Français · 5e

Voyager en poésie : « Du monde entier au cœur du monde »

Contrôle de poésie et tu n'as rien suivi ? Respire. Ce chapitre tient en une phrase : un poème de voyage ne sert pas à décrire un pays, il sert à faire voyager la langue — et le lecteur avec elle. Apprends d'abord le cadre, puis six mots d'outillage, puis la méthode.

Ce que dit le programme, en trois phrases

« Voyager en poésie : "Du monde entier au cœur du monde" » est l'une des quatre entrées de littérature de la classe de 5e du programme de 2026. Les trois autres portent sur les destins héroïques, le théâtre et le conte ou la fable. Celle-ci est étiquetée poésie : c'est le genre qu'on travaille toute la séquence.

Les quatre entrées sont rangées sous une même perspective annuelle : « Éprouver, expérimenter : la découverte de soi, d'autrui et du monde ». Retiens ces trois mots — soi, autrui, le monde —, ils reviennent dans la consigne du contrôle.

Le texte officiel résume ainsi l'affaire : « l'exploration des horizons réels ou imaginaires jouxte celle des continents intérieurs, toutes deux sublimées par le dépaysement langagier ». Traduction : il y a deux voyages dans un poème de voyage, et c'est la langue qui les relie.

Les deux voyages du poème

Le voyage extérieur, c'est ce que le poème nomme : des lieux, des noms propres, des paysages, un moyen de transport, un départ, un retour. Il peut être réel (un pays qui existe) ou imaginaire (un pays inventé, ou rêvé).

Le voyage intérieur, c'est ce qui change chez celui qui parle : un souvenir remonte, un regret se dit, une émotion se déplace. Le programme l'appelle joliment « les continents intérieurs ».

Le titre de l'entrée dit le trajet entre les deux : on part du monde entier et on arrive au cœur du monde. Presque tous les poèmes de la séquence font ce mouvement-là.

Du monde entierlieux, noms, paysagesau cœur du mondesouvenir, émotion, soila languemots · sonorités · rythmes · imagesLes quatre leviers sont ceux que nomme le programme.

Six mots d'outillage

  • Le vers : une ligne du poème. On ne dit pas « une phrase », on dit « un vers ».
  • La strophe : un groupe de vers séparé des autres par un blanc.
  • Le mètre : le nombre de syllabes d'un vers. Douze syllabes = un alexandrin.
  • La rime : le retour du même son à la fin de deux vers.
  • L'image : comparaison, métaphore, personnification — les trois façons de dire une chose par une autre.
  • Le locuteur : celui qui dit « je » dans le poème. Ce n'est pas l'auteur. C'est la faute la plus punie du chapitre.

Attention : le programme demande de « recourir à quelques outils d'analyse pertinents » sans donner de liste. Ces six mots sont les outils d'usage courant, pas une liste officielle à réciter.

À toi de jouer

1. Complète avec : vers, strophe, mètre, rime, locuteur.
1. Une ligne d'un poème s'appelle un .
2. Le nombre de syllabes d'une ligne s'appelle le .
3. Un groupe de lignes séparé par un blanc s'appelle une .
4. Celui qui dit « je » dans le poème s'appelle le .
5. Le retour du même son en fin de ligne s'appelle la .
Corrigé
1. vers — 2. mètre — 3. strophe — 4. locuteur — 5. rime.
Le mot piège est le 4 : beaucoup écrivent « l'auteur » ou « le poète ». Le « je » d'un poème est une voix construite par le texte ; on l'appelle le locuteur.
2. Voyage extérieur ou voyage intérieur ? Classe ces six notations.
a) « Le train part à six heures. »
b) « Je n'ai pas quitté ma place et j'ai déjà changé de pays. »
c) Le nom d'un fleuve et celui d'une colline.
d) Un souvenir d'enfance qui remonte en regardant la mer.
e) Une liste de villes traversées.
f) Le regret de la maison qu'on a quittée.
Corrigé
Voyage extérieur : a, c, e — on peut les pointer sur une carte ou sur un horaire.
Voyage intérieur : b, d, f — rien n'a bougé sur la carte, quelque chose a bougé chez celui qui parle.
Remarque : la notation b fait les deux à la fois. C'est exactement le trajet « du monde entier au cœur du monde ».
3. Vrai ou faux ? Justifie en une phrase.
a) L'entrée impose d'étudier un poème de Blaise Cendrars.
b) Un poème de voyage doit décrire un pays qui existe.
c) Un texte sans rime ne peut pas être un poème.
d) Le « je » du poème raconte forcément la vie de l'auteur.
e) La perspective de l'année de 5e est « Éprouver, expérimenter : la découverte de soi, d'autrui et du monde ».
Corrigé
a) Faux : le programme cite la formule « Du monde entier au cœur du monde » comme une formule de Blaise Cendrars, mais il ne prescrit ni œuvre ni auteur.
b) Faux : le texte officiel parle d'« horizons réels ou imaginaires ».
c) Faux : les vers libres n'ont ni compte fixe ni rime, et restent des vers.
d) Faux : on distingue toujours le locuteur du poème et l'auteur.
e) Vrai : c'est le libellé exact de la perspective annuelle de 5e.

Ça te revient ? Alors on installe l'outillage pour de bon : compter des syllabes sans se tromper, nommer une disposition de rimes, et distinguer les trois images qu'on te demandera de repérer.

Compter les syllabes sans se tromper

On compte les syllabes du vers, pas les mots. Deux règles suffisent en 5e.

  • Un e final devant une voyelle ne compte pas. « comme Ulysse » se dit com-mu-lysse : trois syllabes, pas quatre.
  • Un e à la toute fin du vers ne compte pas non plus. « de ma valise » compte quatre syllabes en poésie : de-ma-va-li.

Les mètres à connaître : 12 syllabes = alexandrin, 10 = décasyllabe, 8 = octosyllabe, 7 = heptasyllabe, 5 = pentasyllabe.

VersDécoupageMètre
« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage »Heu-reux-qui-com-mU-lys-sa-fait-un-beau-vo-ya12 : alexandrin
« Mon enfant, ma sœur »Mon-en-fant-ma-sœur5 : pentasyllabe
« Là, tout n'est qu'ordre et beauté »Là-tout-n'est-qu'or-dre_et-beau-té7 : heptasyllabe

Rimes et sonorités

Trois dispositions de rimes à reconnaître, avec la lettre qu'on met en marge :

  • Rimes plates (ou suivies) : AABB. Deux vers, puis deux autres.
  • Rimes croisées : ABAB. Elles alternent.
  • Rimes embrassées : ABBA. Deux rimes prises en sandwich.

Deux effets sonores qui ne sont pas des rimes, parce qu'ils jouent à l'intérieur du vers :

  • L'allitération : retour d'une même consonne.
  • L'assonance : retour d'une même voyelle.

Le programme de vocabulaire de 5e demande de « jouer avec les mots comme matériau sonore » : c'est exactement ce travail-là.

Comparaison, métaphore, personnification

ImageSigne reconnaissableExemple
Comparaisonun outil de comparaison : comme, tel, pareil à, ressembler àla vitre est froide comme un quai
Métaphoreaucun outil : les deux choses sont colléesla vitre, ce quai de verre
Personnificationune chose reçoit un geste ou un organe humainla ville dort, la machine a une gueule

Règle d'or : on ne relève jamais une image sans dire ce qu'elle produit. « Il y a une métaphore » ne rapporte rien ; « la métaphore transforme la vitre en quai, donc le voyage continue même à l'arrêt » rapporte les points.

À toi de jouer

1. Compte les syllabes de chaque vers et donne le nom du mètre.
a) « Songe à la douceur »
b) « Luxe, calme et volupté. »
c) « Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ; »
d) « Plus mon petit Liré, que le mont Palatin, »
Corrigé
a) Son-ge_à-la-dou-ceur = 5, pentasyllabe. Le e de « Songe » ne compte pas devant le à.
b) Lu-xe-cal-m'et-vo-lup-té = 7, heptasyllabe.
c) Je-m'en-al-lais-les-poings-dans-mes-po-ches-cre-vées = 12, alexandrin.
d) Plus-mon-pe-tit-Li-ré-que-le-mont-Pa-la-tin = 12, alexandrin.
2. Voici les mots qui terminent les quatre vers d'une strophe. Donne la disposition des rimes (plates, croisées ou embrassées).
a) crevées / idéal / féal / rêvées
b) voyage / toison / raison / âge
c) sœur / douceur / ensemble / ressemble
d) port / matin / départ / chemin
Corrigé
a) Embrassées (ABBA) : crevées et rêvées encadrent idéal et féal.
b) Embrassées (ABBA) : voyage et âge encadrent toison et raison.
c) Plates deux à deux (AABB) : sœur/douceur, puis ensemble/ressemble.
d) Croisées (ABAB) : port/départ alternent avec matin/chemin.
3. Comparaison, métaphore ou personnification ? Justifie par le signe reconnaissable.
a) « La pelleteuse dort encore. »
b) « Un ciel pareil à une carte pliée. »
c) « Le quai, ce couloir sans murs. »
d) « La mer m'appelle par mon nom. »
e) « Des nuages comme des valises. »
Corrigé
a) Personnification : « dort » est un verbe réservé au vivant.
b) Comparaison : outil « pareil à ».
c) Métaphore : aucun outil, le quai est présenté comme un couloir.
d) Personnification : la mer parle et connaît un nom.
e) Comparaison : outil « comme ».

On enlève le survêt. Voici la méthode complète, en quatre gestes, puis cinq exercices qui la font tourner sur des textes réels et sur un poème écrit exprès pour l'entraînement.

La méthode en quatre gestes

  1. Lis à voix haute. Le programme place la lecture expressive au centre de cette entrée. À l'oreille, tu entends les coupes, les retours de sons et les vers qui se prolongent — trois choses invisibles à l'œil.
  2. Décris la forme. Combien de strophes, combien de vers par strophe, combien de syllabes, y a-t-il des rimes ? Si la réponse est « aucune régularité », écris-le : ce sont des vers libres, et c'est un résultat, pas un échec.
  3. Suis le déplacement. D'où part le poème, où arrive-t-il ? Repère le vers où ça bascule, du dehors vers le dedans. C'est là que se joue « du monde entier au cœur du monde ».
  4. Nomme un procédé et dis son effet. Toujours les deux ensemble, dans la même phrase.

Ces quatre gestes servent aussi bien pour un sonnet du XVIe siècle que pour un poème contemporain sans ponctuation : la méthode ne change pas, seul le résultat du geste 2 change.

À toi de jouer

1. Applique le geste 2 (décrire la forme) à ce quatrain.
Joachim Du Bellay, Les Regrets (1558), sonnet XXXI — orthographe modernisée.
« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge ! »
Réponds à trois questions : combien de vers ? quel mètre ? quelle disposition de rimes ?
Corrigé
Quatre vers : c'est un quatrain. Il ouvre un sonnet, poème de quatorze vers formé de deux quatrains puis de deux tercets.
Mètre : alexandrins (12 syllabes). Vérification sur le vers 3 : Et-puis-est-re-tour-né-plein-d'u-sa-ge_et-rai-son = 12.
Rimes : voyage / toison / raison / âge, donc embrassées (ABBA).
2. Applique le geste 3 (suivre le déplacement) au même sonnet. Voici son dernier tercet :
« Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine. »
a) Relève les lieux nommés et range-les en deux colonnes : lieux lointains / lieux d'origine.
b) En une phrase, dis quel voyage le poème préfère.
Corrigé
a) Lieux lointains : le Tibre, le mont Palatin — deux noms de Rome. Lieux d'origine : la Loire, Liré, l'air angevin — l'Anjou du locuteur.
b) Le mot « Plus », répété au début de chaque vers, met à chaque fois l'origine au-dessus du lointain : le poème part du monde entier (Ulysse, la toison, Rome) pour revenir au cœur du monde, un village. C'est le trajet même que nomme le titre de l'entrée.
3. Lis ce début de poème et réponds.
Charles Baudelaire, « L'Invitation au voyage », Les Fleurs du mal (édition de 1861).
« Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble ! »
a) Compte les syllabes des trois premiers vers : que remarques-tu ?
b) Le pays est-il nommé ? Quel mot le désigne ?
c) Que signifie « le pays qui te ressemble » ?
Corrigé
a) 5, 5, 7. Le poème alterne deux vers courts et un vers plus long : cette régularité tient tout le poème et donne l'impression d'un balancement, comme un bercement.
b) Non, il n'est jamais nommé. Il est désigné par l'adverbe « là-bas », qui ne montre rien de précis : la destination reste ouverte.
c) Le pays rêvé est le portrait de la personne à qui l'on parle. Le voyage extérieur et le voyage intérieur sont ici le même voyage — c'est le cœur de l'entrée.
4. Poème écrit pour l'exercice : il n'est tiré d'aucune œuvre.
Fenêtre du train
Le train part à six heures.
Dehors, un champ, un pylône,
un champ, un pylône, un champ.

À Saint-Quentin la vitre
me rend mon propre visage
posé sur les arbres.

Je n'ai pas quitté ma place
et j'ai déjà changé de pays.
a) Ce poème a-t-il des rimes ? un mètre régulier ? Comment appelle-t-on ses vers ?
b) Quel effet produit la répétition « un champ, un pylône » ?
c) Où le poème bascule-t-il du dehors vers le dedans ?
Corrigé
a) Aucune rime, aucun compte fixe : ce sont des vers libres. Le rythme vient des retours à la ligne, pas d'un mètre.
b) La répétition imite le défilement monotone du paysage vu d'un train : la forme fait ce qu'elle dit.
c) Au vers « me rend mon propre visage ». La vitre cesse d'être une fenêtre sur le dehors et devient un miroir : le voyage extérieur se retourne en voyage intérieur. Les deux derniers vers le disent explicitement.
5. Le haïku est une forme venue du Japon. En japonais, il compte dix-sept unités sonores réparties 5-7-5 ; les adaptations françaises transposent ce compte en syllabes.
Haïku écrit pour l'exercice :
« Sur le quai désert
un merle marche à côté
de mon sac fermé. »
a) Vérifie le compte 5-7-5.
b) Le poème comporte-t-il un « je » ? Comment la présence du locuteur est-elle marquée ?
Corrigé
a) Sur-le-quai-dé-sert = 5. Un-mer-le-mar-che_à-cô-té = 7. De-mon-sac-fer-mé = 5. Le compte est bon.
b) Aucun « je » n'apparaît, mais le déterminant « mon » (mon sac) suffit à installer le locuteur dans la scène. C'est un trait fréquent du haïku : le locuteur regarde sans se raconter.

Format contrôle. Ici on te demandera trois choses : rédiger une réponse complète sur un poème, réciter, et écrire à ton tour sous contrainte. Voici les cinq exercices qui couvrent le devoir.

Ce qui tombe, et comment c'est noté

Le devoir de fin de séquence combine presque toujours trois épreuves.

  • Une réponse rédigée sur un poème inconnu. On attend la forme décrite, le déplacement suivi, deux procédés nommés avec leur effet, et des citations exactes entre guillemets.
  • Une récitation. Le programme de 5e demande de mémoriser, pour une œuvre intégrale étudiée, « un passage choisi d'une dizaine de lignes ou vers », et de le réciter de façon fluide. C'est donc une dizaine de vers, pas trois.
  • Un écrit créatif. Le programme de 5e attend qu'on s'initie « à une pratique artistique et créative de l'écriture », avec des textes qui vont vers une trentaine de lignes dans l'année.

Les cinq erreurs qui coûtent le plus : confondre le locuteur et l'auteur ; raconter le poème au lieu de l'analyser ; relever un procédé sans son effet ; citer de mémoire, donc de travers ; croire qu'un poème sans rime n'a pas de forme.

À toi de jouer

1. Réécris ces quatre phrases d'élève pour les rendre acceptables en contrôle.
a) « Du Bellay est triste parce qu'il est loin de chez lui. »
b) « Il y a une comparaison au vers 1. »
c) « Le poète dit qu'il préfère son village. »
d) « Le poème parle du voyage, c'est joli. »
Corrigé
a) Il faut passer par le texte et par le locuteur : « Le locuteur oppose Rome à son Anjou et donne la préférence à son village. » On ne prête pas d'état d'âme à l'auteur sans preuve.
b) Ajouter l'effet : « La comparaison "comme Ulysse" range le locuteur parmi les grands voyageurs, ce qui rend son retour d'autant plus attendu. »
c) Remplacer « le poète » par « le locuteur », et citer : « Le locuteur préfère "mon petit Liré" au "mont Palatin". »
d) Supprimer le jugement vague et le remplacer par une observation : « Le poème suit un trajet : il part de lieux lointains et se referme sur un lieu d'origine. »
2. Rédige une réponse de dix à quinze lignes à la question : comment ce quatrain fait-il voyager le lecteur sans décrire aucun paysage ?
« Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées ! »
Arthur Rimbaud, « Ma Bohême (Fantaisie) », Poésies complètes, L. Vanier, 1895, p. 91.
Corrigé

Exemple de réponse attendue :

Le quatrain est composé de quatre alexandrins aux rimes embrassées (crevées / idéal / féal / rêvées). Il ne nomme aucun lieu : pas une ville, pas un fleuve, pas un pays. Le voyage tient entièrement dans deux verbes de mouvement à l'imparfait, « je m'en allais » et « j'allais », qui installent une marche sans destination et sans fin. Ce qui est décrit, ce n'est pas le paysage mais l'équipement du marcheur, et il est en ruine : « les poings dans mes poches crevées », « mon paletot aussi devenait idéal ». Le mot « idéal » joue sur deux sens, puisqu'un manteau si usé n'existe plus que dans l'idée. Le seul interlocuteur est la Muse, apostrophée au vers 3 : le voyage se fait donc du côté de la poésie, pas de la géographie. Enfin, l'exclamation familière « Oh ! là là ! » fait entendre une voix parlée, et les « amours splendides » sont dites « rêvées », c'est-à-dire jamais vécues. Le lecteur voyage parce que le locuteur avance et parle, non parce qu'on lui montre un pays.

3. Deux vers, un piège : trouve l'erreur de compte dans chaque analyse d'élève.
a) « "Mon enfant, ma sœur" fait six syllabes : mon-en-fant-ma-sœu-r. »
b) « "Songe à la douceur" fait six syllabes : son-ge-à-la-dou-ceur. »
Corrigé
a) L'élève a compté une syllabe pour le r final. Une consonne finale ne fait pas de syllabe : mon-en-fant-ma-sœur = 5.
b) L'élève a compté le e de « Songe » alors qu'il est suivi d'une voyelle. Il ne compte pas : son-ge_à devient son-geà, soit son-geà-la-dou-ceur = 5.
Les deux vers font bien 5 syllabes chacun, comme tous les vers courts de ce poème.
4. Écriture créative sous contrainte. Écris un poème de huit à douze vers intitulé Ce que j'ai emporté, en respectant trois consignes : chaque strophe commence par « J'ai emporté » ; un lieu réel est nommé une seule fois ; le dernier vers ne parle plus d'un objet mais de toi.
Corrigé

Réponse libre. On évalue trois choses.

La contrainte de reprise (le même début de strophe) : elle doit être tenue jusqu'au bout, c'est elle qui fait le rythme du poème.

Le lieu unique : un seul nom propre, sinon le poème devient une liste de vacances. Le programme prévient que le voyage poétique va « bien au-delà du pittoresque ».

Le basculement final : le dernier vers doit quitter les objets. Exemple d'attendu : « J'ai emporté, sans le vouloir, la manière dont on dit bonjour là-bas. »

5. Préparation de la récitation. Tu dois dire par cœur une dizaine de vers devant la classe. Note sur ton texte quatre repères et explique chacun en une ligne.
Corrigé
Les quatre repères attendus :
1. Les pauses : une barre à la fin de chaque vers où la phrase s'arrête, aucune là où elle se prolonge sur le vers suivant.
2. Le mot mis en relief par strophe : souvent celui qui porte l'image ou le retournement.
3. Le changement de volume ou de vitesse : les vers courts se disent plus lentement qu'on ne croit.
4. Le moment où l'on lève les yeux vers l'auditoire — au moins une fois, sur un vers su parfaitement.
Le programme de 5e demande aussi de « repérer des éléments à améliorer dans sa lecture oralisée ou celle des autres » : entraîne-toi à deux, chacun écoutant l'autre.

Bonne nouvelle : la poésie ne s'arrête pas en 5e. Le programme 2026 lui donne une entrée dans chacune des trois années du collège qui suivent la 6e. Voici ce qui t'attend, et ce que tu peux déjà travailler.

La poésie en 4e, puis en 3e

En 4e, la perspective de l'année change : « Rêver, délibérer, développer son jugement : en quête de valeurs et de vérité ». L'entrée de poésie s'appelle « Contempler, célébrer, veiller : habiter la terre en poète ». On ne voyage plus, on veille : le poète y est décrit comme « un regard qui veille et s'émerveille », attentif à la beauté du monde comme à ses injustices.

En 3e, la perspective devient « S'affirmer, s'émanciper : l'engagement humaniste », et l'entrée de poésie s'appelle « S'unir, se désunir, se réunir en mots : l'amour en poésie ». Elle demande, elle, l'étude d'une œuvre poétique intégrale — un recueil, ou une section de recueil.

Le cadre de lecture, lui, ne bouge pas d'une année sur l'autre : quatre œuvres intégrales étudiées dans l'année, « de genres différents et d'époques variées », au moins trois œuvres en lecture cursive, au moins deux groupements de textes. Ce qui grandit, c'est la longueur du passage à réciter : « une dizaine de lignes ou de vers en classe de 5e, jusqu'à une vingtaine en classe de 3e ».

À toi de jouer

1. Trois entrées de poésie, trois verbes différents. Associe chaque année à son geste dominant, puis explique en une phrase ce qui change.
a) 5e — b) 4e — c) 3e
Gestes : veiller sur le monde · voyager · dire l'amour
Corrigé
a) 5e : voyager (« Voyager en poésie : "Du monde entier au cœur du monde" »).
b) 4e : veiller sur le monde (« Contempler, célébrer, veiller : habiter la terre en poète »).
c) 3e : dire l'amour (« S'unir, se désunir, se réunir en mots : l'amour en poésie »).
Ce qui change : en 5e le poème se déplace, en 4e il se pose et observe, en 3e il s'adresse à quelqu'un. L'outillage, lui, reste le même — c'est pour cela qu'il vaut la peine de l'installer maintenant.
2. Prends un poème de la séquence et prépare une comparaison avec une œuvre d'un autre art (un tableau, une photographie, un film). En quatre points, dis ce que chacun peut faire et ce que l'autre ne peut pas.
Corrigé
Attendus : (1) l'image montre tout d'un coup, le poème impose un ordre, vers après vers ; (2) le poème fait entendre des sons, l'image non ; (3) l'image donne un lieu précis, le poème peut le laisser sans nom — « là-bas » ; (4) l'image n'a pas de « je », le poème en a un.
Cet exercice correspond à un objectif de 5e : « Comparer les langages différents d'une œuvre littéraire et d'une œuvre artistique. »
3. Prépare ta lecture cursive de l'année. Choisis un recueil de poèmes, lis-le en entier, et note trois choses dans ton carnet : le poème le plus court, le poème le plus étrange, et un vers que tu retiens par cœur sans l'avoir appris.
Corrigé
Réponse personnelle. Trois conseils pour que ce soit utile en 4e :
1. Recopie le vers exactement, avec la page : une citation approximative ne vaut rien en devoir.
2. Dis pourquoi il tient tout seul dans ta mémoire — c'est presque toujours une question de son ou de rythme, et c'est déjà une analyse.
3. Le choix du recueil t'appartient : le programme laisse le choix des lectures cursives à l'élève, à partir de plusieurs propositions.
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