi de jouer

1. Associe chaque procédé à l’axe de lecture qui lui correspond. Écris le numéro du procédé dans le carré approprié. Procédés relevés dans « La Cigale et la Fourmi » : 1. Le vocabulaire de l’abondance chez la fourmi (« prêteuse », « grain ») 2. La diérèse sur « dépourvue » (dé-pour-vue) 3. L’alternance des mètres (octosyllabes et vers courts) 4. La rime « été / dépourvue » 5. Le discours direct au passé simple (« Je vous paierai ») Axe A : Un face-à-face contrasté [ ] [ ] [ ] Axe B : La mise en scène d’une leçon [ ] [ ]
Corrigé
Axe A : 1, 2, 4 ; Axe B : 3, 5
2. Complète le paragraphe de commentaire suivant avec les mots qui conviennent (indice entre parenthèses). « La cigale est dépeinte comme un être (adjectif). En effet, l’expression « Nuit et jour à tout venant je chantais » utilise un (temps) qui insiste sur la répétition de son action. De plus, le complément « à tout venant » suggère qu’elle chantait sans (nom), ce qui renforce l’idée d’une insouciance (adjectif). »
Corrigé
La cigale est dépeinte comme un être insouciant. En effet, l’expression « Nuit et jour à tout venant je chantais » utilise un imparfait qui insiste sur la répétition de son action. De plus, le complément « à tout venant » suggère qu’elle chantait sans discernement, ce qui renforce l’idée d’une insouciance totale.
3. Intègre correctement la citation dans la phrase d’analyse en remplissant le carré. (Pense à utiliser les deux-points et les guillemets). Citation à intégrer : « Vous chantiez ? j’en suis fort aise. Eh bien ! dansez maintenant. » Phrase d’analyse : La fourmi, avec une ironie mordante, , ce qui constitue la morale de l’histoire.
Corrigé
La fourmi, avec une ironie mordante, lui répond : « Vous chantiez ? j’en suis fort aise. Eh bien ! dansez maintenant. », ce qui constitue la morale de l’histoire.

On va s’échauffer avec cinq exercices très simples pour automatiser le réflexe « j’observe, j’interprète ». Tu vas voir, c’est toujours le même principe et ça va rentrer tout seul.

Rappel : observer puis interpréter

Pour chaque exercice, on te donne une observation précise sur le texte ; à toi de compléter l’interprétation avec le bon mot pour expliquer l’effet produit.

À toi de jouer

1. Observation : Le mot « dépourvue » contient une diérèse (dé-pour-vue). Interprétation : Cette diérèse allonge le mot et souligne ainsi la de la cigale.
Corrigé
détresse (ou misère)
2. Observation : L’expression « quelque grain » utilise un déterminant indéfini et un nom au singulier. Interprétation : Cela minimise la demande, ce qui montre que la cigale est .
Corrigé
humble (ou prudente)
3. Observation : La fourmi est qualifiée de « prêteuse » au vers « La Fourmi n’est pas prêteuse ». Interprétation : Le trait est nié, ce qui sous-entend que la fourmi est .
Corrigé
avare (ou économe, dure)
4. Observation : Les deux répliques finales riment ensemble (« aise / maintenant »). Interprétation : Cette rime qui clôt la fable crée un effet de , comme une sentence.
Corrigé
chute (ou clôture, verdict)
5. Observation : Le poète utilise un vers de 7 syllabes puis un vers de 4 syllabes au début (« La Cigale, ayant chanté / Tout l’été »). Interprétation : Ce rythme évoque la légèreté de l’été.
Corrigé
sautillant (ou irrégulier, léger)

Maintenant que tu maîtrises les réflexes, on passe aux exercices type contrôle. Tu vas travailler sur un nouveau poème et produire toi-même les éléments clés d’un commentaire. Prends le temps de bien réfléchir ; tu peux comparer tes réponses aux corrigés pour t’améliorer.

Texte support : « Sensation » d’Arthur Rimbaud

Sensation (Arthur Rimbaud, 1870)

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

Méthodologie express du commentaire composé

  1. Lecture active : repérage des procédés.
  2. Élaboration des axes : regroupement thématique.
  3. Construction du plan : 2 ou 3 axes subdivisés.
  4. Rédaction : introduction (présentation, problématique, annonce de plan), développement (paragraphes avec citations et analyse), conclusion (bilan, ouverture).

À toi de jouer

1. Propose une problématique pour un commentaire composé de ce poème. (Une question qui guidera ton analyse.)
Corrigé
Par exemple : « Comment ce poème célèbre-t-il la fusion du poète avec la nature ? » ou « Dans quelle mesure ce poème exprime-t-il une quête de liberté et de bonheur ? »
2. Établis un plan détaillé en deux axes, chaque axe comprenant deux sous-parties. (Indique simplement les titres des axes et sous-parties.)
Corrigé
I. Une communion sensorielle avec la nature A. Les sensations physiques B. Le paysage comme refuge II. Une aspiration à l’évasion et au bonheur A. Le désir d’errance B. L’amour sublimé par la nature
3. Rédige l’introduction complète de ce commentaire (en respectant les étapes : présentation du texte, problématique, annonce du plan).
Corrigé
« Le poème « Sensation » d’Arthur Rimbaud, écrit en 1870, appartient au premier recueil du poète, Poésies. Ce court poème de deux quatrains évoque une promenade estivale au cours de laquelle le poète aspire à se fondre dans la nature. Nous nous demanderons comment cette expérience sensorielle devient une quête de liberté absolue. Dans un premier temps, nous analyserons l’immersion dans le monde sensible, puis nous verrons que le poème exprime un désir d’élévation et de bonheur fusionnel avec la nature. »
4. Rédige un paragraphe développant la première sous-partie de l’axe I : « Les sensations physiques ». Utilise au moins deux citations et analyse-les.
Corrigé
« Le poète multiplie les notations sensorielles pour suggérer une immersion totale dans le paysage. Le contact avec la nature est tactile, comme le montre le vers « Picoté par les blés, fouler l’herbe menue » : le participe passé « picoté » et le verbe « fouler » impliquent un lien direct et presque charnel avec les éléments végétaux. La fraîcheur de l’herbe sous les pieds nus (« j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds ») accentue cette sensation de bien-être physique. L’adjectif « menue » donne une impression de douceur, comme si l’herbe accueillait le marcheur avec tendresse. »
5. Voici un extrait maladroit d’un commentaire. Corrige-le en supprimant la paraphrase et en proposant une vraie analyse. Extrait : « Le poète dit qu’il va marcher dans les sentiers le soir. Il sent le vent sur sa tête et l’herbe sous ses pieds. C’est agréable. Ensuite, il pense à l’amour et il est heureux. »
Corrigé
« Le cadre bucolique est évoqué à travers des notations précises : les « soirs bleus d’été », les « sentiers », les « blés » et l’« herbe menue ». Ces éléments naturels sont perçus par les sens (« picoté », « fraîcheur ») et invitent le lecteur à partager une expérience sensorielle. La mention du « vent » qui baigne la « tête nue » suggère une liberté et une disponibilité au monde. Le poète ne décrit pas seulement un paysage : il créé une atmosphère propice à la rêverie et à l’élévation amoureuse, comme si la nature devenait le vecteur d’un bonheur absolu. »

Tu tiens le bon bout ! Pour te préparer au-delà du contrôle, on va maintenant évaluer des productions, comparer des approches et même anticiper les exigences de la terminale. Ces exercices demandent plus de recul et de créativité.

Conseils pour évaluer un commentaire

Pour juger de la qualité d’un commentaire, pose-toi ces questions :

  • L’introduction est-elle complète et pertinente ?
  • Les axes sont-ils justifiés par le texte ?
  • Les analyses lient-elles systématiquement la forme au sens ?
  • Les citations sont-elles bien intégrées et commentées ?
  • La conclusion apporte-t-elle un bilan et une ouverture ?

À toi de jouer

1. Voici deux introductions rédigées par des élèves pour le poème « Sensation ». Lis-les attentivement, puis rédige un paragraphe critique pour chacune en soulignant leurs qualités et leurs défauts. Propose ensuite une version améliorée pour l’introduction A. Introduction A : « Le poème Sensation d’Arthur Rimbaud parle de la nature. L’auteur nous dit qu’il va marcher dans l’herbe et qu’il est heureux. Nous allons voir comment il décrit la nature, puis comment il décrit ses sentiments. » Introduction B : « Dans son poème Sensation (1870), Rimbaud, poète adolescent en rupture avec le conformisme, met en scène une promenade estivale. Mais ce paysage n’est qu’un prétexte : le poète cherche en réalité à exprimer un désir d’absolu et de liberté. Nous nous demanderons donc comment ce texte, en apparence anodin, révèle une conception originale de la poésie. Pour y répondre, nous analyserons d’abord le rôle des sensations dans l’évasion, puis nous étudierons la dimension spirituelle de cette quête. »
Corrigé
Critique de l’introduction A : L’introduction est trop vague (« parle de la nature ») et paraphrase le texte sans formuler de problématique. Le plan est redondant et sans angle d’analyse. Proposition améliorée : « Le poème « Sensation » d’Arthur Rimbaud, écrit en 1870, évoque une promenade à la tombée du soir. Loin de se limiter à une simple description, cette déambulation est l’occasion d’une expérience sensorielle intense qui ouvre sur une aspiration à la liberté. Nous nous demanderons comment le poète fait de la nature un espace de communion et d’évasion. Dans une première partie, nous verrons que le texte célèbre les sensations physiques, puis nous analyserons comment cette immersion conduit à une élévation amoureuse et spirituelle. » Critique de l’introduction B : L’introduction est bien menée : elle contextualise l’auteur, dégage une problématique forte et annonce un plan cohérent. Elle situe le poème dans une réflexion plus large.
2. Imagine que tu doives commenter le poème « Sensation » en lien avec le mouvement romantique. Propose un plan en trois axes qui intègre cette perspective. (Indique les titres des axes et une brève justification.)
Corrigé
I. Le culte de la Nature (le poème comme expression d’une nature bienveillante et refuge, caractéristique romantique) II. L’expression du moi sensible (le poète au centre du poème, ses émotions, son désir de liberté) III. La quête d’un idéal (l’amour fusionnel, le dépassement des limites, la dimension mystique, aspiration à l’infini)
3. Rédige la conclusion du commentaire de « Sensation » en proposant une ouverture vers un autre poème de Rimbaud (par exemple « Ma Bohème ») ou vers une réflexion plus générale sur la poésie.
Corrigé
« Ainsi, « Sensation » n’est pas un simple tableau champêtre : le poème transforme une promenade en une expérience initiatique où le contact avec la nature libère les sens et l’esprit. Cette quête de liberté, Rimbaud la poursuivra dans d’autres poèmes, comme « Ma Bohème », où le vagabondage poétique devient un art de vivre. On peut dès lors lire ces textes comme l’affirmation d’une poésie qui se vit autant qu’elle s’écrit, et qui refuse toute entrave. »