Résister au plus fort : ruses, mensonges et masques
Pas de panique ! Tu as un contrôle sur les fables et la ruse, et tu n'as pas eu le cours ? On va y aller pas à pas. Tu dois savoir reconnaître une fable, une ruse, une morale. On commence par le vocabulaire et un exemple simple. Prêt ?
C'est quoi une fable ?
Une fable est un court récit, souvent avec des animaux qui parlent (personnification). Elle se termine par une morale, une leçon de vie. Exemple : Le Corbeau et le Renard de Jean de La Fontaine.
Le thème : résister au plus fort
Dans ces histoires, un personnage faible (physiquement ou socialement) affronte un fort. Comme il ne peut pas gagner par la force, il utilise une ruse : un piège, un mensonge, un déguisement. Pour analyser, on se pose trois questions : 1) Qui est le plus fort ? Qui est le plus faible ? 2) Quelle ruse est utilisée ? 3) Quelle est la morale ?
À toi de jouer
1. Complète avec les mots suivants : fable, personnification, morale, ruse. a) Une est un récit court avec des animaux qui parlent. b) La consiste à donner des traits humains à un animal. c) La est la leçon de vie à la fin de l'histoire. d) Un piège intelligent imaginé par le faible contre le fort s'appelle une .
Corrigé
a) fable b) personnification c) morale d) ruse
2. Voici un extrait adapté du Corbeau et le Renard.
« Un corbeau tenait un fromage dans son bec. Un renard l'aperçut et réfléchit à un plan. « Que vous êtes beau ! Votre voix doit être magnifique ! Chantez pour moi ! » dit le renard. Le corbeau, flatté, ouvrit le bec pour chanter. Le fromage tomba. Le renard le prit et s'enfuit. »
Complète l'analyse. a) Le personnage le plus fort au début est le car il possède le fromage. b) Le personnage le plus faible est le car il a faim et ne peut atteindre le fromage. c) La ruse du renard est la (compliment exagéré). d) Finalement, le vrai gagnant est le grâce à sa ruse.
Corrigé
a) corbeau b) renard c) flatterie d) renard
3. Dans cette fable, la morale est : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute. » Cela signifie que celui qui écoute les flatteries se fait .
Corrigé
tromper (ou manipuler, berner)
Tu as déjà vu ça ? Super ! On va remettre en place le cours et la méthode. Souviens-toi : analyser une fable, c'est en 5 étapes. On révise tout avec des exercices à trous pour être sûr.
La méthode en 5 étapes
1. Identifier le fort et le faible : qui a le pouvoir ? (force, richesse, position...) 2. Repérer la ruse : que fait le faible pour tromper le fort ? (flatterie, mensonge, déguisement...) 3. Analyser les paroles : le rusé ne dit pas ce qu'il pense ; il utilise des compliments, des fausses promesses. 4. Lire la morale : est-elle écrite à la fin (explicite) ou faut-il la deviner (implicite) ? 5. Observer la position du lecteur : en sait-il plus que la victime ? C'est l'ironie dramatique.
À toi de jouer
1. Application de la méthode : lis cette courte fable (Le Renard et la Cigogne, adaptée).
« Un renard invita une cigogne à dîner. Il servit une soupe délicieuse dans une assiette plate. La cigogne, avec son long bec, ne put rien manger. Pour se venger, elle invita le renard à son tour. Elle lui servit un repas dans une carafe au long col. Le renard, avec son museau large, ne put rien attraper. »
Analyse en suivant les étapes (complète). 1) Dans la première partie, le fort est le , le faible est la . 2) La ruse du renard : il utilise un récipient pour humilier la cigogne. 3) La cigogne utilise à son tour une ruse : elle choisit un récipient que seul son peut atteindre. 4) Morale implicite : il ne faut pas se moquer des autres, car ils peuvent se .
2. Reconnaître les morales. Voici deux phrases célèbres. « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute. » « La raison du plus fort est toujours la meilleure. »
a) La première morale conseille de ne pas être . b) La seconde est (elle dénonce en réalité l'injustice).
Corrigé
a) vaniteux (ou naïf, crédule) b) ironique
3. Retour sur Le Corbeau et le Renard (extrait). « Maître Corbeau, sur un arbre perché, / Tenait en son bec un fromage. / Maître Renard, par l'odeur alléché, / Lui tint à peu près ce langage... »
Complète : - Le corbeau est qualifié de « Maître », cela montre sa . - La ruse va consister à faire parler le corbeau pour qu'il . - Le renard est attiré par .
Corrigé
- supériorité (ou puissance) - ouvre le bec - le fromage (l'odeur)
On chauffe les neurones ! Cinq mini-exercices quasi identiques pour que la méthode devienne un réflexe. Tu vas voir, c'est toujours le même schéma.
À toi de jouer
1. Exercice 1 : Un loup affamé rencontre un agneau. L'agneau lui dit : « Attention, un chasseur se cache derrière la colline ! » Le loup prend peur et s'enfuit.
Fort : Faible : Ruse : Résultat :
Corrigé
Fort : loup Faible : agneau Ruse : l'agneau invente un chasseur pour effrayer le loup (mensonge) Résultat : le loup s'enfuit, l'agneau est sauvé
2. Exercice 2 : Une souris est attrapée par un chat. Elle lui dit : « Si tu me laisses la vie, je te montrerai la cachette où les rats gardent leur fromage. » Le chat, gourmand, la suit. La souris s'engouffre dans un trou et s'échappe.
Fort : Faible : Ruse : Résultat :
Corrigé
Fort : chat Faible : souris Ruse : promesse mensongère pour détourner l'attention Résultat : la souris s'échappe, le chat est dupé
3. Exercice 3 : Un petit poisson dit au requin : « Tu es le roi des mers, mais le pêcheur prétend que tu as peur des filets. » Le requin, vexé, s'approche du filet pour prouver son courage et se fait attraper.
Fort : Faible : Ruse : Résultat :
Corrigé
Fort : requin Faible : petit poisson Ruse : flatterie et défi pour pousser le requin à se montrer Résultat : le requin se fait prendre, le poisson s'échappe
4. Exercice 4 : Un corbeau tient un fromage. Un renard lui crie : « Ce fromage est sûrement empoisonné ! » Le corbeau, effrayé, le lâche. Le renard le mange aussitôt.
Fort : Faible : Ruse : Résultat :
Corrigé
Fort : corbeau Faible : renard Ruse : mensonge sur le poison pour lui faire lâcher le fromage Résultat : le renard obtient le fromage
5. Exercice 5 : Un lièvre rapide se moque d'un escargot lent. L'escargot lui propose une course et cache son frère jumeau derrière un buisson. Le lièvre court, mais à l'arrivée voit l'escargot déjà présent (en réalité le frère). Il croit que l'escargot est plus rapide et s'avoue vaincu.
Fort : Faible : Ruse : Résultat :
Corrigé
Fort : lièvre Faible : escargot Ruse : utilisation d'un double (jumeau) pour faire croire à une victoire Résultat : le lièvre perd la course par tromperie
On passe au niveau contrôle ! Voici des exercices comme ceux que tu pourrais avoir en évaluation. Plus de trous, à toi de rédiger tes réponses. Tu vas t'appuyer sur les textes fournis.
À toi de jouer
1. Relie chaque terme de la colonne A à sa définition dans la colonne B. (Écris le numéro correspondant.)
Colonne A : a) Fable b) Personnification c) Morale d) Ironie
Colonne B : 1. Dire le contraire de ce que l'on pense pour critiquer ou se moquer. 2. Attribuer des traits humains à un animal ou un objet. 3. Leçon de vie tirée d'un récit, exprimée explicitement ou implicitement. 4. Court récit allégorique mettant en scène des animaux pour illustrer une vérité sur les hommes.
Corrigé
a) Fable -> 4 b) Personnification -> 2 c) Morale -> 3 d) Ironie -> 1
2. Lis cet extrait adapté de Le Loup et l'Agneau de La Fontaine, puis réponds aux questions.
« Un loup affamé vit un agneau qui buvait dans un ruisseau. Le loup, voulant le dévorer, chercha un prétexte : « Tu troubles l'eau que je bois ! » dit-il. « Pardonnez-moi, répondit l'agneau, mais je suis en aval, je ne peux pas troubler votre eau. » Embarrassé, le loup reprit : « Tu as médit de moi l'an passé ! » — « Mais je n'étais pas né l'an passé ! » répliqua l'agneau. Le loup, ne sachant plus que dire, se jeta sur lui et le dévora. »
a) Qui est le plus fort dans cet extrait ? Qui est le plus faible ? Justifie ta réponse. b) Quelle stratégie le loup utilise-t-il pour tenter de justifier son acte ? Comment appelle-t-on ce type d'argument ? c) L'agneau répond avec logique et vérité. Cela suffit-il à le sauver ? Que cela révèle-t-il sur le rapport de force ? d) Formule en une phrase la morale implicite de cet extrait.
Corrigé
a) Le plus fort est le loup (prédateur, puissant), le plus faible est l'agneau (proie, vulnérable). b) Le loup utilise de faux prétextes (eau troublée, médisance). C'est un prétexte, un mensonge. c) Non, la logique ne le sauve pas car le loup est déterminé par sa faim et sa force ; le rapport de force est injuste, le fort impose sa loi. d) Morale implicite : Contre la force, la raison ne sert à rien (ou La raison du plus fort est toujours la meilleure).
3. En t'appuyant sur la fable Le Corbeau et le Renard de La Fontaine (reproduite ci-dessous), réponds aux questions.
Maître Corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage. Maître Renard, par l'odeur alléché, Lui tint à peu près ce langage : « Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau. Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. » À ces mots, le Corbeau ne se sent pas de joie ; Et pour montrer sa belle voix, Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le Renard s'en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute : Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. » Le Corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
a) Qui est le « fort » et qui est le « faible » au début de la fable ? Justifie en une phrase. b) Quelle ruse le Renard emploie-t-il ? Cite un élément du texte pour appuyer ta réponse. c) La flatterie est-elle un mensonge ? Explique en deux ou trois phrases en t'appuyant sur le texte.
Corrigé
a) Le fort est le Corbeau car il possède le fromage (il est en position de force), le faible est le Renard car il convoite le fromage sans pouvoir l'atteindre. b) Le Renard utilise la flatterie : il vante la beauté et la voix du Corbeau (« Que vous êtes joli ! ... si votre ramage se rapporte à votre plumage ») pour l'inciter à ouvrir le bec. c) La flatterie est un mensonge par exagération complaisante : les compliments ne sont pas sincères, ils visent à manipuler. Le Renard le révèle lui-même à la fin : « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute ». Il ne pensait pas vraiment ce qu'il disait, c'était une ruse.
4. Observe les deux morales suivantes et réponds aux questions.
Morale 1 : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute. » (Le Corbeau et le Renard) Morale 2 : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. » (Le Loup et l'Agneau)
a) La morale 1 condamne-t-elle le Renard ou le Corbeau ? Justifie ta réponse. b) La morale 2 est-elle à prendre au premier degré ou au second degré (ironie) ? Explique.
Corrigé
a) Elle condamne le Corbeau, car c'est lui « qui l'écoute » et qui est victime de sa vanité. Le Renard n'est pas blâmé directement, c'est une leçon pour celui qui se laisse flatter. b) Elle est à prendre au second degré, de manière ironique. La Fontaine dénonce en réalité l'injustice : même si le loup a tort, sa force prime. La phrase semble approuver la loi du plus fort, mais la fable montre que c'est injuste. L'ironie critique le pouvoir arbitraire.
5. Question de synthèse (rédige un paragraphe de 8 à 12 lignes) : Dans les textes étudiés, la ruse permet-elle toujours au plus faible de triompher du plus fort ? Appuie-toi sur au moins deux exemples précis tirés des fables vues en cours. Tu organiseras ta réponse en montrant d'abord que la ruse peut réussir, puis qu'elle peut aussi échouer.
Corrigé
Exemple de réponse : Dans les fables, la ruse permet souvent au plus faible de l'emporter, mais pas toujours. Ainsi, dans Le Corbeau et le Renard, le renard, bien que physiquement plus faible, triomphe par la flatterie : il obtient le fromage en jouant sur la vanité du corbeau. De même, dans Le Chat, la Belette et le Petit Lapin (ou autre exemple de réussite), un petit animal l'emporte par un habile mensonge. Cependant, la ruse peut échouer quand le rapport de force est trop inégal. C'est le cas dans Le Loup et l'Agneau : l'agneau a beau répondre avec logique, il ne peut rien contre la faim et la force du loup. La morale de cette fable est ironique : « La raison du plus fort est toujours la meilleure » montre que parfois, la ruse ou la vérité ne suffisent pas face à la brutalité. Ainsi, le succès de la ruse dépend du contexte et de l'intelligence du faible, mais la force brute peut l'emporter.
Tu veux voir ce qui t'attend l'an prochain ? On monte d'un cran : analyse de comédie, comparaison de morales et même écriture d'une petite fable. Plus de trous, montre ta maîtrise !
À toi de jouer
1. Extrait de comédie : Le Médecin malgré lui de Molière (acte I, scène 1, adapté). Martine, battue par son mari Sganarelle, veut se venger. Elle rencontre deux valets qui cherchent un médecin. « Vous cherchez un médecin ? dit-elle. Mon mari est le plus habile du monde, mais il n'avouera jamais qu'il l'est à moins qu'on ne le batte. » Les valets frappent Sganarelle qui finit par avouer : « Oui, je suis médecin, puisque vous le voulez ! »
a) Qui est le « faible » et qui est le « fort » dans cette situation ? (Pense au départ et à l'évolution.) b) Quelle ruse Martine utilise-t-elle ? En quoi est-ce un mensonge et un masque ? c) Compare cette scène à une fable de La Fontaine que tu connais dans laquelle un faible trompe un fort par un mensonge. Quel point commun vois-tu ?
Corrigé
a) Au départ, Sganarelle est le fort (il bat sa femme), Martine est le faible. Mais par la ruse, elle retourne la situation : elle devient celle qui manipule les valets et force Sganarelle à endosser un rôle. b) Martine fait passer son mari pour un médecin caché (mensonge) et exige qu'on le batte pour qu'il avoue : c'est un stratagème qui force Sganarelle à porter le masque du médecin. Le déguisement est ici symbolique (l'habit de médecin) et imposé par la ruse. c) Point commun avec Le Corbeau et le Renard : dans les deux cas, un faible utilise un mensonge flatteur ou astucieux pour obtenir ce qu'il veut et piéger le fort. Ici, Martine flatte les valets en leur promettant un médecin, comme le renard flatte le corbeau pour avoir le fromage.
2. Comparaison de morales. Relis les morales du Corbeau et du Renard et du Loup et l'Agneau (vues au palier 4). Rédige un paragraphe expliquant en quoi ces deux morales ont des messages différents sur le pouvoir de la ruse. Tu pourras souligner que l'une met en garde contre une faiblesse humaine, tandis que l'autre dénonce une injustice sociale.
Corrigé
La morale du Corbeau et du Renard (« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute ») cible la vanité : elle avertit que se laisser flatter conduit à se faire duper. La ruse (la flatterie) y est un outil efficace que le faible peut utiliser contre le fort si celui-ci est naïf. En revanche, dans Le Loup et l'Agneau, la morale « La raison du plus fort est toujours la meilleure » est ironique : elle ne condamne pas une faiblesse de la victime, mais dénonce l'injustice du pouvoir. Ici, la ruse (les prétextes du loup) est une simple formalité, car la force brute l'emporte de toute façon. Ainsi, les deux morales offrent des visions complémentaires : dans la première, la ruse peut réussir si la victime a des failles ; dans la seconde, la ruse est inutile face à une domination écrasante.
3. À toi de créer une courte fable en prose (4 à 6 lignes) dans laquelle un personnage faible utilise un masque ou un déguisement pour résister à un plus fort. N'oublie pas d'inclure une morale, explicite ou implicite. Exemple de départ : « Un moustique se déguise en feuille pour échapper à une grenouille... »
Corrigé
Proposition de corrigé (toute production cohérente est acceptable) : Un moustique, poursuivi par une grenouille, se pose sur une feuille et reste immobile. La grenouille, trompée par l'immobilité, passe son chemin. Le moustique repart, sauvé. Morale : Mieux vaut parfois se faire oublier que se battre.