Contrôle demain, chapitre jamais ouvert. Respire : celui-ci tient dans un couple de mots — plaire et instruire —, un mécanisme, le détour, et un plan de réponse en trois marches. Apprends dans cet ordre : c'est celui dans lequel on va te le demander.
« Imaginer, sentir, raisonner : des histoires pour plaire et instruire » est une entrée de littérature de la classe de 5e, étiquetée récit, fiction. Elle demande de lire des contes et des fables — et de découvrir qu'une histoire courte peut faire deux choses à la fois : amuser et enseigner.
Le programme le formule ainsi : « l'univers du conte ou de la fable allie les charmes de la narration à la réflexion morale ». Retiens la phrase entière si tu peux : elle contient les deux moitiés du chapitre, et le verbe qui les relie.
L'année de 5e est tenue par une perspective annuelle : « Éprouver, expérimenter : la découverte de soi, d'autrui et du monde ». Quatre entrées se rangent dessous, chacune attachée à un genre : les destins héroïques (récit, fiction), la poésie du voyage, le théâtre, et celle-ci — le conte et la fable.
La conséquence se voit dans les sujets : la question posée revient souvent à l'un des trois mots de la perspective, et le plus souvent au dernier — le monde, c'est-à-dire la vie en société.
| Plaire | Instruire |
| des animaux qui parlent, des fées, des ogres | une leçon sur la conduite des gens |
| un dialogue vif, des répliques courtes | un rapport de force mis à nu |
| une chute qui tombe juste | une phrase de morale, écrite ou non |
| le merveilleux, qu'on accepte sans discuter | de quoi se poser une question sur soi |
Ne coupe jamais le texte en deux. L'erreur classique est de croire que l'histoire plaît, puis que la morale instruit. Faux : c'est le même récit qui fait les deux. Le renard flatteur est drôle et il est la démonstration.
Retiens surtout la troisième ligne : implicite ne veut pas dire absente. Un texte sans phrase de morale a bien une leçon, il te charge simplement de la formuler.
Le programme demande trois choses, dans cet ordre : que l'élève « interroge leur conduite », puis « le fonctionnement social qu'ils dévoilent », « pour finalement se questionner lui-même ». C'est ton plan de réponse, tout prêt.
Une copie qui reste sur la première marche décrit. Une copie qui monte les trois analyse. La différence vaut plusieurs points.
Un apologue est un récit court qui fait un détour : il parle de nous en parlant d'autre chose. Il plaît par son histoire et instruit par la même histoire. Pour l'analyser : résume en trois phrases, nomme les types, localise la leçon et cite-la exactement, puis monte les trois marches — la conduite, la société, toi.
Ça te dit quelque chose, mais tu ne sais pas encore nommer ce que tu vois. Ce palier installe le vocabulaire pour de bon : le mot du programme, les deux genres qu'il réunit, le mécanisme du détour, et les confusions qui coûtent le plus.
Le programme de 5e emploie ce mot une fois, et il compte : « Par des débats, des écritures ou réécritures d'apologues, il développe un regard réflexif sur sa propre réception des récits et morales. »
Un apologue est un récit court dont la fonction est de faire comprendre une idée. Ce n'est ni un genre en vers ni un genre en prose : c'est une fonction. La fable est un apologue ; un conte à moralité est un apologue ; une parabole aussi. C'est pour cela que le mot est utile en devoir : il couvre tout ce que tu vas lire dans cette séquence.
Un signe pratique : dans une fable, on ne sait presque rien des personnages. Ni leur âge, ni leur maison, ni leur passé. Cette pauvreté est volontaire — elle empêche de s'attacher, et oblige à lire le personnage comme un cas.
| La fable | Le conte | |
| Longueur | très brève | plus ample, avec des étapes |
| Forme | souvent en vers | le plus souvent en prose |
| Personnages | fréquemment des animaux | humains, et êtres merveilleux |
| Merveilleux | rare, sauf la parole des bêtes | admis sans explication |
| Leçon | souvent écrite | souvent implicite, parfois écrite |
Ce qui les réunit : tous deux racontent pour faire penser, tous deux réduisent leurs personnages à des rôles, tous deux voyagent d'une culture à l'autre en changeant de forme. Le programme demande d'ailleurs des œuvres « de traditions et cultures diverses, y compris francophones ». C'est cette parenté-là qu'on te demandera de voir, plus que l'opposition.
Un conte peut d'ailleurs porter une leçon écrite : le recueil de contes de Charles Perrault paru en 1697 s'intitule Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités, et les moralités y sont placées en vers, après le récit. Le titre annonce lui-même les deux faces.
Un apologue ne dit pas « tu es un flatteur ». Il montre un renard. Ce déplacement s'appelle le détour.
Un quatrième effet mérite d'être connu, et il est plus sombre : le détour abrite celui qui parle. On peut dire d'un lion ce qu'on ne dirait pas d'un roi. Il a souvent servi à critiquer sans le dire ouvertement — sans toujours protéger celui qui parlait.
Le programme écrit que « les personnages incarnent différentes facettes de l'être humain ». Un personnage d'apologue n'est donc pas une personne : c'est une conduite mise debout.
Règle de rédaction : on nomme un type par un comportement, jamais par une espèce. Écrire « le renard » ne vaut rien, parce qu'aucun élève ne rencontrera de renard. Écrire « le flatteur » vaut tout, parce que le mot peut désigner quelqu'un de ta classe. C'est précisément là que le texte cesse de plaire et commence à instruire.
| Ce qu'on voit | Ce qu'on écrit |
| un renard qui complimente | le flatteur intéressé |
| un corbeau qui ouvre le bec | le vaniteux, sensible à l'éloge |
| un loup qui accuse | le puissant de mauvaise foi |
| une fourmi qui refuse | le prévoyant, et sa dureté |
Une leçon explicite est écrite dans le texte. Une leçon implicite ne l'est pas : elle se déduit. Trois précautions.
Presque tous les apologues racontent un déséquilibre : quelqu'un a quelque chose que l'autre veut, ou quelqu'un peut ce que l'autre ne peut pas. Poser deux questions suffit à ouvrir n'importe quel texte du chapitre.
Le déplacement entre les deux réponses est la leçon, avant même qu'elle soit écrite. C'est aussi ce que le programme appelle « le fonctionnement social qu'ils dévoilent ».
On enlève le survêt. Ici je ne me contente pas d'énoncer : je reprends le cours en entier, outil par outil, puis je traite trois textes du début à la fin — deux fables de La Fontaine, dont l'une n'écrit pas sa leçon, et une fable écrite exprès pour cette fiche. Surveille une chose en particulier : à chaque fois, le récit fait un détour, et c'est le détour qui instruit.
Voici la notice officielle de l'entrée, dont tout le reste découle : « En prise avec les plaisirs de l'enfance, de son imaginaire, de ses sensations, l'univers du conte ou de la fable allie les charmes de la narration à la réflexion morale. »
Trois expressions portent le sens. Les plaisirs de l'enfance : le programme assume que ces textes sont d'abord un plaisir, et anciens dans ta vie de lecteur. Le conte ou la fable : le « ou » compte, il autorise une séquence qui ne travaillerait qu'un seul des deux genres. Allie : le verbe dit que les deux faces ne sont pas séparables.
La suite décrit le travail attendu : l'élève « comprend que les personnages incarnent différentes facettes de l'être humain, interroge leur conduite et le fonctionnement social qu'ils dévoilent, pour finalement se questionner lui-même ». Puis, plus loin : « Par des débats, des écritures ou réécritures d'apologues, il développe un regard réflexif sur sa propre réception des récits et morales. »
Et la notice se referme sur la double promesse qui donne son titre à l'entrée : la littérature est « capable tout à la fois de le faire voyager dans des contrées inconnues et des époques lointaines et de nourrir sa réflexion sur l'être humain et la vie en société ».
L'idée est ancienne. On cite le plus souvent le poète latin Horace, qui écrit dans son Art poétique qu'a remporté tous les suffrages celui qui a su mêler l'utile à l'agréable. L'image est pourtant plus vieille que lui : Lucrèce comparait déjà la poésie au miel qu'on étale sur les bords d'une coupe pour faire avaler un remède amer. Le titre de l'entrée reprend ce couple sans le citer.
En français, c'est La Fontaine qui l'a formulé le plus nettement, dans la fable « Le Pâtre et le Lion » (Fables, livre VI, fable 1) : « Une morale nue apporte de l'ennui : / Le conte fait passer le précepte avec lui. » Et dans la préface de son premier recueil, il définit l'apologue en deux parties : « le corps est la fable, l'âme, la moralité ».
Ce qu'il faut en retenir pour le devoir tient en une phrase : le plaisir n'est pas un emballage. Un apologue qui n'amuserait pas ne serait pas lu, donc n'instruirait personne. C'est pour cela qu'on juge une réécriture d'apologue d'abord sur son récit, ensuite sur sa leçon.
C'est aussi important que le reste, parce que beaucoup de fiches trouvées en ligne se trompent ici.
Un document d'accompagnement publié par le ministère propose, pour chaque entrée, des exemples de corpus, rangés en deux colonnes : des œuvres à étudier et des œuvres à lire de manière cursive. Pour celle-ci, la première colonne cite notamment Les Mille et une nuits (extraits), Le Roman de Renart, les Fables de Marie de France, Kalila et Dimna, dites Fables de Bibpai d'Abdallah Ibn al-Muqaffa, le livre IV des Fables de La Fontaine, Les Contes d'Amadou Koumba de Birago Diop, Au temps de l'antan, Contes du pays Martinique de Patrick Chamoiseau ou Comment Wang-Fô fut sauvé de Marguerite Yourcenar ; la seconde propose, entre autres, Vango de Timothée de Fombelle, Contes pour jeunes filles intrépides de Praline Gay-Para ou De cape et de mots de Flore Vesco. Ce sont des propositions, sans valeur d'obligation ; c'est ton professeur qui choisit.
Le programme ajoute enfin une phrase administrative qu'il vaut mieux avoir lue : cette entrée « peut être l'occasion d'aborder, à partir de supports littéraires et / ou artistiques, des notions du programme d'éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité ». Traduction : certains contes serviront aussi à parler des relations entre les personnes.
Un apologue est un récit court dont la fonction est de faire comprendre une idée. Retiens que c'est une fonction, pas une forme : un apologue peut être en vers ou en prose, long de six lignes ou de six pages.
Trois traits reviennent toujours : le récit est bref ; les personnages sont réduits à un rôle ; et le texte vise autre chose que lui-même — il parle de nous.
La fable pousse la brièveté jusqu'à la sécheresse. On ne sait rien des personnages : ni âge, ni maison, ni passé. Cette pauvreté est un outil — elle interdit de s'attacher et oblige à lire le personnage comme un cas.
Les animaux ne sont pas un décor enfantin : ils fournissent des traits reconnaissables immédiatement. Le loup, le renard, l'agneau, la fourmi portent, dans la culture où la fable circule, une réputation qui dispense de tout portrait. Le lecteur sait tout du personnage en un mot, et le récit peut aller vite.
Attention à ne pas généraliser : ces réputations ne sont pas universelles. Un animal peut changer complètement de valeur d'une tradition à l'autre. C'est l'une des raisons pour lesquelles le programme demande des œuvres « de traditions et cultures diverses ».
Le critère décisif du conte n'est pas la présence d'une fée : c'est que personne ne s'en étonne. Le surnaturel y est une règle du monde, comme la pluie. Si un personnage s'effraie du phénomène, s'il cherche une explication, s'il hésite à y croire, on a quitté le conte pour un autre genre.
La formule d'ouverture, « il était une fois », fait le même travail que le détour de la fable : elle coupe le récit de toute date et de toute carte. Ce qui va être dit ne concerne donc pas une époque, mais tout le monde.
On nomme un type par une conduite, jamais par une espèce. « Le renard » ne dit rien ; « le flatteur intéressé » dit tout. Le mot doit pouvoir désigner quelqu'un que tu connais : c'est le test.
Formulation utile en copie : « Le renard n'est pas ici un animal, mais le type du flatteur : il ne possède rien et obtient tout par la parole. » Tu as nommé, justifié, et prouvé en une phrase.
| Place | Texte | Effet |
| En tête | « Le Loup et l'Agneau », Fables, livre I, fable 10 : « La raison du plus fort est toujours la meilleure : / Nous l'allons montrer tout à l'heure. » | l'histoire devient une démonstration annoncée |
| À la fin | « Le Corbeau et le Renard », Fables, livre I, fable 2 : « Apprenez que tout flatteur / Vit aux dépens de celui qui l'écoute. » | la leçon tombe comme une chute |
| Nulle part | « La Cigale et la Fourmi », Fables, livre I, fable 1 : le texte s'arrête sur « — Vous chantiez ? j'en suis fort aise. / Eh bien ! dansez maintenant. » | le lecteur doit formuler la leçon lui-même |
Ces trois fables appartiennent au premier recueil des Fables de La Fontaine, paru en 1668. Ce sont les seuls textes cités mot pour mot dans cette fiche : partout ailleurs, les récits sont résumés, ou écrits pour l'exercice et signalés comme tels.
Le déplacement entre les deux réponses est la leçon, avant même qu'elle soit écrite. Note bien le moyen. Dans certaines des fables les plus connues — « Le Corbeau et le Renard » au premier chef —, le pouvoir change de mains par la seule parole : c'est une leçon sur le langage autant que sur la morale. Dans d'autres, la parole ne peut rien, et c'est tout le sujet du « Loup et l'Agneau ».
Jean de La Fontaine, Fables, livre I, fable 2 (premier recueil, 1668). Ouverture et fin citées ; le milieu est résumé.
Geste 1 — résumer en trois phrases. Un corbeau tient un fromage. Un renard le flatte jusqu'à ce qu'il ouvre un large bec pour lui prouver qu'il a de la voix. Le fromage tombe, le renard le prend et lui fait la leçon.
Geste 2 — les types et le rapport de force. Le flatteur intéressé et le vaniteux. Au début, tout est du côté du corbeau : il possède le fromage et il est en hauteur — deux avantages, l'un matériel, l'autre de position. À la fin, le renard a tout, sans avoir grimpé ni combattu. Il n'a fait qu'une chose : parler. Le sujet réel de la fable est donc le pouvoir de la parole, et non la gourmandise.
Geste 3 — la leçon, et qui la prononce. Elle est à la fin et explicite — mais elle n'est pas dite par le narrateur : c'est le renard qui la prononce, à l'intérieur du récit. Deux conséquences à écrire en copie. D'abord, la leçon est adressée au corbeau avant de l'être au lecteur. Ensuite, celui qui enseigne est celui qui a triché : la fable ne nous donne pas un maître honnête, elle nous donne un voleur qui fait payer sa leçon — « Cette leçon vaut bien un fromage ».
Geste 4 — les trois marches. La conduite : le corbeau cède parce qu'on l'a flatté sur ce qu'il ne possède pas — sa voix. La société : la fable montre que dans un groupe, celui qui parle bien peut prendre le bien de celui qui parle mal, sans violence et sans être puni. Toi : la question à te poser n'est pas « suis-je un corbeau ? », elle est « sur quoi suis-je flattable ? ». Chacun a un point faible, et la fable dit qu'il est toujours du côté de ce qu'on aimerait être.
Jean de La Fontaine, Fables, livre I, fable 1. Texte résumé, sauf trois passages cités.
La cigale, « ayant chanté / Tout l'été », se trouve démunie « quand la bise fut venue ». Elle va demander de quoi vivre à la fourmi, sa voisine, en promettant de la rembourser. Le narrateur note au passage que la fourmi « n'est pas prêteuse : / C'est là son moindre défaut ». La fourmi lui demande ce qu'elle faisait « au temps chaud », puis conclut : « — Vous chantiez ? j'en suis fort aise. / Eh bien ! dansez maintenant. »
Geste 1 — résumer. Une cigale a chanté tout l'été. L'hiver venu, elle demande de quoi manger à sa voisine. Celle-ci refuse en lui rappelant qu'elle a chanté.
Geste 2 — les types. L'imprévoyante et la prévoyante. Le rapport de force est simple et total : l'une a tout, l'autre n'a rien, et il n'y a pas d'échappatoire — c'est l'hiver.
Geste 3 — la leçon. Il n'y en a pas d'écrite. Le texte s'arrête sur une réplique. Tu dois donc en formuler une, au présent et sans les personnages : « Qui ne prévoit rien se retrouve sans rien. »
Mais le texte en autorise une seconde, opposée : « Refuser d'aider quand on a de quoi est une dureté que rien n'excuse. » Elle n'est pas moins fondée, et voici la preuve textuelle qu'il faut citer : le narrateur écrit que la fourmi « n'est pas prêteuse : c'est là son moindre défaut ». Le mot moindre annonce qu'elle en a d'autres, et de pires. Le narrateur ne prend donc pas franchement son parti.
Geste 4 — les trois marches. La conduite : deux conduites sont jugeables, pas une seule. La société : la fable pose une question qui n'a pas vieilli — que doit-on à celui qui n'a pas prévu ? Toi : c'est ici que le programme attend le « regard réflexif sur sa propre réception ». Demande-toi pourquoi tu as spontanément donné raison à l'un des deux. Beaucoup de lecteurs se rangent spontanément d'un côté ou de l'autre ; le texte, lui, ne le fait pas. Remarquer cet écart entre ta lecture et le texte, c'est exactement ce qu'on te demande.
Fable écrite pour l'exercice : elle n'est tirée d'aucune œuvre et n'est attribuée à personne.
Geste 1 — résumer. Une pie voit son reflet et le prend pour une autre pie. Elle lui propose un marché, puis lui apporte chaque jour quelque chose. À l'hiver, elle a tout donné et n'a rien reçu.
Geste 2 — les types et le rapport de force. Le type est la vaniteuse. Mais l'intérêt du texte est ailleurs : il n'y a pas d'adversaire. Aucun personnage ne prend rien à la pie — elle se dépouille toute seule, devant une vitre. Une fable classique oppose deux forces ; celle-ci n'en met qu'une, et la retourne contre elle-même.
Geste 3 — la leçon. Aucune n'est écrite. À formuler : « On se ruine à vouloir plaire à sa propre image. » Ce qui la prouve dans le récit : l'accumulation, jour après jour, des objets donnés — une plume, une graine, un brin de laine — et la symétrie finale entre le tas devant le miroir et le nid vide.
Geste 4 — les trois marches. La conduite : elle croit négocier, elle imite. La société : le texte suggère qu'on peut tout perdre sans être volé par personne. Toi : la marche est réussie si tu nommes une conduite d'aujourd'hui — le temps qu'on donne à l'image qu'on donne de soi — et non un objet.
Pourquoi je te donne un texte inventé ? Parce que le programme demande des « écritures ou réécritures d'apologues » : tu devras en produire un. En voir un fabriqué sous tes yeux, avec ses ficelles visibles — un objet trompeur, une progression, une chute en miroir —, t'apprend plus qu'un chef-d'œuvre.
Format contrôle. Ce palier ne réexplique rien : il liste ce que le correcteur cherche, les cinq pièges qui font perdre des points sur ce chapitre précis, les cas limites qui embêtent tout le monde, et la checklist à passer avant de rendre.
Apologue = récit court qui fait un détour pour faire penser. Fable et conte en sont deux formes. La leçon est en tête, à la fin, ou nulle part. On l'analyse en quatre gestes : résumer, nommer les types et le rapport de force, localiser et citer la leçon, monter les trois marches — conduite, société, soi.
Écrire « La Fontaine pense qu'il faut travailler » est une double faute : on prête une opinion à un homme, et on la prête à partir d'un texte qui ne l'énonce pas. La bonne formulation passe par le texte : « La fable oppose deux conduites et n'écrit aucune morale : elle laisse le jugement au lecteur. »
Le narrateur d'une fable est d'ailleurs un personnage à part entière : il commente, il ironise, il glisse des remarques. Quand le narrateur dit d'un personnage que tel défaut est « son moindre », il prend position — et c'est le narrateur qui le fait, pas l'auteur.
Une copie qui cite la morale et s'arrête là a fait la moitié la moins difficile du travail. Ce qu'on attend ensuite tient en un mot : par quoi ? Par quel détail du récit la leçon est-elle établie ?
Modèle de phrase complète : « La leçon est prononcée par le renard à la fin — "Apprenez que tout flatteur / Vit aux dépens de celui qui l'écoute" — et le récit la prouve par un fait simple : le renard ne fait rien d'autre que parler, et repart avec le fromage. »
« C'est bien fait pour elle », « le loup est méchant », « la fourmi est égoïste » : ces phrases donnent une note, pas une lecture. Elles ferment le texte au lieu de l'ouvrir.
La transformation à faire est toujours la même : remplacer l'adjectif de jugement par un type et un moyen. « Le loup est méchant » devient « le loup est le type du puissant de mauvaise foi : il change trois fois d'accusation, abandonne les premières dès qu'elles sont réfutées, et finit par se passer de raison. »
C'est le piège propre à ce chapitre, et il faut le prendre au sérieux : les fables les plus célèbres sont parmi les textes qu'on cite le plus souvent de travers. On les a entendues à l'école primaire, à la maison, dans des versions abrégées ou modernisées, et la mémoire recompose.
Règle de survie en devoir : si tu n'as pas le texte sous les yeux, résume au lieu de citer. Un résumé exact vaut toujours mieux qu'une citation approximative, qui est comptée comme une erreur. Cette règle vaut doublement pour les fables anciennes, dont les versions qui circulent varient d'un recueil et d'une traduction à l'autre.
Beaucoup de copies décrivent très correctement la conduite d'un personnage, puis s'arrêtent. Il manque alors les deux tiers de ce que le programme demande.
Astuce de rédaction : garde deux phrases pour la fin de chaque réponse. La première commence par « Plus largement, la fable montre que dans un groupe… ». La seconde commence par « Ce qui m'oblige à me demander… ». Ces deux amorces montent mécaniquement les marches 2 et 3.
Et les chiffres du cadre annuel, qu'on peut te demander de citer : quatre œuvres intégrales étudiées dans l'année, « de genres différents et d'époques variées » ; au moins trois œuvres en lecture cursive ; au moins deux groupements de textes.
Bonne nouvelle : rien de ce que tu installes ici ne sera perdu. Le récit qui fait penser traverse tout le collège — il change simplement de distance. En 5e, on parle des humains par des bêtes ; en 4e, on argumente presque à découvert ; en 3e, on parle directement.
Trois gestes te suivront jusqu'au lycée : citer exactement, nommer un procédé avec son effet, et distinguer la voix qui raconte de la personne qui écrit. Le reste est du vocabulaire, et le vocabulaire s'apprend en une soirée.
La perspective de l'année de 4e est « Rêver, délibérer, développer son jugement : en quête de valeurs et de vérité ». L'entrée qui prolonge le plus directement ton année est étiquetée discours, essai, récit, fiction — quatre étiquettes d'un coup, ce qui dit bien qu'on y quitte le seul récit.
Le programme y attend que l'élève développe « la dimension réflexive et argumentative de ses écrits et de ses prises de parole ». Concrètement : ta morale de fable deviendra une thèse, et les détails du récit qui la prouvaient deviendront des arguments. Le détour se réduit ; la démonstration se montre.
Cette entrée, étiquetée récit, fiction, garde l'idée qu'un récit peut faire penser, mais par d'autres moyens : récits fantastiques ou d'anticipation, enquêtes policières ou paranormales.
Attention, point important pour toi cette année : ces genres ne sont pas au programme de 5e. Si une fiche trouvée en ligne t'explique que ton chapitre porte sur les mondes futurs ou les univers inventés de science-fiction, elle n'est pas à jour. Ton entrée de 5e, c'est le conte et la fable.
La perspective devient « S'affirmer, s'émanciper : l'engagement humaniste », et l'entrée de récit s'intitule « Montrer, témoigner, réparer : le roman, le récit à l'épreuve du réel ». Le détour disparaît alors presque entièrement : on ne parle plus des humains par des animaux, on en parle directement, et parfois on témoigne.
Vu depuis la 5e, la progression est lisible : la distance entre l'histoire et son objet diminue d'année en année. C'est une bonne façon de retenir les trois programmes d'un coup.
Prends une morale et transforme-la en thèse plus deux arguments, sans raconter l'histoire. Exemple, à partir de « La raison du plus fort est toujours la meilleure » :
Ce que tu découvres en le faisant : la fable contenait déjà une argumentation, simplement déguisée en récit. C'est exactement le passage que le programme fait faire entre la 5e et la 4e.
Cette année, on te demande d'« intervenir dans un débat en respectant les règles d'un échange argumentatif ». L'année prochaine, on te demandera d'écrire ce que tu aurais dit. Le travail préparatoire est le même : une position, deux raisons, une objection contre soi.
Prends l'habitude, dès maintenant, de noter dans ton carnet la morale qui te paraît la plus contestable de chaque texte lu. C'est la meilleure réserve d'arguments que tu puisses te constituer.
Le cadre annuel ne bouge pas : quatre œuvres intégrales étudiées, au moins trois lectures cursives, au moins deux groupements de textes, chaque année du cycle. Ce qui grandit, ce sont les longueurs : le passage à réciter va d'« une dizaine de lignes ou vers en classe de 5e » à une vingtaine en 3e, et les textes que tu écris d'une trentaine de lignes en 5e à une soixantaine en 3e.
Trois choses. Le mot apologue, qui te servira encore en 4e et au lycée. Le réflexe du rapport de force : qui a quoi au début, qui l'a à la fin, par quel moyen. Et l'habitude de ne jamais citer de mémoire — c'est le conseil le plus rentable de toute cette fiche.
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