Contrôle bientôt et le mot « conditionnelle » te fait déjà transpirer ? Respire. Une probabilité conditionnelle, c'est juste une probabilité quand on a déjà une information en poche. On voit les prérequis, l'idée en une phrase, LA formule, et un exemple traité en entier. Promis, ça tient sur une page.

Les prérequis à ressortir

Deux souvenirs suffisent pour démarrer.

1. La probabilité d'un événement. Pour une expérience aux issues également probables,
$$P(E) = \dfrac{\text{nombre de cas favorables}}{\text{nombre de cas possibles}}$$ C'est toujours un nombre entre $0$ et $1$.

2. L'intersection. L'événement $A \cap B$ (lire « $A$ inter $B$ ») se réalise quand $A$ et $B$ se produisent en même temps. Son complémentaire $\overline{B}$ est l'événement « $B$ ne se réalise pas », et $P(\overline{B}) = 1 - P(B)$.

L'idée + la formule

La probabilité conditionnelle de $A$ sachant $B$, notée $P(A \mid B)$, mesure la chance que $A$ se réalise une fois qu'on sait que $B$ est déjà réalisé.

L'image à retenir : on rétrécit l'univers à $B$. On ne regarde plus tous les cas possibles, seulement ceux où $B$ a lieu, et on se demande quelle proportion vérifie aussi $A$.

La formule, la seule à savoir par cœur pour le contrôle :

$P(A \mid B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(B)} \qquad \text{valable dès que } P(B) > 0.$

Un exemple fait en entier

Énoncé. Dans une classe de $30$ élèves, $18$ jouent d'un instrument (événement $B$) et, parmi ces $18$, $12$ ont eu une bonne note au dernier contrôle (événement $A$). On choisit un élève au hasard. Quelle est la probabilité qu'il ait une bonne note sachant qu'il joue d'un instrument, c'est-à-dire $P(A \mid B)$ ?

Étape 1 — les probabilités de base. $P(B) = \dfrac{18}{30} = \dfrac{3}{5}$ et $P(A \cap B) = \dfrac{12}{30} = \dfrac{2}{5}$ (les $12$ élèves qui jouent d'un instrument ET ont une bonne note).

Étape 2 — on applique la formule. $P(A \mid B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(B)} = \dfrac{2/5}{3/5}$.

Étape 3 — on simplifie. Diviser par une fraction, c'est multiplier par son inverse : $\dfrac{2/5}{3/5} = \dfrac{2}{5} \times \dfrac{5}{3} = \dfrac{2}{3} \approx 0{,}67$.

Le raccourci qui rassure. Puisque $B$ est acquis, on peut compter directement parmi les $18$ musiciens : $12$ ont une bonne note, soit $\dfrac{12}{18} = \dfrac{2}{3}$. Même résultat, c'est bien la même idée de « rétrécir à $B$ ».

Univers Ω : 30 élèvesB : 18 jouent d'un instrumentA ∩ B : 12 ont une bonne noteP(A | B) = 12 / 18 = 2/3

Ça te revient : l'arbre, le « sachant que », les petits nombres sur les branches... Reprenons proprement, dans l'ordre. Définition carrée, les trois formules à avoir, la méthode de l'arbre, et de quoi distinguer indépendance et dépendance sans hésiter une seconde.

La définition, au propre

Définition. Soit $A$ et $B$ deux événements avec $P(B) > 0$. La probabilité de $A$ sachant $B$ est le quotient $P(A \mid B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(B)}$.

La condition $P(B) > 0$ n'est pas un détail : on divise par $P(B)$, donc $B$ doit pouvoir se produire. « Sachant qu'un événement impossible s'est réalisé » n'a aucun sens.

L'interprétation. On remplace l'univers $\Omega$ par $B$ : parmi tous les cas où $B$ est réalisé (de « poids » $P(B)$), on ne garde que ceux qui vérifient aussi $A$ (de « poids » $P(A \cap B)$), et on compare les deux. Le dessin ci-dessous montre exactement cette part de $B$ occupée par $A$.

ΩABA ∩ BOn se restreint à B : quelle part de B est aussi dans A ?

Les trois formules à connaître

1. Formule de multiplication. En repartant de la définition (dans les deux sens), on obtient l'intersection : $P(A \cap B) = P(B) \times P(A \mid B) = P(A) \times P(B \mid A)$. Très utile quand on connaît une conditionnelle et qu'on cherche l'intersection.

2. Formule des probabilités totales. On reconstitue $P(A)$ en passant soit par $B$, soit par $\overline{B}$ : $P(A) = P(B) \times P(A \mid B) + P(\overline{B}) \times P(A \mid \overline{B})$. C'est « la somme des deux chemins qui mènent à $A$ ».

3. Indépendance. Deux événements sont indépendants quand savoir que l'un est réalisé ne change rien à la probabilité de l'autre : $A \text{ et } B \text{ indépendants} \iff P(A \cap B) = P(A) \times P(B) \iff P(A \mid B) = P(A)$.

La méthode de l'arbre + un exemple d'indépendance

L'arbre de probabilités range tout ça visuellement.

  • 1re branche : place $B$ et $\overline{B}$ avec $P(B)$ et $P(\overline{B}) = 1 - P(B)$.
  • 2e branche : à chaque nœud, inscris les conditionnelles $P(A \mid B)$, $P(\overline{A} \mid B)$, puis $P(A \mid \overline{B})$, $P(\overline{A} \mid \overline{B})$.
  • Un chemin : la probabilité d'un chemin est le produit des probabilités rencontrées le long du chemin.
  • Probabilités totales : pour $P(A)$, on additionne tous les chemins qui aboutissent à $A$.

Exemple traité — tester l'indépendance. On sait que $P(A) = 0{,}4$, $P(B) = 0{,}5$ et $P(A \cap B) = 0{,}2$. Sont-ils indépendants ?

On compare $P(A \cap B)$ au produit $P(A) \times P(B) = 0{,}4 \times 0{,}5 = 0{,}2$.

Or $P(A \cap B) = 0{,}2$ aussi : les deux sont égaux, donc $A$ et $B$ sont indépendants.

Vérification par la conditionnelle : $P(A \mid B) = \dfrac{0{,}2}{0{,}5} = 0{,}4 = P(A)$. Savoir que $B$ est réalisé ne change pas la probabilité de $A$ : c'est bien l'indépendance.

Bnon-BAnon-AAnon-AP(B)P(non-B)P(A|B)P(non-A|B)P(A|non-B)P(non-A|non-B)

On se met en jambes. Trois calculs faits ensemble, ligne par ligne : un dé, un arbre, puis un test d'indépendance. Tu ne fais rien seul ici, tu regardes la mécanique tourner — c'est exactement les mêmes gestes que tu recopieras au contrôle.

Échauffement 1 — le calcul direct

On lance un dé équilibré à six faces. On pose $A$ = « obtenir un $6$ » et $B$ = « obtenir un nombre pair ». On cherche $P(A \mid B)$.

D'abord $B$ : les résultats pairs sont $\{2\,;4\,;6\}$, donc $P(B) = \dfrac{3}{6} = \dfrac{1}{2}$.

Ensuite $A \cap B$ : « pair ET égal à $6$ » se réduit à $\{6\}$, donc $P(A \cap B) = \dfrac{1}{6}$.

On applique la formule : $P(A \mid B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(B)} = \dfrac{1/6}{1/2} = \dfrac{1}{6} \times \dfrac{2}{1} = \dfrac{2}{6} = \dfrac{1}{3}$.

Contrôle de bon sens : parmi les trois résultats pairs $\{2\,;4\,;6\}$, un seul est un $6$, soit $\dfrac{1}{3}$. Cohérent, on peut avancer.

123456B = pair (fond clair : 2, 4, 6) · A ∩ B = le 6 (fond foncé)

Échauffement 2 — l'arbre et les probabilités totales

Un élève prend le bus (événement $B$) avec $P(B) = 0{,}7$ ; sinon il vient à vélo ($\overline{B}$) avec $P(\overline{B}) = 0{,}3$. En bus, il est en retard (événement $R$) avec $P(R \mid B) = 0{,}1$ ; à vélo, $P(R \mid \overline{B}) = 0{,}2$. Quelle est la probabilité $P(R)$ qu'il soit en retard ?

On reconnaît une situation à deux chemins vers $R$ : la formule des probabilités totales est faite pour ça.

On écrit la formule : $P(R) = P(B) \times P(R \mid B) + P(\overline{B}) \times P(R \mid \overline{B})$.

On remplace : $P(R) = 0{,}7 \times 0{,}1 + 0{,}3 \times 0{,}2$.

On calcule chaque chemin (produit des branches) : $0{,}7 \times 0{,}1 = 0{,}07$ (bus puis retard) et $0{,}3 \times 0{,}2 = 0{,}06$ (vélo puis retard).

On additionne les deux chemins qui mènent au retard : $P(R) = 0{,}07 + 0{,}06 = 0{,}13$.

bus Bvélo (non-B)retard Rà l'heureretard Rà l'heure0,70,30,10,90,20,8

Échauffement 3 — tester l'indépendance

Le réflexe : pour trancher l'indépendance, on compare $P(A \cap B)$ à $P(A) \times P(B)$. Faisons-le sur deux cas jumeaux.

Cas 1. $P(A) = 0{,}3$, $P(B) = 0{,}4$, $P(A \cap B) = 0{,}12$. On teste : $P(A) \times P(B) = 0{,}3 \times 0{,}4 = 0{,}12$. C'est exactement $P(A \cap B)$, donc $A$ et $B$ sont indépendants.

Cas 2. Mêmes $P(A) = 0{,}3$ et $P(B) = 0{,}4$, mais cette fois $P(A \cap B) = 0{,}2$. On teste : $P(A) \times P(B) = 0{,}12 \neq 0{,}2$, donc $A$ et $B$ ne sont pas indépendants (ils sont liés).

Autre lecture du cas 2 : $P(A \mid B) = \dfrac{0{,}2}{0{,}4} = 0{,}5 \neq 0{,}3 = P(A)$. Savoir que $B$ est réalisé fait passer la probabilité de $A$ de $0{,}3$ à $0{,}5$ : $B$ influence bien $A$. Les deux tests donnent la même conclusion, c'est normal.

Niveau contrôle. On soigne la rédaction, on démonte les pièges qui coûtent des points bêtement, et on résout en entier le problème star de cette leçon : « la pièce est défectueuse, de quelle machine vient-elle ? ». C'est exactement le genre de question qui tombe.

Ce que le correcteur attend (et les pièges)

La rédaction qui rapporte les points. Traduis d'abord l'énoncé en probabilités ($P(B) = \dots$, $P(A \mid B) = \dots$). Écris la formule avant de remplacer les nombres. Signale $P(B) > 0$ quand tu utilises la définition. Sur un arbre, vérifie que les branches issues d'un même nœud somment à $1$. Termine par une phrase de conclusion en français et un arrondi propre si l'énoncé le demande.

Les pièges classiques.

  • $P(A \mid B) \neq P(B \mid A)$ en général : l'ordre du conditionnement change tout (« défectueux sachant $M_1$ » n'est pas « $M_1$ sachant défectueux »).
  • Ne confonds pas $P(A \cap B)$ (l'intersection, une proportion sur tout $\Omega$) et $P(A \mid B)$ (une proportion à l'intérieur de $B$).
  • Sur un arbre : pour $P(A)$ on additionne les chemins ; on ne multiplie jamais entre elles des branches de niveaux différents appartenant à des chemins distincts.
  • Oublier de vérifier $P(B) > 0$ avant d'appliquer la définition.

Problème type — l'usine à deux machines

Énoncé. Une usine fabrique des pièces avec deux machines. La machine $M_1$ produit $60\,\%$ des pièces, la machine $M_2$ les $40\,\%$ restants. Parmi les pièces de $M_1$, $3\,\%$ sont défectueuses ; parmi celles de $M_2$, $5\,\%$ le sont. On note $D$ l'événement « la pièce est défectueuse ». (1) Quelle est la probabilité qu'une pièce prise au hasard soit défectueuse ? (2) Une pièce est défectueuse : quelle est la probabilité qu'elle vienne de $M_1$ ?

Traduction. $P(M_1) = 0{,}6$, $P(M_2) = 0{,}4$, $P(D \mid M_1) = 0{,}03$, $P(D \mid M_2) = 0{,}05$. Un arbre s'impose (voir figure).

(1) Probabilités totales. $P(D) = P(M_1) \times P(D \mid M_1) + P(M_2) \times P(D \mid M_2)$.

On remplace : $P(D) = 0{,}6 \times 0{,}03 + 0{,}4 \times 0{,}05 = 0{,}018 + 0{,}020 = 0{,}038$.

(2) On retourne le conditionnement. On veut $P(M_1 \mid D)$, à ne surtout pas confondre avec $P(D \mid M_1) = 0{,}03$. Par définition : $P(M_1 \mid D) = \dfrac{P(M_1 \cap D)}{P(D)}$.

Le numérateur par la formule de multiplication : $P(M_1 \cap D) = P(M_1) \times P(D \mid M_1) = 0{,}6 \times 0{,}03 = 0{,}018$.

On divise : $P(M_1 \mid D) = \dfrac{0{,}018}{0{,}038} = \dfrac{18}{38} = \dfrac{9}{19} \approx 0{,}47$.

Conclusion. Environ $47\,\%$ des pièces défectueuses proviennent de $M_1$. On voit bien que $P(M_1 \mid D) \approx 0{,}47 \neq 0{,}03 = P(D \mid M_1)$ : le sens du conditionnement compte.

M1M2D (défect.)non-DD (défect.)non-D0,60,40,030,970,050,95

Problème type — indépendant ou pas ?

Énoncé. Dans une entreprise, on choisit un salarié au hasard. On note $T$ « il est en télétravail » et $S$ « il est satisfait ». Une enquête donne $P(T) = 0{,}4$, $P(S) = 0{,}75$ et $P(T \cap S) = 0{,}33$. Le télétravail et la satisfaction sont-ils indépendants ?

Le test. On calcule le produit : $P(T) \times P(S) = 0{,}4 \times 0{,}75 = 0{,}30$.

La comparaison. Or $P(T \cap S) = 0{,}33 \neq 0{,}30$. Donc $T$ et $S$ ne sont pas indépendants.

Le sens du lien. $P(S \mid T) = \dfrac{P(T \cap S)}{P(T)} = \dfrac{0{,}33}{0{,}4} = 0{,}825$, contre $P(S) = 0{,}75$ dans l'ensemble. Être en télétravail est associé à une satisfaction plus élevée ($82{,}5\,\%$ contre $75\,\%$).

Ce que veut le correcteur : la comparaison chiffrée explicite ($0{,}33$ contre $0{,}30$) ET une conclusion rédigée. Répondre « non » tout court, sans le calcul, ne vaut aucun point.

Tu tiens la conditionnelle. L'an prochain, on comprend enfin pourquoi la formule marche, on la retourne proprement (bonjour la formule de Bayes), et on la branche sur des épreuves répétées — c'est la porte d'entrée de la loi binomiale. Petit avant-goût, sans pression.

Pourquoi la formule marche : la renormalisation

Pourquoi diviser par $P(B)$, au juste ? Quand on apprend que $B$ est réalisé, $B$ devient le nouvel univers. Mais son « poids » de départ n'est que $P(B)$, pas $1$. Pour que les probabilités de ce monde réduit fassent bien un total de $1$, on remet $B$ à l'échelle en divisant tout par $P(B)$.

La part de $A$ qu'on conserve, c'est ce qui est à la fois dans $A$ et dans $B$, soit $P(A \cap B)$. Une fois renormalisée : $P(A \mid B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(B)}$. La formule n'est pas tombée du ciel, c'est une mise à l'échelle.

Deux vérifications rassurantes. D'abord $P(B \mid B) = \dfrac{P(B \cap B)}{P(B)} = \dfrac{P(B)}{P(B)} = 1$ : sachant $B$, l'événement $B$ est certain, logique. Ensuite $P(A \mid B) + P(\overline{A} \mid B) = \dfrac{P(A \cap B) + P(\overline{A} \cap B)}{P(B)} = \dfrac{P(B)}{P(B)} = 1$ : les probabilités conditionnelles se comportent comme de vraies probabilités.

Dans Ω (poids total 1)A ∩ BBon divise tout par P(B)Sachant B : B devient l'univers (poids 1)P(A | B)

Retourner le conditionnement : la formule de Bayes

Jusqu'ici on calculait $P(A \mid B)$. Mais souvent l'information arrive dans un sens et on veut la retourner, exactement comme dans le problème d'usine (« défectueux, donc quelle machine ? »). Il y a une formule pour ça, et tu as déjà tout pour la démontrer.

Point de départ, la formule de multiplication vue en cours, écrite dans les deux sens : $P(A \cap B) = P(A) \times P(B \mid A) = P(B) \times P(A \mid B)$.

On isole la conditionnelle inversée : $P(B \mid A) = \dfrac{P(B) \times P(A \mid B)}{P(A)}$.

C'est la formule de Bayes, au programme de terminale. Rien de magique : c'est ta formule de multiplication réarrangée. Tu l'as déjà utilisée sans le nommer pour remonter du défaut à la machine $M_1$.

Vers la loi binomiale et au-delà

L'indépendance est la porte d'entrée d'une notion voisine, déjà en 1re : le schéma de Bernoulli. Répéter $n$ fois, de façon indépendante, une même épreuve à deux issues (succès / échec) mène tout droit à la loi binomiale — jette un œil à la fiche « Loi binomiale » de la même catégorie.

Les arbres pondérés que tu viens de manipuler se généralisent à autant de niveaux qu'on veut : la probabilité d'un chemin reste le produit des probabilités conditionnelles rencontrées, et la probabilité d'une issue reste la somme des chemins qui y mènent.

En terminale, tout ça se prolonge : successions d'épreuves indépendantes, variables aléatoires et leur espérance, et la loi des grands nombres, qui explique pourquoi la fréquence observée finit par coller à la probabilité quand on répète beaucoup d'expériences.