Philosophie · Terminale

La conscience

Pas de panique ! Même si tu n'as jamais entendu parler de la conscience en cours, on va voir l'essentiel pour ton contrôle. La conscience, c'est ce qui fait de toi un sujet pensant. On part de zéro, avec les prérequis indispensables : qu'est-ce qu'un sujet ? Qu'est-ce que se représenter quelque chose ? Tu vas vite piger et être fonctionnel !

Prérequis : sujet et représentation

Avant d'aborder la conscience, assure-toi de bien comprendre ces deux notions :

  • Un sujet : c'est un être capable de dire « je », qui pense, ressent et agit. En philosophie, le sujet s'oppose à l'objet (ce qui est pensé ou perçu).
  • La représentation : c'est l'image mentale que l'on se fait de quelque chose. Se représenter une pomme, c'est avoir en tête l'idée de la pomme, sans qu'elle soit forcément devant toi.

La conscience va lier les deux : c'est le sujet qui se représente quelque chose en sachant qu'il le fait.

Sujet (Je)MoiReprés.ObjetPomme

Qu'est-ce que la conscience ?

Le mot « conscience » vient du latin cum scientia, qui signifie « avec savoir ». Avoir conscience, c'est donc savoir que l'on perçoit, pense ou ressent quelque chose. Autrement dit, c'est se représenter une chose en sachant qu'on se la représente. Par exemple, si tu regardes un chat, tu sais que c'est toi qui regardes ce chat ; tu ne te contentes pas de voir passivement.

La conscience a deux dimensions principales :

  • Une dimension psychologique : le simple fait de percevoir, sentir ou penser (ex. : j'ai faim, je vois du bleu).
  • Une dimension morale : la capacité de juger ce qui est bien ou mal (ex. : je sais que voler est interdit).

On distingue aussi la conscience immédiate (quand on est absorbé dans une action sans y réfléchir) et la conscience réfléchie (quand on prend du recul et qu'on s’observe penser ou agir).

À toi de jouer

1. Complète la phrase avec le mot latin manquant : Le mot « conscience » vient du latin qui signifie « avec savoir ».
Corrigé
Le mot « conscience » vient du latin cum scientia qui signifie « avec savoir ».
2. Complète : Avoir conscience, c'est se quelque chose en sachant qu'on se la .
Corrigé
Avoir conscience, c'est se représenter quelque chose en sachant qu'on se la représente.
3. Coche les situations où il y a une conscience : Regarder un paysage Dormir profondément Se souvenir d'un événement Être sous anesthésie générale
Corrigé
Il y a conscience quand on regarde un paysage (on perçoit et on sait qu'on perçoit) et quand on se souvient (on fait revenir une représentation à l'esprit). Dormir profondément ou être sous anesthésie sont des états sans conscience.

Tu as déjà entendu ces mots ? Normal, on les a utilisés au palier précédent. Ici, on remet de l'ordre et on installe une méthode pour ne plus confondre les deux sens du mot « conscience » (psychologique et moral) et pour distinguer immédiat de réfléchi. Prêt à structurer tout ça ?

Rappel structuré

En philosophie, le terme « conscience » désigne toujours le pouvoir de se représenter quelque chose en sachant qu'on se le représente. Mais il recouvre deux aspects :

  • Conscience psychologique : capacité à éprouver des sensations, des émotions, des pensées, et à en avoir conscience. Exemple : « Je sens la chaleur du soleil. »
  • Conscience morale : capacité à porter un jugement de valeur (bien/mal) sur ses actes ou ceux d'autrui. Exemple : « J'ai honte d'avoir menti. »

Par ailleurs, la conscience peut être :

  • Immédiate : je suis absorbé par ce que je fais ; je ne me regarde pas en train de le faire. Exemple : taper sur un clavier quand on maîtrise la dactylo.
  • Réfléchie : je prends du recul et je m’observe penser ou agir. C’est la conscience qui se prend elle-même pour objet. Exemple : se demander « pourquoi ai-je dit cela ? ».

Méthode pour s'y retrouver

Pour identifier de quoi on parle dans un énoncé, pose-toi trois questions :

  1. Le texte décrit-il un ressenti, une perception, une pensée ? → conscience psychologique.
  2. Le texte évoque-t-il un jugement de valeur, une règle morale, une approbation intérieure ? → conscience morale.
  3. Le texte montre-t-il quelqu'un absorbé (immédiate) ou en train de s'analyser (réfléchie) ?

Entraînons-nous avec des exercices à trous.

À toi de jouer

1. Pour chaque phrase, indique s'il s'agit de conscience psychologique (P) ou morale (M) en complétant le carré :
1. « J'ai mal au ventre. » →
2. « Je sais que mentir est mal. » →
3. « Je suis triste. » →
4. « Je regrette d'avoir été égoïste. » →
Corrigé
1. P (il s'agit d'une sensation interne) ; 2. M (jugement moral) ; 3. P (émotion ressentie) ; 4. M (regret lié à un jugement moral).
2. Complète avec « immédiate » ou « réfléchie » :
Quand je joue du piano sans réfléchir, ma conscience est .
Quand je me demande pourquoi j’ai choisi cette pièce, ma conscience devient .
Corrigé
Quand je joue du piano sans réfléchir, ma conscience est immédiate.
Quand je me demande pourquoi j’ai choisi cette pièce, ma conscience devient réfléchie.
3. Lis ce petit texte : « En marchant, je pense à mon travail. Soudain, je réalise que je suis en train de marcher et je me félicite d'avoir pris cette habitude de faire de l'exercice. »
Identifie la forme de conscience dans chaque partie :
« En marchant, je pense à mon travail. » → conscience (psychologique / morale) et (immédiate / réfléchie) car je suis absorbé.
« Je réalise que je suis en train de marcher... » → conscience (psychologique / morale) et (immédiate / réfléchie) car je m'observe.
« Je me félicite... » → conscience (psychologique / morale) car j'émets un jugement (bien ou mal).
Corrigé
« En marchant, je pense à mon travail. » → conscience psychologique et immédiate car je suis absorbé.
« Je réalise que je suis en train de marcher... » → conscience psychologique et réfléchie car je m'observe.
« Je me félicite... » → conscience morale car j'émets un jugement (bien ou mal).

Maintenant que tu as la méthode, on répète pour que ça devienne un automatisme. Cinq mini-exercices, quasiment identiques, pour être sûr que tu ne confondras plus jamais psychologique et moral, immédiat et réfléchi. Prêt pour le marathon ?

À toi de jouer

1. Exercice 1 : « Je sens le chaud. » → conscience (psychologique ou morale ?) et (immédiate ou réfléchie ?).
Corrigé
psychologique, immédiate (sensation simple sans jugement moral, absorbé).
2. Exercice 2 : « J'estime qu'il est injuste de tricher. » → conscience (psychologique ou morale ?) et (immédiate ou réfléchie ?).
Corrigé
morale, réfléchie (jugement de valeur et position réflexive : on évalue).
3. Exercice 3 : « Je tape sur mon clavier en pensant à autre chose. » → conscience (psychologique ou morale ?) et (immédiate ou réfléchie ?).
Corrigé
psychologique, immédiate (activité machinale, absorbée).
4. Exercice 4 : « Je m’interroge : pourquoi ai-je agi ainsi ? » → conscience (psychologique ou morale ?) et (immédiate ou réfléchie ?).
Corrigé
psychologique (ou morale selon contexte, mais ici interrogation neutre sur soi) mais plutôt psychologique et réfléchie.
5. Exercice 5 : « Je ressens une profonde joie. » → conscience (psychologique ou morale ?) et (immédiate ou réfléchie ?).
Corrigé
psychologique, immédiate (émotion vécue, sans recul).

C'est l'heure du niveau attendu en contrôle. On va maintenant analyser le rôle de la conscience dans l'identité (Descartes), ses limites et son lien avec la liberté. Les exercices te demandent de rédiger un peu plus, mais tu as toutes les cartes en main.

Conscience et identité : le cogito de Descartes

Dans les Méditations métaphysiques (1641), Descartes cherche une certitude absolue. Il imagine qu’un malin génie le trompe sur tout. Même dans le doute le plus radical, il constate que, puisqu’il doute, il pense, et donc il existe : « je pense, donc je suis » (cogito, ergo sum). La conscience de sa propre pensée est ainsi la première certitude, le fondement du sujet.

Les limites de la conscience

La conscience n’est pas toujours transparente. Nos actions sont parfois dictées par des habitudes, des désirs ou des émotions dont nous n’avons pas pleinement conscience. Ce que je crois savoir de moi peut donc être partiel ou trompeur. La philosophie interroge : jusqu’où puis-je me connaître par ma seule conscience ?

Conscience et liberté

Être conscient de ses actes est la condition de la responsabilité. Si je sais ce que je fais, je peux en répondre, choisir, délibérer, plutôt que de subir. La conscience rend donc possible la liberté morale.

À toi de jouer

1. Complète le résumé du cogito : Descartes affirme que même si je de tout, je ne peux pas douter que je , donc je . Cette certitude immédiate s’appelle le .
Corrigé
Descartes affirme que même si je doute de tout, je ne peux pas douter que je pense, donc je suis. Cette certitude immédiate s’appelle le cogito.
2. Explique en deux phrases pourquoi la conscience est le fondement de l’identité personnelle selon Descartes.
Corrigé
Selon Descartes, la conscience de penser est la première chose dont je sois absolument certain. C’est par cette conscience que je me saisis comme un « je » qui existe, ce qui fonde mon identité de sujet pensant, indépendamment de mon corps ou du monde extérieur.
3. Donne un exemple concret où ta conscience peut être « partielle ou trompeuse », comme le dit le cours.
Corrigé
Je peux dire que j’ai agi par gentillesse, alors qu’en réalité je cherchais la reconnaissance. Ma conscience immédiate de mon intention était partielle ou trompeuse.
4. Quel lien le cours établit-il entre conscience et liberté ? Complète : Avoir conscience de ce que l’on fait permet de , de et d’agir librement, plutôt que de .
Corrigé
Avoir conscience de ce que l’on fait permet de choisir, de délibérer et d’agir librement, plutôt que de subir.
5. Rédige une brève réponse à cette question : Selon toi, la simple conscience de soi garantit-elle une connaissance parfaite de soi ? Justifie en t’appuyant sur le cours.
Corrigé
Non, la simple conscience de soi ne garantit pas une connaissance parfaite, car nous pouvons être conscients de nos pensées sans en comprendre les véritables motifs. Des forces inconscientes (habitudes, désirs ignorés) peuvent influencer nos actes, rendant notre introspection partielle. Le cours souligne que « la conscience que nous avons de nous-mêmes peut donc être partielle ou trompeuse ». Ainsi, se connaître exige peut-être plus que la conscience spontanée.

Bravo, tu maîtrises la notion au programme ! Mais la conscience cache encore des mystères que tu pourrais explorer l’année prochaine. On ouvre deux portes : celle de l’inconscient (et si tout n’était pas accessible à la conscience ?) et celle du problème des autres esprits (comment savoir qu’autrui est conscient comme moi ?). Ces questions dépassent le cadre, mais elles t’aideront à prendre de l’avance.

Au-delà de la conscience : l’inconscient

Notre cours évoque que « nous ne connaissons pas toujours clairement les raisons de ce que nous faisons ». Certains philosophes, comme Freud, ont développé l’idée qu’une partie de notre vie psychique échappe radicalement à la conscience : c’est l’inconscient. Nos désirs refoulés, nos souvenirs oubliés agiraient en nous sans que nous le sachions. Cette hypothèse remet en cause la transparence de la conscience.

Le problème des autres esprits

Puisque je n’ai directement accès qu’à ma propre conscience, comment puis-je être sûr que les autres êtres humains sont conscients comme moi ? Je les vois agir, parler, mais je ne perçois jamais leurs pensées. C’est le problème des autres esprits. Il ouvre des débats sur l’intersubjectivité et les limites de notre connaissance d’autrui.

À toi de jouer

1. Imagine un cas où une personne agit d’une manière qui semble contraire à ses convictions affichées. En t’inspirant de l’idée d’inconscient, propose une explication qui ne se contente pas de la conscience immédiate.
Corrigé
Une personne peut répéter qu’elle méprise l’argent mais travailler sans cesse pour s’enrichir. Sa conscience morale affiche une valeur, mais un désir inconscient de reconnaissance sociale ou de sécurité pourrait la pousser à agir autrement. L’inconscient expliquerait cette contradiction entre le dire conscient et le faire.
2. Discussion : Penses-tu que l’on puisse prouver avec certitude qu’un autre être humain est conscient, ou devons-nous nous contenter de le supposer ? Appuie-toi sur l’idée du problème des autres esprits.
Corrigé
On ne peut pas avoir de preuve directe, car la conscience d’autrui n’est pas perceptible. Mais on peut le supposer par analogie avec notre propre comportement : comme l’autre agit, parle et exprime des émotions comme moi, il est raisonnable de lui prêter une conscience. Cependant, cette analogie reste une supposition, pas une certitude absolue, ce qui rend le problème philosophique.
3. En quoi la notion d’inconscient pourrait-elle complexifier le lien entre conscience et liberté que nous avons vu au palier 4 ?
Corrigé
Si une partie de mes actes est dictée par des forces inconscientes que je ne maîtrise pas, alors ma liberté pourrait être réduite. Être conscient de mes motifs ne suffit pas si ces motifs eux-mêmes sont inconscients. La liberté exigerait peut-être non seulement la conscience, mais aussi la capacité de rendre conscient ce qui est inconscient (comme en psychanalyse). Cela retarde l’idée simple d’une volonté entièrement maîtresse d’elle-même.