Immunité adaptative : lymphocytes, anticorps et mémoire immunitaire
L'immunité adaptative (ou spécifique) prend le relais de l'immunité innée lorsque celle-ci ne suffit pas à éliminer l'agent pathogène. Elle présente trois propriétés essentielles :
- Spécificité : chaque réponse est dirigée contre un antigène particulier (ou un épitope précis).
- Diversité : l'organisme dispose de millions de clones lymphocytaires aux récepteurs différents, capables de reconnaître n'importe quel antigène.
- Mémoire : après un premier contact, une réponse secondaire plus rapide et plus intense est possible lors d'un second contact.
Deux réponses coordonnées coexistent : la réponse humorale (production d'anticorps par les plasmocytes) et la réponse cellulaire (destruction directe des cellules infectées par les lymphocytes T cytotoxiques), toutes deux pilotées par les lymphocytes T auxiliaires (LT4).
Les lymphocytes sont des leucocytes produits dans la moelle osseuse. Chaque clone exprime à sa surface un récepteur spécifique d'un seul antigène (ou épitope).
- Lymphocyte T auxiliaire (LT4 / CD4) : reconnaît l'antigène présenté par les cellules présentatrices d'antigène (CPA) — macrophages, cellules dendritiques. Il sécrète des interleukines qui activent les LB et les LT8. C'est le chef d'orchestre indispensable de toute la réponse adaptative.
- Lymphocyte T cytotoxique (LT8 / CD8) : reconnaît les cellules infectées présentant l'antigène via le CMH-I. Il provoque leur apoptose par contact direct (réponse cellulaire).
- Lymphocyte B (LB) : reconnaît un antigène soluble via son BCR. Activé par les interleukines du LT4, il subit la sélection clonale puis l'expansion clonale, avant de se différencier en :
- Plasmocytes : sécrètent massivement des anticorps (réponse humorale).
- Lymphocytes B mémoires : assurent la mémoire immunitaire à long terme.
La sélection clonale désigne la sélection, parmi des millions de clones préexistants, du seul lymphocyte dont le récepteur est complémentaire de l'antigène. L'expansion clonale est sa multiplication rapide pour former une armée de cellules identiques.
Un anticorps (immunoglobuline, Ig) est une protéine sécrétée par les plasmocytes, de forme en Y. Il est constitué de :
- Deux chaînes lourdes et deux chaînes légères, reliées par des ponts disulfure.
- Une région variable (bras du Y) formant le paratope, dont la conformation tridimensionnelle est complémentaire de l'épitope de l'antigène : c'est le site de reconnaissance spécifique.
- Une région constante (pied du Y) qui permet l'interaction avec les cellules immunitaires et les protéines du complément.
Les anticorps agissent selon plusieurs mécanismes :
- Neutralisation : l'anticorps se fixe sur l'antigène (toxine, virus) et bloque son site d'interaction avec les cellules cibles, le rendant inoffensif.
- Opsonisation : les complexes antigène-anticorps (CAA) sont reconnus par des récepteurs spécifiques des macrophages, dont la phagocytose est fortement facilitée.
- Activation du complément : les CAA déclenchent une cascade de protéines plasmatiques aboutissant à la lyse de l'agent pathogène.
Lors du premier contact avec un antigène, la réponse primaire est lente (délai de 7 à 14 jours) et modérée en intensité. Une fraction des lymphocytes activés se différencie en lymphocytes mémoires (LB mémoires et LT mémoires), à longue durée de vie (mois à décennies).
Lors d'un second contact avec le même antigène, la réponse secondaire est :
- Plus rapide (1 à 3 jours) : les lymphocytes mémoires sont directement réactivés, sans délai de sélection.
- Plus intense : le nombre de plasmocytes et le taux d'anticorps sont très supérieurs.
- Plus durable et souvent suffisante pour empêcher l'apparition des symptômes.
La vaccination exploite ce mécanisme : l'injection d'un antigène inoffensif (vaccin atténué, inactivé ou sous-unitaire) déclenche une réponse primaire et la constitution d'une mémoire immunitaire sans provoquer la maladie. Toute infection ultérieure par l'agent pathogène réel déclenche une réponse secondaire protectrice.
- Entrée de l'antigène → phagocytose et présentation aux LT4 par les CPA.
- Activation des LT4 → sécrétion d'interleukines.
- Sélection et expansion clonale des LB et LT8 spécifiques de l'antigène.
- Réponse humorale : LB → plasmocytes (anticorps) + LB mémoires.
- Réponse cellulaire : LT8 → apoptose des cellules infectées + LT8 mémoires.
- Élimination de l'antigène → contraction clonale (apoptose des effecteurs en excès).
- Persistance des lymphocytes mémoires pendant des mois à plusieurs décennies.
- Confondre lymphocyte B et plasmocyte : le LB naïf ne sécrète pas d'anticorps — seul le plasmocyte issu de sa différenciation le fait.
- Croire que les anticorps détruisent directement les cellules infectées : c'est le rôle du LT8. Les anticorps agissent sur les antigènes extracellulaires (libres dans le sang ou l'espace interstitiel).
- Oublier le rôle central du LT4 : sans lui, ni la réponse humorale ni la réponse cellulaire ne sont correctement activées — c'est précisément ce que le VIH détruit.
- Inverser épitope et paratope : l'épitope est le site sur l'antigène ; le paratope est le site sur l'anticorps.
- Dire que la vaccination déclenche une réponse secondaire : elle déclenche une réponse primaire et forme des cellules mémoires, lesquelles permettront une réponse secondaire lors d'une infection réelle.