SES / Économie · Terminale

Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ?

Pas de panique ! On va repartir de ce que tu sais déjà de première : comment fonctionne un marché concurrentiel. Puis on attaque l'essentiel de la croissance économique, et tu vas même faire tes premiers calculs. Accroche-toi, c'est express mais efficace !

Prérequis – Le marché concurrentiel

En première, tu as vu que sur un marché concurrentiel, la rencontre de l'offre et de la demande détermine un prix d'équilibre. Les entreprises cherchent à maximiser leur profit, ce qui les pousse à produire au meilleur coût et à innover pour gagner des parts de marché. Cette dynamique d'innovation et d'efficacité est au cœur de la croissance économique.

Définir et mesurer la croissance

La croissance économique est l'augmentation soutenue de la production de biens et services d'un pays sur une longue période. On la mesure par le taux de croissance du PIB en volume (c'est-à-dire corrigé de l'inflation). Le PIB additionne les valeurs ajoutées de toutes les productions sur le territoire. Attention : le PIB ne prend pas en compte le bénévolat, les inégalités ou les dégâts environnementaux.

Calculer un taux de croissance

Formule : $Taux = \frac{Valeur\,finale - Valeur\,initiale}{Valeur\,initiale} \times 100$. Exemple : si le PIB passe de 1000 à 1030, le taux est $\frac{1030-1000}{1000}\times 100 = 3\,\%$.

À toi de jouer

1. Complète le texte suivant avec les termes proposés : augmentation, PIB en volume, longue, biens et services, croissance économique.
La est l' soutenue de la production de sur une période. On la mesure par le .
Corrigé
La croissance économique est l'augmentation soutenue de la production de biens et services sur une longue période. On la mesure par le PIB en volume.
2. Le PIB en volume d'un pays est passé de 500 milliards d’euros en 2019 à 525 milliards en 2020. Calcule le taux de croissance en remplissant les trous :
$Taux = \frac{\underline{\hspace{1.1em}} - \underline{\hspace{1.1em}}}{\underline{\hspace{1.1em}}} \times 100 = \frac{\underline{\hspace{1.1em}}}{\underline{\hspace{1.1em}}} \times 100 = \underline{\hspace{1.1em}}\,\%$.
Corrigé
$Taux = \frac{525 - 500}{500} \times 100 = \frac{25}{500} \times 100 = 5\,\%$.
3. Associe chaque situation au type de croissance (extensive ou intensive) en cochant la bonne case :
1. Embaucher plus d'ouvriers : c'est de la croissance
2. Améliorer la formation des salariés : c'est de la croissance
3. Construire une nouvelle usine identique : c'est de la croissance
Corrigé
1. extensive – 2. intensive – 3. extensive.

Ah, tu vois, ça te revient ! On va maintenant structurer le cours et te donner une méthode pas à pas pour ne plus jamais confondre extensif/intensif et comprendre la part du progrès technique.

Le cours structuré

La croissance peut être extensive (plus de facteurs : travail ou capital) ou intensive (meilleure productivité). La productivité globale des facteurs (PGF) mesure l'efficacité avec laquelle on combine travail et capital. L'économiste Robert Solow a montré que la croissance se décompose en trois contributions : celle du travail, celle du capital, et un résidu, la PGF, qu'il attribue au progrès technique.

Formule : $$\text{Croissance} = \text{contribution du travail} + \text{contribution du capital} + \text{PGF}$$

Méthode pas à pas

Pour analyser une période de croissance :
1. Relève le taux de croissance du PIB en volume.
2. Calcule la contribution du travail : variation de l'emploi pondérée par la part du travail dans la VA.
3. Calcule la contribution du capital : variation du stock de capital pondérée par la part du capital.
4. La PGF est la différence entre le taux de croissance et la somme des deux contributions. Elle reflète le progrès technique.
5. Conclus sur le caractère plutôt extensif (beaucoup de contributions « facteurs ») ou intensif (PGF élevée).

TravailCapitalPGFQuantitéQuantitéProgrès technique

À toi de jouer

1. Complète la décomposition de Solow pour un taux de croissance de 2,5 %, une contribution du travail de 1,0 % et une contribution du capital de 0,8 % :
$\text{PGF} = \underline{\hspace{1.1em}} - (\underline{\hspace{1.1em}} + \underline{\hspace{1.1em}}) = \underline{\hspace{1.1em}}\,\%$.
Corrigé
$\text{PGF} = 2,5 - (1,0 + 0,8) = 0,7\,\%$.
2. Remplis le tableau en associant chaque type de capital à l'exemple correspondant :
Type de capitalExemple
Capital physique
Capital technologique
Capital humain

Exemples : a) Un brevet sur un nouveau moteur ; b) Une année d'études supplémentaire ; c) Une machine-outil.
Corrigé
Capital physique : c) Une machine-outil ; Capital technologique : a) Un brevet ; Capital humain : b) Une année d'études.
3. En 2000, le PIB en volume était de 800 milliards. En 2001, il est de 816. Calcule le taux de croissance avec la méthode pas à pas :
1. Variation = milliards.
2. Taux = \frac{}{} \times 100 = \,\%.
Corrigé
1. Variation = 16 milliards. 2. Taux = 16/800 * 100 = 2 %.

Cinq petits exos qui se ressemblent pour maîtriser le calcul du taux de croissance. Tu vas voir, à la fin ce sera un réflexe !

Rappel express

La formule est toujours : $Taux = \frac{V_f - V_i}{V_i} \times 100$.

À toi de jouer

1. Le PIB en volume d'un pays est de 1000 milliards en 2010 et de 1050 milliards en 2011. Remplis les trous : $Taux = \frac{\underline{\hspace{1.1em}} - \underline{\hspace{1.1em}}}{\underline{\hspace{1.1em}}} \times 100 = \underline{\hspace{1.1em}}\,\%$.
Corrigé
$Taux = \frac{1050 - 1000}{1000} \times 100 = 5\,\%$.
2. Le PIB en volume d'un pays est de 2000 milliards en 2005 et de 2100 milliards en 2006. Remplis les trous : $Taux = \frac{\underline{\hspace{1.1em}} - \underline{\hspace{1.1em}}}{\underline{\hspace{1.1em}}} \times 100 = \underline{\hspace{1.1em}}\,\%$.
Corrigé
$Taux = \frac{2100 - 2000}{2000} \times 100 = 5\,\%$.
3. Le PIB en volume d'un pays est de 500 milliards en 2012 et de 530 milliards en 2013. Remplis les trous : $Taux = \frac{\underline{\hspace{1.1em}} - \underline{\hspace{1.1em}}}{\underline{\hspace{1.1em}}} \times 100 = \underline{\hspace{1.1em}}\,\%$.
Corrigé
$Taux = \frac{530 - 500}{500} \times 100 = 6\,\%$.
4. Le PIB en volume d'un pays est de 1500 milliards en 2014 et de 1620 milliards en 2015. Remplis les trous : $Taux = \frac{\underline{\hspace{1.1em}} - \underline{\hspace{1.1em}}}{\underline{\hspace{1.1em}}} \times 100 = \underline{\hspace{1.1em}}\,\%$.
Corrigé
$Taux = \frac{1620 - 1500}{1500} \times 100 = 8\,\%$.
5. Le PIB en volume d'un pays est de 800 milliards en 2018 et de 840 milliards en 2019. Remplis les trous : $Taux = \frac{\underline{\hspace{1.1em}} - \underline{\hspace{1.1em}}}{\underline{\hspace{1.1em}}} \times 100 = \underline{\hspace{1.1em}}\,\%$.
Corrigé
$Taux = \frac{840 - 800}{800} \times 100 = 5\,\%$.

Place au niveau attendu ! Tu vas manier des données, interpréter la part de la PGF, et réfléchir aux défis que pose la croissance. Let's go.

Les défis de la croissance

Si la croissance améliore le niveau de vie moyen, elle présente plusieurs défis :
Défi environnemental : la production s'accompagne d'émissions de gaz à effet de serre et d'épuisement des ressources, ce qui menace la soutenabilité.
Défi social : la croissance ne réduit pas automatiquement les inégalités de revenus ; les gains peuvent être captés par une minorité.
Défi de la mesure : le PIB ne dit rien du bien-être, de la santé ou de l'éducation. D'autres indicateurs comme l'IDH (indice de développement humain) sont proposés.
Ces défis obligent à repenser les modèles de croissance (croissance verte, inclusive, etc.).

À toi de jouer

1. Voici l'évolution du PIB/habitant et des émissions de CO2 par habitant en France entre 1990 et 2019 :
AnnéePIB/hab (€, volume)CO2/hab (tonnes)
199020 0009,0
201930 0004,5

1. Calcule le taux de croissance annuel moyen du PIB/hab sur la période.
2. Calcule le taux d'évolution des émissions de CO2/hab.
3. Comment expliquer que les émissions baissent alors que le PIB augmente ?
Corrigé
1. Taux annuel moyen : (30 000/20 000)^(1/29) - 1 ≈ 1,4 %.
2. (4,5 - 9)/9 = -50 % sur 29 ans, soit environ -1,7 % par an.
3. Progrès technique (énergies renouvelables, efficacité énergétique), désindustrialisation partielle, politiques environnementales.
2. Distinguer croissance extensive et intensive. Pour chaque proposition, indique s'il s'agit plutôt de l'une ou de l'autre, en justifiant en une phrase.
a) Une entreprise double son nombre de salariés et voit sa production doubler exactement.
b) Après une réorganisation du travail, la production augmente de 10 % sans embauche supplémentaire.
c) Un pays construit massivement des routes et des ponts, ce qui augmente le stock de capital de 20 % et le PIB de 20 %.
Corrigé
a) Extensive : les facteurs augmentent dans la même proportion que la production, pas de gain de productivité.
b) Intensive : la même quantité de travail produit plus, ce qui traduit un gain de productivité.
c) Extensive : l'augmentation du PIB provient de l'accumulation de capital sans progrès technique.
3. Cite la phrase célèbre de Schumpeter et explique-la : « Le processus de destruction créatrice est le fait essentiel du capitalisme. »
Corrigé
L'innovation crée de nouveaux secteurs (création) mais en détruit d'anciens (destruction), ce qui constitue le moteur de la croissance capitaliste. Exemple : l'automobile a supplanté la calèche.
4. Un pays enregistre une croissance du PIB de 3,5 % en 2022. La contribution du travail est de +1,2 %, celle du capital de +0,9 %. Calcule la contribution de la PGF. Quel rôle a-t-elle joué ?
Corrigé
PGF = 3,5 - (1,2 + 0,9) = 1,4 point de pourcentage. La PGF explique une part importante de la croissance, il s'agit donc d'une croissance plutôt intensive.

Tu maîtrises le programme, voyons ce qui t'attend l'an prochain dans le supérieur : croissance endogène, capital humain, et la grande question de la soutenabilité.

Au-delà de Solow : les théories de la croissance endogène

Contrairement à Solow qui voyait le progrès technique comme « tombé du ciel », les théories de la croissance endogène (Paul Romer, Robert Lucas) l'expliquent par les décisions des agents : investir en R&D, en éducation. La croissance s'auto-entretient grâce aux externalités positives de la connaissance. Le capital humain devient un facteur central. Les politiques publiques (subventions à la R&D, éducation) ont alors un impact durable sur le taux de croissance à long terme.

Vers une croissance soutenable

Les limites écologiques imposent de repenser la croissance. Peut-on avoir une croissance « verte » ? Les économistes étudient la possibilité d'un découplage entre PIB et empreinte environnementale, et proposent des indicateurs alternatifs (PIB vert, empreinte écologique, BNB – Bonheur National Brut). Ces réflexions sont au cœur des débats contemporains et des modèles macroéconomiques avec contrainte environnementale.

À toi de jouer

1. Modélisation très simplifiée : on suppose que le taux de croissance g d'une économie dépend des dépenses de R&D (en % du PIB) selon : $g = 0,5 \times r + 1,2$, où r est le taux d'investissement en R&D.
1. Si r = 2,5 %, quel est le taux de croissance ?
2. Comment interpréter le coefficient 0,5 ?
3. Que se passe-t-il si on double r ?
4. Selon ce modèle, la croissance peut-elle être négative ? Explique.
Corrigé
1. g = 0,5 × 2,5 + 1,2 = 2,45 %.
2. Chaque point de pourcentage de R&D supplémentaire augmente la croissance de 0,5 point.
3. r = 5 %, g = 0,5 × 5 + 1,2 = 3,7 %.
4. Non, car même avec r = 0, g = 1,2 % > 0 : il existe un socle de croissance exogène non expliqué par la R&D.
2. Compare les rôles de l'État dans la théorie de Solow (sans intervention sur le progrès technique) et dans la théorie de la croissance endogène. Quelles politiques publiques peuvent favoriser la croissance à long terme selon Romer ?
Corrigé
Chez Solow, l'État peut favoriser l'accumulation du capital (investissement), mais le progrès technique est exogène, donc la croissance de long terme dépend surtout de facteurs non contrôlés.
Chez Romer, l'État peut stimuler directement l'innovation (subventions R&D, protection de la propriété intellectuelle, éducation) et ainsi augmenter durablement le taux de croissance à long terme. Exemple : aides à la recherche fondamentale.