Tu découvres le commentaire aujourd'hui et le contrôle approche. Pas de panique, on va te donner l'essentiel pour être fonctionnel rapidement. On commence par les indispensables : les outils de la poésie, car ton commentaire portera sur un poème. Ensuite, on verra ce qu'est un commentaire et comment l'aborder.
1. Qu'est-ce qu'un commentaire ?
Le commentaire de texte est un exercice écrit qui consiste à analyser un texte littéraire et à montrer comment il produit du sens et des effets sur le lecteur. On ne fait pas : résumer, donner son avis non justifié, paraphraser (répéter le texte avec d'autres mots). On articule toujours le fond (ce qui est dit) et la forme (comment c'est dit).
2. Les outils poétiques de base
En poésie, on prête attention à :
- La versification : compter les syllabes d'un vers (ne pas prononcer le 'e' muet en fin de vers). Un alexandrin = 12 syllabes, un décasyllabe = 10 syllabes, un octosyllabe = 8 syllabes.
- Les rimes : plates (AABB), croisées (ABAB), embrassées (ABBA).
- Les figures de style : la comparaison (avec 'comme', 'tel que'), la métaphore (sans mot-outil), la personnification (on prête des traits humains à une chose), l'anaphore (répétition d'un mot en début de phrase ou de vers).
À toi de jouer
1. Complète la définition du commentaire en utilisant les mots suivants : analyser, sens, paraphraser, justifier. Le commentaire consiste à un texte littéraire pour montrer comment il produit du . On ne doit ni résumer, ni donner son avis sans le , ni .
Corrigé
Le commentaire consiste à analyser un texte littéraire pour montrer comment il produit du sens. On ne doit ni résumer, ni donner son avis sans le justifier, ni paraphraser.
2. Relie chaque type de vers à son nombre de syllabes : 1) Alexandrin ; 2) Décasyllabe ; 3) Octosyllabe. Combres : a) 8 syllabes, b) 10 syllabes, c) 12 syllabes. Complète : Un alexandrin a syllabes, un décasyllabe syllabes, un octosyllabe syllabes.
Corrigé
Un alexandrin a 12 syllabes, un décasyllabe 10 syllabes, un octosyllabe 8 syllabes.
3. Voici un vers de Ronsard : « Mignonne, allons voir si la rose ». Reconnais la figure de style : on s'adresse à la rose comme si c'était une personne. C'est une .
Corrigé
C'est une personnification.
Tu te souviens de ces notions, maintenant on va les réactiver et surtout voir la méthode pas à pas pour écrire un commentaire. On va s'entraîner à repérer les procédés et à les interpréter, puis à organiser tes idées.
1. Analyser le texte au brouillon
Lis plusieurs fois le texte et le paratexte (auteur, date...). Identifie le genre (poème en vers ? forme fixe ?) et le thème. Puis souligne les procédés d'écriture : champs lexicaux, figures de style, versification. Pour chaque procédé, essaie de lui donner un sens : quel effet cela crée-t-il ?
2. Organiser son plan
Regroupe tes remarques en deux ou trois grandes parties, qui seront les axes d'analyse. Chaque partie a des sous-parties. Exige-toi que chaque idée soit justifiée par une citation du texte. Ton plan doit répondre à une problématique, une question directrice que tu auras choisie.
3. Rédiger l'introduction, le développement et la conclusion
L'introduction comprend : une amorce (phrase d'entrée en matière), la présentation du texte (auteur, titre, genre), la problématique, et l'annonce du plan. Le développement suit ton plan, chaque paragraphe respectant la structure : affirmation → citation → interprétation. La conclusion dresse un bilan de l'analyse et propose une ouverture (piste vers un autre texte ou une autre réflexion).
À toi de jouer
1. Lis ce quatrain de Louise Labé (XVI°) : « Baise m'encor, rebaise-moy et baise, / Donne m'en un de tes plus savoureux, / Donne m'en un de tes plus amoureux : / Je t'en rendray quatre plus chauds que braise. » 1) Compte les syllabes de chaque vers. Le premier vers a syllabes, le deuxième , le troisième , le quatrième . De quel type de vers s'agit-il ? (alexandrin/décasyllabe/octosyllabe) 2) Repère une figure : « Donne m'en un... » répété au début des vers 2 et 3, c'est une . Propose une interprétation : cette répétition met en valeur .
Corrigé
1) 10 syllabes pour chaque vers, décasyllabe. 2) anaphore. Interprétation : l'insistance du désir amoureux, la supplication.
2. Ébauche un plan pour ce quatrain. Problématique : « Comment la poétesse exprime-t-elle son désir ? » Complète le plan à trous :
I. L'expression hyperbolique du désir :
1. La répétition du verbe « » crée un effet de supplication.
II. Une promesse sensuelle :
2. La métaphore « plus chauds que braise » traduit un désir .
Corrigé
I.1. « baise » (ou « donne »). II.2. ardent / intense.
3. Rédige l'introduction de ce quatrain en complétant les blancs :
« Louise Labé, poétesse de la Renaissance, célèbre la passion dans ses sonnets. Dans l'extrait étudié, elle s'adresse à son amant avec ardeur. Problématique : ? Nous verrons d'abord comment le désir s'amplifie, puis la dimension sensuelle de cette déclaration. »
Corrigé
Problématique possible : « Comment la poétesse exprime-t-elle son désir amoureux de manière pressante ? »
On muscle ton œil d'analyste avec cinq mini-exercices presque identiques. Le but : répéter pour que devienne automatique le repérage des syllabes, des rimes et des figures. Ça va tout seul.
À toi de jouer
1. Observe ce quatrain de Ronsard : « Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, / Assise auprès du feu, dévidant et filant, / Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant : / Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. »
1) Compte les syllabes du premier vers : syllabes. C'est un (alexandrin/décasyllabe/octosyllabe).
2) La disposition des rimes est : (plates/croisées/embrassées). Les mots qui riment sont et .
Corrigé
1) 12 syllabes, alexandrin. 2) embrassées, chandelle et belle.
2. Observe ce quatrain de Du Bellay : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, / Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, / Et puis est retourné, plein d'usage et raison, / Vivre entre ses parents le reste de son âge ! »
1) Compte les syllabes du premier vers : syllabes. C'est un .
2) La disposition des rimes est : . Les mots qui riment sont et .
Corrigé
1) 12 syllabes, alexandrin. 2) croisées, voyage et âge (ou raison et toison, selon le couplet).
3. Observe ces deux vers de La Fontaine : « Maître Corbeau, sur un arbre perché, / Tenait en son bec un fromage. »
1) Compte les syllabes du premier vers : syllabes. C'est un .
2) La disposition des rimes avec le vers suivant est : . Les mots qui riment sont et .
Corrigé
1) 8 syllabes, octosyllabe. 2) plates, perché et fromage (rime approximative, mais on l'admettra).
4. Observe ce distique de Marbeuf : « Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage, / Et la mer est amère, et l'amour est amer. »
1) Compte les syllabes du premier vers : syllabes. C'est un .
2) La figure qui rapproche la mer et l'amour sans mot-outil est une .
Corrigé
1) 12 syllabes, alexandrin. 2) métaphore.
5. Observe ce vers de Racine : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue »
1) Compte les syllabes : syllabes. C'est un .
2) La figure répétant « je » en début de proposition est une .
Corrigé
1) 12 syllabes, alexandrin. 2) anaphore.
Tu es prêt à construire un vrai commentaire. On va faire comme à l'examen : analyser un poème complet, bâtir un plan et rédiger des morceaux de paragraphes. Cette fois, c'est sans filet (ou presque) : tu devras écrire des réponses plus ouvertes.
À toi de jouer
1. Lis le poème de Ronsard, « Quand vous serez bien vieille » (Sonnets pour Hélène, 1578) :
« Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.
Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre et fantôme sans os :
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie. »
1) Propose une problématique adaptée à ce sonnet. 2) Élabore un plan détaillé en deux grandes parties, avec deux sous-parties pour chaque. 3) Rédige l'introduction complète. 4) Rédige un paragraphe d'analyse sur les sonorités dans le premier quatrain. 5) Rédige la conclusion.
Corrigé
1) Problématique possible : « Comment Ronsard fait-il l'éloge d'Hélène tout en lui délivrant une leçon de vie ? »
2) Plan :
I. L'évocation saisissante de la vieillesse
1. Un tableau réaliste et prosaïque (le quotidien de la vieille femme)
2. La dramatisation par la mort du poète
II. Le carpe diem et l'éloge de la beauté
1. La leçon profane (profiter de la vie)
2. La célébration poétique (l'immortalité par la poésie)
3) Introduction rédigée :
« Au XVIe siècle, la poésie de la Pléiade renouvelle le lyrisme amoureux. Dans le recueil 'Sonnets pour Hélène', Ronsard adresse ce poème à la jeune Hélène pour la séduire tout en lui rappelant la fuite du temps. Le sonnet 'Quand vous serez bien vieille' met en scène une projection de la belle en vieille femme, et lui adresse une leçon épicurienne. Nous verrons comment le poète construit un tableau réaliste de la vieillesse pour mieux exalter la jeunesse et l'amour. Nous étudierons d'abord la force évocatoire de la vieillesse, puis le message du carpe diem. »
4) Paragraphe sur les sonorités :
« Dans le premier quatrain, les sonorités créent une atmosphère douce et mélancolique. L'allitération en [l] (vieille, chandelle, filant, belle) enveloppe la scène d'une lumière tremblante, tandis que les rimes embrassées (chandelle/belle) unifient le souvenir et la fuite du temps. Les assonances en [ã] (attendant, filant, émerveillant) allongent le rythme et miment l'attente indéfinie. Ainsi, la musique des sons prépare l'évocation nostalgique de la beauté perdue. »
5) Conclusion rédigée :
« Pour conclure, Ronsard mêle habilement le macabre et le tendre : la vision de la vieille Hélène répond au lieu commun du tempus fugit, mais le poète sauve sa dame par la célébration poétique. Ce sonnet n'est pas qu'un avertissement, c'est aussi un hommage vibrant à l'amour. On peut rapprocher cette leçon de vie de celle d'Horace dans ses Odes, ou du 'Mignonne, allons voir si la rose' du même Ronsard. »
Tu dépasses les attendus : on va vers plus de finesse d'analyse et on jette un coup d'œil à ce qui t'attend au bac. Objectif : tu vas produire un commentaire presque complet ou critiquer celui d'un autre.
À toi de jouer
1. Voici deux paragraphes de commentaire sur le premier quatrain de Ronsard. Identifie lequel est le meilleur et explique pourquoi en rédigeant quelques lignes.
Paragraphe A : « Dans ce quatrain, le poète imagine Hélène vieille, assise au coin du feu. Il dit qu'elle sera émerveillée en chantant ses vers. C'est une scène triste qui montre le temps qui passe. »
Paragraphe B : « Le tableau familier de la vieillesse, avec la chandelle et le feu, ancre le poème dans un quotidien prosaïque. Or, ce réalisme contraste avec le motif de l'émerveillement : les vers du poète transforment la scène en célébration. L'antithèse entre l'usure du corps et l'éclat de la poésie confère à l'ensemble une tonalité douce-amère. »
Quel paragraphe est le meilleur ? Pourquoi ?
Corrigé
Le paragraphe B est meilleur car il ne se contente pas de résumer : il analyse les procédés (contraste, antithèse) et leur effet. Il interprète le texte au lieu de le paraphraser. Le paragraphe A reste descriptif et superficiel.
2. Pour te préparer à la première, lis ce poème en prose de Baudelaire, « L'Étranger » (Le Spleen de Paris, 1869) :
« – Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
– Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J'ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L'or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J'aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! »
En adaptant la méthode du commentaire, propose un plan en trois parties accompagné d'une problématique. Rédige ensuite l'introduction.
Corrigé
Problématique : « Comment ce poème en prose exprime-t-il le refus des attachements terrestres pour célébrer un idéal inaccessible ? »
Plan :
I. Un dialogue révélateur d'une marginalité délibérée (rejet des liens familiaux, amicaux, nationaux)
II. La quête d'une beauté idéale (« déesse et immortelle »)
III. La fascination pour le mouvement et l'éphémère (les nuages, symbole d'un rêve insaisissable)
Introduction : « Dans 'Le Spleen de Paris', Baudelaire invente le poème en prose pour saisir la modernité urbaine. 'L'Étranger' est un court dialogue qui met en scène un personnage hors-norme, rejetant toutes les valeurs communes. Quel est cet étranger qui n'aime que les nuages ? Nous verrons d'abord comment le poème exprime une rupture radicale, puis la recherche d'un idéal, avant d'explorer la rêverie comme ultime refuge. »
3. Auto-évaluation : relis ce début de commentaire composé par un élève de seconde sur le poème de Ronsard. Corrige-le en annotant les erreurs et en proposant des améliorations (problématique absente, paraphrase, manque d'analyse...).
« Ce poème parle d'une femme qui devient vieille. Ronsard lui dit qu'elle sera vieille et qu'elle va mourir. Il utilise des rimes. Il dit 'Quand vous serez bien vieille' pour montrer que tout le monde vieillit. C'est triste. »
Corrigé
Erreurs : pas de problématique, paraphrase sans analyse, confusion entre fond et forme. Améliorations : formuler une problématique (Quel message Ronsard adresse-t-il à Hélène ?), analyser les images, le rythme, l'arrogance du ton, etc.