Tu n'as jamais travaillé sur la ville en littérature mais tu as un contrôle demain ? Pas de panique. On va voir l'essentiel en vitesse. D'abord, on rappelle les bases qu'il te faut absolument pour comprendre le sujet. Ensuite, on attaque directement ce qu'il faut savoir sur le thème de la ville dans les textes. Tu verras, c'est plus simple qu'il n'y paraît.
Avant de plonger, on s'assure que tu sais de quoi on parle quand on lit un récit.
En littérature, surtout au XIXe siècle, la ville est un thème central. Elle représente à la fois un lieu d'espoir et de danger. C'est ce qu'on appelle l'ambivalence de la ville.
La ville-promesse : le personnage arrive en ville avec des rêves de réussite, de liberté, de fortune. Exemple : « Il voyait Paris comme la ville de toutes les chances. »
La ville-menace : très vite, la réalité frappe : la foule est indifférente, la misère est partout, les bâtiments oppressent. Exemple : « Les rues grises l'écrasaient de leur indifférence. »
Un même texte peut faire cohabiter ces deux images.
Voici un petit extrait. Lis-le attentivement.
« Du haut de la colline, la ville scintillait de mille lumières. Elle semblait lui offrir un avenir radieux. Mais en descendant, les ruelles étroites et sombres l'engloutirent, et il se sentit soudain très seul. »
1. Champ lexical : Le champ lexical de la lumière et de l'espoir apparaît dans l'expression « » et le mot « ».
Le champ lexical de l'obscurité et du malaise est présent avec « » et « ».
2. Personnification : La phrase « Elle semblait lui offrir un avenir radieux » utilise une figure de style. Donne son nom : .
Qu'est-ce que cela signifie ? La ville est vue comme une personne qui .
1. Champ lexical : Le champ lexical de la lumière et de l'espoir apparaît dans l'expression « scintillait de mille lumières » et le mot « radieux ». Le champ lexical de l'obscurité et du malaise est présent avec « ruelles étroites et sombres » et « engloutirent » (ou « très seul »).
2. Personnification : La figure de style est une personnification. La ville est vue comme une personne qui fait une promesse (ou offre quelque chose).
3. Vrai ou faux ? (complète la case)
a) Cet extrait montre uniquement un aspect menaçant de la ville.
b) Le personnage ressent à la fois de l'espoir et de la déception.
c) Le point de vue est omniscient car on connaît ses sentiments.
a) Faux. Il montre d'abord un aspect prometteur (lumières, avenir radieux).
b) Vrai. Il y a une opposition entre l'espoir initial et la solitude ensuite.
c) Faux. Le point de vue est interne car on lit les pensées du personnage (on connaît son sentiment de solitude).
Ah, ça commence à te revenir ? Parfait. On va remettre tout ça en ordre : d'abord, on récapitule la méthode pour analyser un texte sur la ville, puis on s'entraîne avec des exercices pas à pas. Tu vas voir, c'est du solide.
Souviens-toi : la ville en littérature a toujours deux côtés.
La promesse : succès, fortune, liberté. Le personnage projette ses rêves sur la ville.
La menace : échec, misère, indifférence. La réalité urbaine est brutale.
Les auteurs utilisent des procédés pour rendre cette ambivalence.
Applique la méthode avec ce nouvel extrait.
« Lorsque Julien descendit de la diligence, la ville lui parut immense et grouillante. Chaque façade sale semblait lui lancer un regard mauvais. Pourtant, il imaginait les fortunes qui se cachaient derrière ces murs. La ville était un monstre, mais un monstre qui pouvait le couronner. »
Étape 1 – Personnage et sentiment de départ : Julien ressent d'abord de l' face à la ville (adjectif en lien avec « immense et grouillante »).
Étape 2 – Champ lexical de la menace : Relève deux mots : « » et « ».
Étape 3 – Personnification : « semblant lui lancer un regard mauvais » → quelle figure ?
Étape 4 – Métaphore : « La ville était un monstre » → quelle impression cette métaphore crée-t-elle ?
Étape 5 – Bilan : Finalement, la vision de la ville est car Julien voit à la fois le danger et l'espoir.
Étape 1 : Julien ressent d'abord de l'inquiétude (ou de la peur) face à la ville.
Étape 2 : Deux mots du champ lexical de la menace : « façade sale », « regard mauvais » (ou « grouillante », « monstre »).
Étape 3 : C'est une personnification.
Étape 4 : La métaphore crée une impression de danger, la ville est vue comme un être effrayant.
Étape 5 : Finalement, la vision de la ville est ambivalente car Julien voit à la fois le danger et l'espoir.
Exercice bonus – Point de vue
Dans cet extrait, le narrateur est à la personne. Le point de vue est car on connaît les pensées et les intentions de Julien (« il imaginait... »).
Le narrateur est à la troisième personne. Le point de vue est interne car on connaît les pensées et les intentions de Julien.
C'est parti pour de la répétition : cinq mini-exercices identiques pour que ça devienne automatique. Tu vas identifier des figures de style et des champs lexicaux dans de toutes petites phrases. Rien de compliqué, on muscle le geste.
1. « La ville lui offrait ses trottoirs comme une promesse. »
Figure de style :
La ville est ici présentée comme (positive / négative) car elle semble .
Figure de style : personnification (ou métaphore). La ville est ici présentée comme positive car elle semble faire une promesse.
2. « Les cheminées crachaient leur fumée noire sur la cité. »
Figure de style :
Cette image insiste sur le côté de la ville industrielle.
Figure de style : personnification (cracher est une action humaine). Cette image insiste sur le côté menaçant (ou agressif, sale) de la ville industrielle.
3. « Paris dormait encore dans la brume matinale. »
Figure de style :
Ici, la ville est comparée à un être .
Figure de style : personnification. Ici, la ville est comparée à un être endormi (ou vivant).
4. « La foule, océan humain, l'engloutissait. »
Figure de style : (type de comparaison).
L'effet produit : la foule est perçue comme .
Figure de style : métaphore (océan humain ; pas de mot comparatif). L'effet produit : la foule est perçue comme immense et dangereuse (on peut s'y noyer).
5. « Les lumières de la ville scintillaient comme des étoiles. »
Figure de style :
Ce procédé suggère que la ville est .
Figure de style : comparaison (avec « comme »). Ce procédé suggère que la ville est belle et pleine de promesses (ou magique, étincelante).
Maintenant on passe au niveau contrôle. Voici un extrait complet, suivi de questions d'analyse. Applique tout ce que tu as appris et surtout, rédige tes réponses avec une citation entre guillemets pour chaque idée.
Extrait :
« C'était la première fois qu'Émile voyait Paris. Du haut de la butte, la ville s'étendait sous ses yeux comme une mer grise et grondante, percée de clochers et de cheminées qui crachaient leur fumée vers un ciel bas. Il sentit son cœur battre plus vite. Là, dans ce fourmillement humain, l'attendaient peut-être la fortune, la gloire, la vie — cette vraie vie dont il rêvait depuis des années dans son village normand. Mais déjà, en descendant les premières rues, quelque chose se dérobait à lui : la foule qui ne le regardait pas, les façades grises qui l'écrasaient, le bruit continu, sourd et profond, qui ressemblait à une plainte. Paris ne lui souriait pas encore. »
1. Compréhension globale (4 pts)
a. Qui est Émile et d'où vient-il ?
b. Quels espoirs place-t-il dans Paris ? Cite deux expressions du texte.
c. À quel moment sa vision de la ville change-t-elle ? Relève deux éléments qui montrent sa déception.
1. Compréhension globale
a. Émile est un jeune homme originaire d'un village normand. Il découvre Paris pour la première fois.
b. Il espère trouver « la fortune », « la gloire », « la vie — cette vraie vie ».
c. Sa vision change « en descendant les premières rues ». Éléments de déception : « la foule qui ne le regardait pas », « les façades grises qui l'écrasaient », « le bruit continu, sourd et profond, qui ressemblait à une plainte ».
2. Champs lexicaux (3 pts)
a. Relève trois mots appartenant au champ lexical de la réussite et du rêve.
b. Relève trois mots appartenant au champ lexical de la menace ou de l'oppression.
c. Quelle image de Paris ces deux champs lexicaux construisent-ils ?
2. Champs lexicaux
a. « fortune », « gloire », « rêvait » (ou « vraie vie »).
b. « grise et grondante », « crachaient », « plainte » (ou « écrasaient », « fourmillement »).
c. Ils construisent une image ambivalente : Paris apparaît comme une ville de tous les possibles (réussite) mais aussi comme une ville inquiétante et déshumanisante.
3. Figures de style (4 pts)
Identifie et analyse les figures suivantes :
a. « comme une mer grise et grondante »
b. « les cheminées qui crachaient leur fumée »
c. « Paris ne lui souriait pas encore »
Pour chacune, nomme précisément la figure et explique l'effet produit.
3. Figures de style
a. « comme une mer grise et grondante » : comparaison. La ville est comparée à une mer pour souligner son immensité et son caractère menaçant (on peut s'y noyer).
b. « les cheminées qui crachaient leur fumée » : personnification. Les cheminées sont présentées comme des êtres agressifs, ce qui rend la ville industrielle hostile.
c. « Paris ne lui souriait pas encore » : personnification. Paris est doté d'une intention humaine (sourire) ; cette phrase exprime que la ville ne se montre pas accueillante, qu'elle reste indifférente.
4. Point de vue narratif (3 pts)
À quelle personne le narrateur s'exprime-t-il ? Quel point de vue est adopté (interne, externe, omniscient) ? Justifie en citant le texte. Quel effet cela produit-il sur la perception de la ville ?
4. Point de vue narratif
Le narrateur s'exprime à la troisième personne (« Émile », « il »). Le point de vue est interne car le lecteur accède aux pensées et aux sensations du personnage : « Il sentit son cœur battre plus vite », « dont il rêvait ». Cela permet au lecteur de partager les émotions d'Émile et de voir la ville à travers son regard, renforçant l'ambivalence entre l'espoir et la déception.
5. Paragraphe d'interprétation (6 pts)
Rédige un paragraphe d'une dizaine de lignes pour répondre à la question : En quoi cet extrait illustre-t-il l'idée que la ville est « un lieu de tous les possibles » ? Tu montreras que la ville y est à la fois séduisante et décevante, en t'appuyant sur des citations précises.
5. Paragraphe d'interprétation
Cet extrait illustre parfaitement l'ambivalence de la ville : lieu de tous les possibles, elle est à la fois séduisante et décevante. D'une part, Paris est présenté comme un espace de rêve et de promesses. Emile, venu de son « village normand », y imagine « la fortune, la gloire, la vie — cette vraie vie ». La vue panoramique depuis la butte suscite l'émerveillement et l'espoir. D'autre part, la réalité urbaine se révèle vite oppressante. Les sensations négatives s'accumulent : la foule indifférente, « les façades grises qui l'écrasaient », « le bruit continu, sourd et profond, qui ressemblait à une plainte ». Les figures de style comme la personnification des cheminées qui « crachaient leur fumée » ou le « Paris ne lui souriait pas encore » montrent une ville hostile. Ainsi, en quelques paragraphes, le texte passe d'une vision idéalisée à une perception menaçante, confirmant que la ville, pleine de possibles, peut aussi broyer les espoirs.
Tu maîtrises le programme ? Bravo. On va maintenant pousser un peu plus loin, avec des exercices qui te préparent à la réflexion littéraire de l'an prochain. On va comparer deux visions de la ville, et tu vas même écrire un petit texte. Tu es prêt ?
Au lycée, tu approfondiras la notion d'ambivalence : elle ne concerne pas que la ville, mais de nombreux thèmes littéraires (le progrès, l'amour, la guerre…). Savoir repérer comment un texte construit une tension entre deux pôles contradictoires est une compétence essentielle.
Pense aussi à relier le texte à son contexte historique : ici, le XIXe siècle, l'industrialisation, l'exode rural — ce qui explique pourquoi la ville fascine et effraie à la fois.
1. Comparaison de textes
Voici un second extrait sur la ville. Lis-le puis compare-le avec celui d'Émile vu au palier 4.
« La ville bruissait d'une rumeur joyeuse ; les boulevards inondaient de lumière et de rires. Jamais Anaïs n'avait ressenti une telle liberté. Ici, personne ne la connaissait, elle pouvait tout inventer. Paris lui apparaissait comme un bal perpetuel, une fête sans fin. »
a. Quelle vision de la ville ce second texte donne-t-il ? Appuie-toi sur deux champs lexicaux.
b. En quoi est-elle différente de celle du premier texte ?
c. Selon toi, peut-on dire que les deux textes présentent deux facettes de la même ville ? Explique en un paragraphe.
1. Comparaison
a. Ce texte donne une vision positive et joyeuse de la ville. Champ lexical de la fête : « rumeur joyeuse », « rires », « bal perpétuel », « fête sans fin ». Champ lexical de la liberté : « liberté », « tout inventer ».
b. Dans le premier texte, la vision est ambivalente (espoir puis menace). Ici, elle est uniquement séduisante, sans contrepartie.
c. Oui, les deux textes présentent deux facettes d'une même ville : l'un montre l'envers du décor (la réalité décevante), l'autre le rêve pur. C'est l'ambivalence propre à la ville en littérature : elle peut être tout à la fois.
2. Écriture d'invention
À ton tour d'écrire un court récit (10 lignes) sur la découverte d'une ville. Tu utiliseras au moins :
- une personnification
- une comparaison ou métaphore
- deux champs lexicaux opposés (espoir et menace).
Tu peux t'inspirer des textes étudiés.
2. Écriture d'invention (exemple de corrigé possible)
« Du pont, Léa contemplait la ville qui s'étalait devant elle. Les immeubles de verre brillaient comme une couronne de géant, promettant succès et renommée. Elle sourit, imaginant sa vie future parmi les lumières scintillantes. Pourtant, dès qu'elle mit le pied dans les ruelles, la ville changea de visage : les façades sales lui faisaient la grimace, et la foule indifférente la bousculait sans un regard. La joie fit place à une sourde angoisse. La ville, ce monstre magnifique, l'attirait autant qu'elle l'effrayait. »
3. Réflexion
Selon toi, pourquoi les écrivains du XIXe siècle ont-ils tant utilisé la ville comme décor ? Explique en quelques phrases en mobilisant le contexte historique (industrialisation, exode rural) et les sentiments que cela pouvait susciter.
3. Réflexion
Au XIXe siècle, la révolution industrielle et l'exode rural ont fait exploser la population des villes. Les écrivains, témoins de ces bouleversements, ont fait de la ville un sujet privilégié. Celle-ci représentait un espace de progrès, d'opportunités, mais aussi de misère et d'aliénation. Cette ambivalence nourrissait les intrigues et permettait de dépeindre la société dans toute sa complexité.