Contrôle bientôt, et « loi des grands nombres » sonne comme une prophétie mystérieuse ? Pas de panique : derrière ce nom impressionnant se cache une idée que tu connais déjà par instinct — plus on répète une expérience, plus « la moyenne » se calme. En une page, l'essentiel pour ne pas être largué.

L'essentiel en deux minutes

Ce qu'il faut déjà savoir : l'espérance $E(X)$ d'une variable aléatoire (sa valeur moyenne « théorique »), sa variance $V(X)$ qu'on note $\sigma^2$ (elle mesure à quel point les valeurs sont dispersées), et ce qu'est une fréquence. Rien de plus.

L'idée en une phrase : si tu répètes une expérience un très grand nombre de fois, la moyenne des résultats obtenus se rapproche de l'espérance. Exemple parlant : lance un dé équilibré $10\,000$ fois, la fréquence d'apparition du $6$ va se coller à $\dfrac{1}{6}$. C'est la stabilisation des fréquences.

Le décor. On dispose de variables $X_1, X_2, \ldots, X_n$ indépendantes et de même loi (on dit i.i.d.), toutes d'espérance $\mu$ et de variance $\sigma^2$. On regarde leur moyenne empirique : $\bar{X}_n = \dfrac{X_1 + \cdots + X_n}{n}$.

Les formules qui rapportent des points :

  • $E(\bar{X}_n) = \mu$ : en moyenne, la moyenne empirique vaut l'espérance.
  • $V(\bar{X}_n) = \dfrac{\sigma^2}{n}$ : plus $n$ est grand, plus la moyenne est « resserrée ».
  • Inégalité de Bienaymé-Tchebychev : $P(|X - \mu| \ge t) \le \dfrac{\sigma^2}{t^2}$ pour tout $t \gt 0$.
  • Loi des grands nombres : $P(|\bar{X}_n - \mu| \ge \varepsilon) \le \dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0$.

Traduction de la dernière ligne : la probabilité que la moyenne empirique s'écarte de $\mu$ d'au moins $\varepsilon$ devient aussi petite que l'on veut quand $n$ grandit. On dit que $\bar{X}_n$ converge en probabilité vers $\mu$.

μn (nombre de répétitions)moyenne empirique

Un exemple pour se rassurer

Un exemple direct avec l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, l'outil de base. On sait qu'une variable $X$ vérifie $E(X) = 5$ et $V(X) = 4$. On veut majorer $P(|X - 5| \ge 4)$, c'est-à-dire la probabilité que $X$ s'éloigne de sa moyenne d'au moins $4$.

Étape 1. On repère les ingrédients : ici $\mu = 5$, $\sigma^2 = 4$, et l'écart demandé est $t = 4$.

Étape 2. On applique la formule $P(|X - \mu| \ge t) \le \dfrac{\sigma^2}{t^2}$ : $P(|X - 5| \ge 4) \le \dfrac{4}{4^2}$.

Étape 3. On calcule : $\dfrac{4}{4^2} = \dfrac{4}{16} = \dfrac{1}{4}$.

Conclusion : $P(|X - 5| \ge 4) \le \dfrac{1}{4}$. Sans rien connaître de la loi de $X$, on a encadré la probabilité. Tu vois le principe : repérer $\mu$, $\sigma^2$ et $t$, remplacer, simplifier. C'est déjà la moitié des points d'un exercice.

Ah oui, le dé qu'on relance des milliers de fois, ça te revient. On reprend maintenant tout proprement : les vraies définitions, l'outil qui fait tourner la machine (Bienaymé-Tchebychev) et une méthode carrée à appliquer les yeux fermés.

Le vocabulaire, posé proprement

Reprenons chaque mot du décor, sans le survoler.

Variables i.i.d. On se donne des variables aléatoires $X_1, X_2, \ldots, X_n$ qui sont indépendantes (le résultat de l'une n'influence pas les autres) et de même loi (elles suivent toutes la même règle du hasard). D'où le sigle i.i.d. : indépendantes et identiquement distribuées. Elles partagent alors la même espérance $\mu = E(X_i)$ et la même variance $\sigma^2 = V(X_i)$.

Moyenne empirique. C'est simplement la moyenne des résultats obtenus : $\bar{X}_n = \dfrac{X_1 + X_2 + \cdots + X_n}{n}$. C'est elle-même une variable aléatoire, car elle dépend du hasard des tirages.

Espérance et variance de cette moyenne. Deux résultats à connaître par cœur, et voici pourquoi ils sont vrais :

  • $E(\bar{X}_n) = \dfrac{1}{n}\bigl(E(X_1) + \cdots + E(X_n)\bigr) = \dfrac{1}{n} \times n\mu = \mu$.
  • Comme les $X_i$ sont indépendantes, $V(X_1 + \cdots + X_n) = n\sigma^2$. En divisant la somme par $n$, la variance est divisée par $n^2$ : $V(\bar{X}_n) = \dfrac{n\sigma^2}{n^2} = \dfrac{\sigma^2}{n}$.

Convergence en probabilité. Dire que $\bar{X}_n$ converge en probabilité vers $\mu$, c'est dire que pour tout $\varepsilon \gt 0$ (aussi petit soit-il), $P(|\bar{X}_n - \mu| \ge \varepsilon) \longrightarrow 0$ quand $n \to +\infty$. Attention : ce n'est pas une égalité $\bar{X}_n = \mu$, mais une probabilité d'écart qui s'évanouit.

L'outil clé et la méthode

L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Pour n'importe quelle variable $X$ d'espérance $\mu$ et de variance $\sigma^2$, et pour tout $t \gt 0$ : $P(|X - \mu| \ge t) \le \dfrac{\sigma^2}{t^2}$. Elle borne la probabilité de « s'éloigner beaucoup de la moyenne », uniquement à partir de la variance.

De l'outil à la loi. On applique cette inégalité à $\bar{X}_n$, qui a pour espérance $\mu$ et pour variance $\dfrac{\sigma^2}{n}$. En prenant $t = \varepsilon$ : $P(|\bar{X}_n - \mu| \ge \varepsilon) \le \dfrac{\sigma^2/n}{\varepsilon^2} = \dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2}$. Quand $n \to +\infty$, cette borne tend vers $0$ : c'est la loi des grands nombres.

La méthode, pas à pas.

  • Identifier la loi des $X_i$, puis calculer $\mu = E(X_i)$ et $\sigma^2 = V(X_i)$.
  • Former $\bar{X}_n$ et écrire ses deux caractéristiques : $E(\bar{X}_n) = \mu$ et $V(\bar{X}_n) = \dfrac{\sigma^2}{n}$.
  • Appliquer Bienaymé-Tchebychev à $\bar{X}_n$ avec $t = \varepsilon$ : $P(|\bar{X}_n - \mu| \ge \varepsilon) \le \dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2}$.
  • Cas fréquent : trouver le plus petit $n$ tel que la borne soit sous un seuil $\alpha$. On résout $\dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2} \le \alpha$, ce qui donne $n \ge \dfrac{\sigma^2}{\alpha\varepsilon^2}$.
μμ − εμ + εcouloir de largeur 2ε

Un exemple entièrement traité

Des variables $X_i$ sont i.i.d. de loi de Bernoulli de paramètre $p = 0{,}3$ (chaque $X_i$ vaut $1$ avec probabilité $0{,}3$, sinon $0$). On veut majorer $P(|\bar{X}_{100} - 0{,}3| \ge 0{,}1)$.

Étape 1 — espérance et variance. Pour une loi de Bernoulli de paramètre $p$, on a $\mu = p = 0{,}3$ et $\sigma^2 = p(1 - p) = 0{,}3 \times 0{,}7 = 0{,}21$.

Étape 2 — la moyenne empirique. Ici $n = 100$, donc $E(\bar{X}_{100}) = 0{,}3$ et $V(\bar{X}_{100}) = \dfrac{0{,}21}{100}$.

Étape 3 — Bienaymé-Tchebychev avec $\varepsilon = 0{,}1$. $P(|\bar{X}_{100} - 0{,}3| \ge 0{,}1) \le \dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2} = \dfrac{0{,}21}{100 \times (0{,}1)^2}$.

Étape 4 — calcul. $100 \times (0{,}1)^2 = 100 \times 0{,}01 = 1$, donc la borne vaut $\dfrac{0{,}21}{1} = 0{,}21$.

Conclusion : $P(|\bar{X}_{100} - 0{,}3| \ge 0{,}1) \le 0{,}21$. Il y a donc au plus $21\%$ de chances que la fréquence observée s'écarte de $0{,}3$ de plus de $0{,}1$.

On enfile le survêtement et on déroule la méthode ensemble, ligne par ligne. Ne lis pas en diagonale : redis à voix haute ce qu'on fait à chaque étape, c'est là que le réflexe s'installe.

Échauffement 1 : Bienaymé-Tchebychev tout simple

On se met en jambes avec l'outil de base. Une variable $X$ vérifie $E(X) = 10$ et $V(X) = 9$. On majore ensemble $P(|X - 10| \ge 6)$.

On repère les données : $\mu = 10$, $\sigma^2 = 9$, et l'écart visé est $t = 6$. On note bien que $t$, c'est le nombre qui apparaît juste après le « $\ge$ ».

On applique la formule : $P(|X - 10| \ge 6) \le \dfrac{\sigma^2}{t^2} = \dfrac{9}{6^2}$.

On calcule le dénominateur : $6^2 = 36$.

On simplifie : $\dfrac{9}{36} = \dfrac{1}{4} = 0{,}25$.

On conclut : $P(|X - 10| \ge 6) \le 0{,}25$. Trois lignes, et c'est plié. Retiens le geste : $\mu$, $\sigma^2$, $t$, on remplace, on simplifie.

Échauffement 2 : la loi des grands nombres en action

Passons à la loi des grands nombres elle-même. On joue à pile ou face avec une pièce équilibrée. On pose $X_i = 1$ si le $i$-ème lancer donne pile, et $X_i = 0$ sinon : les $X_i$ sont i.i.d. de loi de Bernoulli de paramètre $p = 0{,}5$. On lance $n = 100$ fois et on veut majorer $P(|\bar{X}_{100} - 0{,}5| \ge 0{,}1)$, la probabilité que la fréquence de pile s'écarte de $0{,}5$ de plus de $0{,}1$.

D'abord l'espérance et la variance d'un lancer : $\mu = p = 0{,}5$ et $\sigma^2 = p(1 - p) = 0{,}5 \times 0{,}5 = 0{,}25$.

Ensuite la moyenne empirique, avec $n = 100$ : $E(\bar{X}_{100}) = 0{,}5$ et $V(\bar{X}_{100}) = \dfrac{0{,}25}{100}$.

On applique Bienaymé-Tchebychev à $\bar{X}_{100}$ avec $\varepsilon = 0{,}1$ : $P(|\bar{X}_{100} - 0{,}5| \ge 0{,}1) \le \dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2} = \dfrac{0{,}25}{100 \times 0{,}01}$.

On calcule : $100 \times 0{,}01 = 1$, donc la borne vaut $\dfrac{0{,}25}{1} = 0{,}25$.

Conclusion : $P(|\bar{X}_{100} - 0{,}5| \ge 0{,}1) \le 0{,}25$. Autrement dit, il y a au moins $75\%$ de chances que la fréquence de pile tombe entre $0{,}4$ et $0{,}6$ sur $100$ lancers.

Échauffement 3 : combien de lancers pour être tranquille ?

Même pièce équilibrée, mais on renverse la question : combien de lancers $n$ faut-il pour être sûr, à $95\%$ au moins, que la fréquence de pile soit à moins de $0{,}1$ de $0{,}5$ ? Autrement dit, on veut $P(|\bar{X}_n - 0{,}5| \ge 0{,}1) \le 0{,}05$.

On part de la borne : $P(|\bar{X}_n - 0{,}5| \ge 0{,}1) \le \dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2}$. Il suffit que cette borne soit sous le seuil, donc on impose $\dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2} \le 0{,}05$.

On isole $n$ : l'inégalité $\dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2} \le \alpha$ équivaut à $n \ge \dfrac{\sigma^2}{\alpha\varepsilon^2}$. On a juste fait passer $n$ en haut et $\alpha$ en bas.

On remplace par les valeurs $\sigma^2 = 0{,}25$, $\alpha = 0{,}05$, $\varepsilon = 0{,}1$ : $n \ge \dfrac{0{,}25}{0{,}05 \times (0{,}1)^2} = \dfrac{0{,}25}{0{,}05 \times 0{,}01}$.

On calcule le dénominateur : $0{,}05 \times 0{,}01 = 0{,}000\,5$. Donc $n \ge \dfrac{0{,}25}{0{,}000\,5} = 500$.

Conclusion : à partir de $n = 500$ lancers, la garantie est atteinte. Note bien : comme $n$ doit être entier, dès qu'on trouve une valeur non entière on arrondit à l'entier supérieur.

Maintenant on joue le match. Deux problèmes types résolus de bout en bout, ce que le correcteur coche vraiment sur ta copie, et les pièges qui font perdre des points bêtement.

Problème type 1 : maîtriser l'écart au dé

Énoncé. On lance un dé équilibré $n = 1000$ fois. Pour chaque lancer, on pose $X_i = 1$ si on obtient un $6$, et $X_i = 0$ sinon. Majorer la probabilité que la fréquence d'apparition du $6$ s'écarte de sa valeur théorique de plus de $0{,}05$.

Rédaction attendue.

Les $X_i$ sont indépendantes et de même loi de Bernoulli de paramètre $p = \dfrac{1}{6}$ (probabilité d'obtenir un $6$). Donc $\mu = \dfrac{1}{6}$ et $\sigma^2 = p(1 - p) = \dfrac{1}{6} \times \dfrac{5}{6} = \dfrac{5}{36}$.

La fréquence du $6$ sur les $1000$ lancers est la moyenne empirique $\bar{X}_{1000}$, avec $E(\bar{X}_{1000}) = \dfrac{1}{6}$ et $V(\bar{X}_{1000}) = \dfrac{5/36}{1000}$.

On applique Bienaymé-Tchebychev à $\bar{X}_{1000}$ avec $\varepsilon = 0{,}05$ : $P\left(\left|\bar{X}_{1000} - \dfrac{1}{6}\right| \ge 0{,}05\right) \le \dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2} = \dfrac{5/36}{1000 \times (0{,}05)^2}$.

On calcule le dénominateur : $1000 \times (0{,}05)^2 = 1000 \times 0{,}002\,5 = 2{,}5$.

Donc la borne vaut $\dfrac{5/36}{2{,}5} = \dfrac{5}{36 \times 2{,}5} = \dfrac{5}{90} = \dfrac{1}{18} \approx 0{,}056$.

Conclusion : $P\left(\left|\bar{X}_{1000} - \dfrac{1}{6}\right| \ge 0{,}05\right) \le \dfrac{1}{18} \approx 0{,}056$. Sur $1000$ lancers, l'écart dépasse $0{,}05$ avec moins de $6\%$ de probabilité.

Ce que le correcteur attend : l'identification claire de la loi de Bernoulli et de $p$, le calcul de $\sigma^2 = p(1 - p)$, le passage explicite à $V(\bar{X}_n) = \dfrac{\sigma^2}{n}$, l'application propre de l'inégalité, puis un résultat simplifié.

Problème type 2 : dimensionner le nombre d'essais

Énoncé. Avec le même dé et le même écart $\varepsilon = 0{,}05$, combien de lancers faut-il au minimum pour garantir $P\left(\left|\bar{X}_n - \dfrac{1}{6}\right| \ge 0{,}05\right) \le 0{,}01$ ?

Rédaction attendue.

D'après l'inégalité de la loi des grands nombres, $P\left(\left|\bar{X}_n - \dfrac{1}{6}\right| \ge 0{,}05\right) \le \dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2}$. Il suffit donc que la borne soit inférieure au seuil : $\dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2} \le 0{,}01$.

On isole $n$ : cette inégalité équivaut à $n \ge \dfrac{\sigma^2}{\alpha\varepsilon^2}$, avec $\sigma^2 = \dfrac{5}{36}$, $\alpha = 0{,}01$ et $\varepsilon = 0{,}05$.

On calcule le dénominateur : $\alpha\varepsilon^2 = 0{,}01 \times (0{,}05)^2 = 0{,}01 \times 0{,}002\,5 = 0{,}000\,025$.

Donc $n \ge \dfrac{5/36}{0{,}000\,025} \approx \dfrac{0{,}138\,9}{0{,}000\,025} \approx 5555{,}6$.

Conclusion : comme $n$ est un entier, il faut $n \ge 5556$ lancers. Le réflexe qui fait gagner le point : quand le seuil de sécurité $\alpha$ diminue ou que l'écart toléré $\varepsilon$ rétrécit, $n$ explose — la borne varie en $\dfrac{1}{n}$, donc gagner en précision coûte cher en essais.

Les pièges classiques à éviter

Quatre erreurs reviennent à chaque copie. Passe-les en revue avant de rendre.

  • Confondre la variance de la somme et celle de la moyenne. Pour des variables indépendantes, $V(X_1 + \cdots + X_n) = n\sigma^2$ (elle grandit), mais $V(\bar{X}_n) = \dfrac{\sigma^2}{n}$ (elle rétrécit). Passer à la moyenne divise la somme par $n$, donc la variance par $n^2$.
  • Croire que la loi donne $\bar{X}_n = \mu$. Non : elle garantit une convergence en probabilité, c'est-à-dire $P(|\bar{X}_n - \mu| \ge \varepsilon) \to 0$, pas une égalité exacte. La moyenne empirique reste aléatoire.
  • Prendre la borne pour la vraie probabilité. Bienaymé-Tchebychev donne une majoration, souvent très large. La vraie probabilité est en général bien plus petite (voir le schéma) : on n'écrit jamais « la probabilité vaut $\dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2}$ », seulement qu'elle est au plus égale à cette valeur.
  • Appliquer la formule hors de son cadre. Elle suppose des variables indépendantes et de même loi. Sinon, les résultats $V(\bar{X}_n) = \dfrac{\sigma^2}{n}$ et la loi des grands nombres ne s'appliquent plus tels quels.
borne (majoration)vraie probabilitéla borne est souvent grossière

Le contrôle est dans la poche ? Regarde un cran plus loin : d'où sort vraiment cette loi (sa preuve tient en une ligne), ce qu'elle ne dit pas, et le théorème qui prendra le relais l'an prochain. De quoi avoir un coup d'avance.

D'où vient la loi : la preuve en une ligne

La loi des grands nombres n'est pas un mystère tombé du ciel : elle se démontre en une ligne à partir de l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Suis le raisonnement.

On applique l'inégalité à la variable $\bar{X}_n$, dont on connaît l'espérance $E(\bar{X}_n) = \mu$ et la variance $V(\bar{X}_n) = \dfrac{\sigma^2}{n}$. En choisissant $t = \varepsilon$, l'inégalité $P(|Y - \mu| \ge t) \le \dfrac{V(Y)}{t^2}$ appliquée à $Y = \bar{X}_n$ donne directement :

$P(|\bar{X}_n - \mu| \ge \varepsilon) \le \dfrac{V(\bar{X}_n)}{\varepsilon^2} = \dfrac{\sigma^2/n}{\varepsilon^2} = \dfrac{\sigma^2}{n\varepsilon^2}$.

Il ne reste qu'à faire tendre $n$ vers $+\infty$ : le facteur $\dfrac{1}{n}$ écrase la borne vers $0$, donc $P(|\bar{X}_n - \mu| \ge \varepsilon) \longrightarrow 0$. La démonstration est bouclée. Tout le secret tenait dans un seul fait : diviser une somme par $n$ divise sa variance par $n^2$.

Un cran au-dessus (hors programme). La version que tu connais s'appelle la loi faible des grands nombres (convergence « en probabilité »). Il existe une version plus forte, la loi forte des grands nombres, qui affirme que la suite $\bar{X}_n$ finit presque toujours par se coller à $\mu$ pour de bon (convergence dite « presque sûre »). Même idée, garantie plus solide — tu la croiseras dans le supérieur.

Ce que la loi ne dit pas : vitesse, cloche et sondages

La loi des grands nombres dit vers quoi la moyenne converge ($\mu$), mais pas à quelle vitesse ni selon quelle forme se répartissent les petits écarts restants. C'est là qu'intervient, plus tard, le théorème central limite.

L'idée du théorème central limite (aperçu). Pour $n$ grand, l'écart $\bar{X}_n - \mu$ est typiquement de l'ordre de $\dfrac{\sigma}{\sqrt{n}}$, et sa répartition prend la forme d'une courbe en cloche (loi normale). Deux enseignements : d'une part la précision s'améliore comme $\dfrac{1}{\sqrt{n}}$ (pour diviser l'écart typique par $2$, il faut environ $4$ fois plus d'essais) ; d'autre part on peut décrire finement les fluctuations, là où Bienaymé-Tchebychev ne donnait qu'une majoration grossière.

Le lien avec l'estimation. Ces idées débouchent sur la concentration et les intervalles de confiance : puisque la moyenne empirique se resserre autour de $\mu$, on peut, à l'inverse, utiliser une moyenne observée pour estimer une espérance ou une proportion inconnue — et préciser avec quelle marge. C'est exactement le principe des sondages. La fiche « Concentration et estimation » prend le relais sur ce point.

À retenir pour l'an prochain. La loi des grands nombres est la fondation : elle justifie qu'« un grand échantillon est fiable ». Le théorème central limite et l'estimation viendront préciser à quel point il l'est. Tu pars avec la brique de base déjà en main.

μn petitn grandplus n grandit, plus ça se resserre autour de μ