Français3eLecture et comprehension de l'ecritExercices + corrigé
L'autobiographie — Exercices
Identifier, analyser, comparer et écrire : de la reconnaissance du genre à l'écriture de soi.
1Reconnaître le genre/ 4 pts
Pour chacune des situations suivantes, indiquez s'il s'agit d'une autobiographie, d'un roman autobiographique, d'un journal intime ou d'une biographie. Justifiez votre réponse en une phrase.
- Son prénom et son nom figurent sur la couverture. À soixante ans, l'auteure raconte sa propre enfance difficile à la première personne. (1 pt)
- Un auteur publie un roman dont le héros, appelé Antoine, vit des aventures très proches de celles de l'auteur, mais ce dernier affirme que le personnage est fictif. (1 pt)
- « Vendredi 14 mars. Aujourd'hui, il m'a encore regardée dans la cour. Je ne sais pas quoi faire. » (1 pt)
- Un historien retrace la vie de Victor Hugo d'après des lettres, des archives et des témoignages de ses contemporains. (1 pt)
2Analyser un extrait autobiographique/ 6 pts
Lisez l'extrait suivant, tiré d'Enfance de Nathalie Sarraute (1983), puis répondez aux questions.
« Alors, tu vas vraiment faire ça ? Évoquer tes souvenirs d'enfance... — Oui, je n'y peux rien, ça m'attire. — Tu n'as pas peur ? [...] Toi qui n'aimes pas regarder en arrière. — Je sais, c'est étrange. Mais ces images, ces petites séquences... quelque chose les pousse... »
- Quel procédé original Sarraute utilise-t-elle pour introduire son récit ? En quoi ce procédé est-il inhabituel pour une autobiographie ? (2 pts)
- Relevez deux expressions qui montrent que la narratrice regarde son passé avec distance et incertitude. (2 pts)
- En quoi cet incipit respecte-t-il tout de même le pacte autobiographique ? (2 pts)
3Le double regard/ 4 pts
Lisez cet extrait des Mots de Jean-Paul Sartre (1964) :
« Je commençai ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout [...]. Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées. »
- Relevez une phrase qui illustre le regard du « je-adulte » et une phrase qui illustre le regard du « je-enfant ». Justifiez votre choix. (2 pts)
- Quel effet produit ce double regard sur le lecteur ? (2 pts)
4Comparer deux genres proches/ 3 pts
Répondez aux questions suivantes en vous appuyant sur vos connaissances du cours.
- Quelle est la différence principale entre une autobiographie et un journal intime ? (1 pt)
- Un auteur peut-il mentir dans une autobiographie ? Expliquez en vous appuyant sur la notion de pacte autobiographique. (2 pts)
5Écrire un incipit autobiographique/ 5 pts
Rédigez un court incipit autobiographique (8 à 12 lignes) dans lequel vous vous présentez à un lecteur futur. Respectez les contraintes suivantes : première personne du singulier, présent de l'énonciation pour l'introduction, imparfait pour évoquer un souvenir précis, présence visible du double regard (je-enfant / je-adulte).
- Critères évalués : pacte autobiographique respecté (prénom réel, engagement à la sincérité) (1 pt) — utilisation correcte des temps verbaux (2 pts) — double regard visible (1 pt) — clarté et qualité d'expression (1 pt).
Corrigé détaillé
1Reconnaître le genre
a) \(L'auteure est nommée sur la couverture et raconte sa propre vie à la première personne avec recul temporel.\) \(Autobiographie : les trois critères sont réunis — identité auteur/narrateur/personnage, récit rétrospectif, pacte de vérité.\)
b) \(Le héros porte un prénom fictif (Antoine) et l'auteur refuse l'identification ; le pacte autobiographique n'est pas établi.\) \(Roman autobiographique : l'auteur transpose sa propre expérience en la fictionnalisant, sans s'engager dans un pacte de vérité.\)
c) \(Le texte est daté du jour même et ne présente aucun recul sur les événements ; il s'adresse à soi-même.\) \(Journal intime : écriture au fil du temps, sans rétrospection, sans destinataire public déclaré.\)
d) \(L'auteur n'est pas Victor Hugo ; il s'appuie sur des sources externes pour raconter la vie d'un tiers.\) \(Biographie : un tiers raconte la vie d'une autre personne ; il n'y a aucune identité auteur/personnage.\)
2Analyser un extrait autobiographique
a) \(Sarraute introduit deux voix qui dialoguent, comme si elle se dédoublait pour interroger sa propre démarche avant même de commencer.\) \(Procédé original : le dialogue intérieur (dédoublement du moi). C'est inhabituel car, au lieu de commencer directement le récit, l'auteure met en scène sa propre hésitation à écrire — elle réfléchit sur l'acte autobiographique lui-même, ce qui est une forme de méta-autobiographie.\)
b) \(Chercher les expressions qui signalent une conscience réflexive ou des doutes sur la mémoire.\) \(Deux expressions possibles : (1) « ces petites séquences » — la mémoire est présentée comme fragmentée, non fiable, non continue ; (2) « toi qui n'aimes pas regarder en arrière » — la narratrice adulte reconnaît la difficulté du regard rétrospectif, signe d'une distance consciente avec le passé.\)
c) \(Le nom de Nathalie Sarraute figure sur la couverture ; la voix parle en son propre nom de ses propres souvenirs.\) \(Le pacte autobiographique est respecté : l'auteure s'engage explicitement à raconter ses propres souvenirs d'enfance (« évoquer tes souvenirs d'enfance »), sous son nom réel, établissant l'identité auteur/narrateur/personnage.\)
3Le double regard
a) \(Distinguer ce que sait et dit l'adulte de ce que vivait ou ignorait l'enfant.\) \(Je-adulte : « Je commençai ma vie comme je la finirai sans doute » — seul l'adulte peut anticiper la fin de sa vie et établir cette symétrie ; c'est un jugement rétrospectif global. Je-enfant : « Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais » — l'imparfait et « ne savais pas encore » désignent l'état de l'enfant à ce moment précis, avant toute acquisition.\)
b) \(Analyser l'effet produit sur le lecteur par la coprésence des deux points de vue.\) \(Le double regard crée une ironie affectueuse et une distance critique : le lecteur voit à la fois l'innocence de l'enfant (qui révère les livres sans savoir lire) et le recul lucide de l'adulte qui l'observe. Cet écart entre les deux « je » génère une émotion particulière — nostalgie, tendresse, parfois humour — et donne au récit sa profondeur réflexive.\)
4Comparer deux genres proches
a) \(Comparer les conditions de production et la destination des deux genres.\) \(Le journal intime est écrit au jour le jour, sans recul temporel sur les événements, et n'est pas destiné à la publication (il s'adresse à soi-même). L'autobiographie est un récit rétrospectif écrit longtemps après les faits, avec le recul de l'adulte, et destiné à être lu par un public.\)
b) \(Articuler la notion de pacte avec la réalité de la mémoire et du choix narratif.\) \(Un auteur ne peut pas délibérément mentir dans une autobiographie sans trahir le pacte autobiographique, c'est-à-dire l'engagement de sincérité qu'il prend avec le lecteur. Cependant, le pacte n'impose pas une vérité absolue : l'auteur peut se tromper (erreur de mémoire, reconstruction inconsciente) sans violer le pacte, du moment qu'il vise honnêtement la vérité. En revanche, une falsification intentionnelle (inventer des faits présentés comme réels) constitue une rupture du contrat avec le lecteur.\)
5Écrire un incipit autobiographique
Barème détaillé \(Évaluer point par point les critères annoncés dans la consigne.\) \((1) Pacte autobiographique (1 pt) : le prénom et/ou le nom réel de l'élève apparaît, la voix est à la première personne, un engagement à raconter est explicite ou implicite (ex. : « J'écris ces lignes pour... »). (2) Temps verbaux (2 pts) : présent de l'énonciation pour le cadre introductif (« Je m'appelle... », « J'ai... ans ») — 1 pt ; imparfait de description ou passé composé pour le souvenir évoqué, utilisés à bon escient — 1 pt. (3) Double regard (1 pt) : un commentaire de l'adulte sur le souvenir de l'enfant est clairement identifiable (ex. : « Je ne savais pas encore que... », « Aujourd'hui, je comprends que... », « Ce que j'ignorais alors, c'est que... »). (4) Clarté et qualité d'expression (1 pt) : syntaxe correcte, vocabulaire précis, absence de fautes graves qui nuisent à la compréhension.\)