Madame de Lafayette, Stendhal, Yourcenar (œuvres au programme)
Tu n'as jamais ouvert un de ces romans et pourtant le contrôle arrive ? Commençons par le commencement : trois auteurs, trois romans, et les outils de base pour parler d'un récit. On y va en mode accéléré, avec des exercices à trous pour ne pas se perdre.
Les trois œuvres au programme
En cours de français, tu vas rencontrer ces trois romans :
Madame de Lafayette (autrice du XVIIe siècle) : La Princesse de Clèves, un roman d’analyse psychologique situé à la cour.
Stendhal (pseudonyme d’Henri Beyle, XIXe siècle) : Le Rouge et le Noir, l’ascension sociale de Julien Sorel.
Marguerite Yourcenar (XXe siècle, première femme à l’Académie) : Mémoires d’Hadrien, lettre fictive de l’empereur Hadrien.
Retiens bien ces associations : chaque roman a son auteur, son siècle et un aspect clé.
Qui raconte ? Le narrateur
Dans un récit, il y a un narrateur qui raconte l’histoire. Deux grands cas :
Narrateur à la première personne : il dit je. Il peut être un personnage de l’histoire (ex : Hadrien dans Mémoires d’Hadrien). On l’appelle narrateur interne.
Narrateur à la troisième personne : il utilise il ou elle, n’est pas personnage. On parle de narrateur externe (ex : dans La Princesse de Clèves, le narrateur n’est pas un personnage de la cour).
Pour l’instant, retiens simplement : regarde les pronoms personnels pour savoir si le narrateur est « je » ou « il/elle ».
À toi de jouer
1. Complète le tableau suivant. Écris les réponses dans les cases.
Auteur
Œuvre
Siècle
Madame de Lafayette
Stendhal
Marguerite Yourcenar
Corrigé
Madame de Lafayette : La Princesse de Clèves, XVIIe siècle. Stendhal : Le Rouge et le Noir, XIXe siècle. Marguerite Yourcenar : Mémoires d’Hadrien, XXe siècle.
2. Voici trois débuts de phrases d’œuvres au programme. Pour chacune, indique si le narrateur utilise la première personne (je) ou la troisième (il/elle). Complète avec je ou il/elle dans la case.
a) « La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. » → Narrateur :
b) « Mon cher Marc, Je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène… » → Narrateur :
c) « La petite ville de Verrières peut passer pour l’une des plus jolies de la Franche-Comté. » → Narrateur :
Corrigé
a) il/elle (pas de pronom personnel de première personne). b) je (le narrateur dit « je »). c) il/elle (le narrateur décrit la ville à la troisième personne).
3. Associe chaque roman à son siècle. Roman : La Princesse de Clèves → Roman : Le Rouge et le Noir → Roman : Mémoires d’Hadrien →
Corrigé
La Princesse de Clèves : XVIIe siècle. Le Rouge et le Noir : XIXe siècle. Mémoires d’Hadrien : XXe siècle.
Ah, ces noms te reviennent ! Reprenons plus en détail : on revoit chaque auteur et son œuvre, puis on met en place les outils du récit et de la langue pour bien les analyser. Avec méthode, pas à pas.
Portrait des trois romans
Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves (XVIIe) : premier roman d'analyse psychologique. L'intrigue se déroule à la cour des Valois ; l'héroïne vit un conflit entre passion et devoir. Le narrateur extérieur explore les pensées des personnages.
Stendhal, Le Rouge et le Noir (XIXe) : chronique de la Restauration à travers Julien Sorel, jeune ambitieux. Le point de vue est souvent interne, le lecteur accède aux calculs et aux sentiments de Julien. Le financement de l'ascension sociale est central.
Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien (XXe) : roman historique et méditatif. L’empereur Hadrien raconte sa vie à la première personne, dans une longue lettre. La réflexion sur le pouvoir, le temps et la mort domine.
Focalisation et point de vue
La focalisation précise ce que le narrateur sait des personnages :
Zéro (omniscient) : le narrateur sait tout, entre dans toutes les consciences. Exemple : le narrateur de La Princesse de Clèves peut révéler les pensées secrètes de plusieurs personnages.
Interne : le récit est restreint à ce que voit, pense un personnage. Exemple : Le Rouge et le Noir suit principalement le point de vue de Julien.
Externe : le narrateur ne donne que les actions, sans accès aux pensées. (Peu présent dans ces romans.)
Langue : temps du récit et discours rapporté
Les temps du récit : au passé, on combine surtout trois temps :
Passé simple : actions de premier plan, événements délimités (« elle entra »).
Imparfait : actions de second plan, descriptions, habitudes, état d'âme (« elle songeait »).
Plus-que-parfait : action antérieure à un moment passé (« elle avait promis »).
Discours rapportés : comment sont restituées les paroles ou pensées ?
Discours direct : on cite mot pour mot entre guillemets, avec un verbe de parole.
Discours indirect : les paroles sont intégrées dans une subordonnée après que (ex : « il dit qu’il viendrait »).
Discours indirect libre : pas de verbe introducteur ni de guillemets, la voix du personnage se mêle à celle du narrateur. Ex : « Enfin elle serait heureuse. Mais non, il ne viendrait pas. »
À toi de jouer
1. Relis cette phrase de Stendhal : « Je verrai cela demain, se dit-il. » Le discours est rapporté de façon : (directe / indirecte / indirecte libre). Justification : (présence de guillemets et d’un verbe de parole / subordonnée après « que » / absence de guillemets ni verbe introducteur).
Corrigé
Le discours est rapporté de façon directe (ou bien : directe). Justification : présence de guillemets et du verbe introducteur « se dit-il » (il y a des guillemets et un verbe de parole).
2. Voici un extrait de Mémoires d’Hadrien. Repère la focalisation. « J’ai tué en rêve, cette nuit. L’image de ma mère, lointaine, me souriait. Il fallut que mon ami m’expliquât que le rêve signifiait mon deuil. » (extrait adapté). La focalisation est : (interne / zéro / externe). Indice : le narrateur parle de ses propres pensées. Quel pronom domine ?
Corrigé
La focalisation est interne. Le narrateur dit « j’ai », « me souriait », « mon », il n’a accès qu’à sa propre conscience. C’est un récit à la première personne avec restriction à la perception du « je ».
3. Complète le tableau des temps verbaux.
Verbe en contexte
Temps
« Elle regardait par la fenêtre. »
« Elle avait fini son ouvrage. »
« Elle se leva brusquement. »
Corrigé
« regardait » : imparfait (description d’arrière-plan). « avait fini » : plus-que-parfait (antériorité). « se leva » : passé simple (action de premier plan).
C'est l'heure de la mécanique ! Cinq fois la même tâche, pour que ça devienne un réflexe. Tu vas identifier le type de narrateur dans des extraits courts. Tous les exercices sont sur le même modèle, tu vas réussir facilement.
À toi de jouer
1. Exercice 1. Extrait : « Je sentis mon cœur battre plus vite. » Le narrateur est (interne / externe).
Corrigé
Le narrateur est interne (il utilise « je »).
2. Exercice 2. Extrait : « Il posa la lettre sur la table et sortit. » Le narrateur est (interne / externe).
Corrigé
Le narrateur est externe (il n’utilise pas « je », il décrit des actions à la troisième personne).
3. Exercice 3. Extrait : « J’avais décidé de tout quitter pour elle. » Le narrateur est (interne / externe).
Corrigé
Le narrateur est interne (présence de « j’ »).
4. Exercice 4. Extrait : « La princesse hésita un instant avant de répondre. » Le narrateur est (interne / externe).
Corrigé
Le narrateur est externe (pas de « je », on parle d’elle).
5. Exercice 5. Extrait : « Je me souviens du jour où je suis arrivé à la cour. » Le narrateur est (interne / externe).
Corrigé
Le narrateur est interne (« je me souviens »).
Passons aux choses sérieuses ! Des exercices de type contrôle, avec des extraits et des questions d’analyse. Tu vas devoir rédiger. Plus de trous : c’est toi qui expliques, en t’appuyant sur le texte. Sois précis, cite le texte.
Petite méthode d'analyse
Pour répondre à une question du type « identifiez le point de vue » ou « montrez que ce passage relève de l’analyse psychologique », suis ces étapes :
Repère les pronoms : le narrateur est-il je ou il/elle ?
Repère les verbes de pensée : « penser », « songer », « se dire », « savoir », etc.
Repère le discours rapporté : des guillemets ? une subordonnée en « que » ? des points d’exclamation sans verbe introducteur ?
Associe les indices au type de focalisation ou au procédé et rédige une réponse en citant le texte.
À toi de jouer
1. Lis cet extrait de La Princesse de Clèves (début). « La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux […] Mme de Chartres, qui avait eu tant d’application pour élever sa fille, […] lui faisait souvent des peintures de l’amour ; elle lui montrait ce qu’il a d’agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu’elle lui en apprenait de dangereux. »
1. Qui est le narrateur ? Est-il un personnage ? Justifie par un relevé. (2 points)
2. Quel regard le narrateur porte-t-il sur la cour ? Justifie en citant un mot ou une expression. (2 points)
3. Relève une phrase qui montre que le narrateur connaît les intentions de Mme de Chartres. (1 point)
4. Déduis de tes réponses précédentes la focalisation utilisée. Explique. (2 points)
Corrigé
1. Le narrateur est externe : il n’utilise pas la première personne (aucun « je ») et ne semble pas être un personnage de la cour. Il décrit à la troisième personne (« n’ont jamais paru », « Mme de Chartres »). 2. Le narrateur porte un regard critique ou observateur : il note que la magnificence « n’ont jamais paru avec tant d’éclat », ce qui souligne le paraître exagéré de la cour. 3. « elle lui faisait souvent des peintures de l’amour […] pour la persuader plus aisément sur ce qu’elle lui en apprenait de dangereux » montre que le narrateur connaît les intentions éducatives de Mme de Chartres. 4. La focalisation est zéro (omnisciente) : le narrateur connaît les pensées et les intentions de Mme de Chartres, mais aussi les caractéristiques de la cour. Il ne se limite pas à un seul point de vue.
2. Extrait du Rouge et le Noir (chapitre 23). « Julien, hors de lui, se jeta dans les bras de Mathilde. « Ah ! tu ne m’aimes plus, s’écria-t-elle, je le vois trop. » Il fut étonné de la justesse de cette observation. »
1. Recopie le passage en discours direct en indiquant le type de discours rapporté employé. (1 point) 2. Comment les pensées de Julien nous sont-elles communiquées ? Relève l’élément clé. (2 points) 3. Pourquoi peut-on parler d’un accès privilégié à l’intériorité du personnage ? (2 points)
Corrigé
1. « Ah ! tu ne m’aimes plus, s’écria-t-elle, je le vois trop. » Ce passage est au discours direct, marqué par les guillemets et le verbe introducteur « s’écria-t-elle ». 2. Les pensées de Julien sont rapportées indirectement : « Il fut étonné de la justesse de cette observation. » Le verbe « fut étonné » exprime une réaction intérieure. De plus, la phrase nous donne accès à son jugement. 3. Le narrateur nous donne un accès direct aux émotions et aux jugements de Julien (étonnement) sans passer par ses paroles, caractéristique du roman d’analyse psychologique ; le point de vue est souvent focalisé sur Julien.
3. Extrait des Mémoires d’Hadrien (début). « Mon cher Marc, Je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène, qui revient d’un assez long voyage en Asie. La consultation devait avoir lieu à jeun, nous avions pris rendez-vous pour les premières heures du jour. »
1. Quelle est la particularité de la narration ? Appuie-toi sur les pronoms et le destinataire. (2 points) 2. En quoi ce choix narratif influe-t-il sur la manière dont le lecteur perçoit Hadrien ? (2 points)
Corrigé
1. La narration est à la première personne (« je suis descendu ») et s’adresse à un destinataire identifié, « Marc ». Il s’agit d’une lettre fictive, ce qui crée un récit intime et personnel. 2. Ce choix rend la lecture immersive : en entendant la voix d’Hadrien lui-même, le lecteur a l’impression de découvrir ses pensées, ses souvenirs, ses réflexions, et d’être pris à témoin de son introspection.
4. Question de synthèse : Les trois romans au programme partagent la volonté d’explorer l’intériorité des personnages. Choisis-en un et explique comment l’auteur s’y prend. Appuie-toi sur un exemple précis. (3 points)
Corrigé
Réponse attendue : Par exemple, dans Le Rouge et le Noir, Stendhal utilise un narrateur extérieur qui adopte souvent la focalisation interne sur Julien Sorel. Il rapporte ses pensées au discours indirect libre, comme dans : « Il se disait : je dois être l’un de ces jeunes gens… » Le lecteur est ainsi plongé dans les calculs et les émotions de Julien, ce qui permet une analyse fine de ses ambitions et de ses sentiments. (Accepter toute réponse valable sur l’un des trois romans.)
Tu maîtrises le programme, maintenant on voit comment les notions de récit peuvent se prolonger. On va comparer les œuvres et imaginer des réécritures. Prêt pour la littérature de Terminale ?
Au-delà du programme : la réécriture
Une des clés de la littérature est la transformation. Changer le point de vue d’un récit, par exemple, modifie tout le sens. Passer du « je » au « il » ou de l’interne à l’externe oblige à repenser l’accès aux pensées. Cela prépare aux exercices d’écriture d’invention et au commentaire composé de l’année prochaine.
À toi de jouer
1. Imagine que le narrateur de La Princesse de Clèves devienne la princesse elle-même, racontant à la première personne l’un de ses tourments. Rédige un court paragraphe (5 lignes) à la manière de Madame de Lafayette, en respectant le registre et le style du XVIIe siècle. Tu veilleras à employer au moins un imparfait et un passé simple.
Corrigé
Proposition corrigée : « Je ne pouvais chasser de mon esprit l’image de M. de Nemours. Sans cesse, je songeais à ses regards et je redoutais que ma mère ne s’aperçût de mon trouble. Un soir, je pris la résolution de lui cacher mon égarement. » (Le corrigé proposé n’est qu’un exemple ; accepter tout texte cohérent avec les consignes.)
2. Dans Mémoires d’Hadrien, le temps est un thème central. Si Hadrien écrivait à la troisième personne sur lui-même, quel effet cela produirait-il sur la méditation ? Explique en deux ou trois phrases.
Corrigé
Cela créerait une distance : le « il » mettrait à l’écart le personnage de l’homme qui se souvient, rendant la réflexion plus extérieure, moins intime. Le charme de la confidence serait perdu. On glisserait vers une biographie classique, ce qui atténuerait le caractère méditatif et personnel de l’œuvre.
3. Étape vers la Terminale : en t’appuyant sur les trois romans, rédige une synthèse sur la manière dont la focalisation contribue au portrait psychologique du personnage. Structure ta réponse en trois parties (une pour chaque œuvre) et conclus sur la spécificité du roman d’analyse. (environ 15 lignes)
Corrigé
Corrigé développé : - Dans La Princesse de Clèves, le narrateur omniscient explore les pensées de plusieurs personnages, créant un réseau d’analyses qui met en lumière les conflits intérieurs et les non-dits de la cour. La focalisation zéro permet de montrer les sentiments secrets (amour de la princesse, jalousie du prince, etc.). - Le Rouge et le Noir utilise une focalisation interne sur Julien Sorel, nous plongeant dans sa conscience torturée, ses ambitions et ses doutes. Le discours indirect libre mêle le point de vue du narrateur à celui du personnage, ce qui rend l’analyse des motivations plus fine. - Mémoires d’Hadrien adopte la première personne : la focalisation est interne et l’autobiographie fictive donne une profondeur introspective unique. Le lecteur accède aux souvenirs et aux réflexions d’Hadrien comme s’il les vivait avec lui. Le roman d’analyse psychologique, en variant les techniques narratives, cherche à représenter de manière réaliste et complexe l’intériorité humaine. (Accepter toute réponse structurée et argumentée.)