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Contempler, célébrer, veiller : habiter la terre en poète — Exercices

Lire un poème qui regarde le monde : contempler, célébrer, veiller. Repérer la forme, les images, le point de bascule. Corrigé détaillé sous chaque exercice.
⏱ ~35 min✎ Un poème support fourni dans chaque exercice

Tu n'as pas encore travaillé la poésie et le contrôle approche ? Commence par le plus simple : dire ce que le poème donne à voir, et qui le regarde.

1Ce que le poème donne à voir/ 4 pts

Le ciel est, par-dessus le toit,
   Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
   Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu'on voit,
   Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
   Chante sa plainte.

Paul Verlaine, « Le ciel est, par-dessus le toit… », recueil Sagesse — deux premières strophes.

Lis ces deux strophes lentement, à voix basse, puis réponds.

  1. Fais la liste de tout ce que celui qui parle voit et entend. Combien de choses en tout ?
  2. Relève les verbes du poème. Que remarques-tu : celui qui parle agit-il, ou se contente-t-il de percevoir ?
  3. « Un arbre, par-dessus le toit, / Berce sa palme. » Quelle figure de style reconnais-tu ? Explique-la en une phrase.
  4. Parmi les trois gestes du poète — contempler, célébrer, veiller — lequel domine ici ? Justifie en une phrase.
Corrigé
Q1 Quatre choses seulement : le ciel, un arbre (et sa « palme »), une cloche, un oiseau. Toutes sont vues ou entendues depuis un même point, au-dessus d'un toit. Quatre éléments : le champ de vision est minuscule.
Q2 Les verbes sont « est », « berce », « tinte », « chante », « voit » : ce sont des verbes d'état, de perception ou de mouvement doux. Celui qui parle — le locuteur — ne fait rien : il regarde et il écoute. Aucun verbe d'action pour le locuteur : il perçoit, il n'agit pas.
Q3 Une personnification : bercer est un geste humain, tendre, qu'on adresse à quelqu'un. L'arbre cesse d'être un décor et devient une présence qui veille. Personnification : l'arbre reçoit un geste humain.
Q4 Le geste dominant est contempler : le locuteur est immobile et se contente de regarder longuement un cadre très réduit. On peut ajouter qu'il célèbre aussi, avec l'exclamation « Si bleu, si calme ! ». Contempler (avec une part de célébration dans l'exclamation).

Ça te revient ? On reprend le même poème, mais entier — et sa dernière strophe change tout ce que tu croyais avoir compris.

1La forme, l'énonciation et le point de bascule/ 6 pts

Le ciel est, par-dessus le toit,
   Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
   Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu'on voit,
   Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
   Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
   Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
   Vient de la ville.

Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
   Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
   De ta jeunesse ?

Paul Verlaine, « Le ciel est, par-dessus le toit… », recueil Sagesse — poème intégral.

Relis le poème en entier, puis réponds aux questions.

  1. Combien de strophes, et combien de vers par strophe ? Comment s'appelle une strophe de quatre vers ?
  2. Compte les syllabes des vers 1 et 2. Que remarques-tu sur l'alternance des longueurs ?
  3. Observe les mots placés à la fin des vers dans chaque strophe. Quel fait te saute aux yeux ? Propose une interprétation.
  4. À qui le locuteur s'adresse-t-il dans la dernière strophe ? Qu'est-ce qui a changé par rapport aux trois premières ?
  5. Un élève écrit : « Verlaine était triste car il avait raté sa vie. » Pourquoi cette phrase est-elle fautive ? Réécris-la correctement.
Corrigé
Q1 Quatre strophes de quatre vers. Une strophe de quatre vers s'appelle un quatrain. 4 quatrains.
Q2 Vers 1 : Le / ciel / est / par / des / sus / le / toit = 8 syllabes (un octosyllabe). Vers 2 : Si / bleu / si / cal(me) = 4 syllabes, le « e » de fin de vers ne comptant pas. Tout le poème alterne 8 / 4 : le vers court agit comme un souffle qu'on reprend. Alternance régulière octosyllabe / vers de 4 syllabes.
Q3 Dans chaque strophe, le même mot revient à la rime : « toit » aux vers 1 et 3, « voit » aux vers 5 et 7, « là » aux vers 9 et 11, « voilà » aux vers 13 et 15. Interprétation : le poème n'avance pas, il revient toujours au même point — comme le regard du locuteur, enfermé dans un cadre minuscule. Un mot identique revient à la rime dans chaque strophe : la forme dit l'immobilité.
Q4 Il s'adresse à lui-même : « Qu'as-tu fait, ô toi que voilà ». Trois choses changent d'un coup : le destinataire (le paysage → soi), le temps (présent de la contemplation → passé composé du bilan) et le type de phrase (description → question). C'est le point de bascule du poème. Le locuteur se parle à lui-même : le poème passe de la contemplation à la veille sur soi.
Q5 La phrase confond le poète et le locuteur, et invente une biographie que le texte ne donne pas. Correction possible : « Le locuteur s'adresse à lui-même et lui reproche d'avoir perdu sa jeunesse : "Qu'as-tu fait […] / De ta jeunesse ?" ». On écrit « le locuteur » ; le nom du poète est réservé aux choix d'écriture.

On passe aux outils. Un sonnet célèbre, une forme fixe à reconnaître, des images à nommer — et une fin qui retourne le poème entier.

1Forme, images et chute d'un sonnet/ 6 pts

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val ».

Lis le sonnet en entier — surtout le dernier vers — puis réponds.

  1. Décris la forme du poème : nombre de vers, groupement des strophes, longueur des vers. Comment s'appelle cette forme fixe ?
  2. Relève deux personnifications de la nature et explique ce qu'elles produisent.
  3. « Souriant comme / Sourirait un enfant malade » : nomme la figure de style, puis explique pourquoi le fait qu'elle soit coupée par la fin du vers n'est pas anodin.
  4. Au vers 7, le verbe « Dort » est placé seul en tête de vers. Comment s'appelle ce procédé, et quel effet produit-il ?
  5. Où se situe le point de bascule du poème ? Cite-le exactement et explique ce qu'il oblige à relire autrement.
  6. Le poème ne prononce jamais le mot « guerre ». Comment dénonce-t-il pourtant quelque chose ?
Corrigé
Q1 14 vers : deux quatrains puis deux tercets. Les vers font 12 syllabes : ce sont des alexandrins (« C'est / un / trou / de / ver / du / r'où / chan / t'u / ne / ri / vière »). Cette forme fixe s'appelle un sonnet. Sonnet en alexandrins : 2 quatrains + 2 tercets.
Q2 Au choix : « chante une rivière » (la rivière reçoit une voix), « la montagne fière » (la fierté est un sentiment humain), « Nature, berce-le chaudement » (le locuteur s'adresse à la nature comme à une personne, et lui demande un geste maternel). Effet : la nature devient une présence vivante et bienveillante, presque protectrice. Personnifications : la nature est une présence maternelle, non un décor.
Q3 C'est une comparaison (outil : « comme »). Elle est coupée par la fin du vers : c'est un enjambement. L'effet est double — la comparaison dure plus longtemps, donc on s'attarde sur ce sourire ; et le mot « malade », rejeté au vers suivant, arrive comme un premier avertissement. Comparaison + enjambement : l'image dure, et « malade » inquiète.
Q4 C'est un rejet : le verbe principal est repoussé au début du vers suivant, isolé par le point-virgule. Il est donc mis en pleine lumière. Or c'est justement ce verbe que le dernier vers viendra démentir : le poème souligne le mot qui nous trompe. Rejet : « Dort » est isolé et mis en relief — et c'est le mot faux du poème.
Q5 Au dernier vers : « Il a deux trous rouges au côté droit. » Le soldat ne dort pas, il est mort. Il faut alors relire tout le poème autrement : le « lit vert », le sourire, « il a froid », la prière à la Nature — tout ce qui semblait paisible devient le récit d'une mort qu'on n'avait pas vue. Le dernier vers ; il transforme rétrospectivement un tableau paisible en scène de mort.
Q6 Il dénonce par contraste, et non par discours. En célébrant longuement la beauté du val — la rivière qui « chante », le val qui « mousse de rayons », la lumière qui « pleut » —, le poème rend insupportable la révélation finale. Si le lieu n'était pas beau, cette mort serait un fait ordinaire. C'est exactement ce que veut dire veiller : montrer ce que personne ne regardait. La célébration de la beauté est ce qui rend la mort finale intolérable.

Format contrôle : un poème que tu n'as jamais lu, et un paragraphe à rédiger seul — prise de position, citations exactes, procédés analysés, conclusion.

1Paragraphe rédigé sur un poème inconnu/ 8 pts

Inventaire du talus

Ce matin j'ai compté
trois orties, deux coquelicots,
un merle qui ne chantait pas.

Derrière la palissade
la pelleteuse dort encore.
Elle a une gueule, elle a un cou,
elle n'a pas d'yeux.

J'écris pour que le talus
existe une fois de plus
avant midi.

Poème écrit pour l'exercice : il n'est tiré d'aucune œuvre.

Réponds d'abord aux deux questions préparatoires, puis rédige.

  1. Le poème est en vers libres. Qu'est-ce que cela signifie, et où se trouve alors le rythme ?
  2. « la pelleteuse dort encore. / Elle a une gueule, elle a un cou, / elle n'a pas d'yeux. » Nomme la figure de style et explique le renversement qu'elle opère.
  3. Rédige un paragraphe d'environ 10 lignes pour répondre à la question : en quoi ce poème contemple-t-il, célèbre-t-il et veille-t-il à la fois ? Tu citeras au moins trois passages précis, entre guillemets, avec une barre oblique entre deux vers.
Corrigé
Q1 Les vers libres ne comptent pas leurs syllabes et ne riment pas. Le rythme ne vient donc plus du mètre mais des coupes : chaque retour à la ligne isole une notation, et ce qui reste seul sur une ligne est ce que le poète a voulu qu'on voie seul (« avant midi »). Ni mètre ni rime : le rythme vient des retours à la ligne, qui sont des décisions.
Q2 Une personnification, doublée d'une animalisation (« une gueule »). Le renversement : d'habitude, c'est la nature qu'on personnifie ; ici elle est décrite sobrement, avec des chiffres, tandis que la machine reçoit un corps de bête endormie — donc prête à se réveiller. La notation « elle n'a pas d'yeux » achève l'opposition : la machine ne verra pas ce qu'elle détruit, alors que le poème ne fait que regarder. Personnification de la machine, pas de la nature : la menace devient une bête aveugle.
Paragraphe rédigé — corrigé indicatif
Critères de notation : 1. les trois gestes sont nommés et distingués ; 2. au moins trois citations exactes, entre guillemets, avec barre oblique entre deux vers ; 3. au moins deux procédés analysés (et non seulement nommés) ; 4. une remarque sur la forme reliée au sens ; 5. une phrase de bilan. Trois gestes distingués, trois citations exactes, deux procédés analysés, un lien forme / sens.
Exemple de paragraphe : Ce court poème en vers libres enchaîne les trois gestes du poète en dix vers. Il contemple d'abord, avec une précision presque scientifique : « Ce matin j'ai compté / trois orties, deux coquelicots, / un merle qui ne chantait pas. » Les chiffres et les noms exacts, annoncés par le titre « Inventaire du talus », remplacent l'émerveillement bruyant par une attention méthodique. Il veille ensuite, sans hausser la voix : la personnification « la pelleteuse dort encore. / Elle a une gueule, elle a un cou » transforme la machine en bête endormie, donc en menace différée, et la notation « elle n'a pas d'yeux » oppose cette machine aveugle au poème qui, lui, regarde. Le détail du merle « qui ne chantait pas » relève de la même veille : une absence enregistrée sans commentaire. Il célèbre enfin, et il le dit : « J'écris pour que le talus / existe une fois de plus ». Écrire est la seule action possible du locuteur, et les deux derniers mots, « avant midi », donnent au poème l'urgence d'un compte à rebours. La forme libre sert ce projet : chaque retour à la ligne isole une notation, si bien que le poème ressemble à ce qu'annonce son titre, un inventaire. Paragraphe complet : trois gestes, citations exactes, procédés analysés, forme reliée au sens.

Pour aller plus loin : on fait dialoguer les poèmes entre eux, et on passe de la lecture à l'écriture.

1Comparer, interpréter, écrire/ 8 pts

Ces questions supposent que tu aies travaillé les trois poèmes des paliers précédents (Verlaine, Rimbaud, « Inventaire du talus »), ainsi que les textes lus en classe.

  1. Les trois poèmes finissent par inquiéter, mais chacun veille sur quelque chose de différent. Précise, pour chacun, sur quoi il veille.
  2. Dans les trois poèmes, le sens dépend de la fin. Explique pourquoi, dans cette entrée du programme, il est utile de commencer par lire le dernier vers.
  3. Choisis un poème lu en classe. Décris son point de bascule et montre en quelques lignes ce qu'il oblige à relire autrement. Cite au moins un vers exactement.
  4. Écriture. Écris un poème court (8 à 12 vers libres) sur un lieu précis que tu connais et qui est menacé de changer. Contraintes : au moins une personnification, au moins un détail chiffré ou nommé avec précision, et un dernier vers qui inquiète sans hausser la voix.
Corrigé
Q1 Verlaine veille sur lui-même : la dernière strophe transforme la contemplation d'un ciel calme en question sur une jeunesse perdue. Rimbaud veille sur une injustice : la mort d'un soldat, que le paysage ne console pas. « Inventaire du talus » veille sur une disparition à venir : un lieu ordinaire qui n'existera plus « avant midi ». Trois objets de veille : soi, une injustice, une disparition.
Q2 Parce que dans les trois cas, la fin ne conclut pas : elle reclasse tout ce qui précède. Chez Rimbaud, « deux trous rouges » transforme un tableau paisible en scène de mort ; chez Verlaine, la question finale révèle que le paysage servait de mesure à une perte ; dans le troisième poème, « avant midi » transforme un inventaire en compte à rebours. Repérer le point de bascule est donc le geste le plus rentable de l'analyse. La fin reclasse le début : c'est le point de bascule qui organise la lecture.
Q3 Réponse libre, liée aux textes étudiés. Critères : la citation est exacte, entre guillemets, avec une barre oblique s'il y a deux vers ; le poète et le titre sont nommés ; le candidat écrit « le locuteur » et non le nom du poète pour parler de ce qui est dit ; l'explication montre un changement (de ton, de destinataire, de temps, d'information) et non un simple résumé. Citation exacte + point de bascule identifié + effet sur la relecture.
Q4 Production libre. Les trois contraintes doivent être vérifiables dans le texte de l'élève. Exemple (écrit pour l'exercice) : Le fleuve, en bas — « En bas, le fleuve continue. / Il ne sait pas qu'on l'a nommé, / qu'on l'a mesuré, redressé, / qu'on lui a donné des berges droites. / Il pousse contre le béton / la même eau lente qu'autrefois. / Moi, je m'accoude et je regarde. / Je ne fais rien. C'est mon travail. » On y retrouve une personnification (« il ne sait pas », « il pousse »), une accumulation de verbes techniques (« nommé, mesuré, redressé ») opposée à « la même eau lente qu'autrefois », et une chute en deux phrases courtes qui définit le geste du poète : ne rien faire, mais regarder. Accepter toute production cohérente respectant les trois contraintes.
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