Pas de panique : tu as un contrôle sur la dissertation, mais tu n'as jamais vu la méthode ? On va te la résumer en deux temps trois mouvements. Lis bien, fais les petits exercices, et tu auras de quoi te défendre.
Prérequis
Avant de te lancer, sois sûr d'avoir ces bases :
- Tu sais comprendre une question et repérer les mots importants.
- Tu distingues une opinion personnelle (« j'aime / je n'aime pas ») d'un argument (« parce que... »).
- Tu as déjà rencontré en cours des notions comme la liberté, le bonheur, la conscience, l'État, la justice... Ce sont les 17 notions du programme de terminale, et tu vas t'en servir pour raisonner.
Si c'est bon, on passe à l'essentiel.
La dissertation en trois opérations
Une dissertation de philosophie, c'est répondre à une question en construisant un raisonnement. Elle repose sur trois piliers :
- Problématiser : transformer la question en un problème. Montrer qu'elle n'a pas une réponse évidente, qu'il y a une tension entre plusieurs réponses plausibles.
- Conceptualiser : définir précisément les mots importants. Ne pas rester dans le flou, mais distinguer les différents sens d'une notion.
- Argumenter : soutenir chaque idée par une raison logique (un argument) et l'illustrer par un exemple concret.
Ces trois opérations sont indissociables et structurent l'ensemble de ta copie. Pour l'instant, retiens juste leur nom et ce à quoi elles servent.
À toi de jouer
1. Complète les trous avec les mots qui conviennent :
- Problématiser, c'est montrer que la question cache un .
- Conceptualiser, c'est les mots importants.
- Argumenter, c'est ce qu'on avance par des raisons.
Corrigé
Problématiser, c'est montrer que la question cache un problème.
Conceptualiser, c'est définir les mots importants.
Argumenter, c'est justifier ce qu'on avance par des raisons.
2. Sujet : « Peut-on ne pas être libre ? »
Dans cette question, le petit mot important est « ». Il interroge la de ne pas être libre.
Corrigé
le petit mot important est « Peut-on ». Il interroge la possibilité de ne pas être libre.
3. Choisis la bonne définition de « conceptualiser » :
a) raconter une histoire personnelle
b) donner une définition vague d'un mot
c) définir précisément une notion en distinguant ses différents sens
Corrigé
c) définir précisément une notion en distinguant ses différents sens.
Ah, tu commences à te souvenir... Problématiser, conceptualiser, argumenter, ça te dit quelque chose. Parfait, on approfondit. Maintenant, je vais te détailler la méthode pour chaque étape. Avec ça, tu sauras exactement quoi faire devant un sujet.
Méthode pas à pas : Problématiser
Pour transformer un sujet en problème :
- Analyse les termes : décortique chaque mot du sujet, surtout les petits mots. Par exemple, « Peut-on » interroge la possibilité ; « Faut-il » interroge une obligation morale.
- Donne une première réponse évidente (la thèse spontanée).
- Trouve une objection qui la remet en cause.
- Formule la question centrale qui naît de cette opposition : c'est ta problématique.
Exemple avec le sujet « Faut-il toujours dire la vérité ? » : Thèse évidente = oui, car mentir est mal. Objection = mentir peut protéger quelqu'un. Problématique = La vérité est-elle une obligation absolue ou peut-on s'en écarter pour des raisons légitimes ?
Méthode : Conceptualiser
Une notion n'est jamais simple. Il faut la définir avec précision en distinguant plusieurs sens. Par exemple, pour la liberté :
- Sens 1 : liberté comme absence de contrainte (faire ce que l'on veut).
- Sens 2 : liberté comme autonomie (se donner à soi-même sa propre règle).
Opposer ces sens évite les confusions et enrichit l'argumentation. Fais de même pour toutes les notions du programme (bonheur/plaisir, justice/légalité, etc.).
Méthode : Argumenter
Affirmation → Argument → Exemple
Chaque idée doit être justifiée. L'argument est une raison logique ; l'exemple illustre mais ne prouve pas à lui seul. Construis un plan qui progresse : après avoir défendu une première thèse, examine-la de manière critique, puis dépasse l'opposition pour arriver à une réponse nuancée.
À toi de jouer
1. Sujet : « L'État doit-il garantir la liberté ? »
Analyse le sujet en complétant les étapes :
- Le petit mot « » indique une interrogation sur une .
- « L'État » renvoie à la notion politique d'autorité.
- La liberté peut être comprise soit comme , soit comme .
- Une réponse évidente serait : .
- Mais on peut objecter : .
- La problématique pourrait donc être : ?
Corrigé
Le petit mot « doit-il » indique une interrogation sur une obligation.
« L'État » renvoie à la notion politique d'autorité.
La liberté peut être comprise soit comme absence de contrainte, soit comme autonomie.
Une réponse évidente serait : oui, c'est le rôle de l'État de protéger les libertés.
Mais on peut objecter : trop d'État étouffe la liberté individuelle.
La problématique pourrait donc être : L'État est-il le garant ou l'obstacle à la liberté ?
2. Pour la notion de justice, distingue deux sens en complétant :
- justice comme (conformité à la loi)
- justice comme (principe moral d'égalité)
Donne un exemple de loi qui peut être légale mais pas juste : .
Corrigé
justice comme légalité (conformité à la loi)
justice comme équité (principe moral d'égalité)
Exemple de loi légale mais injuste : les lois ségrégationnistes (ou tout autre exemple pertinent).
3. Voici une affirmation : « La science peut tout expliquer. » Construis un argument et un exemple pour la défendre, en utilisant le modèle :
Argument :
Exemple :
Corrigé
Argument : si tout dans l'univers obéit à des lois physiques, alors la science peut en principe rendre compte de tout phénomène.
Exemple : la physique explique aussi bien la chute d'une pomme que le mouvement des planètes, montrant l'unité des lois de la nature.
Allez, on passe à la pratique intensive. Voici cinq sujets : pour chacun, tu vas faire le même petit travail d'analyse. C'est répétitif, mais c'est excellent pour que la mécanique de problématisation devienne automatique. Courage, après ça tu seras au point.
À toi de jouer
1. Sujet : « Peut-on être libre ? »
Complète le tableau d'analyse :
- Mot(s) important(s) :
- Nature de l'interrogation (possibilité, obligation...) :
- Première réponse évidente (thèse) :
- Objection :
- Problématique provisoire :
Corrigé
- Mot important : Peut-on
- Nature : possibilité
- Thèse : Oui, on est libre si on n'est pas empêché d'agir
- Objection : Nos choix semblent déterminés par notre éducation, nos désirs, donc sommes-nous vraiment libres ?
- Problématique : La liberté humaine est-elle une réalité ou une illusion ?
2. Sujet : « La science peut-elle tout expliquer ? »
Complète le tableau d'analyse :
- Mot(s) important(s) :
- Nature de l'interrogation :
- Première réponse évidente (thèse) :
- Objection :
- Problématique provisoire :
Corrigé
- Mot important : Peut-elle / tout
- Nature : possibilité, totalité
- Thèse : Oui, la science progresse et finira par expliquer tous les phénomènes
- Objection : Certains domaines comme la conscience ou la morale semblent échapper à l'explication scientifique
- Problématique : La science peut-elle à terme apporter une réponse à toutes les questions, ou y a-t-il des limites de principe ?
3. Sujet : « L'art nous détourne-t-il de la réalité ? »
Complète le tableau d'analyse :
- Mot(s) important(s) :
- Nature de l'interrogation :
- Première réponse évidente (thèse) :
- Objection :
- Problématique provisoire :
Corrigé
- Mot important : détourne-t-il
- Nature : conséquence (effet de l'art sur le rapport au réel)
- Thèse : Oui, car l'art crée un monde imaginaire qui nous éloigne du réel
- Objection : L'art peut au contraire révéler la réalité sous un jour nouveau, la rendre plus compréhensible
- Problématique : L'art nous éloigne-t-il du réel ou nous le rend-il plus présent ?
4. Sujet : « Faut-il toujours obéir à la loi ? »
Complète le tableau d'analyse :
- Mot(s) important(s) :
- Nature de l'interrogation :
- Première réponse évidente (thèse) :
- Objection :
- Problématique provisoire :
Corrigé
- Mot important : Faut-il / toujours
- Nature : obligation morale, condition absolue
- Thèse : Oui, car sans respect des lois, la vie sociale est impossible
- Objection : Une loi peut être injuste, et obéir à une loi injuste pose problème
- Problématique : L'obéissance à la loi est-elle un devoir absolu ou est-il légitime de désobéir dans certains cas ?
5. Sujet : « Le bonheur est-il le but de la vie ? »
Complète le tableau d'analyse :
- Mot(s) important(s) :
- Nature de l'interrogation :
- Première réponse évidente (thèse) :
- Objection :
- Problématique provisoire :
Corrigé
- Mot important : but
- Nature : finalité
- Thèse : Oui, tout le monde recherche le bonheur
- Objection : La vie peut avoir d'autres buts : la vertu, la connaissance, l'accomplissement d'une tâche, même au prix du bonheur
- Problématique : Le bonheur est-il la seule fin légitime de l'existence ou existe-t-il d'autres valeurs qui le surpassent ?
C'est l'heure du sérieux. Les exercices qui suivent ressemblent à ce que tu auras au contrôle : il faut analyser, rédiger une problématique, construire une argumentation. Tu es maintenant capable de le faire sans filet. Montre ce que tu vaux.
À toi de jouer
1. Sujet : « La conscience fait-elle de l'homme une exception dans la nature ? »
a) Analysez les termes du sujet (2 points).
b) Proposez une problématique en explicitant la tension (3 points).
c) Rédigez l'introduction complète (amorce, analyse, problématique) (3 points).
Corrigé
Analyse des termes :
- Conscience : peut désigner la conscience immédiate (sensation, présence au monde) ou la conscience réflexive (capacité de se prendre soi-même comme objet de pensée).
- Exception : ce qui échappe à la règle, ce qui est hors du commun.
- Nature : l'ensemble des phénomènes matériels soumis à des lois ; ou bien l'essence d'un être (la nature humaine).
Problématique : La conscience semble distinguer radicalement l'homme du reste de la nature : capable de réflexion, de liberté, de culture. Mais n'est-elle pas elle-même un produit de la nature, une émergence de la complexité biologique ? La tension est la suivante : l'homme est-il pleinement naturel tout en étant capable de s'en extraire par la conscience, ou bien la conscience introduit-elle une rupture ontologique ?
Introduction rédigée :
« Depuis l'Antiquité, l'homme se définit comme un être doté de conscience, capable de se représenter le monde et de se penser lui-même. Cette faculté semble le placer au-dessus des autres êtres naturels, prisonniers de l'instinct. Mais ne fait-il pas lui-même partie de la nature, soumis à ses lois ? La conscience fait-elle de lui une exception radicale, ou bien n'est-elle qu'un degré supérieur de complexité dans l'évolution ? Nous verrons d'abord que la conscience semble arracher l'homme à la nature, avant d'interroger les racines naturelles de cette conscience, pour enfin dégager une conception dialectique de l'exception humaine. »
2. Voici un extrait de copie d'élève : « La liberté, c'est pouvoir faire tout ce qu'on veut. Pourtant, en société, on a des lois qui nous empêchent. Mais sans lois, ce serait le chaos. Donc la liberté totale est impossible, il faut des règles. »
Identifiez trois défauts méthodologiques majeurs et proposez une version améliorée en intégrant problématisation et conceptualisation.
Corrigé
Défauts :
1. Absence de problématisation : l'élève n'a pas dégagé de tension, il se contente d'opposer liberté et loi sans approfondir.
2. Absence de conceptualisation : le mot « liberté » n'est pas défini (liberté comme absence de contrainte ou autonomie ?).
3. Raisonnement trop rapide : on passe directement d'une évidence (« sans lois, chaos ») à une conclusion sans argument logique.
Version améliorée :
« La liberté est-elle l'absence totale de règles, ou bien est-elle indissociable de l'obéissance à des lois que l'on se donne ? Spontanément, on assimile la liberté au fait de faire tout ce que l'on veut. Pourtant, cette liberté illimitée se heurte à celle des autres et mène au chaos. C'est pourquoi la loi, loin de supprimer la liberté, la rend possible en protégeant chacun. Mais alors, toute loi est-elle légitime ? Une loi peut être oppressante. Il faut donc distinguer la liberté comme absence de contrainte et la liberté comme autonomie : obéir à une loi qu'on s'est prescrite rationnellement, c'est être libre. Dès lors, la question est de savoir à quelle condition la loi garantit une liberté véritable. »
3. Pour la notion de technique, proposez une distinction conceptuelle importante et illustrez-la d'un exemple précis (2 points).
Corrigé
On peut distinguer la technique comme prolongement des capacités naturelles (l'outil prolonge la main, la machine amplifie la force physique) et la technique comme système autonome qui transforme l'homme lui-même et le soumet à sa logique (la technique moderne comme « arrachement » à la nature, selon Heidegger). Exemple : le smartphone prolonge la mémoire et la communication, mais il modifie nos comportements et notre rapport au temps, créant une dépendance.
4. Sujet : « Le langage trahit-il la pensée ? »
Rédigez un paragraphe argumentatif selon le schéma :
- Affirmation (thèse)
- Raison (argument)
- Illustration (exemple)
Vous pouvez aussi y intégrer une nuance.
Corrigé
Affirmation : Le langage, loin de trahir la pensée, la rend possible et la structure.
Raison : En effet, la pensée a besoin de signes pour se formuler ; sans mots, elle resterait confuse et incommunicable. Comme le soutient Hegel, « c'est dans les mots que nous pensons ».
Illustration : Lorsqu'on cherche à résoudre un problème complexe, le fait de le mettre en mots, par exemple en l'écrivant, permet souvent de clarifier nos idées et d'aboutir à une solution. Le langage n'est donc pas un obstacle, mais un outil indispensable.
Prêt à voir plus loin ? Voici deux exercices qui te projettent dans l'année prochaine, que ce soit en prépa, à l'université ou pour les plus curieux. C'est plus exigeant, mais passionnant. Ne t'inquiète pas si ce n'est pas parfait : l'important est d'essayer.
À toi de jouer
1. Sujet : « La raison peut-elle rendre compte de tout ? »
Rédigez une dissertation complète comprenant une introduction, un plan détaillé en trois parties et une conclusion. Vous mobiliserez au moins deux références philosophiques (auteurs, doctrines).
Corrigé
Introduction : La raison, faculté de distinguer le vrai du faux et d'enchaîner des idées selon des principes logiques, est considérée depuis Descartes comme le propre de l'homme. Elle permet de comprendre le monde et de fonder la science. Mais peut-elle tout expliquer, y compris les phénomènes qui semblent lui échapper, comme l'émotion, la foi ou le sens de l'existence ? Nous étudierons d'abord la puissance de la raison, puis ses limites, avant de chercher un dépassement dialectique.
Plan détaillé :
I. La raison, outil universel d'explication
- Descartes : la raison bien conduite permet de connaître toute chose (Discours de la méthode).
- La science moderne repose sur la raison mathématique (Galilée).
- La raison donne à l'homme la maîtrise du réel (technique).
II. Les limites de la raison
- Kant : la raison ne peut connaître les « noumènes », au-delà de l'expérience (Critique de la raison pure).
- Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » ; la foi, les sentiments échappent à la raison.
- La raison peut être instrumentalisée (rationalité technicienne) et perdre de vue les fins humaines (Horkheimer).
III. Dépassement : une raison élargie ?
- Hegel : la raison est dialectique, elle intègre les contradictions et s'accomplit dans l'histoire ; tout est rationnel en un sens plus profond.
- La raison doit reconnaître ses propres limites et s'ouvrir à d'autres formes de connaissance (intuition, expérience sensible, sagesse).
- Une raison critique, capable de se remettre en question, peut mieux « rendre compte » sans prétendre tout expliquer de manière exhaustive.
Conclusion : Si la raison est incontournable pour comprendre le monde, elle rencontre des bornes qu'elle ne peut franchir. L'ambition d'une raison totalisante est vaine ; la maturité de la raison consiste à reconnaître ses limites et à composer avec ce qui la dépasse.
2. Voici un extrait de dissertation sur le sujet « L'art est-il une imitation de la nature ? », rédigé par un élève de prépa.
« L'art a longtemps été considéré comme une imitation de la nature, comme le dit Aristote. Pourtant, l'art moderne ne reproduit plus le réel mais le déforme. Ainsi, l'art n'imite plus rien, il crée. Alors l'art dépasse la nature. »
L'élève a oublié de problématiser et de conceptualiser. Proposez une réécriture de ce passage en faisant apparaître : une problématique claire, une distinction conceptuelle (imitation / création), et une argumentation tenant compte de la tension.
Corrigé
Réécriture proposée :
« La conception de l'art comme imitation de la nature remonte à l'Antiquité : pour Aristote, l'artiste reproduit le réel, mais en le portant à sa perfection. Cette définition a longtemps dominé la pratique artistique. Toutefois, l'art contemporain semble récuser cette idée : il ne vise plus à reproduire le visible, mais à exprimer des forces invisibles ou à créer des formes inédites. Faut-il alors abandonner le concept d'imitation et définir l'art comme pure création ? Mais si l'art ne s'inspire pas du moins en partie de la nature, d'où tire-t-il sa matière ? Il s'agit donc de se demander si l'art doit être compris comme une imitation transformatrice du réel, ou comme une création qui n'a plus aucun lien avec la nature. L'imitation n'est pas copie servile : déjà chez Aristote, elle suppose une sélection et une idéalisation. L'art moderne ne rompt pas totalement avec la nature, mais il en propose une relecture. Dès lors, l'art ne dépasse pas la nature, il la réinvente sans cesse en nous offrant de nouvelles clés pour la comprendre. »