Contempler, célébrer, veiller : habiter la terre en poète — Exercices
Tu n'as pas encore travaillé la poésie et le contrôle approche ? Commence par le plus simple : dire ce que le poème donne à voir, et qui le regarde.
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.
Paul Verlaine, « Le ciel est, par-dessus le toit… », recueil Sagesse — deux premières strophes.
Lis ces deux strophes lentement, à voix basse, puis réponds.
- Fais la liste de tout ce que celui qui parle voit et entend. Combien de choses en tout ?
- Relève les verbes du poème. Que remarques-tu : celui qui parle agit-il, ou se contente-t-il de percevoir ?
- « Un arbre, par-dessus le toit, / Berce sa palme. » Quelle figure de style reconnais-tu ? Explique-la en une phrase.
- Parmi les trois gestes du poète — contempler, célébrer, veiller — lequel domine ici ? Justifie en une phrase.
Corrigé
Ça te revient ? On reprend le même poème, mais entier — et sa dernière strophe change tout ce que tu croyais avoir compris.
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?
Paul Verlaine, « Le ciel est, par-dessus le toit… », recueil Sagesse — poème intégral.
Relis le poème en entier, puis réponds aux questions.
- Combien de strophes, et combien de vers par strophe ? Comment s'appelle une strophe de quatre vers ?
- Compte les syllabes des vers 1 et 2. Que remarques-tu sur l'alternance des longueurs ?
- Observe les mots placés à la fin des vers dans chaque strophe. Quel fait te saute aux yeux ? Propose une interprétation.
- À qui le locuteur s'adresse-t-il dans la dernière strophe ? Qu'est-ce qui a changé par rapport aux trois premières ?
- Un élève écrit : « Verlaine était triste car il avait raté sa vie. » Pourquoi cette phrase est-elle fautive ? Réécris-la correctement.
Corrigé
On passe aux outils. Un sonnet célèbre, une forme fixe à reconnaître, des images à nommer — et une fin qui retourne le poème entier.
C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val ».
Lis le sonnet en entier — surtout le dernier vers — puis réponds.
- Décris la forme du poème : nombre de vers, groupement des strophes, longueur des vers. Comment s'appelle cette forme fixe ?
- Relève deux personnifications de la nature et explique ce qu'elles produisent.
- « Souriant comme / Sourirait un enfant malade » : nomme la figure de style, puis explique pourquoi le fait qu'elle soit coupée par la fin du vers n'est pas anodin.
- Au vers 7, le verbe « Dort » est placé seul en tête de vers. Comment s'appelle ce procédé, et quel effet produit-il ?
- Où se situe le point de bascule du poème ? Cite-le exactement et explique ce qu'il oblige à relire autrement.
- Le poème ne prononce jamais le mot « guerre ». Comment dénonce-t-il pourtant quelque chose ?
Corrigé
Format contrôle : un poème que tu n'as jamais lu, et un paragraphe à rédiger seul — prise de position, citations exactes, procédés analysés, conclusion.
Inventaire du talus
Ce matin j'ai compté
trois orties, deux coquelicots,
un merle qui ne chantait pas.
Derrière la palissade
la pelleteuse dort encore.
Elle a une gueule, elle a un cou,
elle n'a pas d'yeux.
J'écris pour que le talus
existe une fois de plus
avant midi.
Poème écrit pour l'exercice : il n'est tiré d'aucune œuvre.
Réponds d'abord aux deux questions préparatoires, puis rédige.
- Le poème est en vers libres. Qu'est-ce que cela signifie, et où se trouve alors le rythme ?
- « la pelleteuse dort encore. / Elle a une gueule, elle a un cou, / elle n'a pas d'yeux. » Nomme la figure de style et explique le renversement qu'elle opère.
- Rédige un paragraphe d'environ 10 lignes pour répondre à la question : en quoi ce poème contemple-t-il, célèbre-t-il et veille-t-il à la fois ? Tu citeras au moins trois passages précis, entre guillemets, avec une barre oblique entre deux vers.
Corrigé
Pour aller plus loin : on fait dialoguer les poèmes entre eux, et on passe de la lecture à l'écriture.
Ces questions supposent que tu aies travaillé les trois poèmes des paliers précédents (Verlaine, Rimbaud, « Inventaire du talus »), ainsi que les textes lus en classe.
- Les trois poèmes finissent par inquiéter, mais chacun veille sur quelque chose de différent. Précise, pour chacun, sur quoi il veille.
- Dans les trois poèmes, le sens dépend de la fin. Explique pourquoi, dans cette entrée du programme, il est utile de commencer par lire le dernier vers.
- Choisis un poème lu en classe. Décris son point de bascule et montre en quelques lignes ce qu'il oblige à relire autrement. Cite au moins un vers exactement.
- Écriture. Écris un poème court (8 à 12 vers libres) sur un lieu précis que tu connais et qui est menacé de changer. Contraintes : au moins une personnification, au moins un détail chiffré ou nommé avec précision, et un dernier vers qui inquiète sans hausser la voix.