Physique-Chimie · 1re

Polarité des molécules

Tu n'as jamais mis les pieds dans ce chapitre, mais le contrôle approche. Pas d'inquiétude : en une session, on va te rendre fonctionnel. D'abord, on rafraîchit deux indispensables : les schémas de Lewis et la méthode VSEPR (tu sais déjà reconnaître une géométrie). Ensuite, on file droit au but : reconnaître une liaison polaire, puis décider si une molécule est polaire ou apolaire.

Prérequis express – Lewis et VSEPR

Pour parler polarité, il faut savoir représenter les doublets liants (une liaison = un trait) et les doublets non liants (les paires libres) autour de chaque atome. C'est le schéma de Lewis.

Ensuite, la méthode VSEPR te donne la géométrie de la molécule en comptant tous les doublets autour de l'atome central. Par exemple :

  • 2 doublets → linéaire (ex : CO₂)
  • 3 doublets → trigonale plane (ex : BF₃) ou coudée si un doublet libre (ex : SO₂)
  • 4 doublets → tétraédrique (ex : CH₄), pyramidale trigonale si un doublet libre (ex : NH₃), coudée si deux doublets libres (ex : H₂O)

Si tout cela est flou, revise vite ces notions avant de continuer.

1. Électronégativité et liaison polaire

L'électronégativité (notée $\chi$) est la capacité d'un atome à attirer les électrons d'une liaison. Dans le tableau périodique, $\chi$ augmente vers la droite et vers le haut (fluor : $\chi=4{,}0$, maximum).

Deux atomes liés A et B ont une différence d'électronégativité $\Delta\chi = |\chi_A - \chi_B|$.

Critère : si $\Delta\chi \ge 0{,}4$, la liaison est polaire. L'atome le plus électronégatif porte une charge partielle négative $\delta^-$, l'autre une charge partielle positive $\delta^+$. Si $\Delta\chi < 0{,}4$, la liaison est considérée comme apolaire (les électrons sont équitablement partagés).

2. De la liaison à la molécule : géométrie + vecteurs

Une molécule peut avoir des liaisons polaires mais être globalement apolaire si la géométrie est suffisamment symétrique pour que les moments dipolaires des liaisons s'annulent.

Le moment dipolaire d'une liaison est un vecteur $\vec{\mu}$ orienté de $\delta^+$ vers $\delta^-$ (du moins électronégatif vers le plus électronégatif). Pour une molécule, on fait la somme vectorielle de tous les $\vec{\mu}_i$. Si la somme est nulle ($\vec{\mu}_{\text{mol}} = \vec{0}$) → molécule apolaire. Sinon → molécule polaire.

Méthode express :

  1. Place les charges $\delta^+$ et $\delta^-$ sur chaque liaison polaire.
  2. Trace un vecteur de $\delta^+$ vers $\delta^-$ pour chaque liaison.
  3. Regarde si les vecteurs se compensent (symétrie parfaite) ou s'il reste un vecteur résultant.

Exemples :

H₂O : $\chi(\text{O})=3{,}5$, $\chi(\text{H})=2{,}1$, $\Delta\chi=1{,}4$ → liaisons polaires, $\delta^-$ sur O. Géométrie coudée (2 doublets libres sur O). Les deux vecteurs $\vec{\mu}_{\text{OH}}$ ne s'annulent pas → H₂O est polaire ($\mu \approx 1{,}85\,\text{D}$).

CO₂ : $\chi(\text{O})=3{,}5$, $\chi(\text{C})=2{,}5$, $\Delta\chi=1{,}0$ → liaisons polaires, $\delta^-$ sur O. Géométrie linéaire (O=C=O). Les deux vecteurs $\vec{\mu}_{\text{CO}}$ sont opposés et de même longueur, ils s'annulent → CO₂ est apolaire ($\mu=0$).

À toi de jouer

1.

Exercice 1 – Liaisons polaires : à toi de compléter

Calcule $\Delta\chi$, indique si la liaison est polaire et précise sur quel atome se trouve $\delta^-$. Données $\chi$ : H : 2,1 ; C : 2,5 ; N : 3,0 ; O : 3,5 ; F : 4,0 ; Cl : 3,0.

  • Liaison H–F : $\chi(\text{F})=4{,}0$, $\chi(\text{H})=2{,}1$, $\Delta\chi = \underline{\hspace{1.1em}}$ → liaison $\underline{\hspace{1.1em}}$ (polaire/apolaire) ; $\delta^-$ sur $\underline{\hspace{1.1em}}$.
  • Liaison C–H : $\chi(\text{C})=2{,}5$, $\chi(\text{H})=2{,}1$, $\Delta\chi = \underline{\hspace{1.1em}}$ → liaison $\underline{\hspace{1.1em}}$ ; $\delta^-$ sur $\underline{\hspace{1.1em}}$.
  • Liaison N–H : $\chi(\text{N})=3{,}0$, $\chi(\text{H})=2{,}1$, $\Delta\chi = \underline{\hspace{1.1em}}$ → liaison $\underline{\hspace{1.1em}}$ ; $\delta^-$ sur $\underline{\hspace{1.1em}}$.
  • Liaison C–Cl : $\chi(\text{Cl})=3{,}0$, $\chi(\text{C})=2{,}5$, $\Delta\chi = \underline{\hspace{1.1em}}$ → liaison $\underline{\hspace{1.1em}}$ ; $\delta^-$ sur $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé

Corrigé

  • H–F : $\Delta\chi = |4{,}0 - 2{,}1| = 1{,}9$, $1{,}9 \ge 0{,}4$ → liaison polaire ; $\delta^-$ sur F.
  • C–H : $\Delta\chi = |2{,}5 - 2{,}1| = 0{,}4$. À la limite, liaison très faiblement polaire (souvent considérée apolaire en pratique) ; $\delta^-$ sur C car plus électronégatif que H.
  • N–H : $\Delta\chi = |3{,}0 - 2{,}1| = 0{,}9$ → liaison polaire ; $\delta^-$ sur N.
  • C–Cl : $\Delta\chi = |3{,}0 - 2{,}5| = 0{,}5$ → liaison polaire ; $\delta^-$ sur Cl.
2.

Exercice 2 – H₂O, une molécule coudée

La géométrie de l'eau est coudée (angle H-O-H ≈ 104°). On donne $\chi(\text{O})=3{,}5$, $\chi(\text{H})=2{,}1$.
Complète la légende de la figure ci-dessous.

Place sur chaque atome d'hydrogène le symbole $\underline{\hspace{1.1em}}$ et sur l'oxygène le symbole $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Trace un vecteur $\vec{\mu}_{\text{OH}}$ pour chaque liaison, orienté de $\underline{\hspace{1.1em}}$ vers $\underline{\hspace{1.1em}}$.
La somme de ces deux vecteurs n'est pas nulle : elle donne un vecteur résultant dirigé vers le haut (le long de la bissectrice). La molécule d'eau est donc $\underline{\hspace{1.1em}}$.

104°OHHδ−δ+δ+μμμ mol ≠ 0
Corrigé

Corrigé

Sur chaque H : $\delta^+$ ; sur O : $\delta^-$ (car O plus électronégatif). Vecteur orienté de H ($\delta^+$) vers O ($\delta^-$). La somme non nulle → molécule polaire.

3.

Exercice 3 – CO₂, linéaire et pourtant apolaire

CO₂ est linéaire (O=C=O). $\chi(\text{O})=3{,}5$, $\chi(\text{C})=2{,}5$.
Complète :

Chaque liaison C=O est polaire : $\Delta\chi = \underline{\hspace{1.1em}}$.
Place $\underline{\hspace{1.1em}}$ sur C et $\underline{\hspace{1.1em}}$ sur chaque O.
Trace un vecteur $\vec{\mu}_{\text{CO}}$ pour chaque liaison, orienté de $\underline{\hspace{1.1em}}$ vers $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Les deux vecteurs sont $\underline{\hspace{1.1em}}$ (de même direction, de sens opposés et de même longueur). La somme vectorielle est donc $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Conclusion : la molécule de CO₂ est $\underline{\hspace{1.1em}}$.

OCOδ−δ+δ−μμ180°μ total = 0 → apolaire
Corrigé

Corrigé

$\Delta\chi = |3{,}5 - 2{,}5| = 1{,}0$, liaison polaire. C porte $\delta^+$, chaque O $\delta^-$. Vecteurs orientés de C ($\delta^+$) vers O ($\delta^-$). Les vecteurs sont opposés et de même norme → somme nulle → CO₂ apolaire.

Ah, la polarité... ces histoires de flèches et de charges partielles, ça te revient. On va reprendre le cours de manière structurée et surtout une méthode pas-à-pas pour ne plus jamais hésiter entre polaire et apolaire.

1. Électronégativité et liaison polaire

L'électronégativité $\chi$ (échelle de Pauling) mesure la force avec laquelle un atome attire les électrons d'une liaison. Dans le tableau périodique, $\chi$ augmente vers la droite et vers le haut : $\chi(\text{F}) = 4{,}0$, $\chi(\text{O}) = 3{,}5$, $\chi(\text{N}) = 3{,}0$, $\chi(\text{C}) = 2{,}5$, $\chi(\text{H}) = 2{,}1$, etc.

Pour une liaison A—B, on calcule $\Delta\chi = |\chi_A - \chi_B|$.

  • Si $\Delta\chi \ge 0{,}4$ : liaison polaire. L'atome le plus électronégatif porte la charge partielle négative $\delta^-$, l'autre $\delta^+$.
  • Si $\Delta\chi < 0{,}4$ : liaison apolaire (ou très faiblement polaire).

Moment dipolaire de liaison : $\vec{\mu} = q \cdot \vec{d}$, orienté de $\delta^+$ vers $\delta^-$ (du – électronégatif vers le + électronégatif).

2. Géométrie moléculaire (VSEPR)

La méthode VSEPR permet de déterminer la forme d'une molécule en comptant les doublets liants (X) et les doublets non liants (E) autour de l'atome central A.

  • AX₂ (2 doublets, 0 libre) → linéaire (angle 180°)
  • AX₃ (3 DL, 0 E) → trigonale plane (120°)
  • AX₂E (2 DL, 1 E) → coudée (environ 120°)
  • AX₄ (4 DL, 0 E) → tétraédrique (109,5°)
  • AX₃E (3 DL, 1 E) → pyramidale trigonale (107° environ)
  • AX₂E₂ (2 DL, 2 E) → coudée (104,5° comme H₂O)

Les doublets libres sont plus volumineux et influencent la géométrie (compriment les angles).

3. Polarité globale : la somme vectorielle

Le moment dipolaire total d'une molécule est la somme vectorielle des moments dipolaires de ses liaisons : $\vec{\mu}_{\text{mol}} = \sum \vec{\mu}_i$.

Si la géométrie est symétrique, les vecteurs s'annulent exactement et la molécule est apolaire ($\vec{\mu}_{\text{mol}} = \vec{0}$), même si chaque liaison est polaire. Si la géométrie laisse un vecteur résultant non nul, la molécule est polaire.

Exemples :

  • H₂O (AX₂E₂, coudée) : les deux $\vec{\mu}_{\text{OH}}$ s'ajoutent partiellement → polaire.
  • CO₂ (AX₂, linéaire) : deux $\vec{\mu}_{\text{CO}}$ opposés → apolaire.
  • NH₃ (AX₃E, pyramidale) : les trois $\vec{\mu}_{\text{NH}}$ ont une résultante non nulle → polaire.
  • CCl₄ (AX₄, tétraédrique) : quatre $\vec{\mu}_{\text{CCl}}$ symétriques → apolaire.

4. Méthode pas-à-pas pour déterminer si une molécule est polaire

  1. Écrire la formule de Lewis de la molécule.
  2. Déterminer sa géométrie avec le modèle VSEPR (compter X et E).
  3. Repérer les liaisons polaires ($\Delta\chi \ge 0{,}4$). Placer $\delta^+$ sur l'atome le moins électronégatif, $\delta^-$ sur le plus électronégatif.
  4. Représenter chaque vecteur $\vec{\mu}_i$ orienté de $\delta^+$ vers $\delta^-$.
  5. Additionner vectoriellement : si la somme est nulle (symétrie parfaite), molécule apolaire ; sinon polaire.

À toi de jouer

1.

Exercice 1 – Analyse d'une liaison

On considère la liaison H–Cl. $\chi(\text{H}) = 2{,}1$, $\chi(\text{Cl}) = 3{,}0$.

  1. Calcule $\Delta\chi$ : $\Delta\chi = \underline{\hspace{1.1em}}$.
  2. La liaison est $\underline{\hspace{1.1em}}$ (polaire/apolaire).
  3. Place les charges partielles sur le schéma : H — Cl. $\underline{\hspace{1.1em}}$ sur H, $\underline{\hspace{1.1em}}$ sur Cl.
  4. Représente le vecteur moment dipolaire $\vec{\mu}$ par une flèche, en précisant son sens : il pointe de $\underline{\hspace{1.1em}}$ vers $\underline{\hspace{1.1em}}$.
HClδ+δ−μ
Corrigé

Corrigé

  1. $\Delta\chi = |3{,}0 - 2{,}1| = 0{,}9$, donc $0{,}9 \ge 0{,}4$.
  2. Liaison polaire.
  3. $\delta^+$ sur H, $\delta^-$ sur Cl.
  4. Vecteur orienté de H ($\delta^+$) vers Cl ($\delta^-$).
2.

Exercice 2 – Polarité de NH₃ et CCl₄

Pour chaque molécule, suis la méthode et complète.

NH₃ : atome central N, 3 liaisons N–H, 1 doublet libre. $\chi(\text{N})=3{,}0$, $\chi(\text{H})=2{,}1$.

  • Type VSEPR : AX₃E → géométrie $\underline{\hspace{1.1em}}$.
  • $\Delta\chi = \underline{\hspace{1.1em}}$, liaisons polaires avec $\delta^-$ sur $\underline{\hspace{1.1em}}$.
  • Vecteurs $\vec{\mu}_{\text{NH}}$ pointent de $\underline{\hspace{1.1em}}$ vers $\underline{\hspace{1.1em}}$.
  • Leur somme n'est pas nulle (dirigée vers le doublet libre). NH₃ est $\underline{\hspace{1.1em}}$.

CCl₄ : atome central C, 4 liaisons C–Cl, 0 doublet libre. $\chi(\text{C})=2{,}5$, $\chi(\text{Cl})=3{,}0$.

  • Type VSEPR : AX₄ → géométrie $\underline{\hspace{1.1em}}$.
  • $\Delta\chi = \underline{\hspace{1.1em}}$, liaisons polaires avec $\delta^-$ sur $\underline{\hspace{1.1em}}$.
  • Vecteurs $\vec{\mu}_{\text{CCl}}$ pointent de $\underline{\hspace{1.1em}}$ vers $\underline{\hspace{1.1em}}$.
  • La géométrie tétraédrique est parfaitement symétrique : les quatre vecteurs s'$\underline{\hspace{1.1em}}$ exactement. CCl₄ est $\underline{\hspace{1.1em}}$.
Corrigé

Corrigé

NH₃ : géométrie pyramidale trigonale. $\Delta\chi = 0{,}9$, $\delta^-$ sur N. Vecteurs de H vers N. Somme non nulle → NH₃ polaire.

CCl₄ : géométrie tétraédrique. $\Delta\chi = 0{,}5$, $\delta^-$ sur Cl. Vecteurs de C vers Cl. Ils s'annulent → CCl₄ apolaire.

3.

Exercice 3 – Déterminer la polarité de H₂S

Données : $\chi(\text{S})=2{,}5$, $\chi(\text{H})=2{,}1$. La molécule a 2 liaisons S–H et 2 doublets libres sur S.

  • Type VSEPR : AX₂E₂ → géométrie $\underline{\hspace{1.1em}}$.
  • $\Delta\chi = \underline{\hspace{1.1em}}$. Chaque liaison S–H est polaire, avec $\delta^-$ sur $\underline{\hspace{1.1em}}$ (car S plus électronégatif).
  • Vecteurs $\vec{\mu}_{\text{SH}}$ pointent de H vers S.
  • La géométrie coudée ne permet pas l'annulation. H₂S est donc $\underline{\hspace{1.1em}}$.
SHHδ−δ+δ+μμμ mol ≠ 0géométrie coudée
Corrigé

Corrigé

  • Géométrie coudée (similaire à H₂O).
  • $\Delta\chi = 0{,}4$, $\delta^-$ sur S.
  • Somme non nulle → H₂S polaire (moins que H₂O car $\Delta\chi$ plus faible).

On muscle le geste. Voici cinq molécules, cinq fois la même question : polaire ou pas ? Tu fais le petit calcul de $\Delta\chi$ et la vérification de la géométrie en boucle. Après ça, reconnaître une molécule polaire deviendra un réflexe.

À toi de jouer

1.

Molécule 1 – HF
Données : $\chi(\text{H})=2{,}1$, $\chi(\text{F})=4{,}0$. Géométrie : linéaire (une seule liaison).
Complète : $\Delta\chi = \underline{\hspace{1.1em}}$. La liaison est $\underline{\hspace{1.1em}}$. La molécule possède une unique liaison, donc le moment dipolaire total est non nul. HF est une molécule $\underline{\hspace{1.1em}}$.

Corrigé

$\Delta\chi = 1{,}9$, liaison polaire. Molécule polaire.

2.

Molécule 2 – CH₄ (méthane)
$\chi(\text{C})=2{,}5$, $\chi(\text{H})=2{,}1$. Géométrie : tétraédrique (4 liaisons, 0 doublet libre).
$\Delta\chi = 0{,}4$ (limite). Chaque liaison C–H est très faiblement polaire, $\delta^-$ sur C. Les vecteurs $\vec{\mu}_{\text{CH}}$ pointent de H vers C. La symétrie tétraédrique fait que les quatre vecteurs s'$\underline{\hspace{1.1em}}$. Le moment total est $\underline{\hspace{1.1em}}$. CH₄ est $\underline{\hspace{1.1em}}$.

Corrigé

Les vecteurs s'annulent. Moment total nul. CH₄ est apolaire.

3.

Molécule 3 – NH₃ (ammoniac)
$\chi(\text{N})=3{,}0$, $\chi(\text{H})=2{,}1$. Géométrie : pyramidale trigonale (3 liaisons, 1 doublet libre).
$\Delta\chi = 0{,}9$, liaisons polaires, $\delta^-$ sur N. Les vecteurs pointent de H vers N. Leur résultante n'est pas nulle (dirigée le long du doublet libre). NH₃ est $\underline{\hspace{1.1em}}$.

Corrigé

NH₃ est polaire.

4.

Molécule 4 – BF₃ (trifluorure de bore)
$\chi(\text{B})=2{,}0$, $\chi(\text{F})=4{,}0$. Géométrie : trigonale plane (3 liaisons, 0 doublet libre).
$\Delta\chi = 2{,}0$, liaisons très polaires, $\delta^-$ sur F. Les vecteurs pointent de B vers chaque F. La symétrie plane parfaite à 120° garantit que les trois vecteurs s'$\underline{\hspace{1.1em}}$. BF₃ est $\underline{\hspace{1.1em}}$.

120°BFFFδ+δ−δ−δ−μμμμ total = 0 → apolaire
Corrigé

Les vecteurs s'annulent. BF₃ est apolaire.

5.

Molécule 5 – H₂O (eau)
$\chi(\text{O})=3{,}5$, $\chi(\text{H})=2{,}1$. Géométrie : coudée (2 liaisons, 2 doublets libres).
$\Delta\chi = 1{,}4$, liaisons polaires, $\delta^-$ sur O. Les vecteurs pointent de H vers O. La géométrie coudée ne permet pas l'annulation. H₂O est $\underline{\hspace{1.1em}}$.

Corrigé

H₂O est polaire.

Place aux énoncés tels que tu pourras les rencontrer le jour du contrôle : des calculs de $\Delta\chi$, des analyses complètes avec VSEPR, et des problèmes de miscibilité pour utiliser la polarité dans un contexte concret.

À toi de jouer

1.

Exercice 1 – Différences d'électronégativité

Calcule $\Delta\chi$ pour chaque liaison, dis si elle est polaire et précise l'atome qui porte $\delta^-$.

Données $\chi$ : P : 2,1 ; S : 2,5 ; Se : 2,4 ; F : 4,0 ; Br : 2,8.

  • Liaison P–F
  • Liaison S–Br
  • Liaison Se–F
Corrigé
  • P–F : $\Delta\chi = |4{,}0 - 2{,}1| = 1{,}9$, liaison polaire, $\delta^-$ sur F.
  • S–Br : $\Delta\chi = |2{,}8 - 2{,}5| = 0{,}3 < 0{,}4$, liaison apolaire (très faible polarité).
  • Se–F : $\Delta\chi = |4{,}0 - 2{,}4| = 1{,}6$, liaison polaire, $\delta^-$ sur F.
2.

Exercice 2 – PF₃, une molécule pyramidale

La molécule PF₃ a un atome de phosphore central, 3 liaisons P–F et un doublet libre. $\chi(\text{P})=2{,}1$, $\chi(\text{F})=4{,}0$.

  1. Détermine la géométrie selon le modèle VSEPR.
  2. Les liaisons P–F sont-elles polaires ? Place les charges partielles.
  3. Représente la molécule et les vecteurs moment dipolaire de chaque liaison.
  4. La molécule est-elle polaire ? Justifie à l'aide de la somme vectorielle.
Corrigé
  1. AX₃E → géométrie pyramidale trigonale.
  2. $\Delta\chi = 4{,}0 - 2{,}1 = 1{,}9$ : les liaisons P–F sont très polaires. Le phosphore, moins électronégatif, porte $\delta^+$ ; chaque fluor porte $\delta^-$.
  3. Par convention (du $\delta^+$ vers le $\delta^-$), les vecteurs $\vec{\mu}_{\text{PF}}$ sont orientés de P vers chaque F.
  4. La géométrie pyramidale n'est pas symétrique. Par symétrie $C_{3v}$, les composantes horizontales des trois vecteurs se compensent deux à deux. Leurs composantes verticales s'additionnent et la résultante est dirigée de P vers les atomes de fluor, c'est-à-dire du côté opposé au doublet libre. La somme vectorielle étant non nulle, PF₃ est une molécule polaire.
3.

Exercice 3 – XeF₄, le cas du plan carré

Le tétrafluorure de xénon XeF₄ a un atome central Xe, 4 liaisons Xe–F et 2 doublets libres. La géométrie est plane carrée (les doublets libres sont en positions opposées axiales, au-dessus et en dessous du plan). $\chi(\text{Xe})=2{,}6$, $\chi(\text{F})=4{,}0$.

  1. Les liaisons Xe–F sont-elles polaires ?
  2. Les quatre vecteurs $\vec{\mu}_{\text{XeF}}$ dans le plan s'annulent-ils ? Explique.
  3. La molécule est-elle polaire ?
90°XeFFFFδ+δ−δ−δ−δ−μμμμμ total = 0 → apolaire
Corrigé
  1. $\Delta\chi = 1{,}4$, liaisons polaires, $\delta^-$ sur F.
  2. Dans le plan carré, les quatre vecteurs (de Xe vers F) sont disposés symétriquement : deux paires opposées, donc ils s'annulent exactement.
  3. XeF₄ est apolaire ($\vec{\mu}_{\text{mol}} = \vec{0}$).
4.

Exercice 4 – Miscibilité et principe “qui se ressemble s'assemble”

Les moments dipolaires mesurés sont : eau $\mu = 1{,}85\,\text{D}$, éthanol $\mu = 1{,}69\,\text{D}$, cyclohexane $\mu = 0\,\text{D}$, acétone $\mu = 2{,}88\,\text{D}$.

  1. Classe ces quatre espèces en polaires et apolaires.
  2. L'eau et l'éthanol sont-ils miscibles ? Justifie.
  3. Le diiode I₂, molécule apolaire, se dissout-il mieux dans l'eau ou dans le cyclohexane ? Pourquoi ?
  4. Le tétrachlorure de carbone CCl₄ ($\mu = 0$) ne se mélange pas à l'eau. Pourtant la liaison C–Cl est polaire ($\Delta\chi = 0{,}5$). Explique ce paradoxe en termes de géométrie moléculaire.
Corrigé
  1. Polaires : eau, éthanol, acétone ($\mu
    eq 0$). Apolaire : cyclohexane ($\mu = 0$).
  2. Oui, l'eau et l'éthanol sont miscibles car ce sont deux molécules polaires (principe “qui se ressemble s'assemble”).
  3. Le diiode apolaire se dissout mieux dans le cyclohexane, solvant apolaire, que dans l'eau polaire.
  4. CCl₄ a une géométrie tétraédrique parfaitement symétrique : les quatre vecteurs $\vec{\mu}_{\text{CCl}}$ s'annulent, rendant la molécule globalement apolaire. Elle ne peut donc pas interagir efficacement avec l'eau, polaire.

Tu es au point sur la polarité. Poussons le raisonnement un cran au-dessus : tu vas utiliser cette notion pour décrypter des phénomènes biologiques et entrevoir les interactions intermoléculaires étudiées en Terminale – liaisons hydrogène, forces de Van der Waals et auto-assemblage des molécules du vivant.

À toi de jouer

1.

Exercice 1 – Urée vs glycérol, quelle meilleure dénaturation ?

L'urée $(NH_2)_2CO$ a un moment dipolaire $\mu = 4{,}6\,\text{D}$. Le glycérol $C_3H_8O_3$ a $\mu = 2{,}7\,\text{D}$. Les deux sont de petites molécules polaires, mais l'urée est bien plus efficace pour dénaturer les protéines (leur faire perdre leur repliement tridimensionnel).

  1. Explique pourquoi la plus grande polarité de l'urée lui permet de rompre plus facilement les liaisons hydrogène internes qui stabilisent la structure des protéines.
  2. Ce type d'interaction (liaison hydrogène) fait partie des forces intermoléculaires que tu étudieras en Terminale. D'après toi, une molécule très polaire comme l'urée établit-elle de telles liaisons avec l'eau ? Est-ce cohérent avec sa forte solubilité ?
Corrigé
  1. L'urée, très polaire, porte des charges partielles $\delta^+$ et $\delta^-$ marquées. Elle peut établir de multiples liaisons hydrogène avec les groupes peptidiques des protéines, entrant en compétition avec les liaisons hydrogène internes de la protéine. Ce faisant, elle déplie la chaîne. Le glycérol, moins polaire, est moins compétitif.
  2. Oui, l'urée forme de nombreuses liaisons hydrogène avec l'eau, ce qui explique son excellente solubilité. En Terminale, tu verras que la solubilité des molécules polaires et protiques résulte de ces interactions.
2.

Exercice 2 – Dimère de l'acide acétique

L'acide acétique $CH_3COOH$ en phase gazeuse forme des dimères cycliques dans lesquels deux molécules sont reliées par deux liaisons hydrogène entre leurs groupes –COOH. Le monomère isolé a un moment dipolaire $\mu \approx 1{,}7\,\text{D}$, mais le dimère présente un moment dipolaire quasiment nul.

Propose une explication basée sur la géométrie du dimère et la compensation des vecteurs moment dipolaire. (Aide : dessine les deux monomères tête-bêche dans un cycle symétrique.)

Corrigé

Dans le dimère cyclique, les deux moments dipolaires des monomères sont orientés en sens opposés dans le plan du cycle. La symétrie du dimère fait que leur somme vectorielle est presque nulle. C'est encore une illustration de l'annulation de moments dipolaires dans un édifice symétrique, un concept central pour comprendre les propriétés macroscopiques.

3.

Exercice 3 – Les phospholipides, architectes des membranes

Un phospholipide possède une tête phosphate très polaire (hydrophile) et deux queues hydrocarbonées apolaires (hydrophobes). Cette double nature est dite amphiphile.

  1. En milieu aqueux, ces molécules s'auto-assemblent en bicouche : les têtes polaires au contact de l'eau, les queues apolaires repliées à l'intérieur. Explique ce comportement en termes de polarité et du principe “qui se ressemble s'assemble”.
  2. Quel serait l'effet sur une membrane si on remplaçait les queues apolaires par des chaînes très polaires ?
Corrigé
  1. Les têtes polaires interagissent favorablement avec l'eau polaire (liaisons H, forces de Keesom). Les queues apolaires fuient l'eau et préfèrent interagir entre elles (forces de London). Cette ségrégation spontanée minimise l'énergie libre et conduit à la bicouche.
  2. Des queues polaires rendraient la molécule totalement soluble dans l'eau ; il n'y aurait plus d'assemblage en bicouche, la membrane perdrait sa structure.
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