Philosophie · Terminale

L'État

Tu n'as jamais mis les pieds dans le chapitre sur l'État, mais le contrôle arrive. Pas de panique : on va aux fondamentaux. Pour comprendre l'État, il faut d'abord savoir ce que sont la morale et la politique, car l'État est au croisement des deux. Allez, c'est parti !

Prérequis : morale et politique

La morale s’interroge sur ce qu’il faut faire pour être juste et bon ; elle distingue le bien du mal. La politique réfléchit à l’organisation de la vie en société et à la manière d’exercer le pouvoir. L’État est une institution politique qui a aussi une dimension morale (il doit être juste).

Qu’est-ce que l’État ?

L’État est l’ensemble des institutions (gouvernement, administration, lois, force publique) qui exercent l’autorité sur une population et un territoire. Il faut le distinguer de :

  • La société : ensemble des individus liés par des relations et des échanges ; elle peut exister sans être organisée politiquement.
  • Le pouvoir politique : capacité de commander et d’être obéi ; l’État en est la forme institutionnalisée et durable.
ÉtatPouvoir politiqueSociétéinstitutionnaliseexerce sur

À toi de jouer

1. Complète les définitions : (a) La morale est la réflexion sur ce qui distingue le $\underline{\hspace{1.1em}}$ du mal. (b) La politique s’occupe de l’organisation de la $\underline{\hspace{1.1em}}$ et du $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé
(a) bien (b) société ; pouvoir.
2. Associe chaque terme à sa définition en complétant : - L’État correspond à la définition $\underline{\hspace{1.1em}}$. - La Société correspond à $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Le Pouvoir politique correspond à $\underline{\hspace{1.1em}}$. Définitions : A. Capacité de commander et d’être obéi. B. Ensemble des institutions qui exercent l’autorité sur un territoire. C. Ensemble des individus liés par des relations.
Corrigé
L’État : B La Société : C Le Pouvoir politique : A
3. Vrai ou faux ? « La société ne peut exister sans État. » Justifie en une phrase.
Corrigé
Faux. Une société peut exister sans être organisée politiquement (par exemple, une communauté traditionnelle). L’État est une forme spécifique d’organisation politique.

Tiens, ça te revient ? On remet tout en ordre. Le cœur du problème : pourquoi accepte-t-on d’obéir à l’État, alors que ça limite notre liberté ? On entre dans la légitimité du pouvoir. Tu te souviens de Hobbes et Rousseau ? On va revoir ça calmement.

Le problème de la légitimité

Obéir à l’État semble limiter notre liberté. Le problème est donc de justifier cette obéissance : pourquoi devrions-nous nous soumettre ? Il faut distinguer l’obéissance par contrainte (la force) et l’obéissance par devoir (le droit). Un État légitime doit être justifié moralement et rationnellement.

L’hypothèse du contrat social

Plusieurs philosophes expliquent l’origine de l’État par un contrat : les hommes, vivant d’abord sans pouvoir commun (l’état de nature), conviendraient de se soumettre à une autorité commune. Cette hypothèse ne décrit pas un fait historique, mais éclaire ce qui fonde en droit l’obéissance.

État de natureContrat socialÉtat civil

Hobbes : la sécurité avant tout

Dans le Léviathan (1651), Thomas Hobbes décrit un état de nature où règne « la guerre de tous contre tous » et où la vie est constamment menacée. Pour en sortir, les hommes renoncent à leur droit illimité et le transfèrent à un souverain tout-puissant. L’État garantit alors la sécurité.

Rousseau : obéir à soi-même

Dans Du contrat social (1762), Jean-Jacques Rousseau cherche une forme d’association où chacun, « s’unissant à tous », n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste libre. La légitimité du pouvoir repose sur la volonté générale, c’est-à-dire la volonté du peuple visant l’intérêt commun. Le citoyen qui obéit à des lois auxquelles il a consenti obéit à lui-même.

La force ne suffit pas

Rousseau souligne : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. » La contrainte seule peut faire céder, mais elle ne crée aucune obligation morale. Un brigand qui menace oblige à obéir par crainte, non par devoir. La légitimité suppose donc le consentement et la recherche d’un bien commun.

À toi de jouer

1. Complète le schéma du contrat social : État de $\underline{\hspace{1.1em}}$ (sans pouvoir commun) $\xrightarrow{\text{contrat}}$ État $\underline{\hspace{1.1em}}$ (avec lois et autorité).
Corrigé
État de nature ; État civil.
2. Relis les extraits suivants et identifie l’auteur : A. « La guerre de tous contre tous » → $\underline{\hspace{1.1em}}$ B. « La volonté générale » → $\underline{\hspace{1.1em}}$
Corrigé
A. Hobbes ; B. Rousseau.
3. Complète la citation de Rousseau : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le $\underline{\hspace{1.1em}}$, s’il ne transforme sa force en $\underline{\hspace{1.1em}}$ et l’obéissance en $\underline{\hspace{1.1em}}$. »
Corrigé
maître ; droit ; devoir.

C’est parti pour cinq exercices quasi identiques, histoire de graver les idées dans ta tête. Prêt ? À chaque fois, il suffit de compléter avec le bon mot. Tu verras, c’est tout simple.

À toi de jouer

1. Selon Hobbes, sans État, les hommes vivent dans un état de $\underline{\hspace{1.1em}}$ permanent.
Corrigé
guerre
2. Pour Rousseau, la légitimité de l’État repose sur la $\underline{\hspace{1.1em}}$ générale.
Corrigé
volonté
3. Hobbes considère que la fonction première de l’État est d’assurer la $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé
sécurité
4. D’après Rousseau, le citoyen qui obéit à la loi voulue par tous obéit à $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé
lui-même
5. La force peut contraindre, mais elle ne crée pas de devoir $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé
moral

On passe aux choses sérieuses : le niveau contrôle. Ces exercices sont typiques de ce que tu pourrais avoir au bac. Prends le temps de bien argumenter, cite les auteurs, sois précis.

À toi de jouer

1. Distinguer : Définissez l’État, la société et le pouvoir politique en montrant leurs rapports.
Corrigé
L’État est l’ensemble des institutions (gouvernement, administration, lois, force publique) qui exercent l’autorité sur une population et un territoire. La société est l’ensemble des individus liés par des relations d’échange ; elle peut exister sans État. Le pouvoir politique est la capacité de commander et d’être obéi ; l’État en est la forme institutionnalisée et durable. Ainsi, l’État exerce le pouvoir politique sur la société, organisant cette dernière par des lois.
2. Expliquez le texte suivant : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. » (Rousseau) En quoi cette phrase remet-elle en cause la simple force comme fondement de l’autorité ?
Corrigé
Rousseau montre que la soumission par la force est instable : même le plus fort peut être renversé. Surtout, la force ne crée aucune obligation morale : on obéit par crainte, non par devoir. Pour que l’obéissance soit légitime, il faut qu’elle repose sur le consentement et la reconnaissance d’un droit. Le pouvoir légitime doit donc transformer la force en autorité juridique, c’est-à-dire fonder l’obéissance sur un pacte et le bien commun.
3. Comparez Hobbes et Rousseau : Quel est, pour chacun, le but du contrat social et le fondement de l’obéissance ?
Corrigé
Pour Hobbes, le contrat social a pour but de garantir la sécurité en sortant de l’état de guerre. Les hommes transfèrent tous leurs droits à un souverain absolu ; l’obéissance est fondée sur la crainte et la nécessité de la paix. Pour Rousseau, le contrat social doit préserver la liberté : l’association politique repose sur la volonté générale. En obéissant à la loi que le peuple s’est donnée, le citoyen n’obéit qu’à lui-même ; l’obéissance est donc compatible avec la liberté.
4. L’État est-il nécessairement au service du bien commun ? Vous répondrez en mobilisant les auteurs.
Corrigé
Selon Hobbes, l’État garantit la sécurité, condition minimale du bien commun. Selon Rousseau, l’État, fondé sur la volonté générale, doit promouvoir l’intérêt commun et non des intérêts particuliers. Cependant, l’histoire montre que l’État peut servir des intérêts particuliers (tyrannie, oligarchie). Ainsi, si l’État a pour vocation le bien commun, il n’y parvient que s’il est légitime et contrôlé par les citoyens.
5. Identifiez la thèse : « Ainsi, pour sortir de cette misérable condition de guerre, les hommes se dépouillent de leur droit naturel de se gouverner eux-mêmes et le transfèrent à un homme ou à une assemblée d’hommes, en qui ils placent l’autorité souveraine. » De quel auteur s’agit-il ? Justifiez.
Corrigé
Il s’agit de Hobbes. La mention de la « guerre » comme état naturel, le transfert total des droits à un souverain unique (homme ou assemblée) sont caractéristiques de sa théorie du contrat social exposée dans le Léviathan.

Tu veux prendre de l’avance l’année prochaine ? On va pousser la réflexion au-delà du programme. Tu vas interroger les limites du contrat social et découvrir d’autres justifications de l’État. Prêt à philosopher encore plus loin ?

À toi de jouer

1. L’état de nature : réalité ou fiction ? Discutez l’usage de cette notion chez Hobbes et Rousseau. Que risque-t-on à prendre une fiction pour une description historique ?
Corrigé
L’état de nature est une fiction théorique, un outil philosophique. Chez Hobbes, il sert à montrer la nécessité de l’État : sans lui, la vie serait un chaos. Chez Rousseau, l’état de nature n’est pas une guerre mais une condition paisible ; la décadence vient de la société. Prendre cette fiction pour une réalité historique conduirait à justifier un pouvoir autoritaire en arguant que l’homme est naturellement mauvais. Or, le contrat social n’est pas un fait historique mais une hypothèse sur la source du droit.
2. La volonté générale peut-elle devenir une tyrannie ? Imaginez une objection à Rousseau : comment éviter que la majorité n’impose sa volonté à une minorité ? (Pensez à Tocqueville et la « tyrannie de la majorité ».)
Corrigé
Rousseau distingue la volonté générale (qui vise le bien commun) de la volonté de tous (somme des intérêts particuliers). Mais en pratique, comment s’assurer que la majorité exprime bien la volonté générale et non ses intérêts propres ? Le risque est que la majorité opprime une minorité. Pour y remédier, on peut prévoir des droits fondamentaux intangibles, ou un système de délibération et de contre-pouvoirs (comme le propose le constitutionnalisme moderne). Tocqueville a mis en garde contre cette tyrannie de la majorité dans les démocraties.
3. L’État doit-il rester neutre ou promouvoir une vie bonne ? En vous appuyant sur Hobbes et Rousseau, débattez de la finalité de l’État.
Corrigé
Hobbes semble défendre un État minimal : sa seule mission est d’assurer la sécurité, sans imposer de conception du bien. Rousseau, au contraire, assigne à l’État une finalité morale : réaliser la liberté et l’égalité par la volonté générale, ce qui suppose de promouvoir la vertu civique. Ce débat se poursuit aujourd’hui entre libéraux (l’État doit être neutre) et républicains (l’État doit éduquer le citoyen). On peut aussi penser que l’État ne peut être totalement neutre, car toute loi porte des valeurs.