Pas de panique ! Même si tu n'as jamais ouvert ce chapitre, on t'explique l'essentiel à toute vitesse. Une héroïne, un héros, ce n'est pas si compliqué : un personnage qui dépasse l'ordinaire, dans un récit. On commence par les mots, puis par ce qui rend un personnage « héroïque ». C'est parti !
Les mots pour commencer
Le chapitre s'appelle « Devenir héroïne/héros : destins romanesques (récit, fiction) ». Traduction : on suit des vies de personnages racontées dans des récits, et surtout dans des romans. D'abord, le vocabulaire :
- Un récit est une histoire racontée.
- Le personnage principal est celui autour de qui tourne l'histoire. Quand il dépasse l'ordinaire, on l'appelle le héros — l'héroïne au féminin.
- L'héroïsme, c'est l'ensemble des conduites courageuses et admirables qui rendent un personnage exemplaire.
- Une épopée est un long récit, souvent en vers, qui raconte les exploits extraordinaires d'un héros. Exemple : L'Odyssée d'Homère, épopée grecque du VIIIe siècle avant J.-C., qui suit le retour d'Ulysse chez lui.
- Un roman est un long récit en prose. Un destin romanesque, c'est toute la vie d'un personnage suivie dans un roman.
- Une œuvre intégrale est un livre lu en entier. On peut aussi travailler sur un groupement de textes : plusieurs extraits réunis autour du même sujet.
Qu'est-ce qui fait une héroïne, un héros ?
Trois ingrédients reviennent presque toujours :
- La bravoure : affronter le danger au lieu de fuir.
- Les exploits extraordinaires : réussir ce que les autres ne peuvent pas.
- Un destin édifiant : une vie dont on tire une leçon, qui sert d'exemple.
Et surtout, le héros n'agit pas pour lui seul : il sert une communauté. Il la rassemble, il défend ses valeurs, parfois il les fonde. Deux mots reviennent pour dire cela : le sens du devoir (agir pour une cause plus grande que soi) et la générosité (penser aux autres avant soi).
Attention : un héros peut avoir des défauts et des faiblesses. C'est souvent en les surmontant qu'il devient admirable.
Des dieux aux gens ordinaires
Les figures héroïques traversent toute l'histoire : récits mythologiques (Héraclès et ses douze travaux) ou bibliques (David affrontant le géant Goliath), héros d'épopée, puis héros de roman, jusqu'aux superhéroïnes et superhéros d'aujourd'hui — Superman, créé en 1938 par Jerry Siegel et Joe Shuster, en est le premier grand exemple.
La grande idée du chapitre, c'est ce changement : de l'épopée au roman moderne, le héros perd en superbe et gagne en banalité. Il devient moins grandiose, mais beaucoup plus proche de nous.
À toi de jouer
1. Le héros est le personnage □ d'une histoire.
2. L'□ est l'ensemble des conduites admirables qui rendent un personnage exemplaire.
3. Une □ est un long récit, souvent en vers, qui raconte des exploits extraordinaires.
4. Un □ est un long récit en prose.
Corrigé
2. héroïsme
3. épopée
4. roman
1. L'Odyssée d'Homère raconte en vers le long retour d'Ulysse après une guerre. □
2. Sans famille d'Hector Malot (1878) raconte en prose la vie d'un enfant trouvé qui parcourt les routes. □
3. Le récit dit que le personnage est fils d'une déesse et qu'il soulève à lui seul un rocher énorme. □
Corrigé
2. roman (récit en prose, destin d'un personnage ordinaire)
3. épopée (origine divine et exploit surhumain)
1. Un héros est toujours parfait. □ Vrai □ Faux
2. Un héros n'agit que pour son intérêt personnel. □ Vrai □ Faux
3. Dans les romans modernes, le héros ressemble davantage à une personne ordinaire. □ Vrai □ Faux
Corrigé
2. Faux : il sert une communauté, il défend des valeurs qui dépassent sa personne.
3. Vrai : de l'épopée au roman moderne, le héros perd en superbe et gagne en banalité.
Ah, les héros… ça te revient ? On remet tout en ordre, et on ajoute les deux choses qui font gagner des points au contrôle : la trajectoire de l'épopée au roman moderne, et les stéréotypes. Après ce palier, tu sauras analyser un personnage au lieu de réciter.
Rappel express : la figure héroïque
Le héros est le personnage central d'un récit. Il incarne des valeurs par ses actions, et il est exemplaire : on peut le prendre pour modèle. C'est un personnage hors-normes, qui dépasse l'humanité moyenne.
Mais sa singularité ne tourne pas à vide : elle sert un groupe. Le héros soude une communauté, il modèle une société, parfois il fonde les valeurs d'une civilisation. Retiens le couple : singulier par ses qualités, collectif par ce qu'il défend.
De l'épopée au roman moderne
Les figures héroïques ne se ressemblent pas d'une époque à l'autre. La transformation la plus importante à connaître va de l'épopée au roman moderne.
Le héros d'épopée — par exemple Ulysse dans L'Odyssée d'Homère, ou Roland dans La Chanson de Roland, récit anonyme des XIe-XIIe siècles :
- une origine divine ou noble ;
- des exploits surhumains, spectaculaires ;
- un ton élevé, qui célèbre la grandeur ;
- une gloire qui reste après lui.
Le héros de roman moderne — par exemple Rémi, l'enfant trouvé de Sans famille d'Hector Malot (1878), ou Julien Sorel, le fils de charpentier du Rouge et le Noir de Stendhal (1830) :
- une origine ordinaire, parfois misérable ;
- des exploits à hauteur d'homme : tenir, survivre, s'élever, résister ;
- un ton proche du quotidien ;
- une réussite incertaine : le roman a le droit de le faire échouer.
La formule à retenir : le héros perd en superbe (il est moins grandiose) et gagne en banalité (il ressemble davantage à une personne réelle). Il n'est pas devenu moins intéressant : il est devenu plus proche.
Les stéréotypes de la figure héroïque
Un stéréotype, c'est une image toute faite, répétée d'un texte à l'autre jusqu'à sembler naturelle. Les récits de héros en sont pleins. Les plus fréquents :
- le héros est un homme, jeune, fort et beau ;
- l'héroïne attend d'être sauvée au lieu d'agir ;
- l'adversaire est laid, et sa laideur est censée prouver sa méchanceté ;
- le héros gagne toujours à la fin.
Repérer un stéréotype, ce n'est pas dire que l'œuvre est mauvaise : c'est comprendre comment elle fabrique son effet sur le lecteur. Et beaucoup d'œuvres les brisent. Dans Antigone de Sophocle, tragédie grecque du Ve siècle avant J.-C., l'héroïne n'attend personne : elle désobéit au roi et paie sa décision.
Méthode pour analyser une figure héroïque
Quand on te donne un extrait et qu'on te demande en quoi le personnage est héroïque, déroule ces cinq étapes :
- Identifie l'action : que fait le personnage, concrètement ?
- Nomme la qualité que cette action montre (bravoure ? générosité ? sens du devoir ? dépassement de soi ?).
- Relie à une communauté : qui profite de cette action, et quelle valeur est défendue ?
- Situe le personnage : plutôt héros d'épopée (exploits surhumains, ton élevé) ou héros de roman moderne (vie ordinaire, ton du quotidien) ?
- Interroge les stéréotypes : l'image donnée est-elle toute faite, ou le texte la déplace-t-il ?
À toi de jouer
Héros d'épopée : □, □, □
Héros de roman moderne : □, □, □
Corrigé
Héros de roman moderne : métier ordinaire, échec possible, vie de tous les jours.
« La jeune fille, enfermée en haut de la tour, joignit les mains et attendit en pleurant qu'on vienne la délivrer. »
1. Quel stéréotype reconnais-tu ? □
2. Réécris la phrase pour le briser : le personnage doit agir.
Corrigé
2. Proposition : « La jeune fille, enfermée en haut de la tour, descella le gond de la grille avec sa broche et se laissa glisser le long du lierre. » Le personnage devient sujet de l'action.
« Le fleuve avait emporté la passerelle. Sofia connaissait le gué, cent mètres plus haut. Elle y conduisit les six élèves un par un, de l'eau jusqu'à la taille. Puis elle retourna sur l'autre rive chercher le cartable oublié, parce que dedans il y avait les papiers de la famille de Nour. »
1. Action : □ 2. Qualité : □ 3. Communauté servie : □ 4. Épopée ou roman moderne : □ 5. Stéréotype : □
Corrigé
2. Bravoure et sens du devoir ; générosité aussi, car le dernier trajet n'est pas pour elle.
3. Ses élèves, et la famille de Nour ; la valeur défendue est la protection des plus fragiles.
4. Roman moderne : aucun exploit surhumain, une connaissance du terrain et une décision d'adulte ordinaire.
5. Le stéréotype du héros masculin et guerrier est déplacé : c'est une héroïne, elle agit, et son exploit tient dans un geste précis et non dans un combat.
C'est l'heure de la répétition ! Cinq mini-exercices presque identiques, toujours le même geste : dire si le passage tire du côté de l'épopée ou du roman moderne, et nommer l'indice qui te l'a fait deviner. Après ça, tu ne confondras plus.
À toi de jouer
Corrigé
Corrigé
Corrigé
Corrigé
Corrigé
Maintenant, les exercices type contrôle. Tu vas analyser un texte, justifier tes réponses, rédiger des paragraphes. Respire, tu es prêt. On y va.
Petit rappel avant de se lancer
N'oublie pas les mots qui rapportent des points : bravoure, exploits extraordinaires, destin édifiant, exemplarité, service d'une communauté. Et les deux gestes d'analyse du chapitre : situer le personnage entre l'épopée et le roman moderne, et repérer les stéréotypes.
À toi de jouer
« Alors que la forêt s'embrasait, Alya ne pensa pas à elle. Elle courut vers les huttes et tira les enfants endormis un par un hors du danger. Ses mains brûlaient, mais elle continua jusqu'au dernier. Quand les villageois voulurent la remercier, elle dit simplement : "On ne laisse personne derrière." »
Complète l'analyse guidée :
L'héroïne est □. Elle sauve des enfants d'un □. Elle montre de la □ car elle ne pense pas à elle. Elle montre aussi du □ en continuant malgré la brûlure. Sa phrase finale montre son □ envers les autres. La communauté qu'elle sert est □. Ce personnage relève plutôt du □ (épopée / roman moderne), parce que □.
Corrigé
Corrigé
1. « Il resta sur le pont jusqu'à ce que le dernier passager soit descendu. » □
2. « Malgré ses blessures, elle continua de distribuer du pain aux affamés. » □
3. « Il plongea dans le courant sans même retirer son manteau. » □
Corrigé
2. générosité, et dépassement de soi
3. bravoure
« Le prince, grand et blond, dégaina son épée. La princesse, enfermée dans la tour, joignit les mains et attendit qu'on vienne la délivrer. Le geôlier, bossu et sale, ricana bêtement. »
1. Nomme deux stéréotypes de la figure héroïque présents ici.
2. Réécris une des trois phrases pour briser le stéréotype que tu as repéré.
Corrigé
2. Proposition : « Le geôlier, qui avait deux enfants à nourrir, hésita longtemps devant la porte, puis tourna la clé. » L'adversaire cesse d'être un pantin laid et ridicule : il devient un personnage qui a ses raisons.
A. « Sa lance, forgée par un dieu, ne connaissait ni la fatigue ni l'échec ; devant lui, les armées reculaient comme la mer devant l'orage. »
B. « Il compta ses pièces sur le comptoir : il en manquait deux. Il remit son manteau et sortit chercher du travail. »
1. Lequel relève de l'épopée, lequel du roman moderne ? Donne deux indices pour chacun.
2. Explique en une phrase la formule : « de l'épopée au roman moderne, le héros perd en superbe et gagne en banalité ».
Corrigé
2. Proposition : en passant de l'épopée au roman, le héros cesse d'être un demi-dieu invincible célébré dans un style noble, et devient un être humain ordinaire dont on suit les difficultés quotidiennes — ce qui le rend moins impressionnant, mais plus proche du lecteur.
Tu sais analyser une figure héroïque ? Allons plus loin. Et si les héros d'aujourd'hui ne ressemblaient plus du tout à ceux d'hier ? Et si tu inventais le tien ? De quoi prendre une bonne longueur d'avance.
À toi de jouer
Figure ancienne : nom… ; qualité principale… ; communauté servie… ; faiblesse… ; d'où vient sa force…
Superhéros moderne : nom… ; qualité principale… ; communauté servie… ; faiblesse… ; d'où vient sa force…
En deux phrases : qu'est-ce qui a changé, qu'est-ce qui est resté ?
Corrigé
Figure ancienne : Héraclès (mythologie grecque) ; force surhumaine ; les hommes qu'il débarrasse des monstres ; sa colère, qu'il ne maîtrise pas ; sa naissance, il est fils de Zeus.
Superhéros moderne : Superman (créé en 1938 par Jerry Siegel et Joe Shuster) ; force surhumaine ; les habitants de sa ville ; la kryptonite ; ses origines extraterrestres.
Ce qui reste : la force hors-normes et le service d'une communauté. Ce qui change : le superhéros mène en plus une vie ordinaire de journaliste sous un autre nom — la banalité est entrée jusque dans le héros le plus puissant.