Salut ! Tu découvres le langage et un devoir arrive ? Pas de panique : on va le mettre à plat en vitesse. Avant tout, vérifie tes prérequis : tu dois savoir ce qu’est un signe (quelque chose qui renvoie à autre chose), distinguer nature et culture (ce qui est inné, ce qui s’apprend), et connaître l’idée que l’homme n’est pas le seul à communiquer. Accroche-toi, on y va !
On distingue trois notions :
En bref, le langage est la capacité ; la langue est l'outil collectif ; la parole est l'acte personnel.
Descartes, dans le Discours de la méthode (1637), souligne que même un humain très limité intellectuellement sait « arranger ensemble diverses paroles » pour dire ce qu’il pense, alors qu’aucun animal, aussi parfait soit-il, ne le fait. La raison ? Le langage humain est articulé : il combine des unités (mots) selon des règles pour produire une infinité d’énoncés. Il permet d’évoquer l’absent, le passé, l’abstrait, le possible – là où les animaux ne produisent que des signaux liés à des situations immédiates (faim, danger).
Ferdinand de Saussure (1916) analyse le signe linguistique comme l’union de deux faces :
Ce lien est arbitraire : il n’y a aucune raison naturelle pour que l’idée de « maison » soit associée au mot « maison » plutôt qu’à « house » ou « Haus ». C’est pure convention sociale.
Complète le tableau en associant chaque terme à sa définition.
| Le ……………………………… | faculté universelle de signifier |
| La ……………………………… | système conventionnel propre à une communauté |
| La ……………………………… | usage individuel et concret que fait un locuteur |
Le langage : faculté universelle de signifier. La langue : système conventionnel propre à une communauté. La parole : usage individuel et concret que fait un locuteur.
Complète la phrase de Descartes (modernisée) en retrouvant le mot manquant : « C’est une chose bien remarquable qu’il n’y a point d’hommes si hébétés et si stupides, sans en excepter les insensés, qu’ils ne soient capables d’arranger ensemble diverses pour en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées ; et qu’au contraire, il n’y a point d’autre animal, tant parfait et tant heureusement né qu’il puisse être, qui fasse le semblable. »
Le mot manquant est :
Le mot manquant est paroles.
Complète la définition du signe selon Saussure : un mot est un signe qui unit un (l’image sonore) et un (le concept). Ce lien est , c’est-à-dire pas naturel mais conventionnel.
un signifiant, un signifié. Ce lien est arbitraire.
Ah oui, le langage... Ce cours te dit quelque chose : Saussure, le signe, l’arbitraire... On va remettre en place les pièces du puzzle et faire quelques applis pour tout dérouiller.
Rappel : le signe linguistique est une unité à deux faces inséparables :
Le lien entre ces deux faces est arbitraire : il n’existe aucune ressemblance ni connexion naturelle. La preuve : la diversité des langues (ex. chien, dog, Hund).
Il y a deux façons de concevoir les rapports entre langage et pensée :
En résumé : le langage n’est pas qu’un outil, il est aussi le milieu de la pensée.
Complète le schéma du signe selon Saussure :
[ ] + [ ] = Signe
Donne un exemple pour le mot « lune » :
Signifiant : (la sonorité ou l’écriture)
Signifié : (l’idée, l’astre)
[ signifiant ] + [ signifié ] = Signe
Exemple : signifiant → lune ; signifié → l’idée de la planète satellite de la Terre.
Choisis le bon mot pour compléter l’idée de Hegel :
Pour Hegel, la pensée sans les mots est (impossible / simplement plus difficile).
« Vouloir penser sans les mots est une tentative dépourvue de . » (indice : synonyme de signification)
impossible ; dépourvue de sens.
Explique en deux phrases la différence entre ces deux affirmations : « Le langage sert à communiquer des idées » et « Le langage est nécessaire pour avoir des idées claires ».
La première conçoit le langage comme un outil extérieur à la pensée, qui ne fait que transmettre un contenu déjà formé. La seconde voit le langage comme constitutif de la pensée : c’est en formulant que la pensée s’organise et devient distincte.
Cinq p’tits exos pour mécaniser la distinction langage/langue/parole et le couple signifiant/signifié. C’est répétitif, c’est fait pour que ça rentre.
Complète le tableau :
| Langage |
Langage : faculté universelle de signifier au moyen de signes.
Complète le tableau :
| Système conventionnel de signes propre à une communauté |
Langue
Complète le tableau :
| Parole |
Usage individuel et concret qu’un locuteur fait de la langue.
Complète le tableau :
| Signifiant |
Image acoustique ou forme sonore du signe.
Complète le tableau :
| Concept ou idée associé au signifiant |
Signifié
Maintenant, on passe la seconde : des questions comme en DS ou au bac. Tu vas devoir analyser, comparer, argumenter. Montre ce que tu sais.
1. Explique la différence entre langage humain et communication animale en mobilisant au moins un argument de Descartes.
Descartes remarque que les animaux peuvent émettre des signaux exprimant leurs passions, mais qu’ils ne sont jamais capables d’« arranger ensemble des paroles pour répondre au sens de ce qu’on dit ». Cette combinatoire libre des signes est propre à l’homme et témoigne d’une pensée capable de s’adapter à toute situation nouvelle, alors que les codes animaux sont liés mécaniquement à des circonstances fixes.
2. Pourquoi peut-on dire que le langage est un fait de culture ?
Parce qu’aucun être humain n’invente sa langue de manière innée : il l’apprend au sein d’une communauté, par transmission et éducation. De plus, le lien entre les mots et les idées est conventionnel (arbitraire), non naturel : preuve en est la diversité des langues.
3. Montre la double fonction du langage : communiquer et penser. Appuie-toi sur un exemple.
Le langage permet d’abord de transmettre des informations et de partager des pensées déjà constituées (communiquer). Mais il est aussi l’instrument qui permet de fixer et d’organiser les idées : par exemple, quand je cherche à comprendre une notion en l’expliquant à quelqu’un, je la clarifie en la formulant. Comme dit Hegel, c’est dans le mot que nous pensons.
4. Lis cet extrait de Hegel (Philosophie de l’esprit) : « C’est dans le nom que nous pensons. […] Vouloir penser sans les mots, c’est une tentative insensée. » Explique ce que cela implique pour le rapport entre langage et pensée.
Cela signifie que le langage n’est pas un simple vêtement de la pensée, mais sa condition même : sans mots pour désigner et distinguer les concepts, la pensée reste confuse et ne peut accéder à une véritable conscience d’elle-même. Le mot donne une existence stable à l’idée.
5. Bergson considère que le langage est souvent infidèle à notre vie intérieure. Explique pourquoi et donne un exemple concret.
Pour Bergson, les mots sont généraux et figés alors que nos états intérieurs sont singuliers et mouvants. Par exemple, dire « je suis triste » gomme toutes les nuances de l’émotion, comme la mélancolie douce ou la peine déchirante. Le langage plaque une étiquette uniforme sur du vécu qualitatif et personnel.
On pousse le bouchon un peu plus loin. Ces exercices te préparent déjà à la réflexion de niveau supérieur : comparer des thèses, explorer les limites du langage, voire imaginer des dialogues philosophiques.
1. Confronte Descartes et Hegel : pour Descartes, le langage manifeste une pensée déjà présente ; pour Hegel, il la constitue. Laquelle de ces deux thèses te paraît la plus juste ? Justifie en mobilisant des arguments du cours.
Exemple de réponse : Les deux thèses ne s’excluent pas entièrement. Descartes a raison de souligner que le langage révèle une intériorité : nous parlons pour exprimer ce que nous pensons. Mais Hegel montre que sans langage, cette intériorité ne serait peut-être que murmure indistinct. C’est en cherchant nos mots que nous saisissons nos propres idées. Ainsi, le langage est à la fois expression et élaboration. On peut donc estimer que la thèse hégélienne prolonge et approfondit l’intuition cartésienne.
2. Bergson dénonce la trahison du langage : les mots, communs et abstraits, ne peuvent restituer la singularité du vécu. Pourtant, certains écrivains (Proust, par exemple) essaient de faire dire à la langue ce qu’elle ne dit pas d’ordinaire. En t’appuyant sur un exemple personnel, montre en quoi le langage ordinaire peut appauvrir une expérience, et comment un usage poétique de la langue peut tenter de la recréer.
Exemple : Si je regarde un coucher de soleil, dire « c’est beau » est trop pauvre : cela ne capture ni les nuances d’orange, ni la sensation d’apaisement. Un poète pourra, au contraire, associer des images comme « un brasier liquide qui s’éteint », enrichissant l’expérience du lecteur. Bergson nous alerte sur ce qu’on perd, mais la création littéraire montre que le langage peut aussi se réinventer pour se rapprocher du singulier.
3. Imagine un dialogue entre un partisan de l’arbitraire du signe (Saussure) et un défenseur des onomatopées. Ce dernier pense que certains mots imitent directement la nature (ex. « cocorico »). Rédige un échange de 4-5 répliques qui fait apparaître les limites de l’argument naturaliste.
Saussure : Vous prétendez que « cocorico » reproduit le chant du coq, mais un coq anglais chante « cock-a-doodle-doo ». Ce n’est pas la même imitation, donc le lien reste conventionnel.
Partisan des onomatopées : Certes, les langues divergent, mais il y a tout de même une intention imitative : le mot ressemble à ce qu’il désigne.
Saussure : Croire que la ressemblance est naturelle est un leurre : c’est toujours notre système linguistique qui nous fait entendre une ressemblance. Nous interprétons les sons de la nature à travers le filtre de notre langue.
Partisan : Pourtant, un enfant qui ne parle pas encore produit des sons vocaliques proches de « bêê » pour un mouton. N’est-ce pas spontané ?
Saussure : Même ces productions sont modelées par l’entourage qui les sanctionne et les normalise. La convention rattrape vite l’instinct. Ainsi, l’arbitraire n’est pas contredit par des exceptions marginales, il est le principe même du signe linguistique.