Français · 4e

Contempler, célébrer, veiller : habiter la terre en poète

Pas de panique, on part de zéro. Cette entrée du programme parle de poésie : des poèmes qui regardent le monde autour de nous. Tu vas apprendre les trois gestes du poète et lire un poème très court. Accroche-toi, on y va sans détour.

Ce qu'on te demande devant un poème

On ne te demande pas si le poème est joli, ni ce que le poète « a voulu dire ». On te demande deux choses, toujours les mêmes : qu'est-ce que ce poème donne à voir ? et comment est-il fabriqué pour te le faire voir ? Le reste vient de là.

Un réflexe avant tout : dans un poème, celui qui dit « je » s'appelle le locuteur. Ce n'est pas forcément le poète lui-même. Écris « le locuteur », tu ne peux pas te tromper.

Les trois gestes du poète

Le titre du chapitre te donne déjà le plan : contempler, célébrer, veiller. Ce sont trois façons d'habiter la terre en poète, et le programme résume le poète en une formule : « un regard qui veille et s'émerveille ».

Contempler, c'est regarder longtemps sans rien faire d'autre. Célébrer, c'est dire la beauté de ce qu'on a vu, la faire exister avec des mots. Veiller, c'est rester éveillé sur ce qui est fragile, menacé ou injuste — comme un veilleur de nuit.

Le poème du palier

Voici les deux premières strophes d'un poème de Paul Verlaine (recueil Sagesse). Lis-le lentement, à voix basse.

Le ciel est, par-dessus le toit,
   Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
   Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu'on voit,
   Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
   Chante sa plainte.

Le cadre du regardun toit, un bout de ciel, un arbre, un oiseau — et c'est tout

Le locuteur ne bouge pas. Il ne fait rien. Il regarde le ciel, un arbre, il entend une cloche et un oiseau. C'est exactement ça, contempler.

À toi de jouer

1.

Complète : « Dans ces deux strophes, le locuteur ne pas. Il le ciel et l'arbre, il la cloche et l'oiseau. Le geste du poète est donc : . »

Corrigé
« Dans ces deux strophes, le locuteur ne bouge pas. Il regarde le ciel et l'arbre, il entend la cloche et l'oiseau. Le geste du poète est donc : contempler. » (accepter « voit » pour « regarde »)
2.

« Un arbre […] Berce sa palme » et « Un oiseau […] Chante sa plainte » : l'arbre et l'oiseau reçoivent des gestes et des sentiments d'êtres humains. Cette figure de style s'appelle une .

Corrigé
Une personnification : bercer est un geste humain, et une plainte est un sentiment humain. Le paysage n'est pas un décor mort, il fait quelque chose.
3.

Compte les syllabes du premier vers : « Le ciel est, par-dessus le toit » → syllabes. Et celles du deuxième : « Si bleu, si calme » → syllabes. Un vers de 8 syllabes s'appelle un .

Corrigé
Le / ciel / est / par / des / sus / le / toit = 8 syllabes. Si / bleu / si / cal(me) = 4 syllabes (le « e » de la fin d'un vers ne se compte pas). Un vers de 8 syllabes s'appelle un octosyllabe. Le poème alterne donc des vers longs et des vers très courts : le vers court est comme un soupir.

Tu as déjà croisé tout ça en cours. On remet de l'ordre : le poème entier de Verlaine (avec sa fin, qui change tout), la boîte à outils du poème, et la méthode en cinq gestes qu'on applique à chaque fois.

Le poème entier — et la fin qui retourne tout

Voici les quatre strophes. Les deux premières, tu les connais. Lis les deux dernières comme si tu ne savais rien.

Le ciel est, par-dessus le toit,
   Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
   Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu'on voit,
   Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
   Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
   Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
   Vient de la ville.

Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
   Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
   De ta jeunesse ?

Paul Verlaine, « Le ciel est, par-dessus le toit… », Sagesse.

Pendant trois strophes, le poème contemple et célèbre : le ciel, l'arbre, la cloche, l'oiseau, « la vie est là / Simple et tranquille ». Puis la dernière strophe change de destinataire : le locuteur cesse de regarder dehors et s'adresse à lui-même — « Qu'as-tu fait […] De ta jeunesse ? ». La beauté du dehors sert à mesurer ce qui manque au-dedans. C'est le geste de veiller : le poème ne se contente pas d'admirer, il inquiète.

Le piège à ne pas commettre : ne dis pas « Verlaine était en prison ». Peut-être, peut-être pas — ce n'est pas dans le texte. Dis « le locuteur », et tiens-toi à ce que le poème donne : quelqu'un qui ne voit du monde qu'un toit et un bout de ciel.

La boîte à outils du poème

Cinq outils suffisent pour presque tout ce qu'on te demandera cette année.

  1. Le vers : on compte ses syllabes. 12 = alexandrin, 8 = octosyllabe. Règle du « e » : il se compte devant une consonne, il disparaît devant une voyelle et à la fin du vers.
  2. La strophe : 4 vers = quatrain, 3 vers = tercet. Le sonnet fait 14 vers : deux quatrains puis deux tercets. Le vers libre, lui, ne compte rien et ne rime pas forcément.
  3. Le rythme : où la voix s'arrête. Quand la phrase déborde d'un vers sur le suivant, c'est un enjambement — et ce qui tombe au début du vers suivant est mis en relief.
  4. Les sons : la rime (fin de vers), l'allitération (une consonne qui revient), l'assonance (une voyelle qui revient).
  5. Les images : comparaison (avec un outil : comme, tel, pareil à), métaphore (sans outil), personnification (un trait humain ou animal donné à une chose).

La méthode en cinq gestes

  1. Lire à voix haute et marquer les arrêts. Tu entends le rythme avant de le comprendre.
  2. Situer le regard : qui parle, d'où, et sur quoi ? Un poème est toujours un point de vue.
  3. Décrire la forme : vers comptés ou libres, strophes, rimes, longueur.
  4. Relever deux ou trois images et dire ce qu'elles font voir.
  5. Repérer le point de bascule — l'endroit où le poème change — puis rédiger : affirmation + citation + analyse.

Citer un vers : entre guillemets, avec une barre oblique entre deux vers. Exemple : « Le ciel est, par-dessus le toit, / Si bleu, si calme ! ».

À toi de jouer

1.

Le poème compte strophes de vers chacune. Une strophe de quatre vers s'appelle un .

Corrigé
4 strophes de 4 vers chacune. Une strophe de quatre vers s'appelle un quatrain.
2.

Dans la première strophe, quel mot revient à la fin de deux vers ? « ». Dans la deuxième ? « ». Effet possible : le décor .

Corrigé
Strophe 1 : « toit » (vers 1 et 3). Strophe 2 : « voit » (vers 5 et 7). Effet : le décor ne change pas / tourne en rond. Le même mot revient à la rime, comme si le regard était enfermé dans le même cadre.
3.

Où se trouve le point de bascule du poème ? À la strophe . Ce qui change : le locuteur cesse de parler du et s'adresse à .

Corrigé
Le point de bascule est à la quatrième (dernière) strophe. Le locuteur cesse de parler du paysage (ou : du dehors) et s'adresse à lui-même. Le poème passe de la contemplation au reproche.

Maintenant, on répète jusqu'à ce que ce soit un réflexe. Cinq micro-exercices sur un seul poème, avec des trous : à chaque fois on refait le même geste. Tu vas voir, c'est presque toujours pareil.

Le poème de l'entraînement

Un sonnet d'Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val ». Lis-le en entier avant de répondre — surtout le dernier vers.

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val ».

La forme du sonnet — et l'endroit où ça basculequatrain 1 — on contemplequatrain 2 — on s'approchetercets — on s'attendritdernier vers — on veille

À toi de jouer

1.

Exercice 1 — la forme. Le poème compte vers : deux puis deux . Cette forme s'appelle un .

Corrigé
14 vers : deux quatrains puis deux tercets. Cette forme s'appelle un sonnet.
2.

Exercice 2 — le vers. Compte les syllabes du vers 1 : « C'est un trou de verdure où chante une rivière » → syllabes. Ce vers de douze syllabes s'appelle un .

Corrigé
12 syllabes : C'est / un / trou / de / ver / du / r'où / chan / t'u / ne / ri / vière. (Les deux « e » devant une voyelle — « verdure où », « chante une » — ne se comptent pas.) C'est un alexandrin. Tout le poème est en alexandrins.
3.

Exercice 3 — les images. Trouve une personnification de la nature : « ». Trouve une comparaison (indice : cherche « comme ») : « ».

Corrigé
Personnification, au choix : « chante une rivière », « la montagne fière », « Nature, berce-le chaudement ». La comparaison : « Souriant comme / Sourirait un enfant malade ».
4.

Exercice 4 — le geste dominant. Dans les huit premiers vers, le poète et le vallon : les couleurs, la lumière, le vert. Dans le dernier vers, il .

Corrigé
Dans les huit premiers vers, le poète contemple et célèbre le vallon. Dans le dernier vers, il veille : il montre ce que personne n'avait vu, la blessure — et donc la guerre.
5.

Exercice 5 — le point de bascule. Le poème bascule au vers n° , avec les mots « ». Avant, on croyait que le soldat ; après, on comprend qu'il .

Corrigé
Le poème bascule au vers 14 (le dernier), avec « deux trous rouges au côté droit ». Avant, on croyait que le soldat dormait ; après, on comprend qu'il est mort. Tout le poème était construit pour retarder cette phrase : c'est la définition même du geste de veiller.

Format contrôle. Plus de trous : tu rédiges toi-même, exactement comme le jour de l'évaluation. Le poème support est nouveau — c'est le cas en contrôle. Respire, tu as toutes les cartes en main.

Le texte du contrôle

Le poème qui suit n'est tiré d'aucune œuvre : il a été écrit pour l'exercice, de façon à rendre les procédés bien visibles. Il est en vers libres.

Inventaire du talus

Ce matin j'ai compté
trois orties, deux coquelicots,
un merle qui ne chantait pas.

Derrière la palissade
la pelleteuse dort encore.
Elle a une gueule, elle a un cou,
elle n'a pas d'yeux.

J'écris pour que le talus
existe une fois de plus
avant midi.

À toi de jouer

1.

1. Le regard (3 points)
a. Qui parle dans ce poème, et que fait-il ?
b. Relève les mots qui montrent qu'il regarde précisément, et non de manière vague.
c. Le poème est en vers libres : qu'est-ce que cela change par rapport au poème de Verlaine ou au sonnet de Rimbaud ?

Corrigé
a. Le locuteur (celui qui dit « je ») parle. Il ne fait rien d'autre que regarder et compter : « j'ai compté ». C'est le geste de contempler.
b. Les chiffres et les noms exacts : « trois orties », « deux coquelicots », « un merle ». Il ne dit pas « des fleurs » ni « un oiseau » : il nomme et il compte. Le mot « inventaire » du titre annonce cette précision.
c. Les vers libres ne comptent pas leurs syllabes et ne riment pas. Le rythme ne vient plus du compte mais des retours à la ligne et de la longueur inégale des vers. Chez Verlaine et Rimbaud, la forme est régulière ; ici, elle est libre — mais elle reste construite (trois strophes, une chute).
2.

2. Une figure de style à expliquer (4 points)
« la pelleteuse dort encore. / Elle a une gueule, elle a un cou, / elle n'a pas d'yeux. »
a. Nomme la figure de style employée.
b. Quel est son effet ? Que devient la machine ?
c. D'habitude, dans les poèmes, c'est plutôt la nature qu'on personnifie. Qu'est-ce que ce renversement produit ?

Corrigé
a. Une personnification (et même une animalisation) : la machine « dort », elle a « une gueule » et « un cou ».
b. La pelleteuse cesse d'être un objet : elle devient une bête endormie, donc quelque chose qui va se réveiller. La menace n'est pas dite, elle est rendue vivante.
c. Le renversement est frappant : ici la nature (les orties, le merle) est décrite avec des chiffres, sobrement, tandis que la machine reçoit un corps d'animal. C'est la machine qui est monstrueuse, pas la nature. Et « elle n'a pas d'yeux » achève le portrait : elle ne voit pas ce qu'elle va détruire — alors que le poème, lui, regarde.
3.

3. Le détail qui inquiète (3 points)
a. Relis le vers « un merle qui ne chantait pas ». Pourquoi ce détail est-il inquiétant ?
b. Relis les deux derniers mots du poème : « avant midi ». Que sous-entendent-ils ?
c. Le poème dit lui-même à quoi il sert : cite le vers qui le dit, et explique-le.

Corrigé
a. On attend d'un merle qu'il chante. Le poème note une absence : quelque chose ne fonctionne déjà plus. Le locuteur ne l'explique pas, il l'enregistre — c'est le geste de veiller.
b. « Avant midi » sous-entend qu'après midi, le talus n'existera plus : la pelleteuse aura travaillé. Le poème se donne un compte à rebours.
c. « J'écris pour que le talus / existe une fois de plus ». Écrire, ici, c'est faire exister ce qui va disparaître : c'est le geste de célébrer, et c'est la seule action du locuteur dans tout le poème.
4.

4. Paragraphe rédigé (6 points)
En t'appuyant sur le poème, rédige un paragraphe d'environ 10 lignes pour répondre à la question : « En quoi ce poème contemple-t-il, célèbre-t-il et veille-t-il à la fois ? » Tu citeras au moins trois vers précis et tu analyseras les procédés (choix des mots, personnification, vers libres, chute).

Corrigé
Proposition de correction : Ce poème enchaîne les trois gestes du poète en dix vers. Il contemple d'abord : le locuteur ne fait rien d'autre que regarder et compter, « Ce matin j'ai compté / trois orties, deux coquelicots ». Le choix de chiffres exacts et de noms précis, plutôt que de mots vagues comme « des fleurs », donne au regard une attention presque scientifique — le titre, « Inventaire du talus », l'annonçait. Il veille ensuite, sans hausser la voix : le vers « un merle qui ne chantait pas » enregistre une absence, et la personnification de la pelleteuse qui « dort encore », avec « une gueule » et « un cou », transforme la machine en bête prête à se réveiller. La notation « elle n'a pas d'yeux » oppose cette machine aveugle au poème qui, lui, regarde. Il célèbre enfin, et il le dit : « J'écris pour que le talus / existe une fois de plus ». Écrire devient la seule action possible, et les deux derniers mots, « avant midi », lui donnent l'urgence d'un compte à rebours. Les vers libres, courts et inégaux, laissent chaque notation seule sur sa ligne : la forme elle-même ressemble à un inventaire.
5.

5. Ouverture sur les textes étudiés en classe (4 points)
a. Dans un poème que tu as lu en classe, cite un passage où le poète regarde longuement quelque chose de la nature. Explique ce qu'il en fait voir.
b. Ce même poème veille-t-il sur quelque chose — une fragilité, une injustice, une disparition ? Justifie en une ou deux phrases.

Corrigé
Réponses personnelles attendues, en cohérence avec les textes lus en classe. On attend : une citation exacte, entre guillemets, avec une barre oblique si elle porte sur deux vers ; le nom du poète et le titre du poème ; et surtout une analyse — pas un résumé. Pour b., toute réponse est recevable, y compris « non, ce poème célèbre seulement » : une absence peut être un argument, à condition de la démontrer.

Tu tiens le chapitre ? Voilà ce qui t'attend ensuite : le moment où l'on cesse de nommer les procédés pour se demander pourquoi celui-là, à cet endroit. Trois exercices pour prendre de l'avance.

Ce qui change après

Cette année, repérer et nommer suffit : dire qu'il y a une personnification et qu'elle rend la machine menaçante est une bonne réponse. Ensuite, le procédé cesse d'être une réponse pour devenir un indice. On te demandera pourquoi Rimbaud garde « deux trous rouges » pour le tout dernier vers, et pas pour le premier.

Deuxième changement : la nature cesse d'être un décor. Elle devient ce que le poème pense avec. Regarde ce quatrain de Charles Baudelaire (« Correspondances », dans Les Fleurs du Mal) :

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Ici, la nature n'est plus un paysage qu'on regarde : c'est elle qui regarde (« Qui l'observent »). Habiter la terre en poète, c'est accepter d'être regardé en retour.

À toi de jouer

1.

1. Lecture rapprochée
Dans le quatrain de Baudelaire ci-dessus :
a. Relève la métaphore du premier vers et explique-la (à quoi la nature est-elle assimilée, et qu'est-ce que cela suppose de celui qui y entre ?).
b. Explique l'image « des forêts de symboles ».
c. Qui regarde qui, dans ce quatrain ? En quoi est-ce un renversement par rapport au poème de Verlaine ?

Corrigé
a. « La Nature est un temple » : métaphore, sans outil de comparaison. La nature est assimilée à un lieu sacré. Celui qui y entre n'est donc pas un propriétaire ni un touriste : c'est quelqu'un qui doit se taire et écouter.
b. Les arbres d'une forêt deviennent des signes à déchiffrer. Le monde est présenté comme un texte : le poète est celui qui sait le lire.
c. Ce sont les « forêts de symboles » qui « observent » l'homme. Chez Verlaine, le locuteur regardait un ciel et un arbre qui ne lui répondaient pas. Ici, le regard est réciproque : la nature n'est plus un objet, elle est une présence.
2.

2. Écriture — contempler, célébrer, veiller
Écris un poème court (8 à 12 vers libres) sur un endroit précis que tu connais et qui est menacé de changer : un arbre, un terrain vague, une rue, un cours d'eau. Contraintes : au moins une personnification, au moins un détail chiffré ou nommé avec précision, et un dernier vers qui inquiète sans hausser la voix.

Corrigé
Proposition (écrite pour l'exercice) :
Le fleuve, en bas
En bas, le fleuve continue.
Il ne sait pas qu'on l'a nommé,
qu'on l'a mesuré, redressé,
qu'on lui a donné des berges droites.
Il pousse contre le béton
la même eau lente qu'autrefois.
Moi, je m'accoude et je regarde.
Je ne fais rien. C'est mon travail.

Ce qui est attendu, et qu'on retrouve ici : une personnification (« il ne sait pas », « il pousse »), une accumulation de verbes techniques (« nommé, mesuré, redressé ») opposée à « la même eau lente qu'autrefois », et une chute en deux phrases courtes qui définit le geste du poète — ne rien faire, mais regarder, et appeler ça un travail. Accepter toute production cohérente qui respecte les trois contraintes.
3.

3. Bilan réflexif
Le programme décrit le poète comme « un regard qui veille et s'émerveille ». En t'appuyant sur au moins deux des poèmes de cette fiche, explique en un paragraphe ce que veut dire cette formule. Puis dis, en deux phrases, sur quoi toi tu voudrais veiller.

Corrigé
Réponse personnelle attendue. Un exemple de raisonnement : s'émerveiller et veiller ne sont pas deux activités séparées, elles sont le même geste vu de deux côtés. Chez Rimbaud, les huit premiers vers s'émerveillent — « un petit val qui mousse de rayons » — et c'est précisément cet émerveillement qui rend insupportables les « deux trous rouges » du dernier vers : si le val n'était pas beau, la mort du soldat serait un fait ordinaire. Chez Verlaine, le ciel « si bleu, si calme » sert de mesure à ce qui manque, et la dernière strophe transforme la contemplation en question. Dans les deux cas, le poème regarde d'abord avec bonheur, et c'est ce bonheur qui rend visible ce qui ne va pas.
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