1Compréhension littérale/ 4 pts
Texte support — Lis attentivement ce texte avant de répondre aux exercices 1 à 4.
Dans la salle grise du Ministère, Elara posa les mains à plat sur le bureau. En face d'elle, le Commissaire Veld lisait son dossier sans la regarder.
— Vous avez distribué ces tracts, dit-il. C'est une infraction à l'article 14.
— J'ai dit la vérité, répondit-elle.
— La vérité n'est pas ce que vous décidez. La vérité, c'est ce que l'État définit.
Elara sentit le silence peser sur elle comme une dalle. Elle songea à sa mère, à son frère disparu trois ans plus tôt, à tous ceux qui s'étaient tus pour survivre. Elle prit une grande inspiration.
— Alors l'État se trompe.
Le Commissaire releva enfin les yeux. Pour la première fois depuis le début de l'entretien, il sembla vraiment la voir.
Réponds aux questions en rédigeant des phrases complètes.
- Où se déroule la scène ? Qui sont les deux personnages présents ?
- Quel acte Elara a-t-elle commis ? Pourquoi cet acte est-il considéré comme une infraction dans ce contexte ?
- Quelle est la dernière réplique d'Elara ? Que révèle-t-elle de sa position face au pouvoir ?
2Le rapport individu / pouvoir/ 4 pts
Appuie-toi sur des citations précises du texte pour justifier chaque réponse.
- Relève deux éléments du texte qui montrent que le Commissaire Veld détient le pouvoir dans cette scène.
- La déclaration « La vérité, c'est ce que l'État définit » exprime-t-elle une opinion personnelle de Veld ou la position du système qu'il représente ? Justifie ta réponse.
- Quelle posture Elara adopte-t-elle face au pouvoir : soumission, résistance passive ou résistance active ? Justifie avec deux exemples tirés du texte.
3Analyse des procédés d'écriture/ 6 pts
Pour chaque question, nomme le procédé, cite le passage concerné et explique son effet sur le lecteur.
- « Elara sentit le silence peser sur elle comme une dalle. » Identifie la figure de style utilisée et explique ce qu'elle traduit.
- Compare la longueur des répliques du Commissaire et de celles d'Elara. Quel effet de sens cela produit-il ?
- Relève le champ lexical du pouvoir et de l'autorité dans le texte. Donne au moins quatre termes.
4Interprétation et ouverture/ 6 pts
Rédige un paragraphe développé d'au moins cinq lignes. Appuie-toi sur le texte pour soutenir ton interprétation.
- La dernière phrase — « il sembla vraiment la voir » — est-elle une simple description physique ? Que nous dit-elle sur le pouvoir de la parole face à l'autorité ? Développe ton interprétation.
1Compréhension littérale
Q1 \(La scène se déroule dans une salle grise du Ministère, lieu officiel qui représente l'institution étatique. Les deux personnages sont Elara, une civile qui a distribué des tracts, et le Commissaire Veld, agent du pouvoir chargé de l'interroger.\) \(Salle du Ministère — Elara (résistante) et le Commissaire Veld (représentant du pouvoir).\)
Q2 \(Elara a distribué des tracts. Cet acte constitue une infraction à l'article 14 car, dans ce système, le pouvoir se réserve le monopole de la vérité et de l'information : diffuser librement des informations non validées par l'État est donc interdit.\) \(Distribution de tracts — infraction car le pouvoir contrôle l'information et s'arroge le monopole de la vérité.\)
Q3 \(La dernière réplique d'Elara est : « Alors l'État se trompe. » Elle révèle une résistance franche et assumée : Elara refuse la définition de la vérité imposée par le pouvoir et affirme son propre jugement contre l'autorité institutionnelle, en connaissance des risques que cela implique.\) \(« Alors l'État se trompe. » — résistance frontale, refus total de la soumission.\)
2Le rapport individu / pouvoir
Q1 \(Premier élément : le Commissaire lit le dossier « sans la regarder » — cette indifférence traduit une domination tranquille ; il n'a pas besoin de reconnaître Elara comme individu pour la contrôler. Second élément : c'est lui qui prend la parole en premier avec une accusation directe (« Vous avez distribué ces tracts »), plaçant d'emblée Elara en position de défense.\) \(Regard détourné (déshumanisation) + prise de parole accusatrice en ouverture (maîtrise du cadre de l'échange).\)
Q2 \(La déclaration exprime la position du système, non une opinion personnelle. Veld utilise la troisième personne « l'État » sans jamais dire « je » : il se fait porte-voix d'une institution. Il est lui-même un rouage du pouvoir soumis à la même logique qu'il impose à Elara, et non l'inventeur de cette logique.\) \(Position du système : Veld parle au nom de l'État (troisième personne), non en son nom propre.\)
Q3 \(Elara adopte une posture de résistance active. Exemple 1 (acte) : elle a distribué des tracts malgré l'interdiction, geste de désobéissance matérielle délibérée. Exemple 2 (parole) : dans le dialogue, elle refuse toute capitulation avec des répliques directes — « J'ai dit la vérité » puis « Alors l'État se trompe » — confrontant verbalement l'autorité sans reculer.\) \(Résistance active — distribution des tracts (acte) + répliques de confrontation directe (parole).\)
3Analyse des procédés d'écriture
Q1 \(Il s'agit d'une comparaison, introduite par le mot « comme » : le silence est comparé à une dalle, c'est-à-dire un bloc de pierre lourd et froid. Cette image traduit le poids psychologique du pouvoir sur Elara : même l'absence de paroles l'oppresse et l'écrase physiquement. Le silence lui-même devient un instrument de domination.\) \(Comparaison (« comme une dalle ») — le silence assimilé à un poids de pierre : oppression psychologique, la domination s'exerce même dans le silence.\)
Q2 \(Les répliques du Commissaire sont plus longues et construites (phrases affirmatives, définitions imposées) ; celles d'Elara sont très brèves et tranchantes (« J'ai dit la vérité » ; « Alors l'État se trompe »). Ce contraste traduit d'abord la domination de Veld, qui impose le cadre et le rythme de l'échange ; puis il valorise la résistance d'Elara : la concision de ses répliques les rend denses et percutantes, comme des coups portés avec précision.\) \(Répliques longues (Commissaire) vs. très courtes (Elara) → domination initiale, puis résistance percutante par la concision.\)
Q3 \(Champ lexical du pouvoir et de l'autorité : « Ministère », « Commissaire », « infraction », « article 14 », « l'État », « dossier ». Tout terme du texte appartenant à ce champ et correctement justifié est accepté.\) \(Ministère / Commissaire / infraction / article 14 / l'État / dossier.\)
4Interprétation et ouverture
Q1 — Paragraphe attendu \(La phrase finale dépasse la description physique. Depuis le début, le Commissaire traitait Elara comme un dossier administratif : il lisait « sans la regarder » et appliquait mécaniquement un article de loi. Elle n'existait pas en tant qu'individu — elle n'était qu'une infraction à traiter. Mais lorsqu'elle prononce « Alors l'État se trompe », quelque chose se brise dans ce rapport : Veld est contraint de reconnaître la présence d'un sujet pensant qu'il ne peut plus ignorer ni réduire à une fiche. La prise de parole courageuse force la reconnaissance. Ce dénouement suggère que la parole résistante — même face à un pouvoir écrasant et sans garantie de succès — a une puissance propre : elle restaure l'existence individuelle contre la déshumanisation institutionnelle. Parler avec courage, c'est affirmer son humanité.\) \(La phrase signale que la résistance verbale d'Elara oblige le pouvoir à la reconnaître comme individu : prendre la parole avec courage, c'est refuser d'être réduit à un dossier, c'est affirmer son humanité contre la logique du système.\)