Philosophie · Terminale

Le devoir

Tu n'as jamais mis les pieds dans ce chapitre, et pourtant le contrôle approche ? Pas de stress. On va décortiquer le devoir depuis le début, en s'appuyant sur ce que tu sais déjà sans le savoir. On commence par rafraîchir trois notions clés, puis on entre dans le vif du sujet avec une explication simple et efficace.

Les prérequis indispensables

Avant d'attaquer le devoir, on fait le point sur trois idées fondamentales :

  • Distinguer ce qui est et ce qui doit être : constater un fait (ex. : il pleut) ne te dit pas ce que tu dois faire (prendre un parapluie ?). En philo, on ne peut pas déduire directement une obligation morale à partir d'un simple constat.
  • La liberté : agir par devoir suppose que tu sois libre, c'est-à-dire capable de résister à tes envies ou à tes intérêts immédiats. Sans liberté, pas de devoir.
  • La notion d'obligation : une obligation, c'est une contrainte qui s'impose à toi, mais il en existe plusieurs sortes (physique, juridique, morale).

Qu'est-ce que le devoir ?

Le devoir, c'est ce qu'on doit faire, indépendamment de ce qu'on désire. Il introduit dans nos vies un « il faut » qui s'impose à notre volonté. Traditionnellement, on distingue trois types d'obligations :

  1. L'obligation morale (ou devoir moral) : ce que ma conscience exige, par exemple ne pas mentir.
  2. L'obligation juridique : ce que la loi de l'État impose, par exemple payer ses impôts.
  3. La contrainte physique : une nécessité naturelle, par exemple devoir dormir pour survivre.

Le devoir moral est le plus intéressant : il n'est pas imposé par une force extérieure, mais par notre raison. Il suppose la liberté. Le philosophe David Hume (XVIIIᵉ siècle) a souligné un point crucial : on ne peut pas passer directement d'une proposition qui décrit un fait (« est ») à une proposition qui prescrit un devoir (« doit »). Ce passage illégitime est connu sous le nom de problème est/doit ou « guillotine de Hume ».

À toi de jouer

1.

Complète avec le type d'obligation qui convient (obligation morale, obligation juridique ou contrainte physique) :

  • Être arrêté par la police si l'on vole → $\underline{\hspace{1.1em}}$
  • Ressentir le besoin de respirer → $\underline{\hspace{1.1em}}$
  • Éprouver du remords après avoir menti → $\underline{\hspace{1.1em}}$
Corrigé
  • obligation juridique
  • contrainte physique
  • obligation morale

Petite explication : la menace d'une sanction légale relève du juridique ; le besoin de respirer est une contrainte naturelle ; le remords traduit une exigence intérieure, donc morale.

2.

Hume a montré qu'on ne peut pas déduire un devoir à partir d'un fait brut. Complète la phrase :

On ne peut pas passer sans justification d'une proposition en « $\underline{\hspace{1.1em}}$ » (ex. : « mentir est une pratique courante ») à une proposition en « $\underline{\hspace{1.1em}}$ » (ex. : « tu ne dois pas mentir »). C'est le problème $\underline{\hspace{1.1em}}$/$\underline{\hspace{1.1em}}$.

Corrigé

On ne peut pas passer sans justification d'une proposition en « est » à une proposition en « doit ». C'est le problème est / doit.

Hume souligne qu'un constat factuel ne fournit pas par lui-même une norme morale.

3.

Pour chaque situation, indique si ce qui est en jeu est un devoir ou un simple désir. Pour cela, demande-toi si l'agent agit par obligation ou par inclination.

1. Lucas donne un euro à un SDF parce qu'il se sent coupable sinon. → $\underline{\hspace{1.1em}}$

2. Emma fait ses devoirs de maths parce qu'elle adore calculer. → $\underline{\hspace{1.1em}}$

3. Karim dit toujours la vérité, même si ça lui coûte, par respect pour la vérité. → $\underline{\hspace{1.1em}}$

Corrigé

1. Devoir (il obéit à une pression intérieure).
2. Désir (elle suit son goût personnel).
3. Devoir (il agit par principe, pas par plaisir).

Le devoir implique souvent de surmonter une inclinaison ; le désir, lui, est spontané.

Te voilà en terrain un peu plus familier. Tu te souviens de Kant et de son impératif catégorique ? On va reprendre ça calmement, avec la méthode pas-à-pas pour bien distinguer agir <em>par</em> devoir et agir <em>conformément</em> au devoir. Après ce palier, « Fais ton devoir ! » n'aura plus du tout le même sens.

Kant : la valeur morale d'une action

Pour Kant, la valeur morale d'une action ne dépend ni de ses conséquences, ni des inclinations de l'agent, mais du principe qui la motive. Il faut distinguer :

  • Agir conformément au devoir : l'action est extérieurement conforme à la loi morale, mais elle est motivée par un intérêt ou une inclination (par exemple, un commerçant qui rend la monnaie exacte pour ne pas perdre ses clients). L'action est légale, mais pas morale.
  • Agir par devoir : l'action est accomplie uniquement par respect pour la loi morale, par pur devoir, sans autre mobile. Seule cette motivation donne une valeur morale.

Kant l'exprime ainsi : « Une action accomplie par devoir tire sa valeur morale non pas du but qui doit être atteint par elle, mais de la maxime d'après laquelle elle est décidée. »

Les deux impératifs

Kant distingue :

  • L'impératif hypothétique : commande un moyen en vue d'une fin. Il dit : « Si tu veux X, alors fais Y. » Exemple : « Si tu veux réussir ton bac, tu dois réviser. »
  • L'impératif catégorique : commande absolument, sans condition ni but extérieur. Il est la forme même du devoir. Kant l'énonce ainsi : « Agis seulement d'après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. »

Une autre formulation, dite de l'humanité, précise : « Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »

Le devoir repose donc sur l'autonomie : la volonté se donne à elle-même sa loi par la raison, au lieu d'être déterminée par une cause extérieure (hétéronomie : désir, autorité, récompense).

Impératif hypothétiqueSi tu veux X, fais Y(conditionnel)Impératif catégoriqueFais ton devoir !(inconditionnel)Tous deux commandent, mais seul le second est moral.

Méthode pas-à-pas : reconnaître un devoir selon Kant

Pour déterminer si une action est moralement bonne au sens kantien :

  1. Identifie la maxime (le principe subjectif) de l'action.
  2. Demande-toi si tu peux vouloir que cette maxime devienne une loi universelle (que tout le monde l'adopte).
  3. Si tu ne peux pas la vouloir sans contradiction (par exemple, le mensonge ne peut être universalisé car il détruirait la confiance nécessaire au mensonge même), alors l'action est interdite. Si tu peux la vouloir, elle est moralement permise, et si elle est accomplie par pur respect pour cette loi, elle a une valeur morale.

À toi de jouer

1.

Complète avec par devoir ou conformément au devoir :

Un avocat défend un client parce qu'il est payé pour cela : il agit $\underline{\hspace{1.1em}}$ au devoir, car son mobile est l'intérêt. En revanche, s'il le défend parce qu'il croit que tout individu a droit à une défense, même gratuitement, il agit $\underline{\hspace{1.1em}}$.

Corrigé

Un avocat défend un client parce qu'il est payé : il agit conformément au devoir. S'il le défend par conviction, il agit par devoir.

2.

Voici trois impératifs. Indique pour chacun s'il est hypothétique ou catégorique (complète avec H ou C) :

  1. « Ne mens jamais. » → $\underline{\hspace{1.1em}}$
  2. « Si tu veux perdre du poids, évite les sucreries. » → $\underline{\hspace{1.1em}}$
  3. « Tu dois respecter la dignité de toute personne. » → $\underline{\hspace{1.1em}}$
Corrigé
  1. C (catégorique : inconditionnel).
  2. H (hypothétique : conditionné au but « perdre du poids »).
  3. C (catégorique : inconditionnel).
3.

Applique la méthode kantienne : le passage clandestin dans le bus. Imagine que tu n'as pas d'argent et que tu veux frauder. Ta maxime : « Quand je suis pressé et sans argent, je peux ne pas payer mon ticket. »

1. Cette maxime peut-elle valoir comme loi universelle ? (S'il y a une contradiction, dis laquelle.) $\underline{\hspace{1.1em}}$

2. L'action est-elle moralement permise selon Kant ? $\underline{\hspace{1.1em}}$

Corrigé

1. Non, il y a contradiction : si tout le monde fraudait, les transports publics ne pourraient plus fonctionner, donc la maxime se détruit elle-même. On ne peut pas vouloir un monde où la fraude est universelle sans que le concept même de transport public disparaisse.

2. L'action n'est pas moralement permise ; c'est un devoir de payer son titre de transport.

On ne lâche rien. C'est l'heure de la répétition mécanique. Cinq exercices qui se ressemblent pour ancrer les réflexes. Tu vas voir, après ça, distinguer un impératif hypothétique d'un catégorique, ce sera comme reconnaître ton plat préféré au self.

À toi de jouer

1.

Exercice 1 — Type d'impératif.

Complète :

  • « Ne vole pas. » → impératif $\underline{\hspace{1.1em}}$
  • « Si tu veux avoir ton code, travaille tes leçons. » → impératif $\underline{\hspace{1.1em}}$
Corrigé

« Ne vole pas. » → impératif catégorique. « Si tu veux avoir ton code... » → impératif hypothétique.

2.

Exercice 2 — Maxime universalisable ?

Complète : Pour Kant, la maxime « ne pas payer ses impôts » $\underline{\hspace{1.1em}}$ être universalisée car si personne ne les payait, l'État $\underline{\hspace{1.1em}}$ plus fonctionner.

Corrigé

Pour Kant, la maxime « ne pas payer ses impôts » ne peut pas être universalisée car si personne ne les payait, l'État ne pourrait plus fonctionner.

3.

Exercice 3 — Motif de l'action.

Une personne aide une mamie à traverser pour que les gens l'admirent. Elle agit $\underline{\hspace{1.1em}}$ au devoir, pas $\underline{\hspace{1.1em}}$.

Corrigé

Elle agit conformément au devoir, pas par devoir.

4.

Exercice 4 — Loi universelle.

Complète : « Agis seulement d’après la maxime grâce à laquelle tu peux $\underline{\hspace{1.1em}}$ en même temps qu’elle devienne une $\underline{\hspace{1.1em}}$ $\underline{\hspace{1.1em}}$. »

Corrigé

« Agis seulement d’après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle. »

5.

Exercice 5 — Distinguer obligation morale et juridique.

Complète :

  • Payer ses amendes est une obligation $\underline{\hspace{1.1em}}$.
  • Tenir ses promesses est un devoir $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé

Payer ses amendes : obligation juridique. Tenir ses promesses : devoir moral.

Bienvenue dans la cour des grands. Ici, les exercices ressemblent à ce que tu pourrais croiser le jour J. Plus de trous pour te guider, c'est toi qui rédiges. Mais tu as tout ce qu'il faut en tête. Garde ton calme, applique la méthode, et souviens-toi : un bon raisonnement vaut mieux qu'une réponse floue.

À toi de jouer

1.

Exercice 1 - Analyse d'un texte de Kant

« Une action accomplie par devoir tire sa valeur morale non pas du but qui doit être atteint par elle, mais de la maxime d'après laquelle elle est décidée ; elle ne dépend donc pas de la réalité de l'objet de l'action, mais uniquement du principe du vouloir selon lequel l'action est produite, abstraction faite de tous les objets de la faculté de désirer. » (Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785)

Explique ce texte en répondant aux questions suivantes :

  1. Quelle distinction fondamentale Kant établit-il ici entre deux manières d'agir ?
  2. Pourquoi, selon ce texte, les conséquences de l'action sont-elles sans importance pour sa valeur morale ?
  3. Donne un exemple concret pour illustrer cette conception.
Corrigé

1. Kant distingue la valeur morale d'une action selon son principe (la maxime, c'est-à-dire l'intention) et selon son but (les conséquences recherchées). Une action peut être conforme au devoir si elle atteint un but louable, mais sa valeur morale dépend uniquement du fait que la volonté se détermine par pur respect du devoir.

2. Pour Kant, la valeur morale réside dans la pureté de l'intention, non dans l'effet produit. Les conséquences sont aléatoires et ne témoignent pas de la bonté de la volonté. Une volonté bonne est bonne en elle-même, même si l'action échoue.

3. Exemple : sauver une personne de la noyade. Si je le fais spontanément par élan de sympathie, mon action a un résultat bon mais n'a pas de valeur morale au sens kantien (c'est une inclination). Si je le fais alors que j'ai peur de l'eau et que personne ne regarde, uniquement parce que je reconnais que c'est mon devoir de porter secours, alors l'action a une valeur morale.

2.

Exercice 2 - Dilemme moral et impératif catégorique

Un ami cache chez lui un innocent pourchassé par des tueurs. Les tueurs frappent à sa porte et demandent : « Est-ce que la personne que nous cherchons est chez toi ? » Doit-il mentir pour sauver l'innocent, ou dire la vérité ?

  1. Quelle serait la position de Kant sur ce cas ?
  2. Pourquoi, selon sa doctrine, le mensonge ne peut-il jamais être moral ?
  3. Présente une critique possible de cette position.
Corrigé

1. Kant soutiendrait que l'on doit dire la vérité, même au risque de mettre en danger l'innocent, car le mensonge est toujours immoral. En effet, la maxime du mensonge ne peut être universalisée : si tout le monde mentait selon son intérêt du moment, la confiance disparaîtrait et le mensonge deviendrait inefficace (plus personne ne croirait personne). Par ailleurs, mentir reviendrait à traiter les tueurs comme de simples moyens pour une fin (sauver l'innocent), ce qui contredit la formule de l'humanité.

2. Pour Kant, mentir est interdit par un devoir parfait (un devoir qui n'admet aucune exception), car il viole la loi morale de manière directe. Le devoir de véracité est inconditionnel : on ne peut faire d'exception selon les circonstances.

3. Critique : on peut objecter que cette morale est trop rigide et aboutit à des conséquences contraires à l'intuition morale commune. Un utilitariste dirait qu'il faut mentir pour maximiser le bien-être (sauver une vie). Certains philosophes (comme Benjamin Constant) soulignent que le devoir de dire la vérité ne vaut qu'envers ceux qui ont droit à la vérité ; or, des tueurs ne sauraient y prétendre.

3.

Exercice 3 - Obligation morale vs obligation juridique

Explique la différence entre une obligation morale et une obligation juridique, en montrant qu'elles n'ont ni la même source ni le même mode de contrainte. Appuie-toi sur un exemple.

Corrigé

L'obligation morale vient de la conscience ou de la raison de l'individu ; elle est intérieure et n'est pas sanctionnée par l'État (son non-respect entraîne culpabilité ou remords). L'obligation juridique émane d'une autorité extérieure (l'État) et est assortie de sanctions légales (amende, prison). Exemple : ne pas voler. Morale : c'est mal de voler car on porte atteinte à la propriété d'autrui, et je m'en voudrais. Juridique : le Code pénal interdit le vol et prévoit une peine. Elles peuvent coïncider (vol interdit moralement et légalement) ou diverger (aider un migrant en situation irrégulière peut être moralement obligatoire mais illégal).

4.

Exercice 4 - Autonomie et hétéronomie

Définis l'autonomie et l'hétéronomie dans la philosophie kantienne. Pourquoi l'autonomie est-elle essentielle à la morale du devoir ?

Corrigé

L'autonomie désigne la capacité de la volonté à se donner à elle-même sa propre loi par la raison, sans être déterminée par des causes extérieures (désirs, autorités). L'hétéronomie est le contraire : la volonté est déterminée par quelque chose d'extérieur (inclinations, pression sociale, commandement divin). Selon Kant, seule l'autonomie rend possible une morale pure : si la volonté obéissait à une loi extérieure, elle ne serait pas libre, et le devoir ne serait pas un impératif de la raison mais une contrainte. Le sujet moral doit être législateur de sa propre conduite, ce qui fonde la dignité humaine.

5.

Exercice 5 - Le problème est/doit

Qu'a montré Hume avec le problème « est/doit » ? En quoi cela concerne-t-il la notion de devoir ?

Corrigé

Hume a observé que de nombreux raisonnements moraux passent subrepticement de prémisses descriptives (ce qui est) à des conclusions normatives (ce qui doit être), sans justification. Par exemple, dire « les êtres humains éprouvent de la souffrance, donc il est mal de faire souffrir » repose sur un passage implicite du fait au devoir. Hume affirme qu'un tel passage nécessite une justification supplémentaire. Cela concerne le devoir car on ne peut pas fonder un devoir uniquement sur des constats empiriques : le devoir requiert un principe qui relève de la raison pratique, non de la simple observation.

Tu veux voir ce qui t'attend après le bac ? Voici un avant-goût des problèmes que tu pourras creuser l'an prochain, en licence de philo, en prépa ou en IEP. On va s'attaquer aux limites de la morale kantienne et voir comment le devoir s'invite dans la politique. C'est le moment de briller en montrant que tu sais prendre du recul.

À toi de jouer

1.

Exercice 1 - Le formalisme en question

Hegel reproche à Kant d'avoir une morale « vide », purement formelle, incapable de dire concrètement ce que l'on doit faire. En effet, l'impératif catégorique ne fournit qu'une procédure (universaliser la maxime), mais pas de contenu.

Explique ce reproche et montre, à l'aide d'un exemple, comment il pourrait empêcher de trancher entre deux devoirs apparemment contradictoires.

Corrigé

Kant définit le devoir par la forme de la loi morale (universalité, nécessité), mais sans préciser quelles fins concrètes sont bonnes. Ainsi, deux maximes pourraient passer le test d'universalisation tout en étant opposées. Par exemple, aider les pauvres ou ne pas les aider pour ne pas encourager l'assistanat : les deux pourraient être universalisables sans contradiction logique (on peut concevoir un monde où personne n'aide, ou un monde où tout le monde aide selon ses moyens). La morale kantienne ne nous dit pas laquelle choisir. Hegel y voit une morale abstraite qui, dans la pratique, risque de légitimer n'importe quel contenu tant qu'il est universalisable. Pour Hegel, le devoir doit s'incarner dans des institutions (famille, société civile, État) qui donnent un contenu concret à l'éthique.

2.

Exercice 2 - Le devoir politique : obéissance à la loi

Rousseau, dans Du contrat social (1762), affirme que le citoyen doit obéir à la volonté générale, c'est-à-dire à la loi qu'il a lui-même contribué à élaborer en tant que membre du souverain. En quoi cette conception du devoir politique se rapproche-t-elle et s'éloigne-t-elle de la conception kantienne du devoir moral ?

Corrigé

Points communs :

  • Les deux conceptions valorisent l'autonomie : chez Rousseau, obéir à la volonté générale, c'est obéir à soi-même en tant que citoyen, donc être libre. Chez Kant, la volonté autonome se donne sa propre loi par la raison.
  • Le devoir n'est pas une contrainte extérieure mais une auto-obligation.
  • Dans les deux cas, le devoir est lié à l'universalité : la volonté générale vise l'intérêt commun, l'impératif catégorique exige l'universalisation de la maxime.

Différences :

  • Chez Rousseau, le devoir politique est collectif et porte sur l'organisation de la cité ; il s'agit d'obéir à des lois positives. Chez Kant, le devoir moral est individuel et repose sur la raison pure pratique, indépendamment de tout contexte social.
  • Kant insiste sur la pureté de l'intention, Rousseau met l'accent sur le contenu de la loi (la volonté générale doit être juste).
  • Pour Kant, l'État de droit et la république sont nécessaires pour garantir la coexistence des libertés, mais le devoir moral reste la norme suprême. Pour Rousseau, le devoir politique se confond avec l'obéissance au corps souverain, ce qui peut poser problème si la majorité se trompe.
3.

Exercice 3 - Conflit de devoirs et éthique appliquée

Dans la vie réelle, il arrive que plusieurs devoirs entrent en conflit (ex. : devoir de ne pas mentir vs devoir de protéger autrui). La morale kantienne semble offrir une hiérarchie rigide (les devoirs parfaits, comme ne pas mentir, priment sur les devoirs imparfaits, comme aider autrui). Penses-tu qu'une telle hiérarchie soit tenable ? Argumente en t'appuyant sur un exemple de ton choix.

Corrigé

Éléments de réponse :

  • Selon Kant, les devoirs parfaits (interdits absolus) excluent toute exception ; on ne peut jamais mentir, même pour une bonne cause. Cela garantit la cohérence morale mais peut heurter le sens commun.
  • Exemple : un médecin doit-il annoncer brutalement la vérité à un patient sur son cancer, sachant que cela va l'anéantir ? Selon Kant, le devoir de véracité est parfait, donc il faudrait dire la vérité. Mais on pourrait arguer que la bienveillance (devoir imparfait) peut tempérer la manière de la dire, sans mentir. Toutefois, si le patient demande « Est-ce grave ? », le mensonge serait immoral.
  • Critique : W. D. Ross propose une théorie des devoirs prima facie (des devoirs conditionnels) qui admettent des conflits et une pondération selon la situation. Cela remet en cause l'absolutisme kantien.
  • Ouverture sur l'année prochaine : tu rencontreras des dilemmes moraux concrets en éthique appliquée (bioéthique, éthique des affaires), où l'on discute de la mise en balance des principes.

La question de la hiérarchie des devoirs reste un débat vif en philosophie morale contemporaine.