1Compréhension globale/ 4 pts
Lis l'extrait suivant, puis réponds aux questions par des phrases complètes.
« C'était la première fois qu'Émile voyait Paris. Du haut de la butte, la ville s'étendait sous ses yeux comme une mer grise et grondante, percée de clochers et de cheminées qui crachaient leur fumée vers un ciel bas. Il sentit son cœur battre plus vite. Là, dans ce fourmillement humain, l'attendaient peut-être la fortune, la gloire, la vie — cette vraie vie dont il rêvait depuis des années dans son village normand. Mais déjà, en descendant les premières rues, quelque chose se dérobait à lui : la foule qui ne le regardait pas, les façades grises qui l'écrasaient, le bruit continu, sourd et profond, qui ressemblait à une plainte. Paris ne lui souriait pas encore. »
- Qui est Émile ? Quelle situation cet extrait décrit-il ?
- Quels espoirs Émile place-t-il dans Paris ? Relève les mots du texte qui l'indiquent.
- Quels éléments de la ville le déçoivent ou l'inquiètent ? Relève au moins trois exemples précis.
2Champs lexicaux/ 3 pts
Dans le même extrait, repère les deux champs lexicaux opposés qui structurent la vision de la ville.
- Relève trois mots ou expressions appartenant au champ lexical de l'espoir et de la réussite.
- Relève trois mots ou expressions appartenant au champ lexical de la menace ou de l'oppression.
- Que révèle la coexistence de ces deux champs lexicaux sur l'image de la ville dans ce texte ?
3Figures de style/ 4 pts
Identifie et analyse les figures de style suivantes, extraites du texte.
- « comme une mer grise et grondante » — Nomme la figure de style et explique l'effet produit.
- « Paris ne lui souriait pas encore » — Nomme la figure de style et explique l'effet produit.
- « les cheminées qui crachaient leur fumée » — Nomme la figure de style et explique l'effet produit.
- En t'appuyant sur ces trois figures, explique en deux phrases comment l'auteur donne vie à la ville.
4Point de vue narratif/ 3 pts
Analyse le point de vue adopté dans l'extrait.
- Le narrateur est-il à la première ou à la troisième personne ? Donne deux indices textuels.
- Quel point de vue narratif est utilisé (interne, externe ou omniscient) ? Justifie ta réponse avec une citation.
- Quel est l'effet de ce point de vue sur la façon dont le lecteur perçoit la ville ?
5Question d'interprétation — paragraphe rédigé/ 6 pts
Réponds à la question suivante en un paragraphe rédigé d'environ 10 lignes. Appuie chaque idée sur une citation précise du texte entre guillemets.
- En quoi cet extrait illustre-t-il l'idée que la ville est « un lieu de tous les possibles » ? Tu montreras que la ville est à la fois séduisante et décevante.
1Compréhension globale
Q1 \(Situation décrite :\) \(Émile est un jeune homme originaire d'un village normand qui arrive à Paris pour la première fois. L'extrait décrit sa découverte de la capitale vue depuis une hauteur, puis ses premières impressions en descendant dans les rues.\)
Q2 \(Espoirs d'Émile :\) \(Émile espère trouver « la fortune, la gloire, la vie — cette vraie vie dont il rêvait depuis des années ». Ces trois termes montrent qu'il voit Paris comme un espace de réussite matérielle, de reconnaissance et d'accomplissement personnel.\)
Q3 \(Éléments décevants ou inquiétants (au moins trois) :\) \(« la foule qui ne le regardait pas » (indifférence), « les façades grises qui l'écrasaient » (oppression de l'espace), « le bruit continu, sourd et profond, qui ressemblait à une plainte » (atmosphère pesante et sinistre), « Paris ne lui souriait pas encore » (promesses non tenues).\)
2Champs lexicaux
Q1 \(Champ lexical de l'espoir et de la réussite :\) \(« la fortune », « la gloire », « la vie », « son cœur battre plus vite » (anticipation positive). On peut aussi accepter « rêvait ».\)
Q2 \(Champ lexical de la menace et de l'oppression :\) \(« grondante », « crachaient », « une plainte », « l'écrasaient », « se dérobait », « grise » (répété pour qualifier à la fois la mer-ville et les façades).\)
Q3 \(Signification de la coexistence :\) \(La présence simultanée des deux champs lexicaux montre que la ville est un espace fondamentalement ambigu : elle suscite le rêve et l'espoir, mais elle opprime et déçoit dans le même mouvement. C'est l'ambivalence centrale de la ville dans la littérature réaliste du XIXe siècle.\)
3Figures de style
Q1 \(« comme une mer grise et grondante » :\) \(Comparaison (outil : « comme »). Effet : Paris est assimilée à un océan, ce qui souligne son immensité, son caractère imprévisible et dangereux. La ville dépasse et menace l'individu comme une force naturelle incontrôlable.\)
Q2 \(« Paris ne lui souriait pas encore » :\) \(Personnification : Paris est dotée d'une intention humaine (sourire ou refuser de sourire). Effet : la ville devient un personnage à part entière, avec sa propre volonté. Elle accorde ou refuse ses faveurs ; l'individu doit les mériter.\)
Q3 \(« les cheminées qui crachaient leur fumée » :\) \(Personnification (voire métaphore animale) : les cheminées deviennent des êtres qui « crachent », comme des créatures agressives. Effet : la ville industrielle est présentée comme un organisme vivant et hostile.\)
Q4 \(Bilan sur les figures :\) \(Par ces trois figures, l'auteur anime la ville : elle est comparée à une force naturelle (la mer), dotée d'intentions (personnification du sourire) et d'un corps menaçant (les cheminées qui crachent). La ville n'est pas un simple décor — elle est un personnage qui agit sur Émile et oriente son destin.\)
4Point de vue narratif
Q1 \(Narration à la troisième personne.\) \(Indices : le personnage est désigné par son prénom (« Émile ») et le pronom « il » (« Il sentit », « l'attendaient », « l'écrasaient »). Le narrateur ne dit jamais « je ».\)
Q2 \(Point de vue interne (focalisation interne).\) \(Le narrateur donne accès aux pensées et aux sensations d'Émile : « Il sentit son cœur battre plus vite », « l'attendaient peut-être la fortune, la gloire » (espoir subjectif, marqué par « peut-être »). La ville est perçue à travers sa conscience, pas de façon objective.\)
Q3 \(Effet du point de vue interne :\) \(Le point de vue interne crée de l'empathie : le lecteur partage les émotions d'Émile, son espoir puis sa déception. La description de Paris n'est pas objective — elle est colorée par les attentes du personnage, ce qui renforce l'ambivalence de la ville et rend la déception plus saisissante.\)
5Question d'interprétation — paragraphe rédigé
Critères d'évaluation \(Structure attendue : thèse annoncée (la ville comme espace ambigu de possibles), deux temps de développement (séduction puis déception ou limite), conclusion sur la tension. Chaque idée doit être appuyée par une citation. Rédaction soignée, phrases complètes.\) \(Exemple de réponse : Cet extrait illustre l'idée que la ville est « un lieu de tous les possibles » en montrant d'abord la puissance du rêve qu'elle suscite : Émile y projette « la fortune, la gloire, la vie », et « son cœur bat plus vite » à sa vue. La ville incarne une promesse d'accomplissement, une rupture avec la monotonie du village normand. Pourtant, le texte fait aussitôt basculer cet espoir : « quelque chose se dérobait à lui », la foule reste indifférente et « les façades grises l'écrasaient ». La personnification finale — « Paris ne lui souriait pas encore » — suggère que la ville possède sa propre volonté et n'accorde pas facilement ses faveurs. Les « possibles » existent bien, mais ils sont fragiles et conditionnels : la ville offre des chances sans les garantir. C'est cette tension entre désir et réalité qui fait de l'espace urbain le moteur dramatique central de la littérature réaliste du XIXe siècle.\)