Français · 5e

Le théâtre : texte, représentation et ressorts du comique

Contrôle sur le théâtre et tu n'as jamais ouvert le chapitre ? Respire. Il n'y a pas de liste à apprendre par cœur : une page de théâtre, ça se reconnaît en trois secondes, et tout le reste tient dans deux idées — un texte écrit pour être joué, et une parole qui s'adresse en même temps à un personnage et au public. On y va.

1. Ce que tu dois déjà savoir

Pour bien démarrer, il faut que tu saches déjà :

  • Lire un dialogue : repérer qui parle, et à qui.
  • Reconnaître un personnage : au théâtre, son nom est écrit devant ce qu'il dit.
  • Lire un texte à voix haute sans le manger : c'est déjà du travail de théâtre.
  • Distinguer ce qui est dit de ce qui est fait : le théâtre repose entièrement là-dessus.

Avec ces bases, on construit le reste.

2. L'essentiel de la notion en un éclair

Ce chapitre relève de l'entrée du programme de 5e « Expérimenter et jouer au théâtre : la société sens dessus dessous ». Aucune pièce n'est imposée : ce qu'on te demande, c'est de savoir lire un texte de théâtre, comprendre comment il devient un spectacle, et nommer ce qui fait rire.

Quatre choses suffisent pour t'en sortir :

  1. Sur la page, deux textes différents. Les répliques (ce que les personnages disent, précédé de leur nom) et les didascalies (ce que personne ne dit : un geste, un ton, une entrée, une sortie, un décor — souvent en italique).
  2. Il n'y a pas de narrateur. Personne ne vient raconter ni expliquer ce que pensent les personnages. Tu n'as que leurs paroles et leurs actes.
  3. La double énonciation. Chaque réplique est adressée en même temps à un autre personnage et au public. Un seul texte, deux destinataires — du début à la fin.
  4. Le rire se range en quatre familles : comique de mots, de gestes, de situation, de caractère.

Et la phrase qui rapporte des points : le texte n'est pas le spectacle. Le texte est fixe ; la représentation, elle, est jouée un soir, par des corps et des voix, et elle n'a jamais lieu deux fois de la même façon.

À toi de jouer

1. Voici une page de théâtre. Complète les phrases.

BASILE, un gros carton dans les bras. — Madame, je viens pour le chien.
MADAME LOISEL, sans se retourner. — Il est dans l'entrée. Prenez-le, il est lourd.
BASILE. — Lourd ? Il a donc bien mangé.
MADAME LOISEL. — Il a surtout beaucoup de livres.
BASILE. — Des livres ? (Un temps.) Madame, je viens pour le chien. Le chien qui aboie.
MADAME LOISEL, se retournant enfin. — Et moi, monsieur, je vous parle du carton. Vous êtes bien le livreur ?
BASILE, posant le carton. — Je suis le vétérinaire.

Scène écrite pour cette fiche : elle n'est tirée d'aucune pièce publiée.

1. Le nombre de personnages qui parlent est .
2. Le passage « un gros carton dans les bras » est une .
3. Ce passage-là n'est pas prononcé sur scène : vrai ou faux ?
4. Basile croit qu'on lui parle , alors que Madame Loisel parle .
5. Qui comprend le malentendu en premier : les personnages, ou le public ?
Corrigé
1. Deux (Basile et Madame Loisel).
2. Une didascalie.
3. Vrai : une didascalie n'est jamais dite, elle indique un geste ou une manière de jouer.
4. d'un chien / du carton de livres.
5. Le public : il entend les deux personnages, chacun n'entend que l'autre. C'est le principe même du quiproquo.
2. Associe chaque mot (colonne A) à sa définition (colonne B).

Colonne A :
a. Une réplique
b. Une didascalie
c. Un monologue
d. Un aparté

Colonne B :
1. Une parole que le public entend mais que les autres personnages sont supposés ne pas entendre.
2. Ce qu'un personnage dit, précédé de son nom.
3. Un personnage seul en scène qui parle.
4. Une indication de jeu, de geste ou de décor, que personne ne prononce.

Écris tes réponses sous la forme a → ..., b → ..., c → ..., d → ...
Corrigé
a → 2. b → 4. c → 3. d → 1.
3. Range chaque effet dans la bonne famille : comique de mots, de gestes, de situation ou de caractère.

a. Un personnage glisse sur une peau de banane. →
b. Un personnage répète la même expression toutes les trois répliques. →
c. Deux personnages parlent de deux choses différentes en croyant parler de la même. →
d. Un personnage préfère sauver ses pièces plutôt que sa maison. →
Corrigé
a → comique de gestes.
b → comique de mots (c'est la langue qui fait rire, ici par la répétition).
c → comique de situation (c'est un quiproquo).
d → comique de caractère (un défaut poussé jusqu'à l'absurde).

Ça te dit quelque chose ? On remet tout en ordre : ce qu'il y a sur la page, ce que veut dire « double énonciation » (le mot fait peur, la chose est simple), et ce qui sépare le texte du spectacle. Puis on s'entraîne, guidé à chaque étape.

1. Le cours au complet

Le texte de théâtre. Il est fait pour être joué, pas seulement lu. Deux sortes de lignes y cohabitent :

  • les répliques : tout ce qui sera prononcé sur scène. Une tirade est une longue réplique d'un seul tenant. Un monologue est une réplique dite par un personnage seul en scène. Un aparté est une réplique que le public entend et que les autres personnages sont supposés ne pas entendre ;
  • les didascalies : elles ne sont jamais prononcées. Elles indiquent le lieu, les entrées et les sorties, les gestes, le ton, les silences. Elles s'adressent au lecteur et à l'équipe qui monte la pièce, jamais au spectateur — qui ne les entend pas.

Pas de narrateur. Dans un roman, une voix raconte et peut entrer dans la tête des personnages. Au théâtre, cette voix n'existe pas. Ce que pense un personnage, tu le déduis de ce qu'il dit, de ce qu'il fait et de ce qu'il tait.

Le découpage. Une pièce se divise en actes, eux-mêmes découpés en scènes. On change de scène quand un personnage entre ou sort. Attention au mot « scène » : il désigne aussi le plateau, l'endroit où l'on joue.

Les moments repérables. L'exposition (le début, qui fait connaître les personnages et le problème), le dénouement (la fin, qui règle le problème), le coup de théâtre (le retournement soudain) et le quiproquo (le malentendu où chacun croit parler de la même chose).

2. La double énonciation, précisément

Voilà la définition exacte, celle qu'on attend de toi : au théâtre, un même énoncé est adressé à deux destinataires en même temps.

  1. À l'intérieur de la fiction : le personnage parle à un autre personnage.
  2. À l'extérieur de la fiction : le même texte, porté par les comédiens, est aussi adressé au public, qui doit comprendre.

Ce n'est pas « deux personnages qui parlent » — ça, c'est un dialogue. Ce n'est pas non plus « l'auteur qui parle par la bouche du personnage ». C'est une seule parole qui vise deux oreilles à la fois, en permanence.

Trois effets que ça produit, et qu'on te demandera de reconnaître :

  • L'exposition : au début d'une pièce, les personnages se disent des choses qu'ils savent déjà. Entre eux, c'est invraisemblable ; pour le public, c'est indispensable.
  • L'aparté et le monologue : le personnage parle, le public entend, les autres personnages sont conventionnellement sourds.
  • Le double sens : quand le public sait une chose qu'un personnage ignore, la même phrase veut dire deux choses à la fois. C'est un moteur puissant du rire.

Retiens ce détail, il fait la différence : les didascalies ne relèvent pas de la double énonciation, puisqu'elles ne sont pas prononcées. Le spectateur ne les entend jamais — il en voit seulement le résultat.

3. Du texte à la représentation

Le texte est fixe : il est imprimé, il ne bouge plus. La représentation est un événement : elle a lieu un soir, devant des gens, puis elle disparaît. Deux représentations de la même pièce ne sont jamais identiques.

Surtout, le texte est troué : il ne dit presque rien du décor, des costumes, de l'âge des personnages, du ton, du rythme, des déplacements. Quelqu'un doit trancher : c'est la mise en scène.

Qui fait quoi : l'auteur (on dit aussi le dramaturge) écrit le texte ; le metteur en scène choisit une interprétation et dirige le travail ; les comédiens jouent ; le scénographe conçoit l'espace et le décor ; s'y ajoutent les costumes, la lumière et le son.

Ce que la scène apporte et qu'aucune page ne contient : la voix (le débit, le volume, les silences), le corps (les gestes, les regards, les déplacements), l'espace (qui est près de qui, qui tourne le dos, qui entre, qui sort) — et le public, dont le rire fait partie du spectacle.

À toi de jouer

1. On travaille une scène entière. Lis-la, puis réponds.

GERVAIS. — Monsieur, votre neveu a encore vendu la pendule.
MONSIEUR FLORIN. — Ma pendule ! (À part.) Pourvu qu'il n'ait pas trouvé la clé du buffet.
GERVAIS. — Monsieur a dit quelque chose ?
MONSIEUR FLORIN. — Monsieur a dit qu'il était calme.
GERVAIS, à part. — Il n'a jamais été aussi pâle.
MONSIEUR FLORIN. — Va, mon ami. Et surtout, ne touche à rien.
GERVAIS, sortant. — À rien, Monsieur. Sauf au buffet, qui est ouvert depuis ce matin.

Scène écrite pour cette fiche : elle n'est tirée d'aucune pièce publiée.

Question 1 : Relève les deux paroles que les autres personnages ne sont pas supposés entendre. Comment appelle-t-on ce type de réplique ?
Réponse : « ______________________________ » et « ______________________________ ». On appelle cela un ______________.

Question 2 : Qui entend ces deux paroles ? ______________________________

Question 3 : À la fin, que sait le public que Monsieur Florin ignore ?
Corrigé
Question 1 : « Pourvu qu'il n'ait pas trouvé la clé du buffet. » (Monsieur Florin) et « Il n'a jamais été aussi pâle. » (Gervais). On appelle cela un aparté.
Question 2 : le public, et lui seul. C'est exactement la double énonciation : la réplique est écrite pour la salle, pas pour l'autre personnage.
Question 3 : le public sait, dès l'aparté, que Monsieur Florin a peur pour son buffet — et il apprend à la dernière réplique que le buffet est ouvert depuis le matin. Monsieur Florin, lui, sort de la scène sans l'avoir compris.
2. Même scène : on regarde ce que fait la double énonciation.

Complète :

1. La phrase « Monsieur a dit qu'il était calme » est adressée, dans la fiction, à __________ .
2. Elle est adressée, en même temps, à __________ .
3. Pour le public, elle est drôle parce qu'il vient d'entendre __________ .
4. La ligne « à part » n'est pas une réplique : c'est une __________ , et le spectateur ne l'entend jamais — il voit seulement le comédien se tourner vers la salle.
Corrigé
1. à Gervais.
2. au public.
3. l'aparté qui prouve exactement le contraire (« Pourvu qu'il n'ait pas trouvé la clé du buffet »). Le décalage entre ce qu'il affirme et ce qu'il vient de laisser échapper fait rire.
4. une didascalie.
3. Dernière question guidée : le texte ne dit pas tout.
Voici trois répliques nues, sans aucune didascalie :

LE PROFESSEUR. — Vous êtes en retard.
NINA. — Je sais.
LE PROFESSEUR. — Asseyez-vous.

Scène écrite pour cette fiche : elle n'est tirée d'aucune pièce publiée.

Propose deux mises en scène différentes de ce même texte, en ajoutant à chaque fois une didascalie.

Mise en scène A : le professeur est __________ . Didascalie ajoutée : « __________ ».
Mise en scène B : le professeur est __________ . Didascalie ajoutée : « __________ ».
Corrigé
Exemple de réponse (d'autres sont possibles) :
Mise en scène A : le professeur est furieux. Didascalie : « sans la regarder, en désignant le fond de la salle ». La scène devient une punition.
Mise en scène B : le professeur est inquiet pour elle. Didascalie : « doucement, en avançant une chaise ». La même phrase devient une attention.
Ce qu'il faut avoir compris : les mots sont identiques, le sens change entièrement. C'est le travail de la mise en scène — et c'est pour ça qu'une pièce n'est pas égale à son texte.

On répète jusqu'à ce que ce soit un réflexe. Cinq séries courtes, toujours les mêmes gestes : reconnaître, nommer, classer. On fait et on refait, ça rentre. (Les extraits ont été écrits pour cette fiche : ils ne sont tirés d'aucune pièce publiée.)

À toi de jouer

1. Réplique ou didascalie ? Pour chaque élément, écris R ou D.

a. « Il est dans l'entrée. Prenez-le, il est lourd. » →
b. se retournant enfin
c. Un salon, deux fauteuils, une horloge arrêtée.
d. « Vous parlez trop. » →
e. à part
Corrigé
a → R. b → D. c → D (c'est une didascalie de décor, en tête de scène). d → R. e → D.
Le test infaillible : est-ce que le spectateur l'entend ? Si oui, c'est une réplique ; si non, c'est une didascalie.
2. Le mot juste. Complète avec : tirade, monologue, aparté, acte, coup de théâtre.

a. Un personnage est seul sur le plateau et parle à voix haute : c'est un .
b. Une pièce en cinq parties comporte cinq .
c. Un personnage lance au public une phrase que son interlocuteur n'entend pas : c'est un .
d. Un personnage parle sans interruption pendant vingt lignes : c'est une .
e. On croyait le voyageur mort, il entre au dernier acte : c'est un .
Corrigé
a → monologue. b → actes. c → aparté. d → tirade. e → coup de théâtre.
3. Quel comique ? Pour chaque extrait, nomme la famille (mots, gestes, situation, caractère). Plusieurs réponses peuvent se cumuler.

a. « MADAME BERLURE. — C'est bien ce que je disais : vous ne savez jamais quoi dire. » →
b. « HORTENSE, à part. — Je n'ai encore rien dit. » →
c. « MADAME BERLURE, posant le chapeau sur le fauteuil et s'asseyant dessus. » →
d. Un personnage se cache derrière un rideau pendant qu'on parle de lui. →
Corrigé
a → comique de caractère (elle est persuadée d'avoir raison) doublé d'un comique de mots (elle reproche à l'autre un silence qu'elle impose elle-même).
b → comique de mots, et il fonctionne grâce à la double énonciation : seul le public l'entend.
c → comique de gestes.
d → comique de situation.
4. Vrai ou faux ? Réponds, puis corrige les phrases fausses.

a. La double énonciation, c'est quand deux personnages parlent en même temps.
b. Une didascalie n'est jamais prononcée sur scène.
c. Un texte de théâtre contient toutes les indications nécessaires pour le jouer.
d. Une même pièce peut donner des spectacles très différents.
e. Au théâtre, un narrateur explique ce que pensent les personnages.
Corrigé
a → Faux. La double énonciation, c'est une seule parole adressée à la fois à un personnage et au public.
b → Vrai.
c → Faux. Le texte est troué : décor, gestes, ton, rythme et déplacements restent le plus souvent à décider. C'est le travail de la mise en scène.
d → Vrai : autant de mises en scène, autant de spectacles.
e → Faux. Il n'y a pas de narrateur au théâtre : tout passe par les paroles et les actes.
5. Le rejeu. Voici une réplique de trois mots : « Ah. C'est toi. »
Dis-la de trois façons, et indique à chaque fois ce que le public comprend.

a. Avec de la joie → le public comprend
b. Avec froideur, après un silence → le public comprend
c. En reculant d'un pas → le public comprend
Corrigé
a → des retrouvailles heureuses : les deux personnages s'aiment bien et ne s'attendaient pas.
b → un reproche : quelque chose s'est passé entre eux, et ce n'est pas réglé.
c → une menace : l'arrivée de l'autre est un danger.
Ce que prouve cet exercice : trois mots identiques, trois sens différents. Le texte ne fixe pas le sens tout seul ; la voix et le corps en choisissent un. C'est exactement ce qu'on appelle interpréter.

On sort les grands moyens : c'est le format d'un contrôle de fin de chapitre. Une scène, cinq exercices, du relevé jusqu'à l'écriture. Tu es prêt, tu gères.

À toi de jouer

1. Exercice 1 - Compréhension (4 points)
Lis la scène, puis réponds en rédigeant des phrases complètes.

MONSIEUR PRUNIER, comptant des pièces sur la table. — Quarante-deux, quarante-trois... Vous m'avez fait perdre le compte.
LA VOISINE. — Je n'ai rien dit.
MONSIEUR PRUNIER. — Vous avez respiré. (Il recommence.) Un, deux, trois...
LA VOISINE. — Votre maison brûle, monsieur Prunier.
MONSIEUR PRUNIER, sans lever la tête. — Quatre, cinq... De quel côté ?
LA VOISINE. — Du côté de la cave.
MONSIEUR PRUNIER, se levant d'un bond, il rafle les pièces et sort en courant. — La cave ! Poussez-vous, madame, poussez-vous !

Scène écrite pour cette fiche : elle n'est tirée d'aucune pièce publiée.

a) Où se passe la scène, et que fait Monsieur Prunier quand elle commence ?
b) Quelle nouvelle la voisine vient-elle lui annoncer ?
c) Pourquoi finit-il par se lever ? Réponds précisément.
Corrigé
a) Chez Monsieur Prunier, dans une pièce où se trouve une table : il compte des pièces de monnaie (didascalie « comptant des pièces sur la table »).
b) Que sa maison brûle.
c) Pas parce que sa maison brûle : il ne bouge pas à cette annonce et continue de compter (« Quatre, cinq... De quel côté ? »). Il se lève quand il apprend que le feu est du côté de la cave — l'endroit où l'on suppose qu'il range son argent. Et il part en emportant ses pièces.
2. Exercice 2 - Répliques et didascalies (4 points)
a) Relève les trois didascalies de la scène.
b) Explique ce que chacune apprend au spectateur.
c) Que perdrait-on si on les supprimait toutes les trois ?
Corrigé
a) « comptant des pièces sur la table », « sans lever la tête », « se levant d'un bond, il rafle les pièces et sort en courant ».
b) La première installe le personnage : avant même de parler, on le voit compter. La deuxième est la plus forte : on lui annonce l'incendie et il ne lève même pas la tête — son corps dit ce que ses mots ne disent pas. La troisième montre le seul moment où il bouge, et ce qu'il emporte.
c) On perdrait le comique de gestes et, surtout, la preuve de son défaut : sans « sans lever la tête », rien ne montrerait qu'il préfère ses pièces à sa maison.
3. Exercice 3 - Le comique (4 points)
a) Nomme la famille de comique dominante dans cette scène et justifie.
b) Relève un effet de comique de mots et explique-le.
c) Relève un effet de comique de gestes.
d) De quoi le spectateur rit-il exactement ? Et que comprend-il en même temps ?
Corrigé
a) Le comique de caractère : un défaut (l'attachement à l'argent) est poussé jusqu'à l'absurde, au point de passer avant sa propre maison.
b) « Vous avez respiré. » : il reproche à la voisine un acte qu'on ne peut pas éviter. L'exagération est dans les mots eux-mêmes. On peut aussi relever « Quatre, cinq... De quel côté ? », où le compte et la question se mélangent dans la même réplique.
c) « se levant d'un bond, il rafle les pièces et sort en courant » — ou l'immobilité obstinée du début, qui est déjà un jeu de corps.
d) Le spectateur rit d'un homme qui reste assis pendant que sa maison brûle et qui ne se lève que pour sauver son argent. Il comprend en même temps quelque chose de sérieux : cet homme a remplacé tout le reste — sa sécurité, ses voisins, sa maison — par une addition. Le rire n'est pas gratuit, il montre un travers.
4. Exercice 4 - Texte et représentation (4 points)
a) Cite trois éléments que le texte ne précise pas et que le metteur en scène devra décider.
b) Propose une mise en scène qui rendrait la scène plus inquiétante que drôle. Que changerais-tu ?
c) Une même pièce peut-elle donner deux spectacles très différents ? Justifie en une phrase.
Corrigé
a) Toute réponse cohérente est acceptée : l'âge des personnages, l'époque et les costumes, le décor, la lumière, le bruit du feu, la distance entre les deux personnages, le rythme du comptage, le ton de la voisine.
b) Exemple : une lumière rouge qui monte lentement, aucun bruit, une voisine qui parle très calmement et ne bouge pas, un comptage de plus en plus lent. Les mots ne changent pas ; l'effet, oui.
c) Oui : le texte est fixe, mais il ne fixe ni les gestes, ni le ton, ni l'espace — chaque mise en scène en propose une interprétation.
5. Exercice 5 - Écriture (4 points)
Écris la suite de la scène : six répliques au minimum, dont deux didascalies et un aparté. Monsieur Prunier revient de la cave. Respecte la présentation du théâtre (nom du personnage en majuscules, tiret, réplique ; didascalies en italique).
Corrigé
Exemple de corrigé (toute suite cohérente est acceptée) :
« MONSIEUR PRUNIER, revenant, noir de suie, un coffret serré contre lui. — Il n'y a pas eu de feu. Vous vous êtes trompée.
LA VOISINE. — Je me suis trompée de maison, en effet. C'est la mienne qui brûle.
MONSIEUR PRUNIER. — Ah. (Un temps.) Vous m'avez fait descendre pour rien.
LA VOISINE, à part. — Il a couru plus vite pour un coffret que je n'ai couru pour ma maison.
MONSIEUR PRUNIER, reposant le coffret et se rasseyant. — Où en étais-je ? Quatre, cinq...
LA VOISINE. — Six, monsieur Prunier. Vous en étiez à six. »
Ce qui est attendu : la présentation correcte, deux didascalies utiles (pas décoratives), un aparté réellement adressé au public, et un défaut de caractère qui tient jusqu'au bout.

Tu veux voir plus loin ? On sort de la scène isolée : d'abord l'histoire du genre en quelques repères, ensuite l'œuvre entière et la pratique du plateau. Ose, tu en es capable.

1. Le genre et son histoire, en six repères

  • Grèce, Ve siècle av. J.-C. Le théâtre naît à Athènes, dans des fêtes religieuses. On y joue des tragédies et des comédies ; Aristophane est le grand auteur comique de ce moment.
  • Rome. Le genre passe en latin : Plaute écrit des comédies pleines de valets rusés et de vieillards trompés.
  • Moyen Âge. On joue sur des tréteaux, sur les places, devant tout le monde : ce sont les farces, courtes, sans décor, à coups de ruses et de bâton — par exemple La Farce du cuvier, dont on ne connaît pas l'auteur.
  • Italie, XVIe siècle. La commedia dell'arte : des troupes qui voyagent, des personnages fixes reconnaissables à leur masque et à leur costume (Arlequin le valet, Pantalon le vieux marchand), et un canevas improvisé plutôt qu'un texte appris.
  • France, XVIIe siècle. Molière (1622-1673) fait de la comédie un genre majeur : maîtres ridicules, valets qui mènent le jeu, défauts poussés à l'extrême.
  • Après, et jusqu'à aujourd'hui. La comédie ne s'est jamais arrêtée : Goldoni en Italie et Beaumarchais en France au XVIIIe siècle, puis les scènes du XXe siècle et celles d'aujourd'hui, dans toute la francophonie — le dramaturge togolais Sénouvo Agbota Zinsou, par exemple.

Ce que le programme dit vraiment : il demande « une œuvre théâtrale intégrale ou un groupement de textes ». Aucune pièce, aucun siècle ne sont imposés : c'est ton professeur qui choisit. Les titres ci-dessus sont des repères de culture, pas une liste à apprendre.

Et le mot du programme à comprendre : la tradition carnavalesque. Au carnaval, pendant quelques jours, on inverse les rôles — on se déguise, le dernier passe devant, on se moque des puissants — puis tout revient en place. Le théâtre comique en hérite : le temps d'une représentation, la société est mise sens dessus dessous.

2. Lire une pièce entière, et la jouer

Conduire une œuvre intégrale. Avant de commencer : lis la liste des personnages placée en tête, et regarde en combien d'actes la pièce est découpée. Pendant : à la fin de chaque acte, écris une phrase dans ton carnet — qui veut quoi, qui l'en empêche, qu'est-ce qui a changé. Repère l'exposition, les obstacles, le dénouement. À la fin, pose-toi la vraie question : de quoi cette pièce se moque-t-elle, et qu'est-ce qu'elle laisse en place ?

Le programme de 5e demande aussi de mémoriser un passage d'une dizaine de lignes ou de vers tiré de l'œuvre étudiée. Choisis-le tôt : un passage qu'on aime s'apprend deux fois plus vite.

La pratique théâtrale est un attendu de l'année, au même titre que la lecture. Trois exercices à faire pour de vrai :

  • La mise en voix : dire le texte sans encore le jouer. Travaille l'articulation, le volume, le débit, le souffle et les silences. Finis tes phrases : le dernier mot est celui qu'on entend le moins.
  • La mise en espace : décide où sont les corps. Debout ou assis, face à face ou dos tourné, à trois mètres ou à trente centimètres — ce n'est jamais la même scène.
  • Le rejeu : rejoue la même réplique autrement, quatre fois de suite. C'est l'exercice le plus utile de tout le chapitre : il te fait toucher du doigt qu'une phrase de théâtre n'a pas un sens unique.

Et l'an prochain, en 4e, tu retrouveras le théâtre sous un autre angle : non plus le rire et le monde à l'envers, mais les conflits de valeurs — obéir, désobéir, trahir.

À toi de jouer

1. Exercice 1 - L'exposition
Lis ce début de pièce, puis réponds.

CLARISSE. — Tu le sais aussi bien que moi : notre oncle rentre demain, et il n'a pas revu cette maison depuis dix ans.
VICTOR. — Je le sais, oui.
CLARISSE. — Alors explique-moi pourquoi tu as vendu son piano.

Scène écrite pour cette fiche : elle n'est tirée d'aucune pièce publiée.

a) Clarisse apprend-elle quelque chose à Victor ? Justifie par une citation.
b) À qui ces informations sont-elles réellement destinées ?
c) Comment appelle-t-on ce moment d'une pièce ?
d) Quel problème le spectateur voit-il arriver ?
Corrigé
a) Non : elle lui dit ce qu'il sait déjà, et elle le dit elle-même — « Tu le sais aussi bien que moi ». Victor le confirme : « Je le sais, oui. »
b) Au public, qui, lui, ne sait encore rien. C'est la double énonciation à l'œuvre : la réplique est adressée à Victor dans la fiction, et à la salle dans le spectacle.
c) L'exposition : le début d'une pièce, où l'on fait connaître les personnages, la situation et le problème à venir.
d) L'oncle rentre demain, et son piano a été vendu. Le spectateur sait déjà que la rencontre va mal se passer : il attend la scène.
2. Exercice 2 - Repères d'histoire du théâtre
Associe chaque époque à ce qui la caractérise.

a. Athènes, Ve siècle av. J.-C.
b. Moyen Âge
c. Italie, XVIe siècle
d. France, XVIIe siècle

1. Des troupes ambulantes, des personnages fixes reconnaissables à leur masque, un canevas improvisé.
2. Naissance du théâtre lors de fêtes religieuses ; tragédies et comédies.
3. Molière fait de la comédie un genre majeur.
4. Des farces courtes jouées sur des tréteaux, sur les places.

Écris a → ..., b → ..., c → ..., d → ...
Puis réponds : le programme impose-t-il une pièce précise en 5e ?
Corrigé
a → 2. b → 4. c → 1. d → 3.
Non : le programme demande « une œuvre théâtrale intégrale ou un groupement de textes », sans imposer ni titre ni siècle. C'est le professeur qui choisit.
3. Exercice 3 - Mise en scène et pratique
Reprends la scène de Madame Berlure :

MADAME BERLURE, entrant, un chapeau immense sur la tête. — Ne me dites rien. Je sais ce que vous allez dire.
HORTENSE. — Je n'allais rien dire, madame.
MADAME BERLURE. — C'est bien ce que je disais : vous ne savez jamais quoi dire. (Elle se retourne ; le chapeau accroche le rideau, qui tombe.)
HORTENSE, ramassant le rideau. — Madame veut-elle que je dise quelque chose maintenant ?
MADAME BERLURE. — Non. Vous parlez trop.
HORTENSE, à part. — Je n'ai encore rien dit.
MADAME BERLURE, posant le chapeau sur le fauteuil et s'asseyant dessus. — Voilà. On est mieux quand personne ne parle.

Scène écrite pour cette fiche : elle n'est tirée d'aucune pièce publiée.

a) Relève les didascalies et classe-les : celles qui indiquent un geste, celles qui indiquent à qui l'on parle.
b) Un accessoire fait tout le comique de gestes ici. Lequel, et que provoque-t-il ?
c) Choisis la dernière réplique et propose deux façons de la dire. Qu'est-ce qui change pour le spectateur ?
d) Tu montes cette scène en classe : indique deux décisions de mise en espace que tu prendrais, et pourquoi.
Corrigé
a) Gestes : « entrant, un chapeau immense sur la tête », « Elle se retourne ; le chapeau accroche le rideau, qui tombe », « ramassant le rideau », « posant le chapeau sur le fauteuil et s'asseyant dessus ». À qui l'on parle : « à part » (Hortense s'adresse au public seul).
b) Le chapeau : il fait tomber le rideau, puis il finit écrasé sous celle qui le portait. Un objet unique produit deux gestes comiques et achève le portrait du personnage.
c) Exemple : dite avec satisfaction, « On est mieux quand personne ne parle » montre qu'elle n'a rien vu de ce qui vient d'arriver ; dite après un long silence gêné, elle montre qu'elle a tout vu et qu'elle fait semblant. Deux personnages différents, un seul texte.
d) Toute réponse justifiée est acceptée. Par exemple : placer Hortense de biais et près du public pour que l'aparté se voie ; garder Madame Berlure au centre, dos à elle, pour qu'on comprenne qu'elle n'écoute personne.
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