Contrôle demain, chapitre jamais ouvert. Respire : celui-ci tient en deux listes. Trois niveaux de langue d’un côté, quatre paramètres de la situation de communication de l’autre. Apprends ces deux listes et les exemples qui vont avec, dans cet ordre : c’est exactement l’ordre dans lequel on va te les demander.

L’idée en deux phrases

La langue française se pratique à plusieurs niveaux de langue — on dit aussi registres — selon la situation de communication. On en distingue trois : le familier, le courant et le soutenu.

Autrement dit : on ne dit pas la même chose de la même façon à un copain et au principal du collège. Parler ou écrire, c’est toujours choisir le bon registre pour la bonne personne, dans le bon contexte.

Si tu ne retiens qu’une phrase : c’est la situation qui commande le registre. Et la situation, elle se décrit avec quatre paramètres.

Les trois niveaux de langue

RegistreComment on le reconnaîtOù on l’emploieExemple
Familiervocabulaire argotique ou relâché ; syntaxe incorrecte (négation souvent absente) ; abréviations fréquentesentre amis, en famille, à l’oral ou en message privé« J’suis claqué. »
Courantvocabulaire usuel ; phrases grammaticalement correctes ; ton neutreécrits scolaires ordinaires, presse, échanges professionnels courants« Je suis très fatigué. »
Soutenuvocabulaire recherché ; tournures élaborées ; ton formeldiscours officiels, lettres formelles, textes littéraires« Je suis en proie à un profond épuisement. »

Les quatre paramètres de la situation de communication

Avant de choisir un registre, on décrit la situation. Elle est définie par quatre paramètres. C’est la question de cours la plus probable : apprends-les tels quels, dans cet ordre.

  • L’émetteur : qui parle ou écrit ?
  • Le destinataire : à qui ?
  • Le cadre : dans quel contexte — familial, scolaire, professionnel, officiel… ?
  • L’intention : dans quel but — informer, demander, convaincre, divertir… ?

Ces quatre paramètres déterminent le registre à adopter. Tu ne le choisis pas au hasard : tu le déduis d’eux.

La même idée, trois registres

Le classique du contrôle : une même idée, dite trois fois. Apprends ces deux séries par cœur, elles servent de modèle à tout le reste.

Exprimer que l’on est fatigué

  • Familier : « J’suis complètement naze. »
  • Courant : « Je suis très fatigué. »
  • Soutenu : « Je suis en proie à un profond épuisement. »

Demander l’heure

  • Familier : « T’as l’heure ? »
  • Courant : « Avez-vous l’heure, s’il vous plaît ? »
  • Soutenu : « Auriez-vous l’obligeance de m’indiquer l’heure ? »

Dans les deux séries, le sens ne change pas : seule la manière de le dire change.

La méthode, en quatre étapes

Si on te demande quel niveau de langue employer, déroule ceci sans réfléchir.

  1. Identifier l’émetteur et le destinataire : qui écrit ou parle, à qui ?
  2. Préciser le cadre : est-il officiel, scolaire, professionnel ou amical ?
  3. Préciser l’intention : s’agit-il d’informer, de demander, de convaincre ?
  4. Choisir le registre : soutenu pour les écrits formels ; courant pour la plupart des situations scolaires et professionnelles ; familier uniquement entre proches, à l’oral ou en message privé.

Les erreurs qui coûtent des points

  • Employer un registre familier dans un écrit scolaire ou professionnel — par exemple « super cool » dans une rédaction.
  • Omettre la négation complète au registre courant ou soutenu : on écrit « Je ne sais pas », et non « Je sais pas ».
  • Croire que le registre soutenu est toujours le meilleur : un registre inadapté à la situation est une faute de communication, même s’il est grammaticalement correct.
  • Confondre niveau de langue et politesse : on peut être poli dans les trois registres.

Tu as vu le chapitre en classe, mais entre deux sonneries quelques pièces se sont perdues. On reprend au propre et dans l’ordre : les deux notions et le lien qui les unit, les quatre paramètres un par un, les trois registres avec ce qui les sépare vraiment, puis la méthode. Rien de neuf par rapport au cours — juste remis debout.

Deux notions qui vont ensemble

Le niveau de langue — on dit aussi registre — est la façon dont on emploie la langue dans un message donné. Le français en distingue trois : le familier, le courant et le soutenu. Ce qui les sépare tient à trois choses : le vocabulaire, la syntaxe et le ton.

La situation de communication, c’est l’ensemble des circonstances dans lesquelles on parle ou l’on écrit. Elle se décrit avec quatre paramètres : l’émetteur, le destinataire, le cadre et l’intention.

Le lien entre les deux notions est le cœur du chapitre : ces quatre paramètres déterminent le registre à adopter. La situation pose la question, le registre est la réponse.

Les quatre paramètres de la situation de communication

Quatre questions, toujours les mêmes, toujours dans cet ordre.

  • L’émetteurqui parle ou écrit ?
  • Le destinataireà qui ? Un ami, un professeur, un responsable que l’on ne connaît pas : ce n’est pas la même langue.
  • Le cadredans quel contexte ? Familial, scolaire, professionnel, officiel…
  • L’intentiondans quel but ? Informer, demander, convaincre, divertir…

Ne confonds pas le cadre (le contexte dans lequel on se trouve) et l’intention (le but que l’on poursuit). Un sujet te demandera souvent les quatre séparément : il faut donc pouvoir les nommer un par un.

Les trois niveaux de langue

RegistreVocabulaireSyntaxe et tournuresAutre marqueUsage
Familierargotique ou relâchésyntaxe incorrecte (négation souvent absente)abréviations fréquentesentre amis, en famille, à l’oral ou en message privé
Courantusuelphrases grammaticalement correcteston neutreécrits scolaires ordinaires, presse, échanges professionnels courants
Soutenurecherchétournures élaboréeston formeldiscours officiels, lettres formelles, textes littéraires

Ce qui distingue vraiment les trois

Trois choses changent d’un registre à l’autre. Regarde-les toutes les trois avant de trancher : un seul indice ne suffit pas.

  • Le vocabulaire. Argotique ou relâché au familier, usuel au courant, recherché au soutenu. C’est le marqueur le plus visible : « naze », puis « fatigué », puis « épuisement ».
  • La syntaxe. Au familier, elle est incorrecte, et sa marque la plus fréquente est l’absence de négation (« je sais pas »). Au courant, les phrases sont grammaticalement correctes. Au soutenu, les tournures sont en plus élaborées.
  • Le ton et la forme. Le familier multiplie les abréviations ; le courant est neutre ; le soutenu est formel.

La même idée dans les trois registres

Exprimer que l’on est fatigué

  • Familier : « J’suis complètement naze. »
  • Courant : « Je suis très fatigué. »
  • Soutenu : « Je suis en proie à un profond épuisement. »

Demander l’heure

  • Familier : « T’as l’heure ? »
  • Courant : « Avez-vous l’heure, s’il vous plaît ? »
  • Soutenu : « Auriez-vous l’obligeance de m’indiquer l’heure ? »

Observe la deuxième série : la phrase courante « Avez-vous l’heure, s’il vous plaît ? » vouvoie et se termine par une formule de politesse. Elle n’en est pas soutenue pour autant. Politesse et registre sont deux choses différentes.

Méthode — adapter son niveau de langue

  1. Identifier l’émetteur et le destinataire : qui écrit ou parle, et à qui ?
  2. Préciser le cadre : est-il officiel, scolaire, professionnel ou amical ?
  3. Préciser l’intention : s’agit-il d’informer, de demander, de convaincre ?
  4. Choisir le registre : soutenu pour les écrits formels ; courant pour la plupart des situations scolaires et professionnelles ; familier uniquement entre proches, à l’oral ou en message privé.

Les trois premières étapes décrivent, la quatrième décide. N’inverse jamais l’ordre : si tu choisis le registre avant d’avoir décrit la situation, tu choisis au hasard.

Erreurs fréquentes

  • Employer un registre familier dans un écrit scolaire ou professionnel — par exemple « super cool » dans une rédaction.
  • Omettre la négation complète au registre courant ou soutenu : « Je ne sais pas » et non « Je sais pas ».
  • Croire que le registre soutenu est toujours le meilleur : un registre inadapté à la situation est une faute de communication, même s’il est grammaticalement correct.
  • Confondre niveau de langue et politesse : on peut être poli dans les trois registres.

On enlève le survêt. Ici je ne me contente pas d’énoncer la règle : je traite les exemples en entier, phrase par phrase, comme si on était côte à côte à la même table. Surveille deux gestes en particulier — nommer le marqueur précis qui prouve le registre, et dérouler les quatre paramètres avant de choisir quoi que ce soit.

Le cours : la situation commande le registre

La langue française se pratique à plusieurs niveaux de langue, ou registres, selon la situation de communication. Il y en a trois : le familier, le courant et le soutenu.

Ces trois registres disent les mêmes choses, mais pas de la même manière. Ce qui les distingue, ce sont le vocabulaire employé, la syntaxe respectée ou non, et le ton adopté.

La situation de communication est définie par quatre paramètres — l’émetteur, le destinataire, le cadre et l’intention — et ce sont eux qui déterminent le registre à adopter. Toute la logique du chapitre tient là : on décrit d’abord la situation, on choisit ensuite le registre.

Les quatre paramètres, un par un

  • L’émetteurqui parle ou écrit ? C’est le point de départ : un élève, un adulte, une institution ne s’expriment pas de la même façon.
  • Le destinataireà qui ? C’est la question qui pèse le plus lourd dans la pratique : un ami proche et un responsable que tu ne connais pas n’appellent pas la même langue.
  • Le cadredans quel contexte ? Familial, scolaire, professionnel, officiel… Le cadre décrit l’échange a lieu et à quel degré de formalité.
  • L’intentiondans quel but ? Informer, demander, convaincre, divertir… L’intention décrit pourquoi on prend la parole.

Quand une consigne demande d’analyser la situation de communication, elle attend ces quatre paramètres nommés séparément. Les donner tous les quatre, c’est déjà la moitié des points.

Les trois niveaux de langue en détail

RegistreVocabulaireSyntaxe et tournuresAutre marqueUsageExemple
Familierargotique ou relâchésyntaxe incorrecte (négation souvent absente)abréviations fréquentesentre amis, en famille, à l’oral ou en message privé« J’suis claqué. »
Courantusuelphrases grammaticalement correcteston neutreécrits scolaires ordinaires, presse, échanges professionnels courants« Je suis très fatigué. »
Soutenurecherchétournures élaboréeston formeldiscours officiels, lettres formelles, textes littéraires« Je suis en proie à un profond épuisement. »

Remarque la colonne « usage » : elle n’est pas décorative. C’est elle qui fait le lien avec la situation de communication, et c’est elle qu’on te demandera de justifier.

Exemple entièrement traité n° 1 — dire que l’on est fatigué

Une seule idée, trois formulations. On les analyse ligne par ligne.

Familier — « J’suis complètement naze. »

  • Vocabulaire : « naze » est un mot argotique. C’est le marqueur le plus net.
  • Syntaxe : « J’suis » au lieu de « Je suis » — la forme est réduite, relâchée, comme à l’oral.
  • Usage : entre amis ou en famille, à l’oral ou dans un message privé. Dans une rédaction, c’est une faute.

Courant — « Je suis très fatigué. »

  • Vocabulaire : « fatigué » est un mot usuel, que tout le monde emploie.
  • Syntaxe : la phrase est complète et grammaticalement correcte.
  • Ton : neutre. Usage : c’est le registre de tes écrits scolaires ordinaires.

Soutenu — « Je suis en proie à un profond épuisement. »

  • Vocabulaire : « épuisement » est plus recherché que « fatigue ».
  • Tournure : « être en proie à » est une tournure élaborée, qu’on n’emploie pas dans une conversation ordinaire.
  • Ton : formel. Usage : lettre formelle, discours officiel, texte littéraire.

Ce qu’il faut voir : les trois phrases disent exactement la même chose. Ce n’est donc pas le sens qui change d’un registre à l’autre, c’est la manière.

Exemple entièrement traité n° 2 — demander l’heure

Familier — « T’as l’heure ? » — « T’as » remplace « Tu as » : la forme est réduite. La phrase est ramenée au strict minimum et ne comporte aucune formule de politesse. On l’emploie entre proches, à l’oral.

Courant — « Avez-vous l’heure, s’il vous plaît ? » — la phrase est grammaticalement correcte (sujet et verbe sont bien inversés dans l’interrogation), le vocabulaire est usuel, le ton neutre, et « s’il vous plaît » ajoute la politesse. C’est ce que l’on dit à quelqu’un que l’on ne connaît pas.

Soutenu — « Auriez-vous l’obligeance de m’indiquer l’heure ? » — « avoir l’obligeance de » est une tournure élaborée, « indiquer » un verbe plus recherché, et « Auriez-vous », au conditionnel, adoucit encore la demande. Le ton est formel.

Ce qu’il faut voir : la deuxième phrase vouvoie et dit « s’il vous plaît » — et elle reste au registre courant. Retiens ce contre-exemple : ni le vouvoiement ni la politesse ne suffisent à faire du soutenu. Ce qui fait le soutenu, c’est le vocabulaire recherché et les tournures élaborées.

Méthode — les quatre étapes pour choisir son registre

  1. Identifier l’émetteur et le destinataire : qui écrit ou parle, à qui ?
  2. Préciser le cadre : est-il officiel, scolaire, professionnel ou amical ?
  3. Préciser l’intention : s’agit-il d’informer, de demander, de convaincre ?
  4. Choisir le registre : soutenu pour les écrits formels ; courant pour la plupart des situations scolaires et professionnelles ; familier uniquement entre proches, à l’oral ou en message privé.

Les étapes 1 à 3 se contentent de décrire ; l’étape 4 décide, et elle découle des trois premières. Une réponse qui commence directement par l’étape 4 n’est pas justifiée.

Exemple entièrement traité n° 3 — la méthode déroulée sur deux cas

Cas A — tu rédiges un article pour le journal du collège.

  1. Émetteur : toi, élève rédacteur. Destinataire : les lecteurs du journal, que tu ne connais pas personnellement.
  2. Cadre : scolaire, et il s’agit d’un écrit de presse.
  3. Intention : informer.
  4. Registre : la presse relève du registre courant. Vocabulaire usuel, phrases grammaticalement correctes, ton neutre.

Ce que cela donne : « Le tournoi de printemps aura lieu le 12 mai dans la cour du collège. » Ni argot ni abréviations — mais inutile, ici, de forcer le soutenu.

Cas B — tu prépares un discours pour une cérémonie officielle du collège.

  1. Émetteur : toi, parlant au nom des élèves. Destinataire : un public officiel — la direction, les professeurs, les familles invitées.
  2. Cadre : officiel.
  3. Intention : remercier, convaincre.
  4. Registre : le discours officiel relève du registre soutenu. Vocabulaire recherché, tournures élaborées, ton formel.

Ce que cela donne : on n’écrit pas « Merci les profs, c’était top » (vocabulaire relâché, registre familier), mais « Nous tenons à exprimer notre gratitude à l’ensemble de l’équipe éducative » (vocabulaire recherché, tournure élaborée).

Ce qu’il faut voir : la démarche est rigoureusement identique dans les deux cas. Seuls les paramètres changent — et c’est parce qu’ils changent que la réponse change.

Erreurs fréquentes

  • Employer un registre familier dans un écrit scolaire ou professionnel — par exemple « super cool » dans une rédaction.
  • Omettre la négation complète au registre courant ou soutenu : « Je ne sais pas » et non « Je sais pas ».
  • Croire que le registre soutenu est toujours le meilleur : un registre inadapté à la situation est une faute de communication, même s’il est grammaticalement correct.
  • Confondre niveau de langue et politesse : on peut être poli dans les trois registres.

Le contrôle, maintenant. À ce stade tu connais les trois registres : ce n’est plus là que tu perds des points. Tu en perds en annonçant un registre sans le prouver, en confondant politesse et niveau de langue, ou en répondant « soutenu » par réflexe. On passe en revue ce que le correcteur attend exactement, puis les cas limites qui font trébucher.

Le rappel express

Trois registres, quatre paramètres. Tout part de là.

RegistreMarquesUsage
Familiervocabulaire argotique ou relâché ; syntaxe incorrecte (négation souvent absente) ; abréviationsentre amis, en famille, à l’oral ou en message privé
Courantvocabulaire usuel ; phrases grammaticalement correctes ; ton neutreécrits scolaires ordinaires, presse, échanges professionnels courants
Soutenuvocabulaire recherché ; tournures élaborées ; ton formeldiscours officiels, lettres formelles, textes littéraires

Les quatre paramètres de la situation de communication : l’émetteur (qui parle ou écrit ?), le destinataire (à qui ?), le cadre (dans quel contexte ?), l’intention (dans quel but ?). Ce sont eux qui déterminent le registre.

Ce que le correcteur attend dans une justification

Écrire « c’est familier » ne rapporte presque rien. Ce qui rapporte, c’est de montrer d’où tu le sais. Une réponse complète tient en trois temps.

  1. Nommer le registre : familier, courant ou soutenu.
  2. Citer le marqueur : le mot ou la tournure exacte, recopiée entre guillemets, qui le prouve.
  3. Dire de quel type de marqueur il s’agit : vocabulaire (argotique, usuel, recherché), syntaxe (incorrecte, correcte, élaborée), abréviation, ton.

Rédaction attendue : « Cette phrase relève du registre familier : “naze” est un mot argotique, et “J’suis” est une forme relâchée de “je suis”. » Registre nommé, marqueur cité, type identifié — les trois y sont.

Les quatre erreurs classiques, décortiquées

  • Le familier qui s’invite dans un écrit scolaire ou professionnel. « Super cool » dans une rédaction en est l’exemple type. Le réflexe de relecture : devant chaque expression, demande-toi si tu l’écrirais à un adulte que tu ne connais pas.
  • La négation incomplète. Aux registres courant et soutenu, on écrit « Je ne sais pas », jamais « Je sais pas ». L’oubli est fréquent parce que la négation absente est justement une marque du familier, celui qu’on pratique à l’oral : elle ne s’entend pas, mais elle se voit immédiatement à l’écrit.
  • Le soutenu par défaut. Le cours est explicite : un registre inadapté à la situation est une faute de communication, même s’il est grammaticalement correct. Écrire « Auriez-vous l’obligeance de m’indiquer l’heure ? » à ton meilleur ami dans un message privé est un contresens de registre au même titre que « super cool » dans une rédaction.
  • La confusion entre niveau de langue et politesse. On peut être poli dans les trois registres. La politesse tient aux formules employées ; le registre tient au vocabulaire, à la syntaxe et au ton. Ce sont deux questions distinctes.

Les cas limites

  • Vouvoyer n’est pas parler soutenu. « Avez-vous l’heure, s’il vous plaît ? » vouvoie, et relève pourtant du registre courant. Le vouvoiement concerne la relation au destinataire, pas le niveau de langue.
  • Une phrase correcte n’est pas forcément soutenue. « Je suis très fatigué. » est grammaticalement irréprochable — et strictement courante. Le soutenu exige en plus un vocabulaire recherché et des tournures élaborées.
  • Le familier n’est pas une faute en soi. Il a un domaine légitime : entre amis, en famille, à l’oral ou en message privé. Il ne devient une faute que là où la situation ne l’admet pas.
  • Il n’existe pas de « meilleur registre » dans l’absolu. Il n’existe qu’un registre adapté à la situation. C’est précisément pour cela qu’un sujet te fait toujours décrire la situation avant de choisir.
  • Trois marques, pas une. Un seul indice ne suffit pas à trancher : croise le vocabulaire, la syntaxe et le ton avant de nommer le registre.

Le piège de la consigne « réécris dans tel registre »

L’erreur la plus courante consiste à ne changer qu’un mot. Remplacer « naze » par « fatigué » en laissant « J’suis » ne fait que la moitié du travail : la syntaxe reste relâchée, donc la phrase reste familière.

Quand on te demande de changer de registre, agis sur les trois marques :

  1. le vocabulaire : argotique ou relâché → usuel → recherché ;
  2. la syntaxe : rétablis les phrases complètes, supprime les formes réduites (« J’suis », « T’as ») et surtout rétablis la négation complète ;
  3. le ton et la forme : supprime les abréviations et les tournures relâchées, qui n’ont leur place qu’au registre familier.

Dernier contrôle : le sens doit être resté le même. Changer de registre, ce n’est pas changer d’idée — c’est dire la même idée autrement.

Le piège de la consigne « analyse la situation de communication »

Cette consigne attend les quatre paramètres nommés un par un, et pas seulement la conclusion. Beaucoup d’élèves écrivent directement « il faut du soutenu » : la réponse est peut-être juste, mais tous les points des paramètres sont perdus.

Rédige dans l’ordre : émetteur, destinataire, cadre, intention — puis le registre, justifié par ce que tu viens d’écrire. Une phrase par paramètre suffit ; ce qui compte, c’est qu’ils soient tous les quatre présents et nommés.

La checklist avant de rendre

  • Ai-je nommé les quatre paramètres quand on me demandait la situation ?
  • Chaque registre que j’annonce est-il justifié par un mot ou une tournure cités ?
  • Dans mes propres phrases, toutes les négations sont-elles complètes ?
  • Reste-t-il des abréviations, des formes réduites (« J’suis », « T’as ») ou du vocabulaire argotique là où le registre ne les admet pas ?
  • Le registre que j’ai choisi est-il adapté à la situation décrite — et non simplement le plus formel possible ?

Le contrôle est plié ? On regarde par-dessus le mur. Au collège, on te demande surtout de choisir le bon registre. Ensuite, on te demandera d’analyser celui qu’un auteur a choisi, et de dire ce qu’il produit. Bonne nouvelle : c’est le même outil — les quatre paramètres — simplement retourné dans l’autre sens.

Ce qui ne changera pas

Les trois registres — familier, courant, soutenu — et les quatre paramètres de la situation de communication — émetteur, destinataire, cadre, intention — restent exactement les mêmes. On ne les remplacera pas : on s’en servira pour autre chose.

Ce qui change, c’est la question posée. Jusqu’ici : quel registre dois-je employer ? Ensuite : quel registre a été employé, et pourquoi ?

Les quatre paramètres deviennent une grille de lecture

Devant un texte, tu poseras les mêmes quatre questions — non plus sur toi, mais sur le texte.

  • Émetteur : qui parle dans ce passage — le narrateur, un personnage ?
  • Destinataire : à qui s’adresse-t-il, à l’intérieur du texte ?
  • Cadre : dans quel contexte la scène se déroule-t-elle — familial, scolaire, professionnel, officiel ?
  • Intention : que cherche-t-il à faire — informer, demander, convaincre, divertir ?

Le cours range les textes littéraires parmi les usages du registre soutenu : tu croiseras donc souvent, en littérature, des passages de ce registre, et il faudra savoir en repérer les marques — vocabulaire recherché, tournures élaborées, ton formel — au lieu de te contenter de les trouver « difficiles ». Attention : cela ne veut pas dire qu’un texte littéraire soit soutenu de bout en bout — un auteur fait très souvent parler ses personnages au registre courant, voire familier.

Le registre comme portrait d’un personnage

Le premier paramètre, l’émetteur, prend alors une importance nouvelle. Dans un dialogue, chaque personnage a son registre, et ce registre dit quelque chose de lui : son milieu, son aisance avec la langue, la relation qu’il entretient avec celui à qui il parle.

Reprends nos deux phrases. Si un personnage demande « T’as l’heure ? » et un autre « Auriez-vous l’obligeance de m’indiquer l’heure ? », l’auteur ne fait pas simplement demander l’heure deux fois : il installe une différence entre les deux. C’est cette différence que l’on te demandera de commenter.

Quand le registre ne colle pas au cadre

Le cours pose une règle nette : un registre inadapté à la situation est une faute de communication, même s’il est grammaticalement correct. Garde-la telle quelle — mais apprends à la lire dans l’autre sens.

Dans un texte, l’auteur maîtrise ce qu’il écrit. S’il fait employer un registre familier dans un cadre officiel, ou un registre très soutenu dans une conversation ordinaire, l’écart n’est pas une maladresse : c’est un choix. La question ne devient plus « est-ce correct ? » mais « qu’est-ce que ce décalage produit ? ».

La règle est donc la même dans les deux cas ; ce qui change, c’est qu’on ne corrige plus une faute, on interprète une intention.

Les écrits formels qui t’attendent

Le cours classe dans le registre soutenu les discours officiels et les lettres formelles. Ces deux catégories vont devenir très concrètes : demande de stage, courrier à une administration, candidature. La méthode, elle, ne bouge pas d’un pouce : tu déroules les quatre paramètres, et un destinataire institutionnel dans un cadre officiel te donne le registre soutenu.

Deux réflexes à emporter, parce que ce sont les marques du familier qui passent le plus facilement à travers les mailles du filet : la négation toujours complète, et aucune abréviation.

Et à l’oral d’un examen ?

Ne réponds pas à l’intuition : déroule la méthode. Émetteur : toi, candidat. Destinataire : un jury que tu ne connais pas. Cadre : officiel. Intention : informer et convaincre.

Or le cours réserve le familier aux échanges entre proches, à l’oral ou en message privé — un jury n’entre dans aucune de ces catégories. Le courant est donc le minimum, et il est parfaitement recevable, puisqu’il couvre la plupart des situations scolaires et professionnelles ; le soutenu convient si tu le maîtrises. Ce qui coûte des points, c’est l’argot, les abréviations et les négations tronquées.

Ce qu’il faut emporter

Une phrase à garder pour les années suivantes : la situation commande le registre. Que tu écrives toi-même ou que tu analyses le texte d’un autre, tu commenceras toujours par identifier l’émetteur, le destinataire, le cadre et l’intention. Tout le reste en découle — y compris, plus tard, la question de savoir pourquoi un auteur a choisi tel registre plutôt qu’un autre.