SVT1reVariation genetique et santeFiche de cours
Résistance aux antibiotiques
Comment les bactéries échappent-elles aux traitements ? Sélection naturelle et transfert de gènes en jeu.
1 L'idée
Les antibiotiques sont des molécules qui bloquent des fonctions vitales des bactéries : synthèse de la paroi cellulaire, des protéines ou de l'ADN. Certaines bactéries possèdent pourtant des mécanismes qui leur permettent de survivre en leur présence : elles sont dites résistantes.
La résistance est un phénomène naturel, mais l'usage excessif ou mal conduit des antibiotiques l'accélère considérablement par sélection naturelle, ce qui constitue une menace sanitaire mondiale.
2 Les mécanismes de résistance
- Résistance naturelle (intrinsèque) : certaines espèces sont constitutionnellement insensibles à un antibiotique donné. Exemple : Mycoplasma est dépourvu de paroi cellulaire et est donc naturellement insensible à la pénicilline, qui cible précisément cette paroi.
- Résistance acquise par mutation : une mutation aléatoire du chromosome bactérien peut modifier la cible de l'antibiotique ou activer une pompe d'efflux. Cette mutation est transmise à toutes les cellules filles lors de la reproduction verticale (division).
- Résistance acquise par transfert horizontal de gènes : lors de la conjugaison bactérienne, une bactérie donneuse transfère un plasmide de résistance à une bactérie receveuse via un pont cytoplasmique. Ce plasmide peut coder des enzymes dégradant l'antibiotique (ex : bêta-lactamases) ou des pompes d'efflux. Une bactérie peut ainsi acquérir la résistance à plusieurs antibiotiques en une seule étape.
3 Sélection naturelle dans une population bactérienne
Scénario type — SARM
Dans une population de Staphylococcus aureus, une mutation aléatoire rare confère à quelques individus la résistance à la méticilline.
Dès l'introduction de l'antibiotique, toutes les bactéries sensibles sont éliminées. Les rares bactéries résistantes survivent et se multiplient (une division toutes les ≈ 20 min).
En quelques heures, la population est quasi entièrement composée de bactéries résistantes : la souche SARM (S. aureus résistant à la méticilline) s'est imposée.
Point clé : l'antibiotique n'a pas créé la mutation. Il a sélectionné les individus qui en étaient déjà porteurs.
Méthode — Lire et interpréter un antibiogramme
- Des disques imprégnés d'antibiotiques différents sont déposés sur une boîte de Pétri ensemencée avec la bactérie à tester.
- Après incubation, autour de chaque disque efficace apparaît une zone d'inhibition (halo sans colonies bactériennes).
- Mesurer le diamètre du halo et le comparer aux valeurs seuils du référentiel : la bactérie est classée S (sensible), I (intermédiaire) ou R (résistante).
- Absence totale de halo (diamètre = 0 mm) : bactérie résistante à cet antibiotique. Seuls les antibiotiques de catégorie S peuvent être prescrits.
Erreurs fréquentes
- Les antibiotiques ne créent pas les mutations : ils sélectionnent des mutants déjà présents avant le traitement.
- Les antibiotiques sont sans effet sur les virus (grippe, rhume, COVID-19). Les prescrire inutilement accélère la résistance sans bénéfice thérapeutique.
- Interrompre un traitement trop tôt laisse survivre les bactéries les plus résistantes, qui repeuplent ensuite l'organisme.
- Ce n'est pas le patient qui devient résistant : c'est la bactérie. La résistance est une propriété de la souche bactérienne, pas de l'hôte.