Comment les entreprises sont-elles organisées et gouvernées ?
Tu découvres le chapitre à la dernière minute ? Pas de panique, on part de zéro. Avant de plonger, deux idées essentielles à avoir en tête : d'abord, tu sais déjà ce qu’est un marché – un lieu où des gens échangent en comparant les prix. Ensuite, tu as sûrement déjà travaillé en groupe, et tu as vu que se répartir les tâches permet d’aller plus vite. Voilà, avec ça, tu es prêt à entrer dans la notion. On y va !
1. Deux façons de s’organiser : le marché et l’entreprise
Sur un marché, les échanges se font librement ; chacun décide en fonction du prix. Exemple : tu choisis le pain le moins cher. Dans une entreprise, ce n’est pas pareil. Les décisions sont prises par des supérieurs qui donnent des ordres à des subordonnés. On appelle cela des relations hiérarchiques (ou de subordination).
Une entreprise peut choisir de produire elle-même (elle « internalise ») ou d’acheter sur le marché (elle « externalise »). Ce choix fixe les frontières de l’entreprise.
2. La division du travail : gagner en productivité
Dans l’entreprise, le travail est divisé : on découpe la production en tâches distinctes confiées à des travailleurs différents. Cette division technique du travail augmente la productivité (on produit plus avec les mêmes moyens). Adam Smith, au XVIIIe siècle, l’a montré avec une manufacture d’épingles : en séparant les opérations, un petit nombre d’ouvriers fabriquait beaucoup plus d’épingles.
3. Qui dirige l’entreprise ?
La gouvernance désigne l’ensemble des règles et mécanismes qui déterminent comment l’entreprise est dirigée et contrôlée. Dans une société par actions, on distingue :
les actionnaires (propriétaires, ils détiennent le capital) ;
les dirigeants (managers, ils prennent les décisions au quotidien).
Quand les propriétaires ne dirigent pas eux-mêmes, leurs intérêts peuvent diverger de ceux des dirigeants.
À toi de jouer
1. Complète les phrases suivantes : a) Sur un marché, la coordination se fait par les . b) Dans l’entreprise, la coordination passe par la : les supérieurs donnent des consignes aux subordonnés. c) Une entreprise qui achète un composant plutôt que de le fabriquer utilise le .
Corrigé
a) prix b) hiérarchie c) marché
2. Associe chaque situation au mode de coordination correspondant (marché ou hiérarchie) : 1. Un chef d’atelier demande à un ouvrier de poncer une pièce. 2. Un consommateur choisit le téléphone le moins cher. 3. Une société lance un appel d’offres pour trouver un livreur. Réponse : 1. , 2. , 3. .
Corrigé
1. hiérarchie 2. marché 3. marché (l’appel d’offres est une mise en concurrence par les prix)
3. Vrai ou faux ? Coche la bonne case et justifie en une phrase. « L’entreprise individuelle a une personnalité juridique distincte de celle de l’entrepreneur. » Vrai Faux Justification : .
Corrigé
Faux. Dans une entreprise individuelle, l’entrepreneur exerce en son nom propre, l’entreprise n’a pas de personnalité juridique distincte.
Ah oui, ces histoires de hiérarchie et de marché, ça te revient. On va remettre tout ça en ordre avec une méthode pas-à-pas, comme une recette. Reprends confiance, on ressort le cours et on applique directement.
1. Marché vs hiérarchie : une méthode pour trancher
Méthode : pour savoir si une situation relève du marché ou de la hiérarchie, pose-toi ces questions :
Y a-t-il un échange libre où je compare des prix ? Si oui → marché.
Quelqu’un donne-t-il un ordre que je dois exécuter ? Si oui → hiérarchie (entreprise).
Rappel : une entreprise peut internaliser (faire soi-même) ou externaliser (faire faire par le marché) une activité.
2. La division du travail expliquée par Adam Smith
En 1776, Adam Smith décrit une manufacture d’épingles : 10 ouvriers, chacun spécialisé dans une étape, produisent ensemble 48 000 épingles par jour. Sans division du travail, un homme seul en aurait produit à peine une vingtaine. La division technique du travail provoque un gain de productivité spectaculaire.
3. Actionnaires et dirigeants : des intérêts parfois opposés
Dans une grande entreprise, les actionnaires possèdent l’entreprise mais ne la dirigent pas. Ils confient cette tâche à des dirigeants (managers). C’est la séparation propriété/direction. Problème : les actionnaires veulent maximiser le profit, tandis que les dirigeants peuvent privilégier la croissance de l’entreprise ou leur propre intérêt. On parle de conflit d’agence.
À toi de jouer
1. Pour chaque situation, indique si la coordination est marchande ou hiérarchique. a) Un chef de projet demande à un développeur de coder une fonctionnalité. b) Une entreprise choisit un fournisseur après avoir comparé les devis. c) Un contremaître dicte les gestes à un ouvrier. d) Vous achetez votre baguette au premier prix. Réponses : a) ; b) ; c) ; d) .
Corrigé
a) hiérarchique b) marchande (comparaison des prix = marché) c) hiérarchique d) marchande
2. Complète le texte avec les mots proposés : productivité, tâches distinctes, beaucoup plus. Selon Adam Smith, dans la manufacture d’épingles, la division du travail consiste à décomposer la production en . Cette spécialisation augmente la . Ainsi, un petit groupe d’ouvriers produit que si chacun fabriquait une épingle entièrement.
Corrigé
Selon Adam Smith, dans la manufacture d’épingles, la division du travail consiste à décomposer la production en tâches distinctes. Cette spécialisation augmente la productivité. Ainsi, un petit groupe d’ouvriers produit beaucoup plus que si chacun fabriquait une épingle entièrement.
3. Associe chaque acteur à son rôle. 1. Actionnaire 2. Dirigeant Rôles : a. Détient des parts de l’entreprise ; b. Prend les décisions de gestion au quotidien. Écris la bonne lettre dans les carrés : 1. ; 2. .
Corrigé
1. a 2. b
Maintenant, on répète le geste. Cinq mini-exercices quasiment identiques pour ancrer les réflexes. Tu vas voir, après ça, tu répondras sans même réfléchir. Allez, on enchaîne !
À toi de jouer
1. Complète : Dans une entreprise, la coordination est (hiérarchique), alors que sur un marché, elle est (marchande).
Corrigé
Dans une entreprise, la coordination est hiérarchique, alors que sur un marché, elle est marchande.
2. Complète : Sur un marché, on se coordonne par les ; dans l’entreprise, par la .
Corrigé
Sur un marché, on se coordonne par les prix ; dans l’entreprise, par la hiérarchie.
3. Complète : La division du travail consiste à la production en confiées à des travailleurs différents.
Corrigé
La division du travail consiste à décomposer la production en tâches distinctes confiées à des travailleurs différents.
4. Complète : La gouvernance d’entreprise désigne l’ensemble des de direction et de contrôle.
Corrigé
La gouvernance d’entreprise désigne l’ensemble des règles et mécanismes de direction et de contrôle.
5. Complète : Dans une grande entreprise, les sont propriétaires et les gèrent au quotidien.
Corrigé
Dans une grande entreprise, les actionnaires sont propriétaires et les dirigeants gèrent au quotidien.
Tu maîtrises les bases. On passe aux exercices type contrôle. Prends le temps de lire les documents, de justifier chaque réponse. C’est le moment de montrer que tu sais analyser une situation d’entreprise.
À toi de jouer
1. DOCUMENT. Un constructeur automobile hésite : doit-il produire lui-même les phares de ses voitures (internalisation) ou les acheter à un équipementier (externalisation) ? Coût de production en interne : 80 € par phare, pour 10 000 phares par an. Investissement initial en machines : 200 000 € amorti sur 5 ans. Prix proposé par l’équipementier : 75 € par phare, livraison comprise.
1. Identifiez le mode de coordination correspondant à chaque option. 2. Comparez le coût annuel de chaque solution (amortissement annuel de l’investissement = 200 000 / 5 = 40 000 €). 3. Quel choix conseilleriez-vous à court terme ? Proposez aussi un argument non financier qui pourrait influencer la décision. 4. En quoi cette décision détermine-t-elle la frontière de l’entreprise ?
Corrigé
1. Produire en interne = coordination hiérarchique (l’entreprise organise la production) ; acheter = coordination marchande (échange via un prix). 2. Coût annuel en interne : (80 × 10 000) + 40 000 = 800 000 + 40 000 = 840 000 €. Coût annuel externe : 75 × 10 000 = 750 000 €. L’externalisation est moins chère. 3. À court terme, externaliser est avantageux financièrement. Argument non financier : garder la production en interne permet de maîtriser la qualité, de protéger un savoir-faire ou d’éviter la dépendance à un fournisseur. 4. Internaliser étend la frontière de l’entreprise (plus d’activités sous hiérarchie) ; externaliser la réduit (on recourt au marché).
2. DOCUMENT. Adam Smith, La Richesse des nations (1776) : « Dans une manufacture d’épingles, un ouvrier qui ne serait point façonné à ce métier […] pourrait à peine faire une épingle en une journée, et certainement il n’en ferait pas vingt. Mais, par la manière dont cette besogne est maintenant conduite, non seulement elle est un métier particulier, mais elle est divisée en un grand nombre de branches. Je l’ai vue, cette petite manufacture où dix hommes seulement étaient employés et où, par conséquent, quelques-uns d’entre eux remplissaient deux ou trois opérations distinctes. Mais, quoique pauvres et mal outillés, ils venaient à bout de faire environ 12 livres d’épingles par jour ; or une livre contient plus de quatre mille épingles de taille moyenne. »
1. Calculez la productivité quotidienne d’un ouvrier dans l’atelier décrit (nombre d’épingles par ouvrier par jour). 2. Comparez ce résultat à la productivité d’un ouvrier non spécialisé (environ 20 épingles par jour). Quel est le gain de productivité ? 3. Expliquez pourquoi la division technique du travail permise un tel gain.
Corrigé
1. Production totale : 12 livres × 4 000 épingles/livre = 48 000 épingles. Avec 10 ouvriers, productivité = 48 000 / 10 = 4 800 épingles/ouvrier/jour. 2. Sans spécialisation : 20 épingles/jour. Gain : 4 800 / 20 = 240 fois plus. La productivité a été multipliée par 240. 3. La division technique permet une spécialisation des gestes, une réduction des temps morts entre les tâches, l’utilisation d’outils adaptés à chaque étape, et une habileté accrue due à la répétition.
3. DOCUMENT. Dans une société cotée en Bourse, le directeur général propose d’investir massivement dans une nouvelle usine qui pourrait réduire les coûts à long terme mais diminuer les bénéfices les deux prochaines années. Les principaux actionnaires s’y opposent, préférant une hausse immédiate des dividendes.
1. Pourquoi cet incident illustre-t-il un conflit entre actionnaires et dirigeants ? 2. À l’aide du vocabulaire du cours, qualifiez la situation et expliquez l’origine de la divergence d’intérêts. 3. Proposez un mécanisme de gouvernance qui pourrait réduire ce conflit.
Corrigé
1. Les actionnaires privilégient la rentabilité à court terme (dividendes) alors que le dirigeant envisage la pérennité de l’entreprise par un investissement stratégique. 2. Il s’agit d’un conflit d’agence dans une situation de séparation propriété/direction. Les actionnaires (propriétaires) cherchent à maximiser leur revenu immédiat, tandis que le dirigeant (agent) peut poursuivre un objectif de croissance à long terme, éventuellement pour accroître son pouvoir ou sa rémunération. 3. Un mécanisme possible : lier une partie de la rémunération du dirigeant aux performances à long terme de l’entreprise (par exemple, actions gratuites, stock-options), afin d’aligner ses intérêts sur ceux des actionnaires.
4. Vrai ou faux ? Justifiez chaque réponse. a) Une entreprise par actions est toujours une personne morale. b) L’entreprise individuelle n’a pas de personnalité juridique distincte. c) La division du travail ne concerne que les métiers industriels. d) La gouvernance d’entreprise se résume à la relation entre actionnaires et dirigeants.
Corrigé
a) Vrai. Toute société (SA, SARL…) a une personnalité juridique distincte de ses associés. b) Vrai. L’entrepreneur individuel exerce en son nom propre ; son entreprise n’a pas de personnalité juridique autonome. c) Faux. La division du travail s’applique aussi aux services (par exemple dans un cabinet d’avocats, chacun se spécialise dans un domaine du droit). d) Faux. La gouvernance inclut aussi les mécanismes de contrôle interne, les relations avec d’autres parties prenantes (salariés, créanciers…) et le conseil d’administration.
Bravo, tu es au point pour le contrôle. Maintenant, un petit aperçu de ce qui t’attend l’an prochain, pour briller en Terminale : des formes d’entreprises alternatives et les limites de la division du travail. Ça te donnera une longueur d’avance.
Au-delà de l’actionnaire : la gouvernance partenariale
En Terminale, tu verras que la gouvernance ne concerne pas que les actionnaires. La gouvernance partenariale (ou théorie des parties prenantes) considère que l’entreprise doit aussi tenir compte des salariés, des clients, des fournisseurs et de l’environnement. Des statuts comme la SCOP (société coopérative de production) donnent le pouvoir aux salariés-associés.
Les limites de la division du travail
Smith y voyait une source de richesse, mais d’autres auteurs (comme Marx ou plus tard Friedmann) ont souligné les effets négatifs : aliénation, perte de sens au travail, déqualification. L’an prochain, tu étudieras comment les entreprises cherchent à dépasser le taylorisme par l’enrichissement des tâches, la rotation des postes ou le management participatif.
À toi de jouer
1. Document : Une SCOP est une société dont les salariés détiennent la majorité du capital. Les dirigeants sont élus par les salariés. En comparant la SCOP avec la société par actions classique, identifiez deux différences majeures dans l’exercice du pouvoir. Selon vous, quel avantage pourrait présenter ce modèle en termes de conflit d’intérêts ?
Corrigé
Différences : 1. Les propriétaires ne sont pas extérieurs mais sont les salariés eux-mêmes. 2. Les dirigeants sont élus par les salariés, ce qui peut rapprocher les objectifs des dirigeants de ceux des travailleurs. Avantage : le conflit d’agence classique (actionnaire/dirigeant) est atténué car les salariés-dirigeants partagent à la fois les bénéfices et les décisions, alignant ainsi l’intérêt sur la pérennité et la juste rémunération du travail.
2. Document : Le travail à la chaîne a permis des gains de productivité, mais de nombreux ouvriers se plaignent de la monotonie et du manque de reconnaissance. En vous appuyant sur la notion de division technique du travail, expliquez ce paradoxe. Proposez une organisation du travail alternative qui pourrait concilier productivité et épanouissement.
Corrigé
La division technique extrême réduit chaque tâche à un geste répétitif, ce qui peut entraîner l’ennui, la fatigue mentale et un sentiment de dépossession du métier (l’ouvrier ne maîtrise plus un produit complet). Alternative : enrichissement des tâches (regrouper plusieurs opérations simples pour redonner du sens), travail en équipe autonome, rotation sur plusieurs postes. Ces dispositifs visent à maintenir la productivité tout en réduisant l’aliénation.