Pas de panique. Même sans avoir suivi le cours, on va te donner l'essentiel en un rien de temps. Et accroche-toi : tu vas voir que les notions de 1ère sur la déviance (si, si, les processus sociaux qui contribuent à la déviance) te seront bien utiles pour comprendre pourquoi certaines formes d'emploi peuvent marginaliser. Allez, c'est parti.
1. Rappel : exclusion de l'emploi et déviance
En 1ère, tu as vu que la déviance est le résultat d'un processus d'étiquetage et de stigmatisation. Une personne s'écarte des normes sociales en vigueur et peut être désignée comme déviante. Dans nos sociétés, avoir un emploi stable (un CDI) est une norme forte. Ceux qui en sont privés (chômeurs, précaires) subissent souvent une stigmatisation qui peut renforcer leur marginalisation et même favoriser des comportements déviants. Ainsi, les mutations de l'emploi que nous allons étudier (précarisation, ubérisation) accroissent les risques d'exclusion et de déviance.
2. Travail vs Emploi : les deux visages de l'activité
Le travail est l'activité de production de biens et de services, qu'elle soit rémunérée ou non (ex : bénévolat, travail domestique). L'emploi désigne le cadre juridique et social du travail : un statut, un contrat, une rémunération et des droits associés (ex : CDI, CDD).
3. En bref : précarisation et ubérisation
Précarisation : développement des emplois instables (CDD, intérim, temps partiel subi), qui offrent peu de garanties de durée et exposent le salarié à la perte d'emploi.
Ubérisation : organisation du travail par des plateformes numériques (type Uber, Deliveroo) qui mettent en relation des prestataires indépendants et des clients, contournant ainsi le salariat traditionnel et ses protections.
À toi de jouer
a) Un bénévole effectue un , mais n'a pas d'.
b) Dans notre société, le CDI est la d'emploi. Ne pas y avoir accès peut mener à une stigmatisation et éventuellement à la .
Corrigé
b) norme, déviance.
a) Justine livre des repas via une application, sans contrat de travail : c'est de l'.
b) Un salarié enchaîne les CDD de courte durée : c'est de la .
Corrigé
b) précarisation.
Corrigé
Ah, la mémoire revient ! On va remettre de l'ordre dans les idées : la norme d'emploi, les contrats précaires, l'ubérisation... On te redonne le cours avec méthode, et ensuite on applique.
1. La norme d'emploi : le modèle salarial fordiste
Au cours du XXe siècle, le CDI à temps plein est devenu la forme de référence de l'emploi salarié (norme d'emploi). Ce contrat offre stabilité et protections : droit du travail, assurance chômage, retraite. On parle de salariat pour désigner cette relation d'emploi impliquant un lien de subordination à un employeur, en échange d'un salaire.
2. La précarisation et les formes particulières d'emploi (FPE)
La précarité de l'emploi se caractérise par l'incertitude sur la durée de l'emploi et le risque élevé de perte d'emploi. Les formes particulières d'emploi (FPE) désignent les contrats différents du CDI à temps plein :
- CDD (contrat à durée déterminée) : durée limitée
- Intérim : salarié employé par une agence pour des missions temporaires
- Temps partiel : souvent subi (on voudrait travailler plus)
3. L'ubérisation : quand les plateformes bousculent le salariat
L'ubérisation (terme issu d'Uber) désigne le modèle où des plateformes numériques mettent en relation des prestataires et des clients. Les travailleurs sont le plus souvent juridiquement des indépendants (auto-entrepreneurs) et non des salariés. Ils ne bénéficient donc pas des mêmes protections (pas de CDI, pas d'assurance chômage, pas de congés payés). Ce phénomène interroge les frontières classiques entre travail salarié et travail indépendant.
À toi de jouer
a) Paul travaille dans la même entreprise depuis 8 ans, il a un contrat sans limitation de durée. →
b) Léa est embauchée pour une mission de 4 mois afin de remplacer un congé maternité. →
c) Sofiane est inscrit sur une application de livraison, il choisit ses horaires, pas de contrat de travail. →
d) Karim est employé par une agence Manpower et effectue des missions de courte durée dans plusieurs usines. →
Corrigé
b) CDD
c) travailleur de plateforme
d) intérim
La de l'emploi désigne l'instabilité et l'incertitude. La norme d'emploi est le à temps plein. Les et l'intérim sont des formes d'emploi précaires. L' constitue une autre mutation : des travailleurs juridiquement indépendants sont en réalité dépendants économiquement des plateformes, ce qui remet en cause les frontières du traditionnel.
Corrigé
Maintenant, on muscle la reconnaissance ! Cinq mini-cas, une seule question à chaque fois : précarisation ou ubérisation ? Tu vas y arriver les yeux fermés.
À toi de jouer
Corrigé
Corrigé
Corrigé
Corrigé
Corrigé
Place au vrai. Voici des exercices type contrôle, avec des documents, de l'analyse. Ce que tu viens de réviser te permettra de briller. Accroche ta ceinture.
Pour t'aider : la polarisation des emplois
On observe une polarisation des emplois : croissance des emplois très qualifiés (cadres, ingénieurs) et des emplois peu qualifiés (services à la personne, livraison), tandis que les emplois intermédiaires (techniciens, ouvriers qualifiés) déclinent. Cela s'explique en partie par le progrès technique et l'automatisation qui remplacent les tâches routinières. Cette polarisation est souvent associée à une dégradation de la qualité de l'emploi pour les moins qualifiés, qui se retrouvent dans le segment secondaire.
À toi de jouer
Le tableau ci-dessous donne la répartition des salariés selon le type de contrat en France en 2020 (données INSEE simplifiées).
CDI : 85 %
CDD : 10 %
Intérim : 2 %
Apprentissage : 3 %
a) Rappelez la définition de la norme d'emploi. (1 point)
b) Décrivez la part des emplois stables et précaires à l'aide des données. (2 points)
c) En quoi le développement des CDD et de l'intérim traduit-il une précarisation de l'emploi ? (2 points)
Corrigé
b) Les emplois stables (CDI) représentent 85 % des salariés, tandis que les formes précaires (CDD et intérim) représentent 12 % (10+2). On note que la norme d'emploi reste majoritaire, mais qu'une part non négligeable (12 %) est dans des emplois instables.
c) Le développement des CDD et de l'intérim multiplie les situations où les salariés n'ont pas de garantie de durée, pas de visibilité sur leur avenir professionnel, et souvent moins de protections sociales. Cela crée une insécurité de l'emploi et fragmente le marché du travail en un segment primaire (stable) et secondaire (précaire), ce qui est au cœur du phénomène de précarisation.
« Julie, 28 ans, est livreuse pour une plateforme de repas. Chaque matin, elle se connecte à l'application et reçoit des commandes. Elle est payée à la course (5 euros par livraison). Elle n'a pas de contrat de travail, pas de congés payés, pas de couverture en cas d'accident. Elle travaille souvent le soir et les week-ends. Elle aimerait avoir une protection sociale, mais l'entreprise la considère comme une partenaire indépendante. »
a) Identifiez le type de mutation de l'emploi décrit ici. Justifiez. (1 point)
b) Expliquez pourquoi ce type d'emploi pose problème du point de vue de la protection sociale des travailleurs. (2 points)
c) En quoi peut-on dire que ce système remet en cause le modèle salarial traditionnel ? (2 points)
Corrigé
b) Étant juridiquement indépendante, Julie ne bénéficie pas des protections attachées au salariat : pas d'assurance chômage, pas de congés payés, pas de couverture accident du travail, pas de cotisation retraite. Cela la rend très vulnérable.
c) Le modèle salarial traditionnel repose sur le lien de subordination, le contrat de travail et les protections collectives. Ici, la plateforme contourne ce modèle en faisant appel à des indépendants qui supportent seuls les risques. On assiste à une externalisation des risques vers le travailleur.
« Entre 1990 et 2020, la part des ouvriers qualifiés dans l'emploi total est passée de 15 % à 10 %, tandis que celle des cadres progressait de 8 % à 18 % et celle des employés de services (aide à la personne, nettoyage) de 12 % à 16 %. »
a) Qu'est-ce que la polarisation des emplois ? (1 point)
b) En quoi ces données illustrent-elles la polarisation ? (2 points)
c) Proposez une explication à ce phénomène. (2 points)
Corrigé
b) Ici, les cadres (très qualifiés) et les employés de services (peu qualifiés) voient leur part augmenter, tandis que les ouvriers qualifiés (emploi intermédiaire) diminuent : on a donc une croissance aux deux extrémités et un déclin au milieu, ce qui est typique de la polarisation.
c) Explication : le progrès technique (automatisation, numérisation) remplace les tâches routinières souvent effectuées par les ouvriers qualifiés, tandis qu'il crée des emplois de conception pour les très qualifiés et que les services à la personne (peu qualifiés) sont protégés de l'automatisation car ils nécessitent du contact humain.
Expliquez à l'aide de l'exemple d'un jeune peu diplômé et d'un cadre expérimenté comment la segmentation du marché du travail peut générer des inégalités. Vous utiliserez les notions de segment primaire et secondaire. (5 points)
Corrigé
Tu as déjà une longueur d'avance. Ces exercices un peu plus corsés te feront réfléchir comme en prépa ou en licence, et tu vas utiliser des notions qui seront approfondies l'an prochain : politiques sociales, justice sociale, flexicurité... Prêt à faire bouger les lignes ?
À toi de jouer
« L'économiste Pierre Cahuc propose d'étendre l'assurance chômage aux travailleurs indépendants, y compris ceux des plateformes. Il suggère de créer un 'droit à la formation' transférable d'une plateforme à l'autre. »
a) En quoi cette proposition pourrait-elle réduire les inégalités liées à la segmentation du marché du travail ? (3 points)
b) Selon vous, cette mesure est-elle compatible avec l'idée de justice sociale (au sens de Rawls par exemple, qui prône l'égalité des chances) ? Justifiez. (3 points)
Corrigé
b) Pour Rawls, une société juste doit garantir l'égalité des chances et améliorer le sort des plus défavorisés (principe de différence). Offrir une protection sociale aux travailleurs de plateformes, qui sont parmi les plus vulnérables, peut être vu comme une mesure de justice sociale : on leur donne des droits qu'ils n'avaient pas, ce qui peut égaliser les conditions de départ. Cependant, d'autres conceptions de la justice (libérale) pourraient estimer que cela entrave la liberté contractuelle. L'élève est invité à discuter ces aspects.
Le Danemark pratique la 'flexicurité' : marché du travail flexible (embauche/licenciement aisés) mais avec une indemnisation chômage généreuse et une politique active de formation. En cours d'année prochaine, tu étudieras les politiques économiques européennes.
a) Expliquez en quoi la flexicurité pourrait répondre aux défis de la précarisation et de l'ubérisation. (3 points)
b) Quels obstacles pourraient rencontrer des pays comme la France pour adopter un tel système ? (3 points)
Corrigé
b) Obstacles : le modèle danois repose sur un fort taux de syndicalisation et un dialogue social solide, moins présent en France. De plus, cela nécessite des finances publiques robustes et une acceptation politique d'une flexibilité accrue, ce qui peut être difficile dans un pays attaché au CDI comme pilier. Les rigidités du code du travail pourraient freiner la mise en place, et des réticences culturelles existent.