Contrôle dans deux jours et tu découvres le mot « dérivé » ? Pas de panique : au fond, c'est juste une histoire de pente. On voit l'essentiel, une formule, un exemple traité en entier, et tu es paré.
Les prérequis à avoir sous le coude
Avant tout, deux souvenirs de seconde suffisent.
1. Le coefficient directeur (la pente) d'une droite. Une droite non verticale a une équation de la forme $y = mx + p$, où $m$ est sa pente : quand on avance de $1$ vers la droite, on monte de $m$.
2. La pente entre deux points. Si une droite passe par $A(x_A\,;\,y_A)$ et $B(x_B\,;\,y_B)$, sa pente vaut $\dfrac{y_B - y_A}{x_B - x_A}$.
3. Développer un carré. Tu dois savoir écrire $(a+h)^2 = a^2 + 2ah + h^2$ sans te tromper : le terme $2ah$ est celui qu'on oublie tout le temps.
Avec ça, tu as tout ce qu'il faut.
L'essentiel en une minute
Le nombre dérivé de $f$ en un point d'abscisse $a$, noté $f'(a)$, c'est la pente de la tangente à la courbe de $f$ en ce point. La tangente, c'est la droite qui « épouse » la courbe à cet endroit.
Pour l'obtenir, on regarde la pente entre le point d'abscisse $a$ et un point tout proche d'abscisse $a+h$ (ce $h$ est un petit décalage), puis on rend ce $h$ minuscule, aussi proche de $0$ qu'on veut.
Les trois formules à retenir :
Taux de variation (la pente entre les deux points) : $\dfrac{f(a+h)-f(a)}{h}$ avec $h \neq 0$.
Nombre dérivé : $f'(a) = \lim\limits_{h \to 0} \dfrac{f(a+h)-f(a)}{h}$.
Équation de la tangente au point d'abscisse $a$ : $y = f'(a)(x-a) + f(a)$.
Un exemple fait en entier
Prenons $f(x) = x^2$ et cherchons $f'(2)$, puis la tangente en $x=2$.
Étape 1 — le taux de variation. On remplace : $\dfrac{f(2+h)-f(2)}{h} = \dfrac{(2+h)^2 - 4}{h}$.
Étape 2 — on développe. $(2+h)^2 = 4 + 4h + h^2$, donc le numérateur vaut $4 + 4h + h^2 - 4 = 4h + h^2$.
Étape 3 — on simplifie par $h$. $\dfrac{4h + h^2}{h} = \dfrac{h(4+h)}{h} = 4 + h$.
Étape 4 — on fait tendre $h$ vers $0$. Quand $h \to 0$, $4 + h \to 4$. Donc $f'(2) = 4$.
Étape 5 — la tangente. On a $f(2) = 4$ et $f'(2) = 4$, donc $y = 4(x-2) + 4 = 4x - 4$.
Voilà : la pente de la courbe en $x=2$ vaut $4$, et la tangente est la droite $y = 4x - 4$. Si tu sais refaire ça, tu as l'essentiel du contrôle.
Ça y est, le mot « tangente » te revient. Reprenons proprement, du taux de variation jusqu'à l'équation de la tangente, avec la méthode qui marche à tous les coups.
Les définitions, au propre
Taux de variation. Soit $f$ une fonction et $a$ un réel. Pour un réel $h \neq 0$, le taux de variation de $f$ entre $a$ et $a+h$ est le quotient $\dfrac{f(a+h)-f(a)}{h}$. C'est exactement le coefficient directeur de la sécante : la droite qui coupe la courbe aux points d'abscisses $a$ et $a+h$.
Nombre dérivé. Lorsque $h$ se rapproche de $0$, le point d'abscisse $a+h$ se rapproche de celui d'abscisse $a$, et la sécante pivote. Si le taux de variation se rapproche d'une valeur finie, on dit que $f$ est dérivable en $a$, et cette valeur limite est le nombre dérivé : $f'(a) = \lim\limits_{h \to 0} \dfrac{f(a+h)-f(a)}{h}$.
Tangente. La position limite de la sécante est la tangente à la courbe au point d'abscisse $a$. Son coefficient directeur est $f'(a)$, et comme elle passe par le point $(a\,;\,f(a))$, son équation est $y = f'(a)(x - a) + f(a)$.
Retiens bien la nuance : $f'(a)$ est un nombre (la pente en ce point précis), pas une fonction.
La méthode pas à pas
Pour calculer $f'(a)$ puis l'équation de la tangente, on suit toujours les mêmes étapes.
- 1. Calculer $f(a+h)$ en développant soigneusement les puissances (attention aux doubles produits).
- 2. Former la différence $f(a+h) - f(a)$, puis diviser par $h$.
- 3. Factoriser par $h$ au numérateur pour simplifier le $h$ du dénominateur : c'est ce qui fait disparaître la forme $\frac{0}{0}$.
- 4. Faire tendre $h$ vers $0$ dans l'expression simplifiée : la valeur obtenue est $f'(a)$.
- 5. Calculer $f(a)$ (l'ordonnée du point de contact).
- 6. Écrire l'équation $y = f'(a)(x-a) + f(a)$.
La clé de tout le calcul est l'étape 3 : tant que le $h$ est au dénominateur, on ne peut pas remplacer $h$ par $0$. Une fois simplifié, tout devient facile.
L'exemple de référence, rédigé
Reprenons $f(x) = x^2$ en $a = 2$, rédigé comme au tableau.
Pour $h \neq 0$ : $\dfrac{f(2+h)-f(2)}{h} = \dfrac{(2+h)^2 - 2^2}{h}$.
On développe le numérateur : $(2+h)^2 - 4 = 4 + 4h + h^2 - 4 = 4h + h^2$.
On factorise et on simplifie : $\dfrac{4h + h^2}{h} = \dfrac{h(4 + h)}{h} = 4 + h$.
On passe à la limite : $\lim\limits_{h \to 0} (4 + h) = 4$, donc $f'(2) = 4$.
Enfin l'équation de la tangente, avec $f(2) = 4$ : $y = 4(x - 2) + 4$, soit $y = 4x - 4$.
Cette droite touche la parabole au point $(2\,;\,4)$ et a la même pente qu'elle en ce point.
On se met en jambes. Trois calculs faits ensemble, ligne par ligne : une parabole ailleurs qu'en $2$, une droite, puis un cube. Regarde bien la même mécanique se répéter à chaque fois.
Échauffement 1 — la même parabole, mais en a = 3
On garde $f(x) = x^2$ et on cherche $f'(3)$ puis la tangente en $x = 3$. On refait exactement les mêmes gestes.
On écrit le taux, pour $h \neq 0$ : $\dfrac{f(3+h) - f(3)}{h} = \dfrac{(3+h)^2 - 9}{h}$.
On développe : $(3+h)^2 = 9 + 6h + h^2$ (le double produit vaut $2 \times 3 \times h = 6h$, ne l'oublie pas).
Le numérateur vaut donc $9 + 6h + h^2 - 9 = 6h + h^2$.
On factorise par $h$ et on simplifie : $\dfrac{6h + h^2}{h} = \dfrac{h(6 + h)}{h} = 6 + h$.
On fait tendre $h$ vers $0$ : $6 + h \to 6$, donc $f'(3) = 6$.
Comme $f(3) = 9$, la tangente est $y = 6(x - 3) + 9 = 6x - 9$.
Tu remarques quelque chose ? En $a = 2$ on trouvait $4$, en $a = 3$ on trouve $6$… la pente semble valoir $2a$. On y revient au palier suivant.
Échauffement 2 — une fonction affine
Prenons une droite : $f(x) = 3x + 1$, et cherchons $f'(a)$ pour n'importe quel $a$.
Le taux, pour $h \neq 0$ : $\dfrac{f(a+h) - f(a)}{h} = \dfrac{\big(3(a+h) + 1\big) - (3a + 1)}{h}$.
On développe le numérateur : $3a + 3h + 1 - 3a - 1 = 3h$.
On simplifie : $\dfrac{3h}{h} = 3$. Il n'y a même pas de $h$ qui traîne.
Donc, quel que soit $h$, le taux vaut $3$, et sa limite quand $h \to 0$ vaut $3$ : $f'(a) = 3$ pour tout $a$.
C'est logique : une droite a partout la même pente, et sa tangente en n'importe quel point… c'est elle-même. Retiens que pour une fonction affine $f(x) = mx + p$, le nombre dérivé vaut $m$ partout.
Échauffement 3 — on monte au cube
Un cran plus dur : $f(x) = x^3$, cherchons $f'(1)$. La méthode ne change pas d'un pouce.
Le taux, pour $h \neq 0$ : $\dfrac{f(1+h) - f(1)}{h} = \dfrac{(1+h)^3 - 1}{h}$.
On développe le cube : $(1+h)^3 = 1 + 3h + 3h^2 + h^3$.
Le numérateur devient $1 + 3h + 3h^2 + h^3 - 1 = 3h + 3h^2 + h^3$.
On factorise par $h$ : $3h + 3h^2 + h^3 = h(3 + 3h + h^2)$.
On simplifie : $\dfrac{h(3 + 3h + h^2)}{h} = 3 + 3h + h^2$.
On fait tendre $h$ vers $0$ : $3h \to 0$ et $h^2 \to 0$, donc $3 + 3h + h^2 \to 3$. D'où $f'(1) = 3$.
La tangente en $x = 1$, avec $f(1) = 1$ : $y = 3(x - 1) + 1 = 3x - 2$.
Niveau contrôle. On soigne la rédaction, on repère les pièges qui coûtent des points, et on traite deux problèmes typiques en entier. Ce sont exactement les réflexes que le correcteur attend de toi.
Ce que le correcteur attend (et les pièges)
La rédaction qui rapporte les points. À chaque calcul de nombre dérivé, le correcteur veut voir : la mention $h \neq 0$, le taux écrit proprement, le développement, la factorisation par $h$, la simplification, puis le passage à la limite énoncé clairement (« quand $h \to 0$ »). Sauter la factorisation, c'est zapper l'étape qui justifie tout le reste.
Les pièges classiques :
- Remplacer $h$ par $0$ trop tôt : dans le taux, ça donne $\dfrac{0}{0}$, qui ne veut rien dire. On simplifie d'abord, on remplace ensuite.
- Développer $(a+h)^2$ en $a^2 + h^2$ : c'est faux, il manque le double produit $2ah$.
- Confondre le nombre $f'(a)$ (la pente en un point) et la fonction dérivée $f'(x)$ (qui donne la pente en tout point) : ce sont deux objets différents.
- Écrire la tangente sous la forme $y = f'(a)\,x + f(a)$ : faux ! La bonne écriture est $y = f'(a)(x - a) + f(a)$. L'ordonnée à l'origine n'est pas $f(a)$.
Problème type 1 — tangente parallèle à une droite
Énoncé. Soit $f(x) = x^2$. En quel point la tangente à la courbe est-elle parallèle à la droite $d : y = 6x - 1$ ? Donne aussi l'équation de cette tangente.
Idée. Deux droites sont parallèles quand elles ont la même pente. La pente de $d$ vaut $6$. On cherche donc l'abscisse $a$ telle que $f'(a) = 6$.
On calcule $f'(a)$ pour un $a$ quelconque. Pour $h \neq 0$ : $\dfrac{(a+h)^2 - a^2}{h} = \dfrac{a^2 + 2ah + h^2 - a^2}{h} = \dfrac{2ah + h^2}{h} = \dfrac{h(2a + h)}{h} = 2a + h$.
Quand $h \to 0$ : $2a + h \to 2a$. Donc $f'(a) = 2a$.
On résout. $f'(a) = 6 \iff 2a = 6 \iff a = 3$.
On conclut. Le point cherché a pour abscisse $a = 3$, et $f(3) = 9$ : c'est le point $(3\,;\,9)$. La tangente y vaut $y = 6(x - 3) + 9 = 6x - 9$. Sa pente est bien $6$ : elle est parallèle à $d$.
Problème type 2 — trouver et vérifier une tangente
Énoncé. Soit $f(x) = x^2 - 2x$. Détermine l'équation de la tangente à la courbe au point d'abscisse $a = 0$.
Le taux, pour $h \neq 0$ : $\dfrac{f(0+h) - f(0)}{h}$. On calcule d'abord $f(h) = h^2 - 2h$ et $f(0) = 0$.
Donc $\dfrac{h^2 - 2h - 0}{h} = \dfrac{h(h - 2)}{h} = h - 2$.
La limite : quand $h \to 0$, $h - 2 \to -2$, donc $f'(0) = -2$. La pente est négative : la courbe descend en $x = 0$.
L'équation : avec $f(0) = 0$, on a $y = -2(x - 0) + 0 = -2x$.
Le réflexe qui rassure le correcteur — vérifier. La tangente passe-t-elle bien par le point de contact $(0\,;\,0)$ ? On remplace $x = 0$ : $y = -2 \times 0 = 0$. Oui. Sa pente est $-2$, comme trouvé. Tout est cohérent.
Tu maîtrises le nombre dérivé en un point. Dans les prochaines semaines, on va le calculer partout d'un coup, s'en servir pour lire les variations d'une fonction, et même mesurer des vitesses. Petit avant-goût de ce qui t'attend.
Du nombre dérivé à la fonction dérivée
Dans les problèmes, on a calculé $f'(2) = 4$, $f'(3) = 6$, puis $f'(a) = 2a$ pour $f(x) = x^2$. Cette dernière égalité est bien plus puissante : elle donne la pente en tout point d'un seul coup.
En considérant $a$ comme une variable, on obtient une nouvelle fonction, la fonction dérivée $f'$ : à chaque $x$ elle associe le nombre dérivé $f'(x)$. Pour $f(x) = x^2$, on vient de démontrer que $f'(x) = 2x$.
C'est la prochaine grande étape du programme de première, dans le chapitre qui suit : au lieu de refaire la limite à chaque fois, tu apprendras des formules de dérivation toutes prêtes (pour $x^n$, pour une somme, un produit…) qui donnent $f'(x)$ directement. Le calcul par la limite, lui, reste la définition qui justifie ces formules.
Le signe de la dérivée raconte les variations
Voici l'idée qui rend la dérivée si utile : la pente de la tangente indique si la courbe monte ou descend.
- Là où le nombre dérivé $f'(x)$ est strictement positif, les tangentes montent : la fonction est croissante.
- Là où $f'(x)$ est strictement négatif, les tangentes descendent : la fonction est décroissante.
- Là où $f'(x)$ s'annule, la tangente est horizontale : c'est souvent un sommet ou un creux (un extremum).
Exemple avec $f(x) = x^2 - 2x$ : en refaisant le calcul avec un $a$ quelconque, on trouve la pente générale $f'(x) = 2x - 2$. Elle s'annule en $x = 1$, elle est négative avant et positive après : la parabole descend jusqu'à $x = 1$ puis remonte. Son minimum est donc en $x = 1$, sans même tracer la courbe. Dès le prochain chapitre de première, ce raisonnement sur le signe de $f'$ deviendra l'outil numéro un pour étudier une fonction.
Une dérivée, ça sert dans la vraie vie
En physique. Si $x(t)$ donne la position d'un objet en fonction du temps, le taux de variation $\dfrac{x(t+h) - x(t)}{h}$ est la vitesse moyenne entre les instants $t$ et $t+h$. En faisant tendre $h$ vers $0$, on obtient la vitesse instantanée : c'est exactement le nombre dérivé $x'(t)$. La dérivée, c'est la vitesse. Et la dérivée de la vitesse, c'est l'accélération.
Une nuance à venir. On a toujours supposé que le taux se rapproche d'une valeur finie. Ce n'est pas garanti pour toutes les fonctions : certaines courbes ont un « coin » où la tangente n'existe pas. La notion de limite, travaillée pour elle-même en terminale, donnera le langage rigoureux pour dire quand une fonction est dérivable — et prolongera tout ce que tu viens d'apprendre.