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Voyager en poésie : « Du monde entier au cœur du monde » — Exercices

Lire, analyser, réciter et écrire un poème de voyage. Corrigé sous chaque exercice.
⏱ ~35 min✎ Exercices de lecture et d'écriture

Tu n'as pas encore vu le chapitre et le contrôle approche ? On commence par le cadre : où cette entrée se range dans l'année, ce qu'elle demande vraiment, et le vocabulaire minimum pour parler d'un poème sans se tromper de mot.

1Le cadre et les mots de base/ 6 pts
Réponds aux six questions. Pour les questions 4 à 6, une justification d'une ligne est attendue.
  1. Complète : une ligne de poème s'appelle un ; un groupe de lignes séparé par un blanc s'appelle une ; le nombre de syllabes d'une ligne s'appelle le .
  2. Comment appelle-t-on celui qui dit « je » dans un poème ? Pourquoi ne dit-on pas « l'auteur » ?
  3. Recopie la perspective annuelle de la classe de 5e, celle sous laquelle se range cette entrée.
  4. Vrai ou faux : cette entrée impose d'étudier un poème de Blaise Cendrars.
  5. Vrai ou faux : un poème de voyage doit décrire un pays qui existe.
  6. Vrai ou faux : un texte sans rime ne peut pas être un poème.
Corrigé
Question 1 Vocabulaire minimal du commentaire de poésie. Un vers ; une strophe ; le mètre. On numérote les vers (v. 1, v. 2…) pour pouvoir citer précisément.
Question 2 Distinguer la voix du texte et la personne réelle. C'est le locuteur. On ne dit pas « l'auteur » parce que le « je » d'un poème est une voix construite par le texte : rien ne garantit qu'elle raconte la vie de celui qui a écrit. Dès qu'on écrit « le poète est triste », on invente une biographie au lieu d'analyser.
Question 3 Libellé exact à connaître. « Éprouver, expérimenter : la découverte de soi, d'autrui et du monde. » Les trois mots — soi, autrui, le monde — reviennent dans les sujets.
Question 4 Faux. Le programme cite « Du monde entier au cœur du monde » comme une formule de Blaise Cendrars — c'est le titre du volume qui rassemble ses poèmes, paru en 1957 — mais il ne prescrit ni œuvre ni auteur. Le choix des textes revient au professeur.
Question 5 Faux. Le texte officiel parle de « l'exploration des horizons réels ou imaginaires ». Un pays inventé, ou rêvé, convient.
Question 6 Faux. Un poème sans rime ni compte fixe est écrit en vers libres. Il a bien une forme : le nombre de strophes, la longueur des vers et la place des répétitions se décrivent.

Ça te revient ? On installe l'outillage pour de bon : compter des syllabes sans se faire piéger par les e muets, nommer une disposition de rimes, et trier les trois images qu'on te demandera de repérer.

1Compter, nommer, trier/ 8 pts
Trois séries. Pour la série A, écris le découpage syllabe par syllabe avant de donner le total.
Série A — compte les syllabes et donne le nom du mètre.
  1. « Songe à la douceur »
  2. « Luxe, calme et volupté. »
  3. « Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ; »
Série B — voici les mots qui terminent quatre vers. Donne la disposition des rimes (plates, croisées ou embrassées).
  1. voyage / toison / raison / âge
  2. crevées / idéal / féal / rêvées
  3. l'eau / tonneau / marché / quai
Série C — comparaison, métaphore ou personnification ? Justifie par le signe reconnaissable.
  1. « La pelleteuse dort encore. »
  2. « Le quai, ce couloir sans murs. »
Corrigé
A1 Le e de « Songe » est suivi d'une voyelle : il ne compte pas. Son / geà / la / dou / ceur = 5 syllabes, un pentasyllabe.
A2 Le e de « Luxe » est suivi d'une consonne, il compte ; celui de « calme » est suivi d'une voyelle, il ne compte pas. Lu / xe / cal / m'et / vo / lup / té = 7 syllabes, un heptasyllabe.
A3 Vers long et régulier. Je / m'en / al / lais / les / poings / dans / mes / po / ches / cre / vées = 12 syllabes, un alexandrin.
B4 On repère les sons finaux : -age, -on, -on, -age. Rimes embrassées (ABBA).
B5 Sons finaux : -ées, -al, -al, -ées. Rimes embrassées (ABBA).
B6 Sons finaux : -o, -o, -é, -é, deux par deux. Rimes plates ou suivies (AABB).
C7 Le verbe « dormir » est réservé au vivant. Personnification : la machine reçoit un geste humain, ce qui en fait une bête endormie — donc une menace différée.
C8 Aucun outil de comparaison entre les deux éléments. Métaphore : le quai est présenté comme un couloir sans le mot « comme ». S'il y avait « le quai est comme un couloir », ce serait une comparaison.
Rappel de méthode Un procédé relevé seul ne rapporte rien. La phrase attendue en devoir a quatre morceaux : nom du procédé + citation exacte entre guillemets + verbe d'effet + ce qui est produit.

Cas nouveau : deux poèmes réels, deux moments différents du trajet « du monde entier au cœur du monde ». Il faut appliquer les gestes 2 et 3 de la méthode — décrire la forme, puis suivre le déplacement.

1Suivre le déplacement dans deux poèmes/ 7 pts
Texte 1.
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

[…]

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.Joachim Du Bellay, Les Regrets (1558), sonnet XXXI : premier quatrain et dernier tercet. Orthographe modernisée.
Texte 2.
Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !

[…]

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.Charles Baudelaire, « L'Invitation au voyage », Les Fleurs du mal, édition de 1861 : début de la première strophe et refrain.
  1. Texte 1 : combien de vers compte le premier extrait ? Quel est son mètre ? Quelle est la disposition des rimes ?
  2. Texte 1 : relève les lieux nommés dans le tercet et range-les en deux colonnes — lieux lointains / lieux d'origine.
  3. Texte 1 : quel mot est répété en tête des trois derniers vers, et que produit cette reprise ?
  4. Texte 2 : compte les syllabes des trois premiers vers. Que remarques-tu ?
  5. Texte 2 : le pays est-il nommé ? Par quel mot est-il désigné, et quel effet cela produit-il ?
  6. Texte 2 : explique en deux phrases ce que signifie « Au pays qui te ressemble ».
  7. Les deux textes font-ils le même voyage ? Réponds en trois lignes en utilisant les mots départ, retour, réel, imaginaire.
Corrigé
Question 1 Décrire la forme avant tout le reste. Quatre vers : un quatrain, qui ouvre un sonnet (quatorze vers, deux quatrains puis deux tercets). Le mètre est l'alexandrin — vérification sur le vers 3 : Et/puis/est/re/tour/né/plein/d'u/sa/ge_et/rai/son = 12. Les rimes sont embrassées (ABBA) : voyage et âge encadrent toison et raison.
Question 2 Trier les noms propres. Lieux lointains : le Tibre, le mont Palatin — deux noms de Rome. Lieux d'origine : la Loire, Liré, l'air angevin — l'Anjou du locuteur.
Question 3 Repérer la reprise en tête de vers. Le mot « Plus ». La reprise installe une comparaison qui revient trois fois, et qui donne chaque fois l'avantage au lieu d'origine. Le poème part du monde entier — Ulysse, la toison, Rome — pour arriver au cœur du monde : « mon petit Liré ».
Question 4 Compter en appliquant la règle du e. 5, 5, 7. Le poème alterne deux vers courts et un vers plus long, et ce schéma se répète : la régularité produit un balancement, comme un bercement.
Question 5 Chercher le nom du pays… et ne pas le trouver. Non, il n'est jamais nommé. Il est désigné par l'adverbe de lieu « là-bas », repris par « Là » dans le refrain. Un adverbe ne désigne rien de précis : la destination reste vide, donc disponible pour l'imagination du lecteur. C'est ce que le programme appelle un horizon imaginaire.
Question 6 Le vers qui fait basculer tout le poème. Le pays rêvé est le portrait de la personne à qui l'on parle : ses qualités sont celles du paysage. Le voyage extérieur et le voyage intérieur ne sont donc plus côte à côte, ils deviennent le même voyage — c'est la formulation la plus nette du trajet « du monde entier au cœur du monde ».
Question 7 Comparer les deux trajets. Non. Le texte 1 raconte un retour vers un lieu réel et nommé (Liré, la Loire) : le voyage a déjà eu lieu, et ce qui compte est le point d'arrivée. Le texte 2 propose un départ qui n'a pas encore eu lieu, vers un lieu imaginaire et sans nom. Les deux finissent pourtant du même côté : celui de la voix qui parle.

Format contrôle : un poème que tu n'as jamais vu, et une réponse à rédiger. Les questions guident, mais la dernière attend un vrai paragraphe. Le barème est indiqué.

1Poème inconnu — analyse rédigée/ 9 pts
Lis le poème deux fois, dont une à voix haute, puis réponds.
Escale

Le port sentait le sel et l'eau,
la corde mouillée, le tonneau.
Je n'ai rien vu du grand marché :
j'ai seulement compté le quai.

Depuis, quand je ferme les yeux,
ce vieux port revient, silencieux.
Je n'ai pas rapporté d'image,
mais l'odeur reste, et le voyage.Texte écrit pour l'exercice : il n'est tiré d'aucune œuvre et n'a pas d'auteur à citer.
  1. Décris la forme : combien de strophes, combien de vers, quel mètre, quelle disposition de rimes ? (2 pts)
  2. Relève trois indices du voyage extérieur, puis trois indices du voyage intérieur. (2 pts)
  3. À quel vers le poème bascule-t-il du dehors vers le dedans ? Justifie par un mot du texte. (1 pt)
  4. Deux vers commencent par une négation. Relève-les et dis ce que ces négations ont en commun. (1 pt)
  5. Rédige une réponse de dix à quinze lignes à la question : comment ce poème fait-il voyager le lecteur alors qu'il refuse de décrire le paysage ? (3 pts)
Corrigé
Question 1 Appliquer le geste 2, sans rien interpréter. (2 pts) Deux strophes de quatre vers, donc deux quatrains, soit huit vers. Le mètre est l'octosyllabe : Le/port/sen/tait/le/sel/et/l'eau = 8. Les rimes sont plates (AABB CCDD) : l'eau / tonneau, marché / quai, yeux / silencieux, image / voyage.
Question 2 Trier les indices en deux familles. (2 pts) Voyage extérieur : le port, le quai, le grand marché, le tonneau, la corde mouillée — des lieux et des objets qu'on pourrait photographier. Voyage intérieur : « quand je ferme les yeux », « revient », « l'odeur reste » — et toutes les marques de la première personne.
Question 3 Localiser le point de bascule au vers près. (1 pt) Au vers 5 : « Depuis, quand je ferme les yeux ». Deux mots le signalent : « Depuis », qui ouvre un temps second, après le voyage ; et « je ferme les yeux », qui coupe le regard du dehors. Le port ne se visite plus, il « revient ».
Question 4 Repérer une construction répétée. (1 pt) « Je n'ai rien vu du grand marché » (v. 3) et « Je n'ai pas rapporté d'image » (v. 7). Les deux négations disent ce que le voyage n'a pas donné : le spectacle, le souvenir visuel. Elles écartent le pittoresque pour laisser la place à autre chose — le compte des quais, puis l'odeur.
Question 5 Exemple de réponse attendue. (3 pts) On évalue : une description exacte de la forme, deux citations entre guillemets, au moins deux procédés accompagnés de leur effet, et une conclusion qui répond à la question posée.
Modèle de rédaction Le poème est composé de deux quatrains d'octosyllabes aux rimes plates. Il commence par une notation de sensations, mais aucune n'est visuelle : « Le port sentait le sel et l'eau, / la corde mouillée, le tonneau ». Le premier verbe du poème est un verbe d'odorat, et l'énumération accumule des odeurs plutôt que des images. Le refus du paysage est ensuite dit explicitement, par deux négations qui se répondent d'une strophe à l'autre : « Je n'ai rien vu du grand marché » et « Je n'ai pas rapporté d'image ». Ce que le locuteur a fait à la place est dérisoire et précis : « j'ai seulement compté le quai ». Le poème bascule au vers 5, avec « Depuis, quand je ferme les yeux » : les yeux se ferment au moment exact où le port réapparaît, et le lieu devient intérieur — « ce vieux port revient, silencieux ». Le dernier vers place le mot « voyage » en toute fin, après l'odeur qui reste : ce n'est donc pas ce qu'on a vu qui fait le voyage, mais ce qui continue après. Le lecteur voyage parce qu'on lui donne des sensations à reconstituer lui-même, et non un tableau tout fait.

Pour aller plus loin : plus de texte fourni, plus de guide pas à pas. Tu écris, tu prépares une récitation et une lecture à voix haute, et tu regardes ce qui t'attend en 4e.

1Écrire, dire, préparer la suite/ 10 pts
Quatre travaux. Le premier est un écrit créatif ; les deux suivants préparent l'oral ; le dernier ouvre sur l'année prochaine.
  1. Écriture créative. Écris un poème de dix à quatorze vers intitulé Ce que j'ai emporté. Trois contraintes : chaque strophe commence par « J'ai emporté » ; un seul lieu réel est nommé, une seule fois ; le dernier vers ne parle plus d'un objet mais de toi. (4 pts)
  2. Récitation. Choisis dans les poèmes de la séquence un passage d'une dizaine de vers à apprendre par cœur. Recopie-le exactement, avec l'auteur et le titre, et dis en une phrase pourquoi celui-là. (2 pts)
  3. Lecture à voix haute. Prépare la lecture expressive d'un texte d'une vingtaine de lignes : note sur le texte où tu marqueras une pause, quel mot tu appuieras, où tu enchaîneras sans respirer parce que la phrase déborde le vers, et à quel moment tu lèveras les yeux. (2 pts)
  4. Ouverture. L'entrée de poésie de 4e s'appelle « Contempler, célébrer, veiller : habiter la terre en poète ». En trois lignes, dis ce qui change par rapport à celle de 5e. (2 pts)
Corrigé
Travail 1 — critères d'évaluation Réponse libre : on n'évalue pas le talent, mais la tenue de la contrainte et la cohérence entre la forme et le propos. (4 pts) La reprise « J'ai emporté » est tenue par toutes les strophes, sans exception (1 pt). Un seul nom propre de lieu, cité une seule fois — plusieurs noms transformeraient le poème en liste de vacances, ce que le programme écarte en parlant d'un voyage qui va « bien au-delà du pittoresque » (1 pt). Au moins une image — comparaison, métaphore ou personnification — qui sert le propos (1 pt). Un dernier vers qui bascule, c'est-à-dire qui quitte les objets : par exemple « J'ai emporté, sans le vouloir, la manière dont on dit bonjour là-bas » (1 pt).
Travail 2 — le passage à mémoriser Le programme de 5e demande de mémoriser, pour une œuvre intégrale étudiée, « un passage choisi d'une dizaine de lignes ou vers ». (2 pts) Passage réellement long d'une dizaine de vers, recopié sans faute, avec l'auteur et le titre du poème entre guillemets, le titre du recueil en italique. La justification doit dire ce que ce passage a de marquant — une image, un retournement, un son qui revient — et non « je l'aime bien ». Une citation approximative est comptée fausse : trois mots exacts valent mieux que douze mots de mémoire.
Travail 3 — la préparation de la lecture L'objectif de 5e est de « lire un texte d'une vingtaine de lignes avec aisance devant un auditoire », « de manière expressive en utilisant les ressources de la voix, du rythme, du regard ». (2 pts) Au moins quatre repères posés sur le texte : une pause marquée, un mot mis en relief, un endroit où la phrase déborde la fin du vers et où l'on enchaîne sans respirer, un moment où le regard quitte la page. On évalue la préparation, pas encore la performance. Le programme demande aussi de « repérer des éléments à améliorer dans sa lecture oralisée ou celle des autres » : entraîne-toi à deux.
Travail 4 — ce qui change en 4e On compare les deux notices officielles. (2 pts) En 5e, le poème se déplace : il part d'un dehors et arrive à un dedans. En 4e, il se pose : le poète y est décrit comme « un regard qui veille et s'émerveille », attentif à la beauté du monde comme à ses « injustices », ses « inégalités » et ses « contradictions ». On demandera donc de tenir ensemble deux gestes qui semblent opposés, célébrer et dénoncer. La méthode, elle, ne change pas : c'est le point de bascule qui devient décisif. Bon à savoir aussi : le cadre chiffré reste le même d'une année sur l'autre — quatre œuvres intégrales, au moins trois lectures cursives, au moins deux groupements de textes ; seul grandit le passage à réciter, « jusqu'à une vingtaine [de vers] en classe de 3e ».
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