Philosophie · Terminale

Possible / impossible

Tu débarques en philo et on te parle de ce repère conceptuel ? Détends-toi, on va le construire ensemble. Tu sais déjà ce que veulent dire « possible » et « impossible » dans la vie de tous les jours, et tu vois bien qu’un cercle carré, ça ne tient pas debout. Ces intuitions sont tes prérequis : la notion de contradiction et la distinction entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Ici, on va mettre des mots précis dessus pour que tu puisses t’en servir en contrôle.

Qu’est-ce que le possible et l’impossible ?

En philosophie, on utilise la distinction possible/impossible pour analyser des idées. Le possible désigne ce qui peut être, exister ou se produire, sans être forcément réel. L’impossible désigne ce qui ne peut pas être ou se produire.

On les situe par rapport à deux autres termes : le réel (ce qui est effectivement) et le nécessaire (ce qui ne peut pas ne pas être). Voici une échelle :

  • Ce qui est nécessaire est à la fois possible et réel.
  • Ce qui est réel est forcément possible, mais tout ce qui est possible n’est pas réel (exemple : il pourrait pleuvoir demain, ce n’est pas encore réel).
  • L’impossible ne sera jamais réel.
Le possible (tout ce qui peut être)PossibleRéelNécessaireHors du cadre : l'impossible

À toi de jouer

1. Exercice 1 : Complète les définitions avec les mots « possible », « impossible », « réel » ou « nécessaire ». - Ce qui peut être, c’est le $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Ce qui ne peut pas être, c’est l’$\underline{\hspace{1.1em}}$. - Ce qui ne peut pas ne pas être, c’est le $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Ce qui est effectivement, c’est le $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé
- Ce qui peut être, c’est le possible. - Ce qui ne peut pas être, c’est l’impossible. - Ce qui ne peut pas ne pas être, c’est le nécessaire. - Ce qui est effectivement, c’est le réel.
2. Exercice 2 : Pour chaque énoncé, indique s’il est « possible » ou « impossible » en cochant la bonne case. (La réponse se base sur une impossibilité logique ou physique évidente). a) Un chien qui parle le français : $\underline{\hspace{1.1em}}$ possible / $\underline{\hspace{1.1em}}$ impossible b) Un cercle carré : $\underline{\hspace{1.1em}}$ possible / $\underline{\hspace{1.1em}}$ impossible c) Que demain il pleuve : $\underline{\hspace{1.1em}}$ possible / $\underline{\hspace{1.1em}}$ impossible d) Qu’un homme s’envole en battant des bras : $\underline{\hspace{1.1em}}$ possible / $\underline{\hspace{1.1em}}$ impossible
Corrigé
a) possible (ce n’est pas contradictoire, même si ce n’est jamais observé, cela reste logiquement possible) ; b) impossible (contradiction logique) ; c) possible (c’est un événement contingent qui peut se réaliser) ; d) impossible (physiquement impossible, car contraire aux lois de la physique).
3. Exercice 3 : Vrai ou Faux ? Complète par Vrai ou Faux. - « Tout ce qui est possible est réel. » $\underline{\hspace{1.1em}}$ - « Ce qui est réel est forcément possible. » $\underline{\hspace{1.1em}}$ - « L’impossible peut parfois devenir réel. » $\underline{\hspace{1.1em}}$ - « Le nécessaire est un cas particulier du possible. » $\underline{\hspace{1.1em}}$
Corrigé
- « Tout ce qui est possible est réel. » Faux (demain il peut pleuvoir, mais ce n’est pas encore réel). - « Ce qui est réel est forcément possible. » Vrai. - « L’impossible peut parfois devenir réel. » Faux (si c’était impossible, cela ne devient pas réel ; on confond souvent impossible et difficile). - « Le nécessaire est un cas particulier du possible. » Vrai (si c’est nécessaire, c’est possible au sens où cela peut arriver, mais en plus cela doit arriver).

Ah, ces termes te rappellent quelque chose ! Oui, c’est ça, le possible a plusieurs sens selon qu’on parle de logique, de physique ou de technique. On va réactiver la méthode pour ne plus les confondre.

Les trois sens du possible

Pour analyser une affirmation, on distingue :

  • Le possible logique : ne contient pas de contradiction. Exemple : « un animal qui pond des œufs et allaite » ? Logiquement, cela ne contredit pas les définitions (l’ornithorynque existe). Mais « un cercle carré » est logiquement impossible, car les définitions s’excluent.
  • Le possible physique (ou réel) : est compatible avec les lois de la nature. Voler en battant des bras est logiquement possible (pas de contradiction), mais physiquement impossible pour un humain. Donc le possible logique est plus large que le possible physique.
  • Le possible technique (ou pratique) : ce qui est réalisable avec les outils actuels. Voler était physiquement possible bien avant que l’on sache comment. L’impossible technique est souvent provisoire ; il ne faut pas le confondre avec une impossibilité définitive.

Méthode : comment classer une impossibilité ?

Face à un énoncé qui te semble impossible, demande-toi :

  1. Contient-il une contradiction dans les termes ? Si oui → impossible logique. Sinon → possible logique.
  2. S’il est logiquement possible, est-il contraire aux lois de la nature ? Si oui → impossible physique. Sinon → possible physique.
  3. S’il est physiquement possible, notre technologie permet-elle de le réaliser ? Si non → impossible technique (pour le moment).

Cette méthode t’évite de dire « c’est impossible » trop vite.

À toi de jouer

1. Exercice 1 : Complète le texte à trous sur les types de possibilité. « Un ascenseur spatial est aujourd’hui $\underline{\hspace{1.1em}}$ impossible, car nous n’avons pas les matériaux assez résistants. Mais ce n’est pas $\underline{\hspace{1.1em}}$ impossible, car aucune loi de la physique ne l’interdit. En revanche, un mouvement perpétuel est $\underline{\hspace{1.1em}}$ impossible, car il violerait les principes de la thermodynamique. Quant à un carré rond, c’est $\underline{\hspace{1.1em}}$ impossible, car cela contredit la définition même de ces figures. » (Choisis parmi : logiquement, physiquement, techniquement)
Corrigé
« Un ascenseur spatial est aujourd’hui techniquement impossible, car nous n’avons pas les matériaux assez résistants. Mais ce n’est pas physiquement impossible, car aucune loi de la physique ne l’interdit. En revanche, un mouvement perpétuel est physiquement impossible, car il violerait les principes de la thermodynamique. Quant à un carré rond, c’est logiquement impossible, car cela contredit la définition même de ces figures. »
2. Exercice 2 : Pour chaque situation, coche le ou les types d’impossibilité concernés (logique, physique, technique). a) Fabriquer un téléporteur aujourd’hui : $\underline{\hspace{1.1em}}$ logique $\underline{\hspace{1.1em}}$ physique $\underline{\hspace{1.1em}}$ technique b) Un célibataire marié : $\underline{\hspace{1.1em}}$ logique $\underline{\hspace{1.1em}}$ physique $\underline{\hspace{1.1em}}$ technique c) Un humain qui respire dans l’eau sans équipement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ logique $\underline{\hspace{1.1em}}$ physique $\underline{\hspace{1.1em}}$ technique
Corrigé
a) Technique (rien ne l’interdit en principe, mais on ne sait pas encore faire). b) Logique (c’est contradictoire : célibataire = non marié). c) Physique (les poumons ne sont pas conçus pour extraire l’oxygène de l’eau ; ce n’est pas logiquement contradictoire, mais biologiquement impossible).
3. Exercice 3 : On le fait ensemble. Voici une affirmation : « Réaliser un voyage dans le temps vers le passé est $\underline{\hspace{1.1em}}$ impossible. » Discutons-en. Complète : Au sens logique, c’est $\underline{\hspace{1.1em}}$ car cela ne semble pas contenir de $\underline{\hspace{1.1em}}$ (on peut imaginer une machine). Mais au sens physique, la plupart des physiciens pensent que c’est $\underline{\hspace{1.1em}}$, en raison des paradoxes que cela engendrerait (comme tuer son propre grand-père). En pratique, c’est évidemment $\underline{\hspace{1.1em}}$ impossible aujourd’hui.
Corrigé
« Réaliser un voyage dans le temps vers le passé est souvent jugé impossible. Au sens logique, c’est possible car cela ne semble pas contenir de contradiction (on peut imaginer une machine). Mais au sens physique, la plupart des physiciens pensent que c’est impossible, en raison des paradoxes que cela engendrerait (comme tuer son propre grand-père). En pratique, c’est évidemment techniquement impossible aujourd’hui. »

On ne lâche pas la méthode ! Voici cinq énoncés du même type. À toi de classifier l’impossibilité en suivant la grille. C’est un entraînement mécanique pour bien ancrer la distinction. Allez, on répète !

À toi de jouer

1. Exercice 1 : « Un homme capable de voir à travers les murs. » Complète le tableau : - Logiquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ (possible / impossible) car $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Physiquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ (possible / impossible) car $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Techniquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ (possible / impossible) car $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé
- Logiquement : possible (car rien ne contredit la notion de voir à travers un objet ; c’est imaginable). - Physiquement : possible (si on considère des dispositifs à rayons X, rien dans les lois de la physique n'interdit de détecter ce qu'il y a derrière un mur). - Techniquement : possible (on a des caméras thermiques, etc.).
2. Exercice 2 : « Un animal qui est à la fois un chien et un chat. » Complète le tableau : - Logiquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Physiquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Techniquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé
- Logiquement : impossible car il y a contradiction : « chien » et « chat » sont des espèces distinctes, un individu ne peut appartenir aux deux à la fois au même sens. - Physiquement : impossible car la génétique ne permet pas de mélanger deux espèces aussi éloignées pour en faire un hybride fertile qui soit parfaitement les deux. - Techniquement : impossible.
3. Exercice 3 : « Créer une pierre tellement lourde que personne ne peut la soulever. » Complète le tableau : - Logiquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Physiquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Techniquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé
- Logiquement : possible (pas de contradiction). - Physiquement : possible, il suffit d’avoir une pierre de masse suffisante. - Techniquement : possible (avec une grue on peut déplacer des masses énormes ; la phrase dit « personne ne peut la soulever », cela dépend de la limite de force humaine. On peut faire une pierre que personne ne peut soulever à main nue, c’est réalisable).
4. Exercice 4 : « Un homme qui respire dans l’espace sans combinaison. » Complète le tableau : - Logiquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Physiquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Techniquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé
- Logiquement : possible (pas de contradiction). - Physiquement : impossible car il n’y a pas d’air dans l’espace, les poumons ne peuvent extraire l’oxygène nécessaire, et le vide provoquerait des dégâts corporels. - Techniquement : impossible (même avec une technologie, on ne peut pas modifier le corps humain pour survivre au vide sans protection ; c’est une impossibilité physique).
5. Exercice 5 : « Courir à la vitesse de la lumière. » Complète le tableau : - Logiquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Physiquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$. - Techniquement : $\underline{\hspace{1.1em}}$ car $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé
- Logiquement : possible (pas de contradiction). - Physiquement : impossible selon la relativité restreinte, car un objet ayant une masse tendrait vers une masse infinie en s’approchant de cette vitesse. - Techniquement : impossible (et le restera tant que la physique ne change pas).

Maintenant que tu es au point, place aux exercices dignes d’un contrôle. On va analyser des situations, rédiger des justifications et mobiliser le repère dans des domaines variés. Souviens-toi des trois types d’impossibilité et de leur usage dans le débat sur la liberté.

À toi de jouer

1. Exercice 1 : Explique en quoi la distinction possible/impossible permet de clarifier le débat entre déterministes et partisans du libre arbitre. Tu peux t'appuyer sur l'idée que la liberté suppose plusieurs possibles ouverts.
Corrigé
La distinction possible/impossible éclaire le débat sur la liberté. Si l'on conçoit la liberté comme la capacité de choisir entre plusieurs possibles réels, il faut que le futur ne soit pas entièrement déterminé. Les déterministes affirment que tout événement est l'effet nécessaire de causes antérieures : un seul avenir est possible, car la chaîne des causes rend tout autre avenir impossible. Pour eux, le sentiment d'avoir plusieurs possibilités n'est qu'une illusion due à notre ignorance des causes. À l'inverse, les partisans du libre arbitre soutiennent qu'au moment du choix, plusieurs futurs sont possibles de manière égale, et que notre volonté possède un pouvoir réel de faire pencher la balance. Ainsi, la possibilité est au cœur de l'idée de liberté : être libre, c'est avoir le pouvoir de réaliser une action qui n'était pas inévitable.
2. Exercice 2 : Pour chaque énoncé, indique le type d'impossibilité (logique, physique, technique) et justifie en une phrase. a) Un ordinateur plus intelligent que tous les humains réunis. b) Un célibataire qui a trois enfants. c) Un avion qui décolle sans carburant. d) Voyager instantanément d'un bout à l'autre de la galaxie.
Corrigé
a) Technique pour le moment, mais physiquement possible : il n'y a pas de contradiction logique, et rien en physique n'interdit une intelligence supérieure ; nous n'avons simplement pas encore construit une telle machine. b) Logique : un célibataire est par définition non marié ; avoir des enfants n'implique pas le mariage, donc ce n'est pas contradictoire. (L'énoncé n'est pas impossible logiquement, c'est un piège. En réalité, c'est possible : un homme peut être père sans être marié. Certaines personnes confondent célibat et absence d'enfants. Ici, il faut répondre : aucun type d'impossibilité, c'est tout à fait possible.) c) Physique : selon les lois de la conservation de l'énergie, il faut une source d'énergie pour fournir la poussée nécessaire au décollage ; sans carburant (ou une autre source d'énergie), c'est physiquement impossible. d) Technique et peut-être physique : avec notre technologie actuelle, c'est impossible. En physique, voyager plus vite que la lumière est interdit par la relativité, donc un voyage instantané (qui implique une vitesse infinie) semble physiquement impossible.
3. Exercice 3 : Voici une phrase extraite d'un cours de philosophie : « Il ne faut pas confondre ce qui est impossible en droit et ce qui est impossible en fait. Une chose peut n’avoir jamais été faite et devenir possible ; ce qui est contraire aux lois de la nature ne le deviendra jamais. » Explique cette phrase et illustre-la par deux exemples de ton choix.
Corrigé
Cette phrase invite à distinguer deux types d'impossibilité : l'impossibilité en droit (qui tient à une règle ou à une loi fondamentale, comme une loi logique ou physique) et l'impossibilité en fait (qui est simplement due à l'état actuel des choses, comme une limite technique). Une chose qui n'a jamais été faite peut être possible en droit mais simplement pas encore réalisée : par exemple, au Moyen Âge, voler était un rêve, mais rien dans la nature ne l'interdisait ; c'était techniquement impossible, mais physiquement possible. En revanche, un mouvement perpétuel est interdit en droit par les principes de la thermodynamique : jamais un moteur ne pourra fonctionner sans source d'énergie, quels que soient les progrès techniques. Autre exemple : cloner un dinosaure à partir d'ADN fossile est aujourd'hui techniquement irréalisable, mais ce n'est pas physiquement impossible (l'ADN pourrait en principe être reconstitué). En revanche, faire qu'un objet ait une vitesse supérieure à celle de la lumière est impossible en droit pour la physique actuelle. L'important est de ne pas prendre une limite provisoire pour une limite définitive.
4. Exercice 4 : Selon toi, une œuvre d'art peut-elle représenter l'impossible ? Réfléchis en mobilisant les différents sens du possible (logique, physique, technique).
Corrigé
L'art peut effectivement représenter l'impossible dans certains sens. Du point de vue logique, une œuvre peut figurer un objet contradictoire, comme un escalier qui monte et descend en même temps (Escher) ou un cercle carré sur une toile surréaliste. L'image picturale ou narrative nous permet d'envisager l'inconcevable. Physiquement, l'art peut montrer des êtres qui défient les lois de la nature : un homme qui vole, des montres molles (Dali), etc. Techniquement, l'art anticipe souvent des réalisations futures : un roman de science-fiction décrit des technologies impossibles aujourd'hui mais qui pourraient le devenir. Ainsi, l'œuvre d'art élargit le champ des possibles dans l'imaginaire, même si ces possibles ne sont pas réels. Elle nous invite à interroger la frontière entre le rêve et la réalité, et à comprendre que certaines impossibilités ne sont que relatives.

Tu maîtrises la distinction de base ? Maintenant, on pousse le raisonnement un cran plus loin. Ces questions te préparent à approfondir la notion en philosophie, en lien avec l’imaginaire, la contingence et la liberté. C’est parti pour un avant-goût de l’année prochaine.

À toi de jouer

1. Exercice 1 : L'art crée-t-il des mondes possibles au-delà du réel ? En prenant l'exemple d'une œuvre que tu connais (tableau, roman, film), montre comment ce qui est impossible dans le monde physique devient « possible » dans l'univers de l'art. Quelle valeur philosophique peut-on donner à ce possible imaginaire ?
Corrigé
L'art a le pouvoir de rendre présent ce qui n'existe pas ou ne peut exister. Par exemple, dans le film Inception, il est possible de pénétrer dans les rêves d'autrui et d'y implanter une idée. Cela est logiquement concevable (pas de contradiction interne) mais physiquement douteux et techniquement irréalisable. Pourtant, dans l'univers fictionnel, ces événements sont acceptés comme possibles. Cette capacité de l'art à élargir les possibles a une valeur philosophique : elle nous libère des contraintes du réel et nous fait explorer des hypothèses sur le monde (et si...?). Elle nourrit notre réflexion sur la liberté, puisque l'imaginaire ouvre des horizons que la réalité ferme. De plus, elle montre que la notion de possible ne se réduit pas au réalisable : il existe un possible de la pensée, un possible esthétique qui enrichit notre compréhension de ce que signifie « pouvoir être ».
2. Exercice 2 : La notion de possible est-elle trompeuse ? Certains penseurs considèrent que nous appelons « possible » ce qui est simplement compatible avec notre imagination, mais qu'en réalité seul ce qui arrive était véritablement possible. Discute cette thèse en t’appuyant sur l’exemple d’un événement inattendu (une catastrophe naturelle). Tu pourras mobiliser le concept de contingence.
Corrigé
Cette thèse remet en cause l’idée d’un possible pur, ouvert, qui précéderait le réel. Selon elle, avant qu’une catastrophe ne survienne, on dit qu’elle est possible ; mais une fois qu’elle est arrivée, elle semble avoir été inévitable puisqu’elle a eu lieu. En réalité, c’est notre connaissance limitée qui nous fait percevoir du possible là où tout est déjà déterminé. Si nous connaissions toutes les causes (plaques tectoniques, pressions…), nous saurions que le tremblement de terre était nécessaire. Le possible ne serait alors que le nom de notre ignorance. La notion de contingence (ce qui peut ne pas être) essaie de sauver l’idée que certains événements auraient pu ne pas se produire, mais cette position est fragile : si tout a une cause, alors tout est nécessaire, et le possible se réduit au réel. Toutefois, la physique contemporaine (avec les probabilités quantiques) pourrait réintroduire l’idée d’un possible non déterminé. Le débat reste ouvert : le possible est-il une illusion rétrospective ou une dimension fondamentale de l’être ?
3. Exercice 3 : Anticipe ton année de Terminale : dans le chapitre sur la liberté, tu rencontreras la question du choix. Agir librement, est-ce choisir entre plusieurs possibles ? Imagine un robot programmé pour hésiter entre deux options avant de se décider. Son choix est-il libre ? Réfléchis à la différence entre un possible « pour nous » et un possible « en soi ».
Corrigé
Un robot programmé pour hésiter donne l’impression d’avoir plusieurs possibles, mais en réalité son « choix » est entièrement déterminé par son programme et ses données. Pour qu’un choix soit libre, il faut non seulement que plusieurs issues soient possibles en soi (c’est-à-dire qu’aucune d’elles ne soit rendue nécessaire par les conditions antérieures), mais aussi que l’agent ait un véritable pouvoir de décision, qu’il soit la source de l’orientation vers l’une des branches. Un possible « pour nous » est une possibilité perçue subjectivement : je crois que je peux faire A ou B. Un possible « en soi » est une possibilité réelle dans le monde indépendamment de ma croyance. Si le déterminisme a raison, il n’y a jamais de possible en soi, seulement du possible pour nous. La liberté exigerait alors que certains événements (nos actes) échappent à la nécessité causale, ce qui soulève des problèmes métaphysiques profonds. Tu découvriras que ce débat est au cœur de la philosophie de l’esprit et de l’action.