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Imaginer, sentir, raisonner : des histoires pour plaire et instruire — Exercices

Lire un conte ou une fable, nommer la leçon, réécrire un apologue et préparer le débat. Corrigé sous chaque exercice.
⏱ ~40 min✎ Exercices de lecture et d'écriture

Tu n'as pas encore vu le chapitre et le contrôle approche ? On commence par le cadre : où cette entrée se range dans l'année, ce qu'elle demande vraiment, et le vocabulaire minimum pour parler d'un conte ou d'une fable sans se tromper de mot.

1Le cadre et les mots de base/ 6 pts
Réponds aux six questions. Pour les questions 4 à 6, une justification d'une ligne est attendue.
  1. Complète : un récit court écrit pour faire comprendre une idée s'appelle un ; un récit bref, souvent en vers, avec des animaux, s'appelle une ; un récit où le merveilleux est admis sans explication s'appelle un .
  2. Comment appelle-t-on la phrase qui énonce la leçon ? Cite les trois places possibles qu'elle peut occuper.
  3. Recopie la perspective annuelle de la classe de 5e, celle sous laquelle se range cette entrée.
  4. Vrai ou faux : cette entrée impose d'étudier les Fables de La Fontaine.
  5. Vrai ou faux : un texte sans morale écrite n'est pas un apologue.
  6. Vrai ou faux : pour cette entrée, il faut obligatoirement lire une œuvre entière.
Corrigé
Question 1 Vocabulaire minimal du chapitre. Un apologue ; une fable ; un conte. Le mot « apologue » est celui du programme officiel, qui demande « des écritures ou réécritures d'apologues » : c'est celui qui rapporte des points.
Question 2 Localiser la leçon est la moitié du travail d'analyse. On l'appelle la morale, ou la moralité. Trois places : en tête du texte, à la fin, ou nulle part — elle est alors implicite, et c'est au lecteur de l'écrire.
Question 3 Libellé exact à connaître. « Éprouver, expérimenter : la découverte de soi, d'autrui et du monde. » Les trois mots — soi, autrui, le monde — reviennent dans les sujets, et le dernier commande la partie « vie en société » de ta réponse.
Question 4 Faux. Le programme ne prescrit ni œuvre, ni auteur, ni siècle. Un document d'accompagnement du ministère propose des titres — dont le livre IV des Fables de La Fontaine — mais ces propositions n'ont aucune valeur d'obligation : c'est le professeur qui choisit.
Question 5 Faux. Une leçon peut être implicite, c'est-à-dire non écrite. Le texte reste un apologue : il raconte pour faire penser. Implicite ne veut jamais dire absente.
Question 6 Faux. Le programme parle ici de « larges extraits d'œuvres intégrales ou d'un groupement de textes ». C'est plus souple que pour l'entrée sur les destins héroïques et pour celle de théâtre, qui demandent l'une « une œuvre intégrale », l'autre « une œuvre théâtrale intégrale ».

Ça te revient ? On installe l'outillage pour de bon : reconnaître un conte d'une fable, nommer un personnage par sa conduite et non par son espèce, et repérer où se cache la leçon.

1Trier, nommer, localiser/ 8 pts
Trois séries. Pour la série A, donne deux indices à chaque fois.
Série A — conte ou fable ? Justifie par deux indices.
  1. Un récit de quinze vers où un rat et une belette se disputent un trou.
  2. Un récit de dix pages où une jeune fille reçoit trois objets d'une vieille femme et doit traverser une forêt.
  3. Un récit de douze lignes, en prose, qui se termine par : « Depuis ce jour, le village ferme ses portes à midi. »
Série B — nomme le personnage-type. Un mot ou un groupe de mots par ligne.
  1. Il complimente quelqu'un pour obtenir quelque chose.
  2. Il a le pouvoir et fabrique une raison après coup.
  3. Il croit ce qu'on lui dit et perd ce qu'il avait.
Série C — où est la leçon, et est-elle explicite ou implicite ?
  1. « Le Loup et l'Agneau » (La Fontaine, Fables, livre I, fable 10) s'ouvre sur : « La raison du plus fort est toujours la meilleure : / Nous l'allons montrer tout à l'heure. »
  2. « La Cigale et la Fourmi » (La Fontaine, Fables, livre I, fable 1) s'arrête sur la réplique de la fourmi : « — Vous chantiez ? j'en suis fort aise. / Eh bien ! dansez maintenant. »
Corrigé
A1 Brièveté et vers, personnages animaux. Fable. Quinze vers, deux bêtes réduites à un rôle : on ne saura rien d'autre d'elles.
A2 Longueur, étapes, objets reçus. Conte. Dix pages, une donatrice, trois objets, une traversée : la structure en épreuves est celle du conte, et le merveilleux n'y étonne personne.
A3 Piège assumé : la prose ne prouve rien. Fable. Douze lignes et une chute qui vaut leçon suffisent. Une fable peut être en prose ; le vers n'est pas un critère obligatoire.
B4 On nomme par la conduite, jamais par l'espèce. Le flatteur intéressé.
B5 Le puissant de mauvaise foi. Attention : « le méchant » ne vaut rien, c'est un jugement et non un type.
B6 Le naïf, ou le crédule. Si tu ajoutes « le vaniteux », c'est encore mieux quand la flatterie porte sur ce que le personnage voudrait être.
C7 La leçon annonce le récit. En tête, et explicite. Le verbe « montrer » présente l'histoire comme une démonstration : la fable prouvera la thèse annoncée.
C8 Aucune phrase de leçon. Nulle part : la morale est implicite. Le texte se ferme sur une réplique et te laisse conclure — c'est pour cela que cette fable sert si souvent de support de débat.
Rappel de méthode Une morale se formule au présent et sans les personnages. « Le corbeau perd son fromage » n'est pas une morale, c'est un résumé.

Cas nouveaux : deux fables authentiques, deux places de la morale, et deux rapports de force différents. Il faut appliquer les gestes 2 et 3 de la méthode — nommer les types et le rapport de force, puis localiser et citer la leçon.

1Deux fables, deux mécaniques/ 7 pts
Texte 1.
Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !

[…]

Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.Jean de La Fontaine, « Le Corbeau et le Renard », Fables, livre I, fable 2 (premier recueil, 1668) : début, puis paroles du renard après qu'il a saisi le fromage. Le passage coupé contient l'éloge conditionnel du renard et la chute de la proie.
Texte 2. Résumé, avec trois passages cités.
La cigale, « ayant chanté / Tout l'été », se trouve démunie « quand la bise fut venue ». Elle va demander de quoi vivre à la fourmi, sa voisine, en promettant de la rembourser. Le narrateur note que la fourmi « n'est pas prêteuse : / C'est là son moindre défaut ». Après lui avoir demandé ce qu'elle faisait « au temps chaud », la fourmi conclut : « — Vous chantiez ? j'en suis fort aise. / Eh bien ! dansez maintenant. »Jean de La Fontaine, « La Cigale et la Fourmi », Fables, livre I, fable 1. Résumé pour l'exercice ; seuls les passages entre guillemets sont cités mot pour mot.
  1. Texte 1 : résume la fable en trois phrases.
  2. Texte 1 : nomme les deux personnages-types. Qui a le pouvoir au début, qui l'a à la fin, et par quel moyen ?
  3. Texte 1 : où est la leçon, et qui la prononce ? Que change cette réponse ?
  4. Texte 2 : la leçon est-elle écrite ? Formule-la toi-même, au présent, en une phrase.
  5. Texte 2 : écris une seconde morale, opposée à la première, et cite le passage du texte qui l'autorise.
  6. Compare : dans lequel des deux textes le pouvoir change-t-il de mains ? Par quel moyen ?
  7. En deux phrases, monte la troisième marche pour l'un des deux textes : qu'est-ce que cela t'oblige à te demander sur toi ?
Corrigé
Question 1 Résumer avant d'analyser. Un corbeau tient un fromage. Un renard le flatte jusqu'à ce qu'il ouvre un large bec pour lui prouver qu'il a de la voix. Le fromage tombe, le renard le prend et lui fait la leçon.
Question 2 Le rapport de force est la clé du texte. Le flatteur intéressé et le vaniteux. Au début, tout est du côté du corbeau : il possède le fromage et il est en hauteur. À la fin, le renard a tout, sans avoir grimpé ni combattu — il n'a fait que parler. Le sujet réel de la fable est le pouvoir de la parole, pas la gourmandise.
Question 3 Détail qui distingue une bonne copie. La leçon est à la fin et explicite, mais elle est prononcée par le renard, pas par le narrateur. Deux conséquences : elle est d'abord adressée au corbeau, et celui qui enseigne est celui qui a triché — il ajoute d'ailleurs que la leçon « vaut bien un fromage », c'est-à-dire qu'il la fait payer.
Question 4 Aucune phrase de morale dans le texte. Non, elle n'est pas écrite : elle est implicite. Formulation attendue, au présent et sans les personnages : « Qui ne prévoit rien se retrouve sans rien. »
Question 5 Le texte autorise deux lectures. Seconde morale : « Refuser d'aider quand on a de quoi est une dureté que rien n'excuse. » Passage qui l'autorise : le narrateur écrit que la fourmi « n'est pas prêteuse : / C'est là son moindre défaut ». Le mot moindre annonce des défauts plus graves — le narrateur ne prend donc pas franchement son parti.
Question 6 Comparaison. Dans le texte 1 seulement : le fromage change de propriétaire, et le moyen est la parole. Dans le texte 2, rien ne change de mains : la fourmi garde tout, la cigale n'obtient rien. La fable ne raconte pas un renversement mais un refus, ce qui explique qu'elle se termine sur une réplique et non sur une leçon.
Question 7 La marche que les copies oublient. Réponse personnelle, évaluée sur sa précision. Attendu pour le texte 1 : la bonne question n'est pas « suis-je un corbeau ? » mais « sur quoi suis-je flattable ? » — le corbeau cède sur sa voix, c'est-à-dire sur ce qu'il ne possède pas. Attendu pour le texte 2 : demande-toi pourquoi tu as spontanément donné raison à l'un des deux, alors que le texte, lui, ne tranche pas. C'est ce que le programme appelle « développer un regard réflexif sur sa propre réception des récits et morales ».

Format devoir. Un apologue que tu n'as jamais lu, une réécriture, une préparation de débat : ce sont les trois épreuves qui composent fréquemment le contrôle de fin de séquence.

1Devoir type : lire, réécrire, débattre/ 10 pts
Trois parties. La partie B est la plus longue : compte une trentaine de lignes.
Partie A — un apologue inconnu. Le texte suivant est écrit pour l'exercice, d'après un apologue traditionnel (les deux seaux d'un même puits).
Les Seaux du puits
Deux seaux servaient au même puits.
L'un remontait toujours plein, l'autre descendait toujours vide.
— Quelle vie, disait le premier : à peine suis-je arrivé qu'on me renverse.
— Quelle vie, disait le second : à peine ai-je touché l'eau qu'on me remonte.
Le puisatier, qui les entendait, dit seulement :
— Vous faites le même trajet. Ce n'est pas votre sort qui diffère, c'est le moment que chacun regarde.Texte composé pour cet exercice, d'après un apologue traditionnel. Ne le cite pas comme la fable d'un auteur identifié.
  1. Est-ce une fable ? Justifie par deux traits du texte.
  2. Où est la leçon, et qui la prononce ? Cite-la exactement.
  3. Quel détail de construction prouve la leçon avant même qu'elle soit dite ?
Partie B — réécriture d'apologue.
  1. Reprends « Le Corbeau et le Renard » et transpose-le au collège, en prose, sur une trentaine de lignes. Trois contraintes : la même structure en trois temps (quelqu'un possède quelque chose, quelqu'un le flatte, il perd ce qu'il avait) ; aucun animal ; la leçon implicite, donc non écrite.
Partie C — préparation du débat. Sujet : la fourmi a-t-elle raison de refuser ?
  1. Deux arguments pour elle.
  2. Deux arguments contre elle.
  3. Une objection que tu adresses à ton propre camp.
Corrigé
Question 1 Deux traits suffisent. Oui. Brièveté extrême (six lignes) et parole prêtée à ce qui ne parle pas (deux seaux). La prose n'empêche rien : le vers n'est pas un critère obligatoire de la fable.
Question 2 Localiser et attribuer. La leçon est à la fin, explicite, et prononcée par un troisième personnage — le puisatier, qui n'est ni l'un ni l'autre des deux seaux : « Ce n'est pas votre sort qui diffère, c'est le moment que chacun regarde. » Le fait qu'elle vienne d'un tiers extérieur compte : c'est ce qui la rend acceptable par les deux plaignants.
Question 3 La preuve est dans la forme. La symétrie des deux répliques : elles commencent par les mêmes mots (« Quelle vie… à peine… »), et chacune ne mentionne que l'instant où l'état s'inverse. Ni l'un ni l'autre ne parle du moment où il est satisfait, qui existe pourtant. Le lecteur a donc vu la leçon avant de la lire.
Question 4 Quatre critères d'évaluation de la réécriture. (1) La structure doit être reconnaissable ligne à ligne. (2) Le mécanisme, pas le décor : la perte doit venir de la flatterie, pas d'un vol ni d'un hasard — si ton personnage se fait voler son goûter, tu as changé de fable. (3) La leçon implicite : aucune phrase du type « il ne faut pas écouter les flatteurs » ; une bonne chute reprend un détail du début. (4) Le registre de langue doit être tenu : si les personnages parlent comme au collège, le narrateur ne peut pas écrire comme au XVIIe siècle.
Question 5 Pour la fourmi. (1) Elle a travaillé quand l'autre chantait, et rien ne l'oblige à financer une insouciance. (2) La cigale ne demande pas un secours mais un prêt, en promettant de rendre — or elle n'a aucun moyen de tenir cette promesse.
Question 6 Contre la fourmi. (1) Refuser en plein hiver dépasse la simple prudence : l'enjeu n'est pas un confort, c'est la survie. (2) Le narrateur lui-même la désigne comme peu prêteuse et annonce d'autres défauts : le texte ne l'approuve pas franchement.
Question 7 Le vrai critère de note. Exemple : si tu défends la cigale, reconnais qu'elle promet un remboursement qu'elle ne peut pas garantir ; si tu défends la fourmi, reconnais que le narrateur l'égratigne. Le programme de 5e demande d'« intervenir dans un débat en respectant les règles d'un échange argumentatif » : entendre l'objection en fait partie, et c'est ce qui distingue une prise de parole d'une opinion.

Un cran plus loin : ce que ton chapitre de 5e devient en 4e. On y transforme une morale en thèse, on y compare les entrées des trois années, et on prépare une lecture cursive qui servira l'an prochain.

1De la morale à la thèse/ 9 pts
Trois parties. La partie C se fait le carnet de lecteur à la main.
Partie A — trois années, trois distances.
  1. Associe chaque année à son entrée : 5e, 4e, 3e / « Montrer, témoigner, réparer : le roman, le récit à l'épreuve du réel » · « Imaginer, sentir, raisonner : des histoires pour plaire et instruire » · « Critiquer, dénoncer, penser : les Lumières en héritage ».
  2. En une phrase, dis ce qui change d'une année à l'autre.
  3. Vrai ou faux : les récits d'anticipation et le fantastique font partie du programme de 5e.
Partie B — transformer une morale en argumentation. Sans raconter l'histoire.
  1. Écris une thèse à partir de : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. »
  2. Donne deux arguments qui la soutiennent, en prenant tes preuves dans le récit de la fable.
  3. Donne une objection sérieuse à cette thèse.
Partie C — préparer sa lecture cursive.
  1. Choisis un recueil de contes ou de fables et note le texte le plus court que tu y trouves.
  2. Note celui dont la leçon te paraît la plus contestable, et dis pourquoi en deux lignes.
  3. Recopie une phrase que tu retiens, exactement, avec la page.
Corrigé
Question 1 Trois entrées de récit, une par année. 5e : « Imaginer, sentir, raisonner : des histoires pour plaire et instruire ». 4e : « Critiquer, dénoncer, penser : les Lumières en héritage ». 3e : « Montrer, témoigner, réparer : le roman, le récit à l'épreuve du réel ».
Question 2 Une seule idée à retenir. La distance entre l'histoire et son objet diminue : maximale en 5e — un renard pour parler d'un flatteur —, réduite en 4e où l'on argumente presque à découvert, presque nulle en 3e où l'on parle directement du réel.
Question 3 Faux. Ils relèvent de la 4e, sous l'entrée « Sonder, explorer, anticiper : la fiction aux limites de notre monde ». Si une fiche trouvée en ligne rattache la science-fiction à ton chapitre de 5e, elle n'est pas à jour.
Question 4 Une thèse est une phrase générale, au présent. Par exemple : « Quand un rapport de force est trop déséquilibré, la discussion ne sert plus à rien. » Elle ne parle ni de loup ni d'agneau : c'est ce qui en fait une thèse et non un résumé.
Question 5 Les preuves viennent du récit, mais ne le racontent pas. Argument 1 : celui qui a la force peut abandonner ses raisons sans rien perdre — le loup change d'accusation à chaque réfutation, et cela ne lui coûte rien. Argument 2 : celui qui n'a que ses raisons doit les défendre toutes, et une seule faiblesse lui serait fatale. On voit ainsi que la fable contenait déjà une argumentation, déguisée en récit.
Question 6 Savoir objecter à sa propre thèse est un attendu de 4e. Par exemple : la thèse justifierait de ne jamais discuter face à plus fort que soi, alors que l'histoire montre aussi des rapports de force renversés par la parole — c'est exactement ce que fait le renard face au corbeau, sans aucune force.
Questions 7 à 9 Travail personnel, mais trois exigences. (1) La citation doit être exacte, avec la page : une citation approximative ne vaut rien en devoir, et les fables comptent parmi les textes qu'on cite le plus souvent de travers. (2) « La leçon la plus contestable » est la note la plus précieuse : c'est ta réserve d'arguments pour les débats. (3) Le choix du recueil t'appartient — le programme laisse le choix des lectures cursives à l'élève, à partir de plusieurs propositions, et encourage les œuvres « de traditions et cultures diverses, y compris francophones ».
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