Français · 5e

Imaginer, sentir, raisonner : des histoires pour plaire et instruire

Contrôle sur le conte ou la fable, et tu n'as rien suivi ? Respire. Ce chapitre tient dans deux mots collés l'un à l'autre : plaire et instruire. Une histoire courte t'amuse — et pendant qu'elle t'amuse, elle te juge. Apprends d'abord le cadre, puis cinq mots, puis la méthode.

Ce que dit le programme, en trois phrases

« Imaginer, sentir, raisonner : des histoires pour plaire et instruire » est l'une des quatre entrées de littérature de la classe de 5e du programme de 2026. Les trois autres portent sur les destins héroïques, la poésie du voyage et le théâtre. Celle-ci est étiquetée récit, fiction : ce sont des histoires qu'on lit, pas des poèmes ni des pièces.

Les quatre entrées sont rangées sous une même perspective annuelle : « Éprouver, expérimenter : la découverte de soi, d'autrui et du monde ». Retiens ces trois mots — soi, autrui, le monde —, ils reviennent dans la consigne du contrôle.

Le texte officiel ouvre ainsi : « En prise avec les plaisirs de l'enfance, de son imaginaire, de ses sensations, l'univers du conte ou de la fable allie les charmes de la narration à la réflexion morale. » Traduction : un même texte doit faire deux choses à la fois.

Plaire et instruire : deux gestes, un seul texte

Plaire, c'est ce qui te fait lire jusqu'au bout : des animaux qui parlent, une fée, un ogre, un dialogue vif, une chute qui tombe juste.

Instruire, c'est ce que le texte te fait comprendre : une leçon sur la conduite des gens et sur la vie en société.

L'erreur la plus fréquente est de croire que le texte plaît d'abord, puis instruit à la fin, dans la morale. Faux : c'est la même histoire qui fait les deux. Le renard flatteur est drôle et il est la démonstration.

Un renard, un loup,une fée, un ogrece qui plaîttoi, tes camarades,la vie en sociétéce qui instruitle détouron parle des humains sans les nommerLe même texte fait les deux choses en même temps.
Le même détailCe qui plaîtCe qui instruit
Un renard flatte un corbeaula ruse, le dialogue, la scènela flatterie sert celui qui flatte
Un loup accuse un agneaule procès, la mauvaise foile puissant se donne toujours raison
Une fée transforme un objetle merveilleux, la surprisece qu'on a mérité, ou pas

Cinq mots d'outillage

  • L'apologue : un récit court écrit pour faire comprendre une idée. Le mot est dans le programme, qui demande « des écritures ou réécritures d'apologues ». La fable et le conte à moralité en sont deux formes.
  • La fable : un récit bref, souvent en vers, dont les personnages sont fréquemment des animaux, et qui s'accompagne d'une leçon.
  • Le conte : un récit où le merveilleux est admis sans explication. Personne ne s'étonne qu'une fée existe : c'est la règle du genre.
  • La morale (on dit aussi la moralité) : la phrase qui énonce la leçon. Elle peut être écrite dans le texte, ou laissée à ta charge.
  • Le personnage-type : un personnage qui vaut pour une catégorie de gens — le flatteur, le naïf, le fort, l'imprévoyant — plutôt que pour une personne. Le programme dit que « les personnages incarnent différentes facettes de l'être humain ».

Attention : le programme demande de « recourir à quelques outils d'analyse pertinents » sans donner de liste. Ces cinq mots sont les outils d'usage courant en classe, pas une liste officielle à réciter.

À toi de jouer

1. Complète avec : apologue, fable, conte, morale, personnage-type.
1. Un récit court écrit pour faire comprendre une idée s'appelle un .
2. Un récit où le merveilleux ne surprend personne s'appelle un .
3. Un récit bref, souvent en vers, avec des animaux, s'appelle une .
4. La phrase qui énonce la leçon s'appelle la .
5. Un personnage qui vaut pour toute une catégorie de gens s'appelle un .
Corrigé
1. apologue — 2. conte — 3. fable — 4. morale — 5. personnage-type.
Le mot qui rapporte des points en devoir est le 1 : c'est celui du programme officiel, et il couvre à la fois la fable et le conte à moralité.
2. Ce qui plaît ou ce qui instruit ? Classe ces six éléments.
a) Un âne prend la parole et se plaint de son maître.
b) La dernière phrase dit : « Ne demandez pas plus que ce qu'on vous doit. »
c) Un chat porte des bottes.
d) Le fort finit par manger le faible sans avoir eu à se justifier.
e) Le dialogue va vite, chaque réplique tient sur une ligne.
f) On comprend, à la fin, que les deux personnages voulaient la même chose.
Corrigé
Ce qui plaît : a, c, e — le merveilleux, la voix des bêtes, le rythme.
Ce qui instruit : b, d, f — une leçon énoncée, un rapport de force montré, une compréhension qui arrive.
Piège assumé : le a et le d parlent du même genre de personnage. Un animal qui parle est plaisant et démonstratif en même temps ; l'exercice te fait choisir un angle, pas trancher pour toujours.
3. Vrai ou faux ? Justifie en une phrase.
a) L'entrée impose d'étudier les Fables de La Fontaine.
b) Il faut lire une œuvre entière pour cette entrée.
c) Un texte sans morale écrite n'est pas un apologue.
d) Le conte et la fable sont deux genres qu'on ne peut pas étudier ensemble.
e) La perspective de l'année de 5e est « Éprouver, expérimenter : la découverte de soi, d'autrui et du monde ».
Corrigé
a) Faux : le programme ne prescrit ni œuvre, ni auteur, ni siècle. Un document d'accompagnement du ministère propose des titres, sans valeur d'obligation.
b) Faux : pour cette entrée, le texte parle de « larges extraits d'œuvres intégrales ou d'un groupement de textes ». C'est plus souple que pour l'entrée sur les destins héroïques et pour celle de théâtre, qui demandent l'une « une œuvre intégrale », l'autre « une œuvre théâtrale intégrale ».
c) Faux : la leçon peut rester implicite, c'est-à-dire à formuler par le lecteur. Le texte reste un apologue.
d) Faux : le programme les nomme ensemble — « l'univers du conte ou de la fable ». Le « ou » laisse d'ailleurs le droit de n'en travailler qu'un seul.
e) Vrai : c'est le libellé exact de la perspective annuelle de 5e.

Ça te revient ? Alors on installe l'outillage pour de bon : savoir où se cache la morale, comprendre pourquoi les personnages sont des bêtes ou des fées, et tenir la différence entre un conte et une fable sans se tromper.

Où est la morale, et comment elle est dite

Une leçon peut être écrite dans le texte — on dit qu'elle est explicite — ou laissée au lecteur — on dit qu'elle est implicite. Quand elle est écrite, elle occupe l'une de trois places.

PlaceEffetExemple vérifiable
En têteon lit l'histoire comme une démonstration annoncée« La raison du plus fort est toujours la meilleure : / Nous l'allons montrer tout à l'heure. » (La Fontaine, « Le Loup et l'Agneau »)
À la finla leçon tombe comme une chute« Apprenez que tout flatteur / Vit aux dépens de celui qui l'écoute. » (La Fontaine, « Le Corbeau et le Renard »)
Nulle partc'est le lecteur qui formule« La Cigale et la Fourmi » se termine sur une réplique, sans phrase de leçon

Deux avertissements. D'abord, implicite ne veut pas dire absente : un texte sans phrase de morale a bien une leçon, simplement il te charge de l'écrire. Ensuite, recopier la morale ne suffit jamais : on te demande de montrer par quoi, dans le récit, elle est prouvée.

Le détour : pourquoi des animaux, des fées, des rois de pays inventés

Un apologue ne dit pas « tu es un flatteur ». Il montre un renard. Ce déplacement s'appelle le détour, et il a trois effets qu'on peut nommer en devoir.

  • On accepte la leçon, parce qu'on n'est pas visé personnellement. Personne ne se vexe d'entendre parler d'un corbeau.
  • On la voit mieux : le personnage est réduit à un seul trait, grossi comme sous une loupe.
  • Elle vaut pour tout le monde : ce qui arrive au renard n'appartient à personne, donc s'applique à n'importe qui.

Le programme demande ensuite trois choses, dans cet ordre : que l'élève « interroge leur conduite », « le fonctionnement social qu'ils dévoilent », « pour finalement se questionner lui-même ». Ce sont trois marches, et une bonne réponse de contrôle les monte toutes les trois.

1. La conduiteque fait ce personnage ?2. La sociétéqui a le pouvoir, ici ?3. Toiet moi, je fais quoi ?Les trois marches sont dans le texte officiel, dans cet ordre.

Conte et fable : le tableau qui les départage

La fableLe conte
Longueurtrès brève, quelques dizaines de lignes ou de versplus ample, avec des étapes
Formesouvent en versle plus souvent en prose
Personnagesfréquemment des animauxhumains, et des êtres merveilleux
Merveilleuxrare, sauf la parole prêtée aux bêtesadmis sans explication
Leçonsouvent écrite, en une ou deux phrasessouvent implicite, parfois écrite à la fin

Trois nuances à connaître, parce qu'elles font la différence entre une copie moyenne et une bonne copie.

  • Un conte peut avoir une leçon écrite. Le recueil de contes de Charles Perrault paru en 1697 s'intitule Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités : le titre annonce lui-même les deux faces, et les moralités y sont placées en vers, après le récit.
  • Une fable peut se passer d'animaux : il suffit d'un récit bref et d'une leçon.
  • Le programme range les deux sous la même entrée. Il n'attend donc pas que tu opposes les genres, mais que tu voies ce qu'ils font de la même façon : raconter pour faire penser.

À toi de jouer

1. Pour chacun de ces trois textes de La Fontaine, dis où se trouve la leçon (en tête, à la fin, nulle part) et si elle est explicite ou implicite.
a) « Le Loup et l'Agneau », Fables, livre I, fable 10 (1668). Le texte s'ouvre sur : « La raison du plus fort est toujours la meilleure : / Nous l'allons montrer tout à l'heure. »
b) « Le Corbeau et le Renard », Fables, livre I, fable 2. Le renard, après avoir obtenu le fromage, déclare : « Apprenez que tout flatteur / Vit aux dépens de celui qui l'écoute. »
c) « La Cigale et la Fourmi », Fables, livre I, fable 1. Le texte s'arrête sur la réplique de la fourmi : « — Vous chantiez ? j'en suis fort aise. / Eh bien ! dansez maintenant. »
Corrigé
a) En tête, explicite. Les deux premiers vers annoncent la thèse, et le mot « montrer » présente l'histoire comme une preuve.
b) À la fin, explicite — avec une particularité : elle n'est pas dite par le narrateur mais par le renard lui-même, à l'intérieur du récit. C'est le détail qui rapporte des points.
c) Nulle part, implicite. Aucune phrase de leçon : le texte se ferme sur une réplique cinglante et te laisse conclure. C'est pour cela que cette fable se prête si bien au débat.
2. Conte ou fable ? Justifie par deux indices.
a) Un récit de quinze vers où un rat et une belette se disputent un trou.
b) Un récit de dix pages où une jeune fille reçoit trois objets d'une vieille femme et doit traverser une forêt.
c) Un récit de douze lignes, en prose, qui se termine par : « Depuis ce jour, le village ferme ses portes à midi. »
d) Un récit où un roi d'un pays qui n'existe pas épouse la fille d'un meunier après trois épreuves.
e) Un récit de huit vers où deux seaux d'un même puits se plaignent chacun de son sort.
Corrigé
a) Fable : brièveté, vers, animaux.
b) Conte : longueur, étapes, objets donnés par un personnage secourable, merveilleux accepté.
c) Fable (en prose, c'est permis) : brièveté et chute qui ressemble à une leçon. La prose ne suffit pas à en faire un conte.
d) Conte : pays imaginaire, épreuves en série, mariage final.
e) Fable : brièveté, vers, objets qui parlent — la parole prêtée à ce qui ne parle pas est un signe de fable au moins autant que l'animal.
3. Nomme le personnage-type. Un seul mot ou groupe de mots par ligne.
a) Il complimente quelqu'un pour obtenir quelque chose.
b) Il croit tout ce qu'on lui dit et perd ce qu'il avait.
c) Il a le pouvoir et fabrique une raison après coup.
d) Il a prévu l'hiver et refuse de partager.
e) Il a chanté tout l'été et se retrouve sans rien.
Corrigé
a) le flatteur — b) le naïf (ou le crédule) — c) le puissant de mauvaise foi — d) le prévoyant, mais dur — e) l'imprévoyant (ou l'insouciant).
Méthode : on nomme un type par une conduite, jamais par une espèce. Écrire « le renard » ne vaut rien ; écrire « le flatteur » vaut tout, parce que le mot peut désigner quelqu'un de ta classe.

On enlève le survêt. Voici la méthode complète, en quatre gestes, puis cinq exercices qui la font tourner : trois fables authentiques de La Fontaine, une fable et un conte écrits exprès pour l'entraînement.

La méthode en quatre gestes

  1. Raconte le texte en trois phrases. Situation de départ, ce qui la fait basculer, comment ça finit. Si tu n'y arrives pas, tu n'as pas compris le récit, et aucune analyse ne rattrapera ça.
  2. Nomme les personnages-types et le rapport de force. Qui veut quoi ? Qui a le pouvoir au début, qui l'a à la fin ? Un apologue est le plus souvent une histoire de déséquilibre.
  3. Trouve la leçon et dis où elle est. En tête, à la fin, nulle part. Si elle est écrite, cite-la exactement entre guillemets. Si elle ne l'est pas, formule-la toi-même en une phrase courte, au présent.
  4. Monte les trois marches. La conduite du personnage, puis le fonctionnement social qu'elle dévoile, puis ce que ça te fait penser de toi. Le programme demande explicitement la troisième marche : l'élève doit finir par « se questionner lui-même ».

Ces quatre gestes servent aussi bien pour une fable en vers du XVIIe siècle que pour un conte contemporain venu d'ailleurs : la méthode ne change pas, seul le résultat du geste 3 change.

À toi de jouer

1. Applique les gestes 1 à 3 à cette fable.
Jean de La Fontaine, « Le Corbeau et le Renard », Fables, livre I, fable 2 (premier recueil, 1668). Début et fin ; le milieu est résumé entre crochets.
« Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! »
[Le renard suspend ensuite son éloge à une condition — si sa voix vaut son plumage — et le corbeau, pour la lui prouver, ouvre un large bec et laisse tomber sa proie. Le renard s'en empare, puis déclare :]
« Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »
[Et la fable se referme sur le corbeau, honteux et confus, qui jure, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendra plus.]
a) Raconte en trois phrases. b) Nomme les deux types et dis où est le pouvoir. c) Où est la leçon, et qui la prononce ?
Corrigé
a) Un corbeau tient un fromage. Un renard le flatte jusqu'à ce qu'il ouvre un large bec pour lui prouver qu'il a de la voix. Le fromage tombe, le renard le prend et lui fait la leçon.
b) Le flatteur et le vaniteux. Au début, tout le pouvoir est au corbeau : il a le fromage et il est en hauteur. À la fin, le renard a tout, sans avoir grimpé ni combattu : il a seulement parlé. C'est le vrai sujet de la fable — la parole est une arme.
c) La leçon est à la fin, et elle est prononcée par le renard, pas par le narrateur : « Apprenez que tout flatteur / Vit aux dépens de celui qui l'écoute. » Détail à relever : le renard ajoute que la leçon « vaut bien un fromage », c'est-à-dire qu'il fait payer son enseignement. La fable instruit son personnage et son lecteur en même temps.
2. Fable sans leçon écrite : à toi de l'écrire.
Jean de La Fontaine, « La Cigale et la Fourmi », Fables, livre I, fable 1. La cigale, « ayant chanté / Tout l'été », se trouve sans rien « quand la bise fut venue ». Elle va demander de quoi vivre à la fourmi, sa voisine, en promettant de rembourser. Le narrateur note que la fourmi « n'est pas prêteuse : / C'est là son moindre défaut ». Après lui avoir demandé ce qu'elle faisait « au temps chaud », la fourmi répond : « — Vous chantiez ? j'en suis fort aise. / Eh bien ! dansez maintenant. »
a) Écris la morale en une phrase, au présent.
b) Écris-en une deuxième, contraire à la première, également défendable à partir du texte.
c) Quel détail du texte empêche de dire que la fourmi est le bon personnage ?
Corrigé
a) Par exemple : « Qui ne prévoit rien se retrouve sans rien. » C'est la lecture la plus courante.
b) Par exemple : « Refuser d'aider quand on a de quoi, c'est une dureté que rien n'excuse. » Le texte permet cette lecture, et c'est pour cela que la fable est encore discutée.
c) Le narrateur écrit que la fourmi « n'est pas prêteuse : c'est là son moindre défaut » — autrement dit, il annonce qu'elle en a d'autres, et de pires. Le texte ne prend donc pas franchement son parti. Quand une fable n'écrit pas sa morale, c'est souvent qu'elle te laisse le procès sur les bras : c'est exactement ce que le programme appelle « développer un regard réflexif sur sa propre réception des récits et morales ».
3. Leçon annoncée d'avance : vérifie qu'elle est prouvée.
Jean de La Fontaine, « Le Loup et l'Agneau », Fables, livre I, fable 10. La fable s'ouvre sur : « La raison du plus fort est toujours la meilleure : / Nous l'allons montrer tout à l'heure. » Puis : « Un Agneau se désaltérait / Dans le courant d'une onde pure. » Le loup accuse l'agneau de quatre choses, l'une après l'autre. L'agneau réfute les trois premières, raisons à l'appui. À la quatrième — « C'est donc quelqu'un des tiens » — il ne répond plus rien : le loup n'attend plus de réponse. La fable se termine ainsi : « Là-dessus, au fond des forêts / Le Loup l'emporte, et puis le mange, / Sans autre forme de procès. »
a) L'agneau perd-il le débat ? b) Que prouve la fin, alors ? c) Explique l'expression « sans autre forme de procès ».
Corrigé
a) Non : il gagne trois échanges sur quatre. Chacune des trois premières accusations est démontée. La quatrième reste sans réponse — non parce qu'elle est vraie, mais parce que le loup a cessé d'écouter. C'est le point que beaucoup ratent : le débat s'arrête avant la fin.
b) Que avoir raison ne sert à rien quand l'autre a la force. Les deux premiers vers annonçaient une démonstration : le récit la fournit, et à l'envers de ce qu'on espérait. La leçon n'est pas « il faut se méfier des loups », elle est « le débat était un décor ».
c) « Sans autre forme de procès » veut dire : sans jugement, sans procédure. Le mot procès est le bon, parce que toute la fable était bâtie comme un procès — accusation, défense, verdict. Le loup supprime la dernière étape, et c'est là qu'on voit ce qu'il est.
4. Fable écrite pour l'exercice : elle n'est tirée d'aucune œuvre.
La Pie et le Miroir
Une pie trouva, dans un grenier, un miroir fêlé. Elle y vit une autre pie qui tenait au bec un fil d'argent.
« Échangeons, dit-elle : ton fil contre ma plus belle plume. »
L'autre ouvrit le bec en même temps qu'elle, et ne rendit rien.
La pie revint le lendemain, et le jour d'après, et tous les jours de l'été. Chaque fois elle posait devant la vitre une plume, une graine, un brin de laine.
Quand vint l'hiver, il y avait devant le miroir un joli tas d'objets, et dans le nid de la pie, plus rien du tout.
a) Applique les gestes 1 et 2. b) Écris la morale en une phrase. c) Monte la troisième marche : à quoi cela te fait-il penser aujourd'hui ?
Corrigé
a) Une pie voit son reflet dans un miroir et le prend pour une autre pie. Elle lui propose un échange, puis lui apporte chaque jour quelque chose. À l'hiver, elle a tout donné et n'a rien reçu.
Types : la vaniteuse, et un adversaire qui n'existe pas. Le rapport de force est le vrai sujet : il n'y a pas d'adversaire du tout, donc pas de combat possible — elle se dépouille toute seule.
b) Par exemple : « On se ruine à vouloir plaire à sa propre image. » Ou : « Qui négocie avec son reflet perd à tous les coups. »
c) Réponse personnelle. La marche est réussie si tu nommes une conduite d'aujourd'hui, pas un objet : donner beaucoup de son temps pour l'image qu'on donne de soi, par exemple. Ne conclus pas par une leçon toute faite recopiée sur la fable : le programme te demande un « regard réflexif », pas une morale à la place d'une autre.
5. Conte écrit pour l'exercice : il n'est tiré d'aucune œuvre.
Le Marchand et la Clef de bois
Il était une fois un marchand si riche qu'il avait fait poser sept serrures à sa porte. Un soir d'hiver, un vieil homme frappa et demanda à se chauffer. Le marchand ouvrit les sept serrures, regarda le vieillard, et referma les sept serrures.
Au matin, il trouva sur le seuil une clef de bois grande comme la main, avec ces mots gravés : « Elle ouvre tout ce qui n'est pas fermé. »
Le marchand l'essaya sur ses sept serrures. Elle n'entrait dans aucune. Il la jeta.
Une servante la ramassa et s'en servit tout l'hiver : elle frappait aux portes du village, montrait la clef, expliquait, et on lui ouvrait, parce que l'histoire faisait rire.
Au printemps, le marchand était toujours seul derrière ses sept serrures, et la servante connaissait toutes les maisons du village.
Moralité, écrite pour l'exercice : « On peut fermer sept fois sa porte et n'enfermer que soi. »
a) Relève ce qui fait de ce texte un conte et non une fable. b) La clef est-elle magique ? c) Le récit aurait-il la même force sans la moralité écrite ?
Corrigé
a) Longueur et étapes (un soir, un matin, un hiver, un printemps) ; un personnage merveilleux — le vieil homme qui laisse un objet ; un objet gravé qui parle en énigme ; aucune explication demandée. Une fable aurait fait tenir tout cela en huit vers.
b) Non, et c'est le cœur du texte. Elle n'ouvre rien du tout : ce qui ouvre les portes, c'est l'histoire que la servante raconte en la montrant. L'objet merveilleux sert de prétexte au récit — le conte parle de son propre pouvoir.
c) Sans la moralité, le lecteur ferait le travail lui-même et la chute serait plus forte. Avec elle, le sens est verrouillé, ce qui est plus sûr mais moins vif. C'est exactement le choix que fait un recueil comme celui de Perrault en 1697, dont le titre annonce des contes « avec des moralités » : la leçon est écrite, en vers, après le récit.

Format contrôle. On te demandera trois choses : rédiger une réponse complète sur un apologue que tu n'as jamais lu, écrire ou réécrire un apologue à ton tour, et défendre un point de vue à l'oral. Voici les cinq exercices qui couvrent le devoir.

Ce qui tombe, et comment c'est noté

Le devoir de fin de séquence combine fréquemment ces épreuves.

  • Une réponse rédigée sur un apologue inconnu. On attend le récit résumé, les types nommés, la leçon localisée et citée exactement, et un effet expliqué — jamais un procédé relevé tout seul.
  • Une écriture, ou une réécriture d'apologue. Le programme la nomme mot pour mot : « Par des débats, des écritures ou réécritures d'apologues ». La longueur attendue des textes de 5e va vers une trentaine de lignes.
  • Un débat. Le programme de 5e demande d'« intervenir dans un débat en respectant les règles d'un échange argumentatif ». Une fable à leçon implicite est un support commode pour ça, puisqu'elle laisse la conclusion ouverte.
  • Une récitation. Pour une œuvre intégrale étudiée, on mémorise « un passage choisi d'une dizaine de lignes ou vers », et on le dit de façon fluide.

Les cinq erreurs qui coûtent le plus : confondre l'auteur et le narrateur ; recopier la morale sans montrer ce qui la prouve ; juger les personnages au lieu de les analyser (« c'est bien fait pour lui ») ; citer de mémoire, donc de travers ; s'arrêter à la première marche et ne jamais parler de la vie en société.

À toi de jouer

1. Réécris ces quatre phrases d'élève pour les rendre acceptables en contrôle.
a) « La Fontaine pense qu'il faut travailler et ne pas s'amuser. »
b) « Il y a une morale à la fin. »
c) « C'est bien fait pour la cigale, elle n'avait qu'à bosser. »
d) « Le loup est méchant, c'est tout. »
Corrigé
a) On ne prête pas d'opinion à l'auteur sans preuve : « La fable oppose une conduite prévoyante à une conduite insouciante, et refuse de trancher elle-même, puisqu'elle n'écrit aucune morale. »
b) Il faut la localiser, la citer et l'attribuer : « La leçon est placée à la fin et prononcée par le renard : "Apprenez que tout flatteur / Vit aux dépens de celui qui l'écoute." »
c) Le jugement remplace l'analyse : « Le texte met en balance l'imprévoyance de la cigale et la dureté de la fourmi, que le narrateur ne ménage pas non plus. »
d) « Méchant » n'est pas un outil : « Le loup est le type du puissant de mauvaise foi : il change quatre fois d'accusation, abandonne les premières dès qu'elles sont réfutées, et finit par se passer de raison. »
2. Rédige une réponse de dix à quinze lignes à la question : quelle leçon cet apologue porte-t-il, et par quoi le récit la prouve-t-il ?
Fable écrite pour l'exercice, d'après un apologue traditionnel (les deux seaux d'un même puits) :
Les Seaux du puits
« Deux seaux servaient au même puits.
L'un remontait toujours plein, l'autre descendait toujours vide.
— Quelle vie, disait le premier : à peine suis-je arrivé qu'on me renverse.
— Quelle vie, disait le second : à peine ai-je touché l'eau qu'on me remonte.
Le puisatier, qui les entendait, dit seulement :
— Vous faites le même trajet. Ce n'est pas votre sort qui diffère, c'est le moment que chacun regarde. »
Corrigé

Exemple de réponse attendue :

Le récit tient en six lignes et met en scène deux objets à qui la parole est prêtée, ce qui suffit à en faire une fable. La situation de départ est parfaitement symétrique : deux seaux, un seul puits, le même mouvement. Chacun se plaint, et chacun se plaint exactement de la même chose — l'instant où son état s'inverse. Le premier ne parle que du moment où on le vide, le second que du moment où on l'arrache à l'eau : ni l'un ni l'autre ne mentionne le moment où il est satisfait, qui existe pourtant. Le texte ne dit pas cela, il le montre par la construction en miroir des deux répliques, qui commencent par les mêmes mots. La leçon est prononcée à la fin par un troisième personnage, le puisatier, qui n'est ni l'un ni l'autre : « Ce n'est pas votre sort qui diffère, c'est le moment que chacun regarde. » On peut la reformuler ainsi : la plainte dépend moins de ce qui nous arrive que de l'instant qu'on choisit de regarder. Ce qui prouve la leçon, ce n'est donc pas la phrase finale, c'est la symétrie que le lecteur a vue avant de la lire.

3. Réécriture d'apologue. Reprends « Le Corbeau et le Renard » et transpose-le au collège, en prose, sur une trentaine de lignes. Trois contraintes : la même structure en trois temps (quelqu'un possède quelque chose, quelqu'un le flatte, il perd ce qu'il avait) ; aucun animal ; la leçon implicite, donc non écrite.
Corrigé

Réponse libre. Quatre critères d'évaluation.

La structure doit être reconnaissable ligne à ligne : on doit pouvoir aligner ta version et la fable.

Le mécanisme, pas le décor : la perte doit venir de la flatterie, pas d'un vol ni d'un hasard. Si ton personnage se fait voler son goûter, tu as changé de fable.

La leçon implicite : aucune phrase du type « il ne faut pas écouter les flatteurs ». Le lecteur doit pouvoir l'écrire lui-même. Une bonne chute reprend un détail du début.

Le registre de langue doit être tenu et cohérent : si tes personnages parlent comme au collège, le narrateur ne peut pas écrire comme au XVIIe siècle.

4. Préparation du débat. Sujet : la fourmi a-t-elle raison de refuser ? Prépare deux arguments pour, deux arguments contre, et une objection que tu adresseras à ton propre camp.
Corrigé
Pour la fourmi : (1) elle a travaillé quand l'autre chantait, et rien ne l'oblige à financer une insouciance ; (2) la cigale ne demande pas un secours mais un prêt, en promettant de rendre — or elle n'a aucun moyen de tenir.
Contre la fourmi : (1) refuser en plein hiver dépasse la simple prudence ; (2) le narrateur lui-même la désigne comme peu prêteuse et annonce d'autres défauts, donc le texte ne l'approuve pas franchement.
L'objection à son propre camp est le vrai critère de note : par exemple, si tu défends la cigale, reconnais qu'elle promet un remboursement qu'elle ne peut pas garantir. Le programme demande de « respecter les règles d'un échange argumentatif » : entendre l'objection en fait partie.
5. Préparation de la récitation. Tu dois dire par cœur une dizaine de vers ou de lignes tirés de l'œuvre étudiée. Note quatre repères sur ton texte et explique chacun en une ligne.
Corrigé
Les quatre repères attendus :
1. Les changements de voix : dans un apologue, le narrateur et les personnages parlent tour à tour. On doit entendre le passage de l'un à l'autre.
2. Les pauses : une barre là où la phrase s'arrête, aucune là où elle se prolonge d'une ligne sur l'autre.
3. Le mot qui bascule : celui à partir duquel le rapport de force change. Il se dit plus lentement.
4. La leçon, si elle est écrite : elle ne se crie pas, elle se pose. Le programme de 5e demande aussi de « repérer des éléments à améliorer dans sa lecture oralisée ou celle des autres » : entraîne-toi à deux.

Bonne nouvelle : ce que tu installes ici sert immédiatement après. Le récit qui fait réfléchir ne disparaît pas en 4e — il change de forme, et il devient de l'argumentation. Voici ce qui t'attend.

Ce que devient l'apologue en 4e, puis en 3e

En 4e, la perspective de l'année change : « Rêver, délibérer, développer son jugement : en quête de valeurs et de vérité ». Deux entrées prolongent directement ce que tu fais cette année.

  • « Critiquer, dénoncer, penser : les Lumières en héritage », étiquetée discours, essai, récit, fiction. C'est là que le détour de l'apologue devient de l'argumentation assumée : on enrichit « la dimension réflexive et argumentative » de ses écrits et de ses prises de parole. Ta morale de fable y deviendra une thèse, et tes preuves des arguments.
  • « Sonder, explorer, anticiper : la fiction aux limites de notre monde », étiquetée récit, fiction. Le récit continue de faire penser, mais par le fantastique et l'anticipation. Attention : ces genres ne sont pas au programme de 5e ; si une fiche trouvée en ligne te parle de mondes futurs pour cette entrée-ci, elle n'est pas à jour.

En 3e, la perspective devient « S'affirmer, s'émanciper : l'engagement humaniste », et le récit passe à l'épreuve du réel avec l'entrée « Montrer, témoigner, réparer : le roman, le récit à l'épreuve du réel ». Le détour disparaît alors presque entièrement : on ne parle plus des humains par des animaux, on en parle directement.

Le cadre de lecture, lui, ne bouge pas d'une année sur l'autre : quatre œuvres intégrales étudiées dans l'année, « de genres différents et d'époques variées », au moins trois œuvres en lecture cursive, au moins deux groupements de textes. Ce qui grandit, c'est la longueur : le passage à réciter va d'« une dizaine de lignes ou vers en classe de 5e » à une vingtaine en 3e, et les textes que tu écris d'une trentaine de lignes en 5e à une soixantaine en 3e.

À toi de jouer

1. Trois années, trois manières de faire penser par un récit. Associe chaque année à sa formule, puis dis en une phrase ce qui change.
a) 5e — b) 4e — c) 3e
Formules : le récit témoigne du réel · le récit fait le détour par des bêtes et des fées · le récit dénonce et argumente
Corrigé
a) 5e : le détour (« Imaginer, sentir, raisonner : des histoires pour plaire et instruire »).
b) 4e : dénoncer et argumenter (« Critiquer, dénoncer, penser : les Lumières en héritage »).
c) 3e : témoigner du réel (« Montrer, témoigner, réparer : le roman, le récit à l'épreuve du réel »).
Ce qui change : la distance entre l'histoire et son objet. Elle est maximale en 5e — un renard pour parler d'un flatteur —, réduite en 4e, presque nulle en 3e. Ce qui ne change pas : il faut toujours prouver ce qu'on avance par le texte.
2. Entraînement de 4e à partir d'un texte de 5e. Prends une morale de fable et transforme-la en thèse plus deux arguments, sans raconter l'histoire.
Exemple à traiter : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. »
Corrigé
Thèse possible : « Quand un rapport de force est trop déséquilibré, la discussion ne sert plus à rien. »
Argument 1 : celui qui a la force peut abandonner ses raisons sans rien perdre — dans la fable, le loup change trois fois d'accusation, et cela ne lui coûte rien.
Argument 2 : celui qui n'a que ses raisons doit les défendre toutes, et une seule erreur lui serait fatale — l'agneau, lui, doit répondre à chaque fois.
Ce qu'on gagne à l'exercice : tu vois que la fable contenait déjà une argumentation, simplement déguisée en récit. C'est exactement le passage que fait le programme entre la 5e et la 4e.
3. Prépare ta lecture cursive de l'année. Choisis un recueil de contes ou de fables, lis-le en entier, et note trois choses dans ton carnet : le texte le plus court, celui dont la leçon te paraît la plus contestable, et une phrase que tu retiens sans l'avoir apprise.
Corrigé
Réponse personnelle. Trois conseils pour que ce soit utile.
1. Recopie la phrase exactement, avec la page. Une citation approximative ne vaut rien en devoir — et les fables comptent parmi les textes qu'on cite le plus souvent de travers.
2. « La leçon la plus contestable » est la note la plus précieuse : c'est le point de départ d'un débat, et le programme demande justement un « regard réflexif sur sa propre réception des récits et morales ».
3. Le choix du recueil t'appartient : le programme laisse le choix des lectures cursives à l'élève, à partir de plusieurs propositions. Il encourage aussi à rencontrer des œuvres « de traditions et cultures diverses, y compris francophones » — profites-en pour sortir du seul XVIIe siècle français.
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