V VIDYALAYA · Soutien scolaire
SVTTerminaleGenetique et evolutionFiche de cours

Évolution et sélection naturelle — modèles

Quantifier le changement évolutif : des conditions darwiniennes aux fréquences alléliques.
1 L'idée

La sélection naturelle est un mécanisme d'évolution : les individus dont le phénotype est le mieux adapté à leur environnement laissent davantage de descendants, modifiant les fréquences alléliques au fil des générations. Trois conditions sont nécessaires :

Les modèles mathématiques permettent de quantifier ce changement et de distinguer la sélection d'autres forces évolutives (dérive génétique, migration, mutation). La référence de base est l'équilibre de Hardy-Weinberg (H-W) : une population fictive sans évolution, dont on s'écarte dès qu'une force évolutive agit.

2 Fréquences alléliques et équilibre de Hardy-Weinberg
Fréquences alléliques
\(p + q = 1 \quad \text{avec } p = f(A),\; q = f(a)\)
Génotypiques H-W
\(f(AA) = p^2 \;,\quad f(Aa) = 2pq \;,\quad f(aa) = q^2\)
Identité H-W
\(p^2 + 2pq + q^2 = 1\)
Calcul de q (récessif)
\(q = \sqrt{f(aa)} \quad \text{(seulement si équilibre H-W vérifié)}\)
3 Modèle de sélection : valeur sélective et évolution des fréquences
Valeur sélective
\(w \in [0,\,1] \;,\quad s = 1 - w \quad (\text{coefficient de sélection})\)
Fitness moyenne
\(\bar{w} = p^2 w_{AA} + 2pq\,w_{Aa} + q^2 w_{aa}\)
Nouvelle fréquence p'
\(p' = \dfrac{p^2 w_{AA} + pq\,w_{Aa}}{\bar{w}}\)
Cas aa seul défavorisé
\(\bar{w} = 1 - sq^2 \;,\quad p' = \dfrac{p}{1 - sq^2}\)
4 Exemple — mélanisme industriel (Biston betularia)
Situation initiale (avant pollution)
Population : 64 individus clairs $cc$, 32 hétérozygotes $Cc$, 4 sombres $CC$. Total $N = 100$.
Fréquence de l'allèle clair : $q = f(cc) + \dfrac{f(Cc)}{2} = 0{,}64 + 0{,}16 = 0{,}80$
Fréquence de l'allèle sombre : $p = 1 - 0{,}80 = 0{,}20$
Vérification H-W : $p^2 = 0{,}04$ ; $2pq = 0{,}32$ ; $q^2 = 0{,}64$ — concorde exactement avec l'observé → population à l'équilibre.
Après pollution (sélection en faveur de C)
Les individus clairs sont visibles sur les troncs noircis : $w_{cc} = 0{,}5$ ($s = 0{,}5$) ; $w_{CC} = w_{Cc} = 1$.
$\bar{w} = 1 - s \cdot q^2 = 1 - 0{,}5 \times 0{,}64 = 0{,}68$
$q' = \dfrac{q^2 w_{cc} + pq\, w_{Cc}}{\bar{w}} = \dfrac{0{,}64 \times 0{,}5 + 0{,}16 \times 1}{0{,}68} = \dfrac{0{,}48}{0{,}68} \approx 0{,}706$
La fréquence de l'allèle clair $c$ passe de $0{,}80$ à $0{,}706$ en une seule génération : la sélection est forte et rapide.
Méthode — analyser l'évolution d'une population
  • Calculer $p$ et $q$ à partir des effectifs observés : compter les allèles, diviser par $2N$.
  • Calculer les fréquences génotypiques théoriques H-W : $p^2$, $2pq$, $q^2$.
  • Multiplier par $N$ pour obtenir les effectifs théoriques.
  • Comparer observé et théorique : toute déviation signale au moins une force évolutive.
  • Identifier la force : déficit d'un homozygote → sélection contre ce génotype ; déficit général d'hétérozygotes → consanguinité ou sélection contre l'hétérozygote.
Erreurs fréquentes
  • Confondre fréquence allélique ($p$, $q$) et fréquence génotypique ($p^2$, $2pq$, $q^2$) : ce sont des grandeurs distinctes.
  • Appliquer $q = \sqrt{f(aa)}$ sans avoir vérifié que la population est à l'équilibre H-W.
  • Confondre dérive génétique (aléatoire, petites populations) et sélection naturelle (orientée, déterministe).
  • Croire qu'un allèle dominant élimine toujours l'allèle récessif : faux si l'hétérozygote est avantagé (polymorphisme balancé).