Français · 2nde

Versification : mètre, rimes, enjambement, césure

Tu découvres à peine que la poésie existe et on te parle de versification. Pas de panique, on va droit au but : compter des syllabes, nommer des vers, entendre des rimes. Chausse vite ces trois bottes, et tu pourras déjà te débrouiller pour le contrôle.

Compter les syllabes, c’est la base

Un vers est une ligne de poésie. Le mètre est le nombre de syllabes que contient un vers. Pour compter les syllabes d’un vers, on utilise quelques règles simples :

  • On coupe chaque mot en syllabes à l’oral.
  • Le e muet à la fin d’un mot se prononce (et compte comme une syllabe) si le mot suivant commence par une consonne. Il ne se prononce pas devant une voyelle ou en fin de vers.
  • On sépare les syllabes par des barres obliques ( / ) pour les visualiser.

Exemple : « Je / le / vis, / je / rou / gis, / je / pâ / lis / à / sa / vue » → 12 syllabes.

Les mètres principaux

On donne un nom au vers selon son nombre de syllabes :

  • Alexandrin : 12 syllabes (le plus fréquent en poésie classique)
  • Décasyllabe : 10 syllabes
  • Octosyllabe : 8 syllabes

D’autres existent, mais ces trois-là sont les rois du programme.

La rime

Deux vers riment quand ils se terminent par le même son vocalique (et consonantique si présents). Exemple : « beauté » et « clarté » riment car les deux finissent par le son /e/.

À toi de jouer

1. Voici un vers de Racine, déjà découpé en syllabes. Complète le nombre de syllabes et le nom du mètre : « Je / le / vis, / je / rou / gis, / je / pâ / lis / à / sa / vue » Nombre de syllabes : Mètre :
Corrigé
Nombre de syllabes : 12 Mètre : alexandrin
2. Les mots « beauté » et « clarté » riment-ils ? (oui/non). On dit qu’ils forment une .
Corrigé
oui rime
3. Écris un vers de 10 syllabes (décasyllabe) sur le thème de ton choix. Tu peux t’aider en comptant sur tes doigts.
Corrigé
Plusieurs réponses possibles. Exemple : « Dans le jardin, les roses ont fleuri » (Dan/s/le/jar/din/les/ro/ses/ont/fleu/ri → 10 syllabes).

Le mot 'alexandrin' te rappelle quelque chose... Oui, c'est ça ! Et cette coupe au milieu, la césure, et puis les rimes qui se croisent ou s'embrassent... On reprend tout, calmement, avec méthode. Tu vas voir, c'est comme un puzzle.

La césure dans l’alexandrin

Dans un alexandrin classique, on trouve une pause fixe appelée césure, toujours après la 6e syllabe. Le vers est alors coupé en deux moitiés appelées hémistiches de 6 syllabes chacune. On note cette césure par une double barre oblique « // ».

Exemple : « Je le vis, je rougis, // je pâlis à sa vue »

6 syllabes6 syllabes//hémistiche 1hémistiche 2

Les rimes : disposition et richesse

On classe les rimes selon deux critères :

1. La disposition (comment elles s’organisent dans la strophe) :

  • Rimes plates ou suivies : AABB (deux vers qui riment, puis deux autres)
  • Rimes croisées : ABAB (alternance)
  • Rimes embrassées : ABBA (une paire entoure l’autre)

2. La richesse (nombre de sons communs) :

  • Pauvre : un seul son commun (ex : « beau » / « tableau » -> /o/)
  • Suffisante : deux sons communs
  • Riche : trois sons communs ou plus

On distingue aussi rime féminine (terminée par un e muet) et rime masculine (toutes les autres).

Quand la phrase déborde : enjambement, rejet, contre-rejet

Parfois, la phrase ne respecte pas la fin du vers et continue au vers suivant. C’est un enjambement.

  • Enjambement : la phrase « enjambe » la limite du vers sans pause forte.
  • Rejet : un court élément de la phrase est rejeté au début du vers suivant (après une pause à la fin du vers précédent).
  • Contre-rejet : un court élément en fin de vers prépare la suite qui occupe tout le vers suivant.

Exemple : « J’ai longtemps habité sous de vastes portiques / Que les soleils marins teignaient de mille feux. » → enjambement car la relative « Que les soleils… » est rejetée au vers 2.

Méthode : analyser la versification d’un poème

  1. Lire le poème à voix haute pour sentir le rythme.
  2. Compter les syllabes de chaque vers pour identifier le mètre dominant.
  3. Si le vers est un alexandrin, repérer la césure après la 6e syllabe.
  4. Observer les fins de vers : attribuer une lettre à chaque son pour déterminer la disposition des rimes (AABB, ABAB, ABBA).
  5. Pour chaque paire de rimes, compter le nombre de sons communs pour évaluer la richesse.
  6. Repérer les éventuels enjambements, rejets ou contre-rejets.

À toi de jouer

1. Complète le schéma de rimes de ce quatrain : « Dans le jardin, une fleur / Paraissait toute en pleurs / Un papillon volait / Puis soudain s’en allait » Vers 1 se termine par (son) → lettre Vers 2 se termine par → lettre Vers 3 se termine par → lettre Vers 4 se termine par → lettre Schéma global : (AABB, ABAB, ou ABBA).
Corrigé
Vers 1 : fleur (son /œr/) → A Vers 2 : pleurs (son /œr/) → A Vers 3 : volait (son /ɛ/) → B Vers 4 : allait (son /ɛ/) → B Schéma : AABB, rimes plates.
2. Marque la césure dans cet alexandrin en insérant « // » après la 6e syllabe : « Un soir t’en souvient il nous voguions en silence » (sans ponctuation). Écris le vers avec // :
Corrigé
Un soir t’en souvient // il nous voguions en silence
3. Dans la rime « amour » / « jour », le seul son commun est /uʁ/. Cette rime est donc dite (pauvre, suffisante, ou riche).
Corrigé
pauvre
4. Lis ces deux vers de Ronsard : « Comme on voit sur la branche, au mois de Mai, la rose / En sa belle jeunesse, en sa première fleur » (Extrait de « Mignonne, allons voir si la rose… »). Explique pourquoi il y a un enjambement.
Corrigé
La phrase ne s’arrête pas à la fin du premier vers : « la rose / En sa belle jeunesse... » forme un groupe qui dépasse la limite du vers. Le complément « En sa belle jeunesse, en sa première fleur » est rejeté au vers suivant, créant un enjambement.

Cinq fois le même geste : tu comptes, tu nommes. Après ça, les mètres n’auront plus de secret pour toi.

À toi de jouer

1. a. « Je / le / vis, / je / rou / gis, / je / pâ / lis / à / sa / vue » Nombre de syllabes : Mètre :
Corrigé
12 syllabes, alexandrin
2. b. « Je / veux / mou / rir / au / sein / de / la / na / ture » Nombre de syllabes : Mètre :
Corrigé
10 syllabes, décasyllabe
3. c. « Dans / la / nuit / é / ter / nelle / em / por / tés / sans / re / tour » Nombre de syllabes : Mètre :
Corrigé
12 syllabes, alexandrin
4. d. « L'onde / si / claire, / où / le / ciel / se / mire » Nombre de syllabes : Mètre :
Corrigé
8 syllabes, octosyllabe
5. e. « Pour / qui / sont / ces / ser / pents / qui / sif / flent / sur / vos / tê / tes ? » Nombre de syllabes : Mètre :
Corrigé
12 syllabes, alexandrin

Prêt pour l’analyse ? Voici un quatrain de Louise Labé, poétesse du XVIᵉ siècle. Lis-le attentivement, puis réponds aux questions. « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ; J’ai chaud extrême en endurant froidure : La vie m’est et trop molle et trop dure. J’ai grands ennuis entremêlés de joie. » À toi de jouer !

À toi de jouer

1. 1. Complète le tableau suivant. Pour chaque vers du quatrain, indique le nombre de syllabes (tu peux compter en les écrivant avec des /). Vers 1 : « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie » -> syllabes Vers 2 : « J’ai chaud extrême en endurant froidure » -> syllabes Vers 3 : « La vie m’est et trop molle et trop dure » -> syllabes Vers 4 : « J’ai grands ennuis entremêlés de joie » -> syllabes Tous les vers ont le même nombre de syllabes, c’est donc un poème en (mètre).
Corrigé
Vers 1 : 10 syllabes Vers 2 : 10 syllabes Vers 3 : 10 syllabes Vers 4 : 10 syllabes Mètre : décasyllabe
2. 2. Détermine la disposition des rimes. Utilise les lettres A, B. - Le vers 1 se termine par le son ; on lui attribue la lettre . - Le vers 2 se termine par ; c’est un son (différent/identique) donc lettre . - Le vers 3 se termine par ; ce son rappelle celui du vers 2 ? (oui/non) donc lettre . - Le vers 4 se termine par ; ce son rappelle celui du vers 1 ? (oui/non) donc lettre . Schéma global : (AABB/ABAB/ABBA). Les rimes sont donc (plates/croisées/embrassées).
Corrigé
Vers 1 : « noie » (son /wa/) → A Vers 2 : « froidure » (son /yʀ/) → B Vers 3 : « dure » (son /yʀ/) → B (identique au vers 2) Vers 4 : « joie » (son /wa/) → A (identique au vers 1) Schéma : ABBA, rimes embrassées.
3. 3. Dans un décasyllabe, la césure se place traditionnellement après la 4ᵉ syllabe. Indique la césure dans chaque vers en insérant « // » au bon endroit. Vers 1 : Je vis, je meurs ; // Vers 2 : J’ai chaud extrême // Vers 3 : La vie m’est et // Vers 4 : J’ai grands ennuis //
Corrigé
Vers 1 : Je vis, je meurs ; // je me brûle et me noie Vers 2 : J’ai chaud extrême // en endurant froidure Vers 3 : La vie m’est et // trop molle et trop dure Vers 4 : J’ai grands ennuis // entremêlés de joie
4. 4. a) Quelle est la richesse de la rime « noie »/« joie » ? (pauvre, suffisante, riche) Justifie : b) Même question pour « froidure »/« dure » : c) Y a-t-il un enjambement dans ce quatrain ? (oui/non) car
Corrigé
a) Rime pauvre : un seul son commun (/wa/). b) Rime suffisante : deux sons communs (/yʀ/). c) Non, il n’y a pas d’enjambement car chaque vers correspond à une unité syntaxique autonome.

Place aux poètes du XIXᵉ siècle, qui ont bousculé les règles classiques. Verlaine et ses vers impairs, Apollinaire et son vers libre… Tu vas voir, la versification n’est pas une prison, c’est un terrain de jeu. Et comme tu es maintenant un expert, tu vas même écrire un petit poème avec des contraintes !

À toi de jouer

1. 1. Lis cet extrait de « Zone » de Guillaume Apollinaire (1913). Dans ce poème, Apollinaire abandonne les règles classiques : pas de mètre fixe, pas de rime régulière, pas de césure. « À la fin tu es las de ce monde ancien Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine » a) Le nombre de syllabes par vers est-il régulier ? (oui/non) b) Les rimes sont-elles présentes ? (oui/non) c) Qu’est-ce qui, selon toi, guide le rythme dans ces vers ? (ponctuation, images, souffle…) Réponds en une phrase : d) En quoi ces vers sont-ils différents des alexandrins classiques ? Explique en deux ou trois phrases :
Corrigé
a) Non. b) Non, les vers ne riment pas. c) Le rythme est guidé par les coupes libres, la syntaxe, les répétitions de sons (« las », « là »), et le souffle du lecteur. d) Contrairement à un alexandrin classique (12 syllabes, césure à la 6e, rimes régulières), ces vers sont de longueurs variées, sans rimes, sans césure fixe. La poésie moderne laisse plus de liberté au poète.
2. 2. Atelier d’écriture : À ton tour, compose un quatrain en décasyllabes (10 syllabes par vers) sur le thème de l’automne. Respecte les contraintes suivantes : - rimes embrassées (schéma ABBA) - césure après la 4ᵉ syllabe de chaque vers (marque-la par //) - un enjambement du vers 3 au vers 4 (fais en sorte que le vers 3 ne soit pas fini syntaxiquement et se poursuive au vers 4). Écris ton poème ci-dessous :
Corrigé
Proposition (exemple) : « Les feuilles d’or // dansent dans le vent frais Qui les emporte // au loin sur les chemins ; Le ciel se voile // et l’automne serein Effeuille mes // pensers, lourds de secrets. » (Enjambement du vers 3 « serein/Efeuille »).