Contrôle demain, chapitre jamais ouvert ? Rassure-toi : il n’y a rien à démontrer ici. Il y a trois mots à comprendre — radical, préfixe, suffixe —, deux petites listes à apprendre, et trois notions qui s’accrochent dessus : la dérivation, l’étymologie, le néologisme. Dans l’ordre : l’idée en trois phrases, les huit préfixes, les sept suffixes, la dérivation, l’étymologie, le néologisme, la méthode, les pièges.

L’idée en trois phrases

Un mot est souvent construit à partir d’un radical, le noyau porteur de sens, auquel s’ajoutent des éléments modificateurs.

Un préfixe se place avant le radical : il modifie le sens du mot sans changer sa naturerelire, c’est lire à nouveau. Un suffixe se place après le radical : il peut modifier le sens et il change souvent la nature du mot — chanteur est un nom, « celui qui chante ».

Fabriquer un mot nouveau en ajoutant un préfixe et/ou un suffixe à un radical, cela porte un nom : la dérivation. Tous les mots construits sur un même radical forment une famille de mots.

Les huit préfixes à connaître

Le cours les range en deux familles. Apprends surtout la colonne du milieu : c’est le sens qu’on te demandera.

Préfixes de négation ou d’opposition.

PréfixeSensExemples
in- / im- / ir- / il-contraireinutile, impossible, irréel, illégal
dé- / dés-action inverse ou contrairefaire, désordre
anti-contreantivol, antidote

Préfixes de sens.

PréfixeSensExemples
re- / ré-répétitionrelire, écrire
pré-avantpréhistoire, prévoir
sur-au-dessus, en excèssurnaturel, surcharger
sous-en dessous, insuffisancesous-marin, sous-estimer
trans-à travers, changement complettransporter, transformer

Les sept suffixes à connaître

Ici le classement du cours te donne une information en plus : la nature du mot obtenu.

Suffixes qui forment des noms.

SuffixeSensExemples
-eur / -eusecelui / celle quichanteur, danseuse
-tion / -sionaction ou résultatconstruction, décision
-itéqualité abstraiterapidité, humanité
-ageaction ou résultat concretnettoyage, lavage

Suffixes qui forment des adjectifs ou des adverbes.

SuffixeSensExemples
-able / -iblece qui peut êtremangeable, lisible
-iquerelatif àélectrique, magique
-mentadverbe de manièredoucement, rapidement

La dérivation, en une minute

La dérivation est le procédé qui fabrique un mot à partir d’un autre, en ajoutant un préfixe et/ou un suffixe au radical. C’est exactement ce que font les deux listes ci-dessus, mises bout à bout.

Une famille de mots, obtenue par dérivation

Radical terreterrain, terrestre, souterrain, atterrir, extraterrestre.

Radical chantchanter, chanteur, chantonner.

Et voici pourquoi cela sert en orthographe. Un mot dérivé fait souvent entendre la lettre muette de son radical : on écrit grand avec un d parce qu’on entend ce d dans grandeur ; petit avec un t à cause de petitesse ; lait à cause de laitage ; dent à cause de dentiste.

Autre effet, du côté du préfixe : quand in- s’adapte à la lettre qui suit, la consonne se retrouve doubléeir- + réel = irréel, il- + légal = illégal, im- + mortel = immortel. Ce n’est pas une exception à retenir : c’est le préfixe qui reste visible.

L’étymologie, en une minute

L’étymologie, c’est l’origine d’un mot : la langue d’où il vient et le sens qu’il y avait. Un dictionnaire de langue la donne, souvent entre crochets au début de l’article.

Beaucoup de mots français sont bâtis sur des éléments latins ou grecs. En connaître une petite dizaine suffit à comprendre des centaines de mots.

ÉlémentOrigine et sensMots français
chrono-grec khronos, « temps »chronomètre, chronologie
bio-grec bios, « vie »biologie, biographie
géo-grec , « terre »géographie, géologie
-logiegrec logos, « parole, étude »biologie, géologie
aqualatin, « eau »aquatique, aquarium
manuslatin, « main »manuel, manuscrit

Le français emprunte aussi aux langues étrangères : football et week-end à l’anglais, piano et pizza à l’italien, algèbre et chiffre à l’arabe, judo au japonais.

Là encore, l’orthographe y gagne. On écrit temps avec un p muet parce que le mot vient du latin tempus, qu’on retrouve dans temporel ; corps avec un p à cause du latin corpus, qu’on retrouve dans corporel.

Le néologisme, en une minute

Un néologisme est un mot nouveau — ou un sens nouveau donné à un mot qui existait déjà. Le mot lui-même est construit sur du grec : néo- « nouveau » + logos « parole ».

TypeCe qui est neufExemples
néologisme de formele mot lui-même n’existait pascovoiturage, télétravail, courriel
néologisme de sensle mot existait, le sens est neufsouris, toile, nuage (en informatique)

Regarde covoiturage : c’est de la dérivation, avec le préfixe co- (« avec, ensemble »). Et souris : aucun élément nouveau, seulement un objet nouveau désigné par un mot ancien. Voilà toute la différence entre les deux.

La méthode, quatre gestes

Méthode — analyser un mot construit
  • 1. Identifier le radical : la partie centrale qui porte le sens de base, et qui doit exister par ailleurs. Ex. : dans irresponsable, le radical est responsable.
  • 2. Repérer le préfixe (avant le radical) et/ou le suffixe (après le radical), et donner le sens de chacun.
  • 3. Combiner les sens pour déduire le sens global : ir- (contraire) + responsable → « qui n’est pas responsable ».
  • 4. Vérifier l’orthographe par la famille ou par l’origine : cherche un mot de la même famille qui fait entendre la lettre muette (grandgrandeur), ou remonte à l’origine du mot (temps → latin tempus, que l’on retrouve dans temporel).

Les trois premiers gestes analysent un mot ; le quatrième s’en sert pour l’écrire correctement. Et si l’on te demande de travailler sur un texte entier, l’outil habituel reste le relevé des mots qui parlent d’un même thème — ce qu’on appelle un champ lexical.

Les cinq pièges, une ligne chacun

Erreurs fréquentes
  • Ne pas découper un mot au hasard : prénom contient bien le préfixe pré-, mais premier n’a pas de préfixe (il n’existe pas de radical *mier).
  • Un suffixe change souvent la nature du mot : rapide (adjectif) → rapidement (adverbe) ; chanter (verbe) → chanteur (nom).
  • Se ressembler n’est pas être de la même famille : terrible ne vient pas de terre, et château ne vient pas de chat.
  • Variantes du préfixe in- : im- devant b, m, p (impossible) ; ir- devant r (irréel) ; il- devant l (illégal).
  • Ne pas confondre les deux néologismes : forme = mot neuf (covoiturage) ; sens = mot ancien, emploi neuf (souris).

Ces cinq lignes sont exactement les cinq façons de perdre des points sur ce chapitre. Relis-les en dernier, juste avant d’entrer en classe.

« Préfixe », « suffixe » : les mots te disent quelque chose, mais devant un mot inconnu tu ne saurais pas quoi en faire — et « dérivation », « étymologie », « néologisme » restent flous. C’est justement ce que le chapitre demande. On reprend proprement : les trois pièces d’un mot construit, les deux listes, la dérivation et la famille de mots, l’origine des mots, les mots nouveaux, puis la méthode.

Un mot construit, trois pièces

Un mot est souvent construit : il n’est pas d’un seul bloc. Au centre, le radical, le noyau porteur de sens. Autour, des éléments modificateurs qui viennent se coller à lui.

  • Le préfixe se place avant le radical. Il modifie le sens du mot sans changer sa nature : relire, c’est-à-dire lire à nouveau.
  • Le suffixe se place après le radical. Il peut modifier le sens, et il change souvent la nature du mot : chanteur, un nom qui désigne « celui qui chante ».

Compare les deux exemples et la différence saute aux yeux : relire reste de la même nature que lire, alors que chanteur est devenu un nom. Un préfixe ajoute une idée ; un suffixe, en plus, transforme le mot en autre chose.

Le préfixe : il change le sens, pas la nature

Le cours en retient huit, rangés en deux familles.

Famille 1 — la négation et l’opposition. Trois façons de dire « non » ou « contre », et elles ne disent pas la même chose.

PréfixeSensExemples
in- / im- / ir- / il-contraireinutile, impossible, irréel, illégal
dé- / dés-action inverse ou contrairefaire, désordre
anti-contreantivol, antidote

in- dit un état contraire (inutile : qui n’est pas utile), dé- dit une action inverse (défaire), anti- dit qu’on se place contre quelque chose (antivol).

Famille 2 — les préfixes de sens. Ils n’opposent rien : ils ajoutent une nuance.

PréfixeSensExemples
re- / ré-répétitionrelire, écrire
pré-avantpréhistoire, prévoir
sur-au-dessus, en excèssurnaturel, surcharger
sous-en dessous, insuffisancesous-marin, sous-estimer
trans-à travers, changement complettransporter, transformer

Remarque la paire sur- / sous- : elles s’opposent deux fois. Dans l’espace, « au-dessus » contre « en dessous » (surnaturel, sous-marin) ; dans la quantité, « en excès » contre « insuffisance » (surcharger, sous-estimer). Un même préfixe peut avoir deux sens, et c’est le mot qui tranche.

Le suffixe : il change souvent la nature

Le cours en retient sept, et son classement dit déjà l’essentiel : les quatre premiers forment des noms, les trois suivants des adjectifs ou des adverbes.

Suffixes qui forment des noms.

SuffixeSensExemples
-eur / -eusecelui / celle quichanteur, danseuse
-tion / -sionaction ou résultatconstruction, décision
-itéqualité abstraiterapidité, humanité
-ageaction ou résultat concretnettoyage, lavage

Les quatre ne font pas le même nom. -eur / -euse désigne une personne ; -tion / -sion et -age désignent une action ou un résultat ; -ité désigne une qualité abstraite.

Suffixes qui forment des adjectifs ou des adverbes.

SuffixeSensExemples
-able / -iblece qui peut êtremangeable, lisible
-iquerelatif àélectrique, magique
-mentadverbe de manièredoucement, rapidement

-able / -ible exprime une possibilité : ce qui peut être. -ique exprime une relation : relatif à. -ment est le seul des sept à fabriquer un adverbe, et il dit la manière.

La dérivation : fabriquer un mot à partir d’un autre

Les deux listes précédentes décrivent des pièces. Le procédé qui les assemble a un nom : la dérivation. Dériver un mot, c’est en fabriquer un nouveau en ajoutant un préfixe et/ou un suffixe à un radical.

Il ne faut pas la confondre avec l’autre grand procédé de formation, la composition, qui assemble non pas un radical et un affixe, mais deux mots ou deux éléments porteurs de sens : chou-fleur, porte-monnaie, téléphone.

ProcédéCe qu’on assembleExemples
dérivationun radical + un préfixe et/ou un suffixerelire, chanteur, inutile, formation
compositiondeux mots ou deux élémentschou-fleur, porte-monnaie, téléphone

La dérivation ne s’arrête pas au premier tour : on peut dériver un mot déjà dérivé. Terreterrestreextraterrestre. Tous les mots bâtis sur un même radical forment une famille de mots — c’est la relation de forme qui unit les mots entre eux.

La famille du radical terre

terre, terrain, terrestre, souterrain, atterrir, extraterrestre, enterrer.

Toutes ces formes partagent le même noyau de sens : le sol, la terre. Regrouper une famille, c’est déjà comprendre six mots pour le prix d’un.

La dérivation et l’orthographe

C’est le service le plus concret que rend ce chapitre. Trois effets à connaître.

1. Le mot dérivé fait entendre la lettre muette. Tu hésites sur la fin d’un mot ? Cherche un mot de sa famille où la lettre se prononce.

MotMot de la même familleCe qu’on entend
grandgrandeur, agrandirle d
petitpetitessele t
tardtardif, retarderle d
laitlaitage, laitierle t
dentdentiste, dentairele t

2. Le préfixe reste écrit en entier, d’où les consonnes doublées. ir- + réel donne irréel (deux r), il- + légal donne illégal (deux l), im- + mortel donne immortel (deux m). Si tu vois le préfixe, tu ne peux plus te tromper sur le nombre de consonnes.

3. L’adverbe en -ment se forme sur le féminin de l’adjectif. douxdoucedoucement ; lentlentelentement ; heureuxheureuseheureusement. Quand l’adjectif se termine déjà par -e, rien à changer : rapiderapidement.

L’étymologie : d’où viennent les morceaux

L’étymologie d’un mot, c’est son origine : la langue dont il vient et le sens qu’il y avait. Ce n’est pas de la culture générale décorative — c’est un outil de lecture, parce qu’un élément d’origine reconnu se retrouve dans des dizaines de mots.

Où la trouver ? Dans un dictionnaire de langue, papier ou numérique : l’origine est indiquée au début de l’article, souvent entre crochets.

Quelques éléments grecs.

ÉlémentSens en grecMots français
chrono-tempschronomètre, chronologie
bio-viebiologie, biographie
géo-terregéographie, géologie
thermo-chaudthermomètre, thermique
micro-petitmicroscope, microbe
-graphieécrituregéographie, orthographe
-logieparole, étudebiologie, géologie
-mètremesurechronomètre, thermomètre

Assemble-les et le mot se lit tout seul : chronomètre = « qui mesure le temps » ; géographie = « écriture de la terre » ; hippopotame = hippos (cheval) + potamos (fleuve), « le cheval du fleuve ».

Quelques éléments latins.

ÉlémentSens en latinMots français
aquaeauaquatique, aquarium
terraterreterrain, terrestre, souterrain
manusmainmanuel, manuscrit, manufacture
portareporterporter, transporter, exporter
scribere, scriptumécrireinscription, manuscrit, description

Et les emprunts aux langues étrangères. Le français prend aussi des mots chez ses voisins : il les reprend tels quels, ou les adapte légèrement à sa prononciation et à son orthographe.

LangueMots empruntés
anglaisfootball, week-end, sandwich
italienpiano, pizza, opéra
arabealgèbre, chiffre, zéro
espagnoltomate (venu lui-même d’une langue d’Amérique)
japonaisjudo, karaoké

L’étymologie et l’orthographe

Certaines lettres muettes du français ne s’expliquent que par l’origine du mot. Elles réapparaissent dans les mots savants de la même famille.

MotOrigineMots où la lettre s’entend
tempslatin tempustemporel, temporaire
corpslatin corpuscorporel, incorporer
doigtlatin digitusdigital
sanglatin sanguissanguin

Le réflexe à installer : devant une fin de mot douteuse, cherche d’abord un mot de la même famille (dérivation) ; si tu n’en trouves pas, pense au mot savant qui lui correspond (étymologie).

Le néologisme : de forme et de sens

La langue n’est pas un stock fermé : elle fabrique des mots au fur et à mesure que le monde change. Un mot nouveau — ou un sens nouveau — s’appelle un néologisme.

Le néologisme de forme : le mot lui-même n’existait pas. Il est le plus souvent fabriqué avec les procédés du chapitre.

MotComment il est fabriqué
covoituragedérivation : co- (avec) + voiturage
télétravailcomposition : télé- (grec, « à distance ») + travail
déconfinementdérivation : dé- + confinement
courrielmot-valise : courrier + électronique

Le mot-valise mérite un mot à lui : on emboîte deux mots l’un dans l’autre. Franglais = français + anglais. Clavardage = clavier + bavardage. C’est la façon la plus joueuse de fabriquer un mot, et rien ne t’interdit d’en inventer.

Le néologisme de sens : le mot existait depuis longtemps, mais on lui donne un emploi neuf. L’informatique en est une mine.

MotSens ancienSens nouveau
sourisle petit animalle boîtier qui déplace le curseur
toilele tissule réseau mondial
nuagela masse de vapeur dans le ciell’espace de stockage à distance
virusl’agent qui rend maladele programme qui infecte un ordinateur

Le test est simple : demande-toi si la forme est nouvelle ou si seul le sens l’est. Covoiturage n’existait pas : néologisme de forme. Souris existait déjà : néologisme de sens.

Comment les mots se répondent entre eux

Ce chapitre travaille surtout les relations de forme : deux mots sont parents quand ils sont bâtis sur le même radical, et cette parenté s’appelle une famille de mots.

Mais les mots se répondent aussi par le sens : deux mots peuvent vouloir dire à peu près la même chose (des synonymes : rapide et vif), ou le contraire l’un de l’autre (rapide et lent) ; un même mot peut prendre plusieurs sens selon le contexte (une souris, encore) ; et dans un texte, on peut relever tous les mots qui parlent d’un même thème — c’est ce qu’on appelle un champ lexical.

Retiens la distinction, elle est simple : même radical = relation de forme ; même domaine de sens = relation de sens. Ces deux familles de relations ne se recouvrent pas. Voiture et automobile se répondent par le sens sans partager le moindre radical ; terre et enterrer partagent un radical sans être synonymes.

La méthode — analyser un mot construit

Méthode — analyser un mot construit
  • 1. Identifier le radical : la partie centrale qui porte le sens de base, et qui doit exister par ailleurs. Ex. : dans irresponsable, le radical est responsable.
  • 2. Repérer le préfixe (avant le radical) et/ou le suffixe (après le radical), et donner le sens de chacun.
  • 3. Combiner les sens pour déduire le sens global : ir- (contraire) + responsable → « qui n’est pas responsable ».
  • 4. Vérifier l’orthographe par la famille ou par l’origine : cherche un mot de la même famille qui fait entendre la lettre muette (grandgrandeur), ou remonte à l’origine du mot (temps → latin tempus, que l’on retrouve dans temporel).

Regarde l’ordre : on cherche le radical d’abord, pas le préfixe. C’est contre-intuitif, puisque le préfixe est écrit en premier — mais c’est le radical qui te dit si le découpage tient debout.

La méthode appliquée à « irresponsable »

1. Radical : responsable. C’est bien la partie centrale, et c’est un mot qui existe.

2. Préfixe : ir-, placé avant le radical. C’est une variante de in-, dont le sens est « contraire ».

3. Sens global : ir- (contraire) + responsable → « qui n’est pas responsable ».

4. Orthographe : deux r, parce que le préfixe ir- et le radical responsable gardent chacun le leur.

Les erreurs fréquentes

Erreurs fréquentes
  • Ne pas découper un mot au hasard : prénom contient bien le préfixe pré-, mais premier n’a pas de préfixe (il n’existe pas de radical *mier).
  • Un suffixe change souvent la nature du mot : rapide (adjectif) → rapidement (adverbe) ; chanter (verbe) → chanteur (nom).
  • Se ressembler n’est pas être de la même famille : terrible ne vient pas de terre, château ne vient pas de chat.
  • Variantes du préfixe in- : im- devant b, m, p (impossible) ; ir- devant r (irréel) ; il- devant l (illégal).
  • Néologisme de forme (le mot est neuf) et néologisme de sens (seul l’emploi est neuf) ne se confondent pas.

La première et la troisième se répondent : l’une t’interdit de découper n’importe comment, l’autre t’interdit de croire une ressemblance sur parole. Entre les deux, tout le travail du chapitre.

On met les mains dedans, mais je rédige avec toi. D’abord le cours complet du niveau, posé proprement : le vocabulaire, les huit préfixes, les sept suffixes, la dérivation, l’étymologie, le néologisme. Puis trois exemples entièrement guidés, étape par étape, dans la forme exacte qu’on attend de toi en contrôle.

Le cours, posé

Ce chapitre répond à une seule question, prise par trois bouts : comment un mot est fabriqué.

Les pièces. Un mot construit s’organise autour d’un radical, noyau porteur de sens, auquel s’ajoutent des éléments modificateurs : le préfixe avant (il modifie le sens sans changer la nature : relire), le suffixe après (il peut modifier le sens et change souvent la nature : chanteur, nom).

Le procédé. Assembler ces pièces s’appelle la dérivation. Les mots bâtis sur un même radical forment une famille de mots, et cette famille est le meilleur outil d’orthographe du chapitre : elle fait entendre les lettres muettes.

L’origine. L’étymologie dit d’où vient un mot — du latin, du grec, ou d’une langue étrangère. Quelques éléments connus (chrono-, bio-, géo-, aqua, manus) ouvrent des centaines de mots, et expliquent des orthographes autrement incompréhensibles.

Le neuf. Un néologisme est un mot nouveau (de forme : covoiturage) ou un sens nouveau donné à un mot ancien (de sens : souris).

Une phrase pour tenir le tout : la dérivation explique comment un mot est fait, l’étymologie explique d’où viennent ses morceaux, le néologisme montre que la fabrication continue aujourd’hui.

La liste complète des préfixes

Huit entrées, deux familles. Le cours donne pour chacune un sens et deux à quatre exemples.

PréfixeSensExemples
in- / im- / ir- / il-contraireinutile, impossible, irréel, illégal
dé- / dés-action inverse ou contrairefaire, désordre
anti-contreantivol, antidote
PréfixeSensExemples
re- / ré-répétitionrelire, écrire
pré-avantpréhistoire, prévoir
sur-au-dessus, en excèssurnaturel, surcharger
sous-en dessous, insuffisancesous-marin, sous-estimer
trans-à travers, changement complettransporter, transformer

Trois observations qui te feront gagner du temps :

  • Trois des huit entrées ont plusieurs formes (in- / im- / ir- / il-, dé- / dés-, re- / ré-). Reconnaître le préfixe, ce n’est donc pas reconnaître une orthographe unique.
  • Trois entrées ont deux sens : sur- (au-dessus / en excès), sous- (en dessous / insuffisance), trans- (à travers / changement complet). Les deux exemples du cours illustrent chacun un sens : surnaturel = au-dessus, surcharger = en excès ; transporter = à travers, transformer = changement complet.
  • Deux exemples s’écrivent avec un trait d’union : sous-marin, sous-estimer. Les autres non. Écris-les comme le cours les écrit.

La liste complète des suffixes

Sept entrées, deux familles — et la famille te donne la nature du mot obtenu.

SuffixeSensExemples
-eur / -eusecelui / celle quichanteur, danseuse
-tion / -sionaction ou résultatconstruction, décision
-itéqualité abstraiterapidité, humanité
-ageaction ou résultat concretnettoyage, lavage
SuffixeSensExemples
-able / -iblece qui peut êtremangeable, lisible
-iquerelatif àélectrique, magique
-mentadverbe de manièredoucement, rapidement

Lis attentivement les deux lignes qui se ressemblent le plus : -tion / -sion dit « action ou résultat », -age dit « action ou résultat concret ». Le cours n’ajoute qu’un mot — concret — et c’est lui qui sépare les deux suffixes. Nettoyage et lavage renvoient à quelque chose qu’on voit se faire ; décision, non.

La méthode, énoncée avant de s’en servir

Méthode — analyser un mot construit
  • 1. Identifier le radical : la partie centrale qui porte le sens de base, et qui doit exister par ailleurs. Ex. : dans irresponsable, le radical est responsable.
  • 2. Repérer le préfixe (avant le radical) et/ou le suffixe (après le radical), et donner le sens de chacun.
  • 3. Combiner les sens pour déduire le sens global : ir- (contraire) + responsable → « qui n’est pas responsable ».
  • 4. Vérifier l’orthographe par la famille ou par l’origine : cherche un mot de la même famille qui fait entendre la lettre muette (grandgrandeur), ou remonte à l’origine du mot (temps → latin tempus, que l’on retrouve dans temporel).

Deux détails méritent qu’on s’y arrête. D’abord « et/ou » au deuxième geste : un mot dérivé peut avoir un préfixe seul, un suffixe seul, ou les deux. Ensuite le quatrième geste, qui est neuf : l’analyse ne sert pas seulement à comprendre un mot, elle sert à l’écrire correctement.

Exemple guidé 1 (1/3) — décomposer « irresponsable »

Rédaction complète

Radical : responsable — c’est la partie centrale, et c’est un mot qui existe seul.

Préfixe : ir-, placé avant le radical, variante de in-, de sens « contraire ».

Suffixe : aucun élément ajouté après le radical.

Sens global : ir- (contraire) + responsable → « qui n’est pas responsable ».

Orthographe : deux r. Le préfixe garde le sien, le radical garde le sien.

Pourquoi ir- et pas in- ? Parce que le radical commence par un r : im- devant b, m, p ; ir- devant r ; il- devant l. Le préfixe s’adapte à la lettre qui suit, et c’est cette adaptation qui produit la consonne double.

Vérifie la règle sur toute la famille : inutile (utile), impossible (possible, p), irréel (réel, r), illégal (légal, l). Quatre orthographes, un seul préfixe, un seul sens.

Exemple guidé 1 (2/3) — décomposer « transformation »

Rédaction complète

Radical : form-, celui de forme et de former.

Préfixe : trans-. Attention : il a deux sens, « à travers » et « changement complet ». Ici c’est le second.

Suffixe : -ation, de la famille de -tion : action ou résultat.

Sens global : « l’action de changer complètement de forme ».

Nature : nom, donnée par le suffixe — alors que transformer est un verbe.

Quand un préfixe a deux sens, tu dois choisir et le dire : c’est là qu’on voit si tu as compris ou récité. Compare avec transporter, où c’est l’autre sens qui fonctionne : porter à travers, d’un lieu à un autre.

Exemple guidé 1 (3/3) — « rapidité » et « rapidement »

Un seul radical, deux suffixes, deux natures. C’est la meilleure démonstration du chapitre.

MotSuffixeSens du suffixeNature obtenue
rapidité-itéqualité abstraitenom
rapidement-mentadverbe de manièreadverbe

Le point de départ est le même mot, rapide, qui est un adjectif. Avec -ité, on obtient un nom : la qualité, prise à part. Avec -ment, on obtient un adverbe : la manière dont on fait quelque chose.

Retiens la formulation attendue : « rapide (adjectif) → rapidement (adverbe) ». On donne la nature de départ et la nature d’arrivée.

Et note l’orthographe : rapide se termine déjà par -e, donc l’adverbe se forme directement. Avec doux, il faut d’abord passer par le féminin : doucedoucement.

Exemple guidé 2 (1/2) — construire une famille de mots

Nouvelle consigne, très fréquente en contrôle : « donnez cinq mots de la famille de terre et expliquez leur formation ».

Rédaction complète

Radical : terr-, du latin terra, « terre ».

terrain : radical + suffixe -ain → nom.

terrestre : radical + suffixe -estre → adjectif, « qui appartient à la terre ».

souterrain : préfixe sous- (en dessous) + terrain → « qui est sous la terre ».

extraterrestre : préfixe extra- (en dehors de) + terrestre → « qui vient d’en dehors de la Terre ».

atterrir : préfixe a- + radical terr- + terminaison de verbe → « se poser à terre ».

Deux choses à observer. D’abord la dérivation en chaîne : extraterrestre est dérivé de terrestre, lui-même dérivé de terre. On peut empiler les tours.

Ensuite le piège de la ressemblance : terrible ressemble à ces mots, mais il ne vient pas de terra — il vient du latin terrere, « effrayer », et son sens le prouve : terrible n’a rien à voir avec le sol. Une famille de mots se reconnaît à la fois à la forme du radical et à la continuité du sens.

Exemple guidé 2 (2/2) — se servir de la famille pour l’orthographe

Même outil, autre usage. Consigne : « comment savoir si gran…, bavar…, lai… se terminent par d ou par t ? »

Le raisonnement, écrit

grand → je cherche un mot de la famille : grandeur, agrandir. J’entends un d : j’écris grand.

bavardbavarder, bavardage. J’entends un d : j’écris bavard.

laitlaitage, laitier. J’entends un t : j’écris lait.

Quand la famille ne suffit pas, l’étymologie prend le relais. Pourquoi un p muet dans temps ? Parce que le mot vient du latin tempus, et ce p se réentend dans temporel et temporaire. Même raisonnement pour corps (latin corpus, d’où corporel) et pour doigt (latin digitus, d’où digital).

La rédaction attendue tient en une phrase : « j’écris X avec un parce que le mot Y, de la même famille, fait entendre cette lettre ». C’est un raisonnement, et il se rédige.

Exemple guidé 3 (1/2) — lire un mot par son étymologie

Consigne : « expliquez la formation et le sens de chronomètre, géographie et hippopotame ».

Rédaction complète

chronomètre : chrono- (grec khronos, « temps ») + -mètre (grec metron, « mesure ») → « appareil qui mesure le temps ».

géographie : géo- (grec , « terre ») + -graphie (grec graphein, « écrire ») → « écriture, description de la terre ».

hippopotame : hippos (« cheval ») + potamos (« fleuve ») → « le cheval du fleuve ».

Le mode d’emploi est toujours le même : on isole les éléments, on donne le sens de chacun avec sa langue d’origine, puis on recompose une définition en français. Et l’on gagne en passant : -mètre te donne aussi thermomètre ; géo- te donne géologie ; -graphie te donne orthographe et biographie.

Attention à une nuance : ici on n’a pas affaire à un préfixe et à un suffixe, mais à deux éléments porteurs de sens assemblés — c’est de la composition, et elle est savante parce que ses éléments viennent du grec.

Exemple guidé 3 (2/2) — reconnaître et fabriquer un néologisme

Consigne, en deux temps : « classez ces mots selon qu’ils sont des néologismes de forme ou de sens », puis « fabriquez-en un ».

Le classement, justifié

covoiturage → néologisme de forme : le mot n’existait pas ; il est dérivé, avec le préfixe co- (« avec, ensemble »).

souris (l’objet posé près du clavier) → néologisme de sens : le mot existait pour l’animal, seul l’emploi est neuf, et il vient d’une ressemblance de forme.

télétravail → néologisme de forme : composé de télé- (grec, « à distance ») et de travail.

toile (le réseau) → néologisme de sens : le mot désignait un tissu ; l’image du fil et du maillage a fait le reste.

La fabrication, justifiée

Par dérivation : dé- (action inverse) + numériserdénumériser, « faire repasser du numérique au papier ».

Par mot-valise : courriel a été fait sur courrier + électronique ; sur le même modèle, clavier + bavardage a donné clavardage.

Ce que le correcteur attend d’une invention de mot, ce n’est pas l’originalité : c’est que tu justifies la construction. Nomme le procédé (dérivation, composition, mot-valise), donne le sens de chaque élément, puis propose une définition. Un mot inventé sans justification ne vaut aucun point ; un mot inventé et expliqué les vaut tous.

La rédaction attendue, en résumé

Trois formats à connaître par cœur, selon la question posée.

  • Analyser un mot dérivé : une ligne par élément — radical, puis préfixe et/ou suffixe avec son sens — puis une flèche et le sens global rédigé en toutes lettres. Modèle : ir- (contraire) + responsable → « qui n’est pas responsable ».
  • Justifier une orthographe : « j’écris grand avec un d parce que grandeur, de la même famille, fait entendre ce d » — ou, par l’origine : « temps garde le p du latin tempus, qu’on retrouve dans temporel ».
  • Expliquer un mot par son origine : un élément par ligne, avec sa langue et son sens, puis la définition recomposée. Modèle : chrono- (grec, « temps ») + -mètre (grec, « mesure ») → « qui mesure le temps ».

Dans les trois cas, la dernière ligne est la plus payante : c’est celle où tu conclus. Un découpage sans sens global, ou une origine donnée sans définition recomposée, s’arrête juste avant de rapporter des points.

Tu connais les listes et tu sais découper. Ce qui te coûte des points maintenant, ce sont les cinq erreurs fréquentes du chapitre — dont une, découper un mot au hasard, qui fait rater la question entière — et quelques cas limites où l’on répond trop vite. On refait d’abord le cours en accéléré, puis on passe en revue ce qui se corrige au stylo rouge.

Le cours en accéléré

Radical : noyau porteur de sens d’un mot construit. Préfixe : avant le radical, modifie le sens sans changer la nature (relire). Suffixe : après le radical, peut modifier le sens et change souvent la nature (chanteur, nom). Dérivation : le procédé qui ajoute ces éléments à un radical. Famille de mots : tous les mots bâtis sur un même radical. Étymologie : l’origine d’un mot (latin, grec, langue étrangère). Néologisme : mot nouveau (de forme) ou sens nouveau (de sens).

Préfixes (8) — négation ou opposition : in- / im- / ir- / il- contraire · dé- / dés- action inverse ou contraire · anti- contre. Sens : re- / ré- répétition · pré- avant · sur- au-dessus, en excès · sous- en dessous, insuffisance · trans- à travers, changement complet.

Suffixes (7) — noms : -eur / -euse celui/celle qui · -tion / -sion action ou résultat · -ité qualité abstraite · -age action ou résultat concret. Adjectifs ou adverbes : -able / -ible ce qui peut être · -ique relatif à · -ment adverbe de manière.

Éléments d’origine — grec : chrono- temps · bio- vie · géo- terre · thermo- chaud · micro- petit · -graphie écriture · -logie étude · -mètre mesure. Latin : aqua eau · terra terre · manus main · portare porter · scribere écrire.

Méthode (4 gestes) : identifier le radical → repérer préfixe et/ou suffixe avec leur sens → combiner pour déduire le sens global → vérifier l’orthographe par un mot de la même famille ou par l’origine du mot.

Piège n°1 — découper un mot au hasard

C’est l’erreur la plus coûteuse, parce qu’elle porte sur le premier geste de la méthode. Son exemple oppose deux mots qui commencent pareil.

MotDécoupagePourquoi
prénompré- + nomle radical nom existe
premieraucun préfixeil n’existe pas de radical *mier

L’astérisque de *mier signale une forme qui n’existe pas. Et c’est tout le test : un découpage n’est valable que si ce qui reste après le préfixe est un radical réel. Les trois lettres pre au début d’un mot ne prouvent rien.

Le réflexe : la méthode commence par « identifier le radical », pas par « repérer le préfixe ». Fais-le dans cet ordre. Cache mentalement le début du mot et demande-toi : ce qui reste existe-t-il ? Si oui, tu tiens un mot dérivé. Si non, le mot n’est pas construit — et la bonne réponse est de le dire.

Piège n°2 — oublier que le suffixe change la nature

Énoncé comme erreur fréquente : un suffixe change souvent la nature du mot. Deux exemples :

  • rapide (adjectif) → rapidement (adverbe)
  • chanter (verbe) → chanteur (nom)

Ce qui coûte des points, c’est de donner la nature du mot de départ quand on te demande celle du mot d’arrivée. Le mot ressemble à son radical, alors on répond par réflexe.

Le réflexe : pour la nature d’un mot dérivé, regarde la fin. -eur / -euse, -tion / -sion, -ité, -age forment des noms ; -able / -ible et -ique des adjectifs ; -ment un adverbe.

Et l’autre moitié de la règle : un préfixe, lui, ne change pas la nature. Relire reste ce qu’était lire, désordre ce qu’était ordre, préhistoire ce qu’était histoire. Si tu ne changes que le début, tu ne changes pas la nature.

Piège n°3 — prendre une ressemblance pour une famille

Deux mots qui commencent pareil ne sont pas parents pour autant. C’est le même test que le piège n°1, appliqué cette fois au sens.

PaireMême famille ?Pourquoi
terre / terrainouimême radical, même idée de sol
terre / terriblenonterrible vient du latin terrere, « effrayer »
chat / chatonouimême radical, suffixe -on qui dit le petit
chat / châteaunonchâteau vient du latin castellum, « fortification »

Le réflexe : une famille de mots se vérifie deux fois — la forme du radical et la continuité du sens. Si tu ne peux pas expliquer le second mot à partir du premier (« terrain, c’est un morceau de terre »), il n’y a pas de famille, seulement un air de ressemblance.

Et quand la ressemblance est trompeuse, c’est l’étymologie qui tranche : le dictionnaire donne l’origine, et deux origines différentes signent deux familles différentes.

Piège n°4 — ne pas reconnaître un préfixe sous une autre forme

Les variantes du préfixe in- :

  • im- devant b, m, pimpossible, immortel ;
  • ir- devant rirréel, irrégulier ;
  • il- devant lillégal, illisible.

Autrement dit : quatre orthographes, un seul préfixe, un seul sens — « contraire ». Un élève qui traite illégal comme s’il contenait un préfixe il- distinct de in- perd le lien, et souvent la réponse avec.

Le réflexe : la lettre qui suit commande la forme du préfixe — et c’est cette même règle qui explique la consonne double. Devant un mot en ir-, il- ou im-, pose-toi la question : est-ce que « contraire de… » a du sens ici ? Si oui, c’est la famille de in-, et il y a deux consonnes.

Et généralise : dé- / dés-, re- / ré-, -eur / -euse, -tion / -sion, -able / -ible varient eux aussi. Une variation d’orthographe ne fait pas un élément différent.

Piège n°5 — confondre les deux sortes de néologismes

La question tombe presque toujours sous la même forme : « souris, covoiturage, toile, télétravail : lesquels sont des néologismes de forme, lesquels des néologismes de sens ? »

MotTypeTest
covoituragede formele mot n’existait pas avant la chose
télétravailde formeidem : forme fabriquée
sourisde sensle mot existait, l’emploi est neuf
toilede sensidem : forme ancienne, sens neuf

Le réflexe : pose-toi une seule question — la forme du mot est-elle neuve ? Si oui, néologisme de forme, et tu dois alors dire comment il est fabriqué (dérivation, composition, mot-valise, emprunt). Si non, néologisme de sens, et tu dois dire quel était le sens ancien et pourquoi il a servi (le plus souvent, une ressemblance ou une image).

Cas limite — le préfixe qui a deux sens

Trois préfixes ont deux sens, et une question de contrôle porte souvent exactement là.

PréfixePremier sensSecond sens
sur-au-dessus — surnaturelen excès — surcharger
sous-en dessous — sous-marininsuffisance — sous-estimer
trans-à travers — transporterchangement complet — transformer

Chaque entrée reçoit deux exemples, et ce n’est pas un hasard : chacun illustre un des deux sens. Une réponse qui écrit « sur- = au-dessus » devant surcharger est fausse, alors que la liste a été apprise correctement.

Le réflexe : quand le préfixe a deux sens, essaie-les tous les deux et garde celui qui donne une phrase qui se tient. Puis écris lequel tu as retenu : « ici sur- signifie “en excès” ». Cette demi-ligne montre que tu as choisi, et pas récité.

Cas limite — trois façons de dire « non », qui ne sont pas interchangeables

La première famille contient trois entrées que les élèves fondent en une seule. Les définitions les séparent pourtant nettement.

PréfixeSensExemples
in- / im- / ir- / il-contraireinutile, impossible, irréel, illégal
dé- / dés-action inverse ou contrairefaire, désordre
anti-contreantivol, antidote

in- nie un état : inutile, ce n’est pas utile. dé- renvoie à une action inverse : défaire, c’est faire l’inverse de ce qui a été fait. anti- se place contre quelque chose : antivol, contre le vol.

Le réflexe : en contrôle, recopie le sens du cours, pas un synonyme approximatif. Écrire « dé- = contraire » quand le cours dit « action inverse ou contraire », c’est perdre la moitié de l’information — et c’est la moitié qui explique défaire.

Cas limite — deux suffixes pour « action ou résultat »

Deux lignes de la liste des suffixes se ressemblent au point qu’on les confond :

  • -tion / -sionaction ou résultat : construction, décision
  • -ageaction ou résultat concret : nettoyage, lavage

Un seul mot les distingue : concret. Et il n’est pas décoratif : nettoyage et lavage désignent des actions qu’on voit se faire, tandis que décision ne se voit pas.

Même vigilance avec -ité : la définition dit « qualité abstraite ». Répondre « qualité » tout court laisse tomber le mot qui oppose rapidité et humanité aux noms concrets.

La grille de relecture, dans l’ordre

Avant de rendre, relis chaque réponse et coche.

Pour une analyse de mot dérivé :

  • Le radical est nommé, et c’est une forme qui existe (souviens-toi de *mier).
  • Le préfixe et/ou le suffixe sont nommés avec leur sens, pas seulement avec leur forme : « ir- (contraire) », et non « ir- » tout court.
  • Si le préfixe a deux sens (sur-, sous-, trans-), celui que tu retiens est écrit.
  • Si le préfixe est une variante (im-, ir-, il-), le lien avec in- apparaît, et la consonne double est écrite.
  • Le sens global est une phrase rédigée, pas une addition d’éléments.
  • Si la nature est demandée : elle est déduite du suffixe, et la nature de départ est mentionnée quand elle change.

Pour une justification d’orthographe :

  • Tu cites un mot de la même famille qui fait entendre la lettre, ou l’origine du mot.
  • La famille invoquée est une vraie famille : même radical et continuité de sens.
  • Le raisonnement est rédigé (« j’écris… parce que… »), pas seulement suggéré par une flèche.

Pour une question sur un mot nouveau :

  • Tu as tranché entre néologisme de forme et de sens, et tu l’as écrit.
  • Si c’est de forme, le procédé est nommé (dérivation, composition, mot-valise, emprunt) et les éléments sont glosés.
  • Si c’est de sens, le sens ancien est donné, et le rapport entre les deux sens est expliqué.

Ce chapitre est une porte d’entrée. Il installe trois gestes — découper un mot pour en déduire le sens, remonter à son origine pour l’écrire juste, reconnaître un mot que la langue vient de fabriquer — que tu réutiliseras tels quels sur du vocabulaire bien plus difficile. Voici ce que tu emportes, comment l’entretenir toute l’année, puis quatre questions que le cours laisse ouvertes.

Ce que tu emportes, et qui ne bougera plus

  • Le vocabulaire de la formation des mots : radical (noyau porteur de sens), préfixe (avant), suffixe (après). Ces trois mots te suivront jusqu’au lycée sans changer de définition.
  • La règle qui les distingue : le préfixe modifie le sens sans changer la nature ; le suffixe peut modifier le sens et change souvent la nature.
  • Les huit préfixes et les sept suffixes de la liste. Ce sont des acquis définitifs : trans-, -tion ou -able te serviront encore sur des textes de terminale.
  • Le nom du procédé — la dérivation — et son produit — la famille de mots —, avec le service qu’ils rendent en orthographe : un mot dérivé fait entendre la lettre muette du radical.
  • Une poignée d’éléments latins et grecs (aqua, terra, manus, chrono-, bio-, géo-, -logie, -graphie, -mètre), et le réflexe de chercher l’étymologie dans un dictionnaire.
  • La distinction entre néologisme de forme et néologisme de sens, qui te servira chaque fois qu’un mot te paraîtra nouveau.

Et le principe qui justifie tout le chapitre : connaître une poignée d’éléments permet de déduire le sens de mots qu’on n’a jamais lus. Plus les textes deviennent denses, plus ce rapport-là fait la différence.

Le carnet de vocabulaire, et le réemploi

Un chapitre de vocabulaire ne se révise pas la veille : il s’entretient. Le programme demande d’organiser ses savoirs lexicaux — collections, familles de mots, carnet ou portfolio — et de réemployer régulièrement, à l’oral comme à l’écrit, les mots rencontrés.

Concrètement, une page de carnet efficace tient en quatre colonnes : le mot, son découpage, son origine si tu la connais, et une phrase de toi où il est employé. La quatrième colonne est la seule qui fasse retenir le mot ; les trois premières expliquent pourquoi il s’écrit comme ça.

Le programme fixe aussi un rythme, pour l’année entière : « Chaque année, les élèves découvrent et mémorisent une dizaine de notions en lien avec les entrées de culture littéraire et artistique. » Autrement dit, les mots que tu apprends ne sont pas une liste hors sol : ils viennent des œuvres que tu lis en classe, et c’est là qu’il faut aller les chercher.

Question ouverte n°1 — pourquoi le préfixe et le suffixe n’ont-ils pas le même pouvoir ?

Le cours pose une asymétrie sans l’expliquer. Le préfixe modifie le sens sans changer la nature ; le suffixe peut modifier le sens et change souvent la nature. Pourquoi ce qui se colle devant aurait-il moins de pouvoir que ce qui se colle derrière ?

Regarde les exemples et l’asymétrie devient concrète : relire ajoute une idée à lire mais reste de la même nature ; chanteur, lui, fabrique un nom. C’est comme si la fin du mot portait son étiquette grammaticale, et le début seulement une nuance de sens.

Est-ce toujours vrai ? Le cours prend ses précautions avec un mot : « souvent ». Un suffixe change souvent la nature — donc pas toujours. Regarde chatchaton : le suffixe -on ajoute l’idée du petit, et le mot reste un nom. Garde la question : elle t’attend dès qu’on te fera manipuler des familles de mots complètes.

Question ouverte n°2 — pourquoi les préfixes changent-ils de forme ?

Six entrées de la liste ont plusieurs formes : in- / im- / ir- / il-, dé- / dés-, re- / ré-, et côté suffixes -eur / -euse, -tion / -sion, -able / -ible. Pour la première, on connaît une règleim- devant b, m, p ; ir- devant r ; il- devant l — et cette règle a une logique visible : la forme du préfixe s’aligne sur la première lettre du radical, comme si le préfixe se fondait dans le mot.

Mais pour les autres, aucune règle n’est donnée. On écrit faire et désordre, relire et écrire. Regarde ce qui suit dans chaque cas : faire et lire commencent par une consonne, ordre et écrire par une voyelle. Est-ce une règle du même genre que celle de in-, ou une coïncidence sur deux exemples ? Le cours ne le dit pas.

La question est plus intéressante qu’elle n’en a l’air : si la variation obéit à des règles, alors une liste à apprendre par cœur devient un système à comprendre. En attendant, la consigne pratique reste : reconnais un air de famille, pas une orthographe unique.

Question ouverte n°3 — jusqu’où peut-on découper un mot ?

Tu as un test, avec premier : pas de préfixe, parce qu’il n’existe pas de radical *mier. Le radical doit donc être une forme qui existe. Applique maintenant ce test à d’autres mots de la liste.

  • irresponsable : radical responsable. Ce mot existe, le test passe.
  • préhistoire, antivol, défaire, surcharger : histoire, vol, faire, charger existent tous. Le test passe.
  • antidote : que reste-t-il si on retire anti- ? Un -dote qui ne s’emploie pas seul en français. Le test ne passe pas.

Et pourtant antidote est bien construit : il vient du grec, où il signifiait « donné contre ». Son second élément existe — mais en grec, pas en français. C’est exactement ce que l’étymologie apporte : elle rend lisibles des mots dont le découpage est invisible depuis le français seul.

La question qui reste ouverte est donc celle de la limite : jusqu’où un élève doit-il remonter ? Le programme te demande de maitriser quelques éléments latins et grecs, pas de faire l’histoire de chaque mot. Le bon réflexe est le suivant : découpe tant que le sens s’éclaire, et quand il cesse de s’éclairer, ouvre le dictionnaire.

Question ouverte n°4 — un mot n’a-t-il qu’un seul sens ?

Tout ce chapitre suppose qu’un mot a un sens qu’on peut déduire de ses morceaux. Or souris en a deux, et le second n’a rien à voir avec ses morceaux : il vient d’une ressemblance. De même, toile, nuage, virus.

Autrement dit, la formation d’un mot n’épuise pas son sens. Un mot vit ensuite : il se déplace, prend des emplois figurés, se charge de connotations selon le texte où il apparaît. Et à l’échelle d’un texte entier, un mot ne travaille jamais seul — c’est pourquoi on relève souvent tous les mots qui parlent d’un même thème, ce qu’on appelle un champ lexical.

C’est le programme de l’an prochain : analyser en contexte le sens des mots, nommer et classer les relations de sens qui les unissent. Ce chapitre-ci t’a donné les relations de forme ; celui de quatrième te donnera les relations de sens. Les deux ensemble font ce qu’on appelle, sérieusement, du vocabulaire.

La phrase à emporter

Trois gestes, et ils ne changeront plus. Devant un mot inconnu : trouve le radical, repère ce qu’on lui a ajouté devant et derrière, additionne les sens, écris le résultat en une phrase. Devant une orthographe douteuse : cherche un mot de la même famille, et s’il n’en vient pas, remonte à l’origine du mot. Devant un mot que tu n’as jamais vu écrit nulle part : demande-toi si c’est la forme qui est neuve, ou seulement le sens.

Et garde les deux limites qui séparent une analyse sérieuse d’une devinette : un découpage n’est valable que si le radical existe (souviens-toi de *mier), et une ressemblance n’est pas une famille (souviens-toi de terre et terrible).