Mathématiques · 2nde

Multiples, diviseurs, pairs et impairs

Contrôle bientôt sur « multiples et diviseurs », et tu te dis que c'est du programme de sixième ? Presque. Ce qui change en seconde, c'est qu'on ne se contente plus de reconnaitre : on démontre. Et tout tient dans une seule égalité, $a = kb$, que tu vas apprendre à écrire et à relire.

Les prérequis (rien de méchant)

Trois choses que tu sais déjà, juste pour être au clair :

  • une division est exacte quand elle tombe juste, sans reste : $12 \div 3 = 4$ est exacte, $13 \div 3$ ne l'est pas ;
  • un entier, c'est un nombre sans virgule : $0$, $7$, $-25$ ;
  • une table de multiplication, c'est déjà une liste de multiples : la table de $3$ donne $3$, $6$, $9$, $12$, $15$…

Rien d'autre n'est requis. Le chapitre entier se construit sur une multiplication, pas sur une division.

L'essentiel : une égalité, quatre mots

Tout part d'une seule écriture. Quand on peut écrire $12 = 3 \times 4$ avec des entiers, on a le droit de dire quatre choses à la fois :

Multiple
$12 = 3 \times 4$
$12$ est un multiple de $3$ (et aussi de $4$).
Diviseur
$12 = 3 \times 4$
$3$ est un diviseur de $12$ (et $4$ aussi).
Nombre pair
$n = 2k$
Un entier est pair s'il est multiple de $2$ : $0$, $2$, $4$, $6$…
Nombre impair
$n = 2k + 1$
Un entier est impair s'il n'est pas pair : $1$, $3$, $5$, $7$…
La règle d'or

« Multiple » et « diviseur » ne sont pas deux notions : ce sont deux façons de lire la même égalité. Dire « $12$ est un multiple de $3$ » et dire « $3$ est un diviseur de $12$ », c'est dire exactement la même chose, dans l'autre sens.

12 = 3 × 4 12 est un MULTIPLE de 3 on regarde le grand nombre 3 est un DIVISEUR de 12 on regarde le petit nombre une seule égalité, deux mots de vocabulaire

Un exemple, du début à la fin

La question : « $91$ est-il un multiple de $7$ ? »

Étape 1 — ce qu'il faut chercher. On cherche un entier $k$ tel que $91 = 7 \times k$. Tant qu'on ne l'a pas trouvé (ou montré qu'il n'existe pas), on ne conclut rien.

Étape 2 — on pose la division. $91 \div 7 = 13$. La division tombe juste : le candidat est $k = 13$.

Étape 3 — on vérifie par la multiplication. $7 \times 13 = 91$. C'est bon, et c'est cette égalité-là qu'on écrit sur la copie.

Conclusion. $91 = 7 \times 13$ avec $13$ entier, donc $91$ est un multiple de $7$. Et dans l'autre sens : $7$ est un diviseur de $91$, tout comme $13$.

Le réflexe à prendre. On utilise la division pour trouver $k$, mais on rédige avec la multiplication. C'est ce qui rendra les démonstrations faciles plus tard.

Les mots te reviennent : multiple, diviseur, pair, impair. On remet tout au propre — la définition officielle du programme, ce qu'on a le droit d'en déduire, la méthode pour rendre une fraction irréductible, et les trois pièges qui coûtent des points.

Le terrain de jeu : $\mathbb{N}$ et $\mathbb{Z}$

Tout ce chapitre se passe chez les entiers, et seulement chez eux. Deux notations à connaitre :

  • $\mathbb{N} = \{0,\, 1,\, 2,\, 3,\, \ldots\}$ : les entiers naturels, positifs ou nuls ;
  • $\mathbb{Z} = \{\ldots,\, -2,\, -1,\, 0,\, 1,\, 2,\, \ldots\}$ : les entiers relatifs, avec les négatifs.

Si le classement des nombres dans $\mathbb{N}$, $\mathbb{Z}$, $\mathbb{D}$, $\mathbb{Q}$, $\mathbb{R}$ est encore flou, la fiche Ensembles de nombres le reprend en entier. Ici, retiens seulement ceci : dès qu'un énoncé parle de multiple, de diviseur, de pair ou d'impair, les lettres désignent des entiers. Une phrase comme « $2{,}5$ est un multiple de $0{,}5$ » n'a pas de sens dans ce chapitre.

La définition officielle (celle du programme)

Définition

Soient $a$ et $b$ deux entiers. On dit que $a$ est un multiple de $b$ s'il existe un entier $k$ tel que $a = kb$.

Dans ce cas, et par la même occasion, on dit que $b$ est un diviseur de $a$, ou encore que $b$ divise $a$.

Les trois mots qui portent toute la définition sont « il existe un entier $k$ ». Ce sont eux qui font le travail :

  • pour montrer que $a$ est multiple de $b$, il faut exhiber un entier $k$ et écrire l'égalité $a = kb$ ;
  • pour utiliser l'hypothèse « $a$ est multiple de $b$ », on a le droit d'écrire aussitôt « il existe un entier $k$ tel que $a = kb$ » — c'est le geste de départ de toutes les démonstrations du chapitre.

Deux conséquences immédiates, à connaitre :

  • $0$ est un multiple de n'importe quel entier $b$, puisque $0 = 0 \times b$ ;
  • tout entier $a$ est multiple de $1$ et de lui-même : $a = a \times 1$.

Pair et impair : deux écritures, aucun trou

Un entier $n$ est pair lorsqu'il est multiple de $2$ : il existe un entier $k$ tel que $n = 2k$. Sinon il est impair, et il s'écrit alors $n = 2k + 1$ avec $k$ entier.

Pourquoi c'est si pratique

Tout entier est pair ou impair, jamais les deux, jamais aucun des deux. Ces deux écritures couvrent donc tous les entiers, sans oubli ni chevauchement : c'est ce qui rend possible le raisonnement par disjonction des cas, détaillé dans la fiche Implication, contraposée et types de raisonnement.

Entier$-3$$0$$7$$12$$25$$100$
pair / impairimpairpairimpairpairimpairpair
écriture$2\times(-2)+1$$2 \times 0$$2\times 3+1$$2 \times 6$$2\times 12+1$$2 \times 50$

Oui, $0$ est pair : $0 = 2 \times 0$, et $0$ est bien un entier. C'est la question piège la plus fréquente du chapitre.

Méthode 1 — tester si $a$ est un multiple de $b$

Méthode

1. Poser la division $a \div b$.

2. Si le résultat est un entier $k$, écrire l'égalité $a = k \times b$ et conclure : $a$ est un multiple de $b$.

3. Si le résultat n'est pas entier, conclure que $a$ n'est pas un multiple de $b$ — en le disant : « aucun entier $k$ ne vérifie $a = kb$ ».

Pour les petits diviseurs, les critères vus au collège font gagner du temps. Ils ne remplacent pas la rédaction, ils l'orientent :

Multiple deCritèreExemple sur $1\,236$
$2$le chiffre des unités est $0,2,4,6,8$$6$ → oui
$3$la somme des chiffres est multiple de $3$$1+2+3+6 = 12$ → oui
$4$le nombre formé par les deux derniers chiffres est multiple de $4$$36 = 4 \times 9$ → oui
$5$le chiffre des unités est $0$ ou $5$$6$ → non
$9$la somme des chiffres est multiple de $9$$12$ → non
$10$le chiffre des unités est $0$$6$ → non

Méthode 2 — présenter une fraction sous forme irréductible

Une fraction $\dfrac{p}{q}$ est irréductible quand $p$ et $q$ n'ont plus aucun diviseur commun autre que $1$ : on ne peut plus la simplifier.

Méthode

1. Chercher un diviseur commun évident au numérateur et au dénominateur (les critères ci-dessus servent exactement à ça).

2. Diviser les deux par ce diviseur commun.

3. Recommencer sur la nouvelle fraction, tant qu'on trouve un diviseur commun.

4. S'arrêter quand il n'y en a plus, et le dire : « $2$ et $3$ n'ont pas de diviseur commun autre que $1$, la fraction est irréductible ».

On l'applique à $\dfrac{84}{126}$

Étape 1. $84$ et $126$ se terminent par un chiffre pair : tous deux sont multiples de $2$. On divise : $\dfrac{84}{126} = \dfrac{42}{63}$.

Étape 2. $4+2 = 6$ et $6+3 = 9$ sont multiples de $3$ : $42$ et $63$ aussi. On divise : $\dfrac{42}{63} = \dfrac{14}{21}$.

Étape 3. $14 = 7 \times 2$ et $21 = 7 \times 3$ : le diviseur commun $7$ saute aux yeux. On divise : $\dfrac{14}{21} = \dfrac{2}{3}$.

Étape 4. Les diviseurs de $2$ sont $1$ et $2$ ; ceux de $3$ sont $1$ et $3$. Le seul diviseur commun est $1$ : $\dfrac{2}{3}$ est irréductible.

Bilan. $\dfrac{84}{126} = \dfrac{2}{3}$. L'ordre des simplifications n'a aucune importance : on arrive toujours au même résultat.

Les trois pièges du chapitre
  • Confondre les deux mots. Dans l'égalité $a = kb$, le multiple est le nombre de gauche, le diviseur est le facteur $b$. « $3$ est un multiple de $12$ » est faux ; « $12$ est un multiple de $3$ » est vrai. Ne te fie pas à la taille : $0$ est un multiple de $12$ tout en étant plus petit, et tout entier est multiple de lui-même.
  • Oublier « entier ». $\dfrac{7}{2} = 3{,}5$ n'est pas un entier, donc $7$ n'est pas un multiple de $2$. La définition exige $k$ entier, pas seulement $k$ existant.
  • S'arrêter trop tôt en simplifiant. $\dfrac{42}{63}$ n'est pas une réponse : il reste un diviseur commun. Une fraction n'est irréductible que quand on a vérifié qu'il n'en reste plus.

On enlève la théorie et on rédige ensemble. Trois exemples entièrement traités, dans l'ordre où ils tombent en contrôle : reconnaitre un multiple et lister des diviseurs, rendre une fraction irréductible, puis modéliser un vrai problème. Tu suis chaque ligne — c'est le geste qu'on te demandera de refaire.

Ex 1 — Reconnaitre un multiple, lister des diviseurs

Énoncé : $138$ est-il multiple de $6$ ? de $4$ ? Puis : lister tous les diviseurs de $36$.

Ligne 1 — multiple de $6$ ? On pose $138 \div 6 = 23$. La division tombe juste, et $23$ est un entier. On écrit l'égalité : $138 = 6 \times 23$. Donc oui, $138$ est un multiple de $6$ (et $6$ est un diviseur de $138$).

Ligne 2 — multiple de $4$ ? On pose $138 \div 4 = 34{,}5$. Ce n'est pas un entier. Autrement dit, aucun entier $k$ ne vérifie $138 = 4k$ : le seul candidat serait $34{,}5$, qui n'est pas entier. Donc non. Le critère du collège le confirmait : $38$ n'est pas multiple de $4$.

Ligne 3 — les diviseurs de $36$, méthode. On teste les entiers à partir de $1$, et chaque fois qu'on en trouve un, on récupère son partenaire gratuitement : $36 = 1 \times 36$, donc $1$ et $36$ sont diviseurs.

Ligne 4 — on déroule les couples. $36 = 1 \times 36$, $36 = 2 \times 18$, $36 = 3 \times 12$, $36 = 4 \times 9$, $36 = 6 \times 6$. On s'arrête là : $5$ ne divise pas $36$, et à partir de $7$ les couples recommenceraient à l'envers.

Conclusion. Les diviseurs de $36$ sont $1$, $2$, $3$, $4$, $6$, $9$, $12$, $18$ et $36$ — neuf en tout. Le fait de les trouver par couples garantit qu'on n'en oublie aucun.

Ex 2 — Rendre une fraction irréductible

Énoncé : présenter $\dfrac{120}{144}$ sous forme irréductible.

Ligne 1. Les deux nombres sont pairs. On divise chacun par $2$ : $\dfrac{120}{144} = \dfrac{60}{72}$.

Ligne 2. $60$ et $72$ sont encore pairs. On recommence : $\dfrac{60}{72} = \dfrac{30}{36}$.

Ligne 3. $30$ et $36$ sont pairs, et leurs sommes de chiffres ($3$ et $9$) sont multiples de $3$ : $6$ est donc un diviseur commun. On divise par $6$ : $\dfrac{30}{36} = \dfrac{5}{6}$.

Ligne 4 — on vérifie qu'on est bien arrivé. Les diviseurs de $5$ sont $1$ et $5$ ; $6$ n'est pas multiple de $5$. Le seul diviseur commun est $1$.

Conclusion. $\dfrac{120}{144} = \dfrac{5}{6}$, et cette fraction est irréductible.

Le contrôle qui rassure. On peut vérifier le résultat par un produit en croix : $120 \times 6 = 720$ et $144 \times 5 = 720$. Les deux fractions sont bien égales.

Ex 3 — Modéliser un problème

Énoncé : une association a $500$ bouteilles à ranger dans des cartons de $24$. Combien de cartons pleins, et combien de bouteilles reste-t-il ?

Ligne 1 — traduire. Un carton plein contient $24$ bouteilles, donc $n$ cartons pleins en contiennent $24n$. On cherche le plus grand multiple de $24$ inférieur ou égal à $500$.

Ligne 2 — encadrer. On teste dans la table de $24$ : $24 \times 20 = 480$ et $24 \times 21 = 504$. Or $480 \leqslant 500$ et $504 \gt 500$.

Ligne 3 — conclure sur les cartons. Le plus grand multiple de $24$ inférieur ou égal à $500$ est donc $480$, atteint pour $n = 20$ : on remplit $20$ cartons.

Ligne 4 — le reste. $500 - 480 = 20$. Il reste $20$ bouteilles, et elles ne suffisent pas à faire un carton de plus puisque $20 \lt 24$.

Ce qu'il faut retenir. « Combien de paquets pleins ? » se traduit toujours par « quel est le plus grand multiple de $a$ inférieur ou égal à $b$ ? ». C'est exactement l'algorithme au programme, repris en Python dans le dernier onglet.

Voilà le vrai morceau de seconde : les deux démonstrations exigibles du chapitre, rédigées en entier. Ce ne sont pas des affirmations à recopier, ce sont des raisonnements à produire — et ils tombent en contrôle. Puis un troisième exemple bâti sur le même geste, et la liste de ce que le correcteur coche.

Démonstration 1 — la somme de deux multiples de $7$ est un multiple de $7$

Le programme demande cette démonstration pour une valeur numérique : on la rédige donc avec $a = 7$. Rien dans le raisonnement ne dépendra de ce $7$, on le vérifiera à la fin.

Démonstration exigible

Ce qu'on veut montrer. Si $m$ et $n$ sont deux multiples de $7$, alors $m + n$ est un multiple de $7$.

Étape 1 — on traduit les hypothèses. $m$ est un multiple de $7$ : par définition, il existe un entier $k$ tel que $m = 7k$. De même, $n$ est un multiple de $7$ : il existe un entier $k'$ tel que $n = 7k'$.

Étape 2 — on additionne. $m + n = 7k + 7k'$.

Étape 3 — on factorise par $7$. $7k + 7k' = 7\,(k + k')$. C'est la seule idée de toute la démonstration : faire apparaitre le $7$ en facteur.

Étape 4 — on vérifie que le facteur restant est un entier. $k$ et $k'$ sont des entiers, donc $k + k'$ en est un aussi. Posons $K = k + k'$ : c'est un entier, et $m + n = 7K$.

Conclusion. Il existe un entier $K$ tel que $m + n = 7K$ : par définition, $m + n$ est un multiple de $7$.

L'erreur qui annule la démonstration

Écrire $m = 7k$ et $n = 7k$ avec la même lettre $k$. Ce faisant, on suppose que $m$ et $n$ sont égaux, et on ne démontre alors que « $7k + 7k = 14k$ » — c'est-à-dire un cas particulier, pas l'énoncé. Deux hypothèses indépendantes réclament deux lettres différentes : $k$ et $k'$.

Et pourquoi le $7$ n'a servi à rien

Relis les quatre étapes en remplaçant partout $7$ par $a$ : elles restent exactes mot pour mot. On obtient $m + n = a\,(k + k')$, donc la somme de deux multiples de $a$ est un multiple de $a$, pour n'importe quel entier $a$. La version numérique demandée en seconde n'est pas un cas particulier étroit : c'est la même démonstration, écrite avec un chiffre pour être plus lisible.

Vérifier n'est pas démontrer

Constater que $35 = 7 \times 5$, que $63 = 7 \times 9$ et que $35 + 63 = 98 = 7 \times 14$ ne démontre rien du tout : ça montre que l'énoncé marche sur un exemple. Il faut le montrer pour tous les couples de multiples de $7$, donc travailler avec des lettres. Un exemple illustre, il ne prouve pas — voir la fiche Implication, contraposée et types de raisonnement.

Démonstration 2 — le carré d'un nombre impair est impair

Démonstration exigible

Ce qu'on veut montrer. Si $n$ est un entier impair, alors $n^2$ est impair.

Étape 1 — on traduit l'hypothèse. $n$ est impair : il existe un entier $k$ tel que $n = 2k + 1$.

Étape 2 — on calcule le carré. $n^2 = (2k+1)^2 = (2k+1)(2k+1)$. On développe : $2k \times 2k + 2k \times 1 + 1 \times 2k + 1 \times 1 = 4k^2 + 2k + 2k + 1 = 4k^2 + 4k + 1$.

Étape 3 — on force l'écriture $2 \times (\ldots) + 1$. Dans $4k^2 + 4k + 1$, les deux premiers termes sont multiples de $2$ : $4k^2 + 4k = 2\,(2k^2 + 2k)$. Donc $n^2 = 2\,(2k^2 + 2k) + 1$.

Étape 4 — on vérifie que le facteur est un entier. $k$ est un entier, donc $2k^2 + 2k$ en est un aussi. Posons $K = 2k^2 + 2k$ : c'est un entier, et $n^2 = 2K + 1$.

Conclusion. $n^2$ s'écrit sous la forme $2K + 1$ avec $K$ entier : $n^2$ est impair.

Les deux façons de rater cette démonstration
  • Traiter des exemples. « $3^2 = 9$, $5^2 = 25$, $7^2 = 49$, $11^2 = 121$ : ils sont tous impairs, donc c'est vrai. » Quatre exemples ne couvrent pas les entiers impairs, qui sont en nombre infini. C'est une conjecture, pas une démonstration.
  • Supposer ce qu'on démontre. Écrire « $n^2$ est impair donc $n^2 = 2K+1$ » puis conclure « donc $n^2$ est impair » : on est parti de la conclusion. La seule hypothèse autorisée au départ, c'est « $n$ est impair » — et rien d'autre.
Le cousin gratuit : le carré d'un nombre pair est pair

Même mécanique, en plus court : si $n$ est pair, $n = 2k$ avec $k$ entier, donc $n^2 = (2k)^2 = 4k^2 = 2\,(2k^2)$, et $2k^2$ est entier. Ce résultat, lu par contraposée, donne « si $n^2$ est impair, alors $n$ est impair ». Et le résultat démontré ci-dessus, lu par contraposée, donne « si $n^2$ est pair, alors $n$ est pair » — c'est précisément la brique utilisée pour démontrer que $\sqrt{2}$ est irrationnel.

Problème type — la somme de deux nombres impairs

Énoncé. Soient $m$ et $n$ deux entiers impairs. Montrer que $m + n$ est pair.

Solution rédigée

Étape 1 — les hypothèses, avec deux lettres. $m$ est impair : il existe un entier $k$ tel que $m = 2k+1$. $n$ est impair : il existe un entier $k'$ tel que $n = 2k'+1$.

Étape 2 — on additionne. $m + n = (2k+1) + (2k'+1) = 2k + 2k' + 2$.

Étape 3 — on factorise par $2$. $2k + 2k' + 2 = 2\,(k + k' + 1)$.

Étape 4 — le facteur est un entier. $k$ et $k'$ sont entiers, donc $k + k' + 1$ aussi. Posons $K = k + k' + 1$ : $m + n = 2K$ avec $K$ entier.

Conclusion. $m + n$ est un multiple de $2$, donc $m + n$ est pair. Par exemple $7 + 11 = 18$ — mais l'exemple vient après la démonstration, pour illustrer, jamais à sa place.

Ce que le correcteur attend + les pièges

Ce qui rapporte les points
  • Écrire « il existe un entier $k$ tel que… » dès qu'on utilise une hypothèse de multiple ou de parité — c'est la ligne qui déclenche tout le reste ;
  • utiliser deux lettres distinctes pour deux hypothèses distinctes : $k$ et $k'$ ;
  • faire apparaitre le facteur par une factorisation explicite, et l'écrire : $7k + 7k' = 7(k+k')$ ;
  • justifier que le facteur restant est un entier — c'est là que la définition se referme, et c'est l'étape la plus souvent oubliée ;
  • conclure en reprenant les mots de la définition : « il existe un entier $K$ tel que…, donc… est un multiple de… ».
Les pièges classiques
  • démontrer sur un exemple numérique et écrire « donc c'est vrai en général » ;
  • réutiliser la même lettre $k$ pour deux entiers différents ;
  • s'arrêter à $m+n = 7(k+k')$ sans dire que $k+k'$ est entier : la définition exige un entier, et c'est ce mot qui est noté ;
  • écrire $n = 2k+1$ pour un entier pair : l'écriture $2k+1$ est réservée aux impairs ;
  • rendre une fraction « presque » irréductible en oubliant un dernier diviseur commun ;
  • partir de la conclusion au lieu de partir de l'hypothèse — la démonstration se lit du haut vers le bas.

Tu tiens le geste ? On le pousse plus loin : les mêmes quatre étapes servent à démontrer trois ou quatre autres énoncés, dont un qui se fait par l'absurde. Ensuite, les deux algorithmes du programme, écrits en Python. Et enfin, où tout ça resservira.

La version générale, et ses petites sœurs

Toutes ces démonstrations tiennent dans le même moule : traduire l'hypothèse en $a = kb$, calculer, factoriser, vérifier que le facteur est entier, conclure.

Trois énoncés, trois fois le même geste

1. La différence de deux multiples de $a$ est un multiple de $a$. Si $m = ak$ et $n = ak'$ avec $k$, $k'$ entiers, alors $m - n = ak - ak' = a\,(k - k')$, et $k - k'$ est un entier. Donc $m - n$ est multiple de $a$.

2. Un multiple d'un multiple. Si $a$ est multiple de $b$ et $b$ multiple de $c$, alors $a$ est multiple de $c$. En effet $a = kb$ et $b = k'c$ avec $k$, $k'$ entiers, donc $a = k\,(k'c) = (kk')\,c$, et $kk'$ est un entier. Exemple : $60 = 12 \times 5$ et $12 = 3 \times 4$, d'où $60 = 3 \times 20$.

3. Le produit de deux nombres impairs est impair. Si $m = 2k+1$ et $n = 2k'+1$, alors $mn = 4kk' + 2k + 2k' + 1 = 2\,(2kk' + k + k') + 1$, avec $2kk' + k + k'$ entier. Donc $mn$ est impair.

Un énoncé qui se démontre par l'absurde

Celui-ci ne se laisse pas attraper par un calcul direct — parce qu'il faut démontrer qu'un entier n'est pas un multiple, et qu'on ne sait rien écrire à partir d'une négation.

Démonstration par l'absurde

Énoncé. Soit $m$ un multiple de $7$ et $n$ un entier qui n'est pas multiple de $7$. Alors $m + n$ n'est pas multiple de $7$.

Étape 1 — on garde les hypothèses et on nie la conclusion. On conserve $m = 7k$ (avec $k$ entier) et « $n$ n'est pas multiple de $7$ ». On suppose en plus, pour voir, que $m + n$ est multiple de $7$ : il existerait un entier $K$ tel que $m + n = 7K$.

Étape 2 — on isole $n$. $n = (m+n) - m = 7K - 7k = 7\,(K - k)$.

Étape 3 — la contradiction. $K - k$ est un entier, donc $n$ serait un multiple de $7$. Or on a supposé le contraire.

Conclusion. La supposition de l'étape 1 est donc impossible : $m + n$ n'est pas multiple de $7$. Illustration : $21$ est multiple de $7$, $10$ ne l'est pas, et $31$ ne l'est pas non plus.

Les deux algorithmes du programme, en Python

Algorithme 1 — déterminer si un entier naturel $a$ est multiple d'un entier naturel $b$. L'opérateur % donne le reste de la division ; le reste est nul exactement quand la division tombe juste.

def est_multiple(a, b):
    return a % b == 0

print(est_multiple(91, 7))   # True  car 91 = 7 * 13
print(est_multiple(91, 6))   # False car 91 / 6 n'est pas entier

Algorithme 2 — pour des entiers $a$ et $b$ donnés, déterminer le plus grand multiple de $a$ inférieur ou égal à $b$. L'opérateur // est la division entière : b // a compte combien de fois $a$ tient dans $b$.

def plus_grand_multiple(a, b):
    return (b // a) * a

print(plus_grand_multiple(24, 500))   # 480  car 24 * 20 = 480 et 24 * 21 = 504
print(plus_grand_multiple(15, 200))   # 195  car 15 * 13 = 195 et 15 * 14 = 210

La même chose sans division entière, avec une boucle non bornée qui empile les multiples tant qu'on ne dépasse pas $b$ :

def plus_grand_multiple_boucle(a, b):
    m = 0
    while m + a <= b:
        m = m + a
    return m
Le contrôle à ne pas sauter

Teste toujours tes fonctions sur les cas limites : plus_grand_multiple(7, 7) doit renvoyer $7$ (le plus grand multiple de $7$ inférieur ou égal à $7$, c'est $7$ lui-même) et plus_grand_multiple(7, 6) doit renvoyer $0$ — car $0 = 7 \times 0$ est bien un multiple de $7$. Un cas que ces deux fonctions ne savent pas traiter : $b = 0$ dans est_multiple, ou $a = 0$ dans plus_grand_multiple, car on ne divise jamais par $0$ ; on suppose donc le diviseur non nul. Un programme juste sur les cas moyens et faux sur les bords, c'est un programme faux.

Rendez-vous l'an prochain

  • Tout de suite, en seconde. Le résultat « $n^2$ pair $\Rightarrow$ $n$ pair » est la brique centrale de la démonstration que $\sqrt{2}$ est irrationnel, rédigée dans la fiche Ensembles de nombres. Sans ce chapitre, cette démonstration-là ne tient pas debout.
  • Les fractions, toute l'année. « Présenter sous forme irréductible » n'est pas une coquetterie : c'est ce qui permet de reconnaitre deux écritures du même nombre, et c'est le passage obligé pour décider si une fraction est un décimal.
  • Le style de rédaction. « Il existe un entier $k$ tel que… » est ton premier contact avec un énoncé qui affirme une existence. Tu retrouveras cette tournure partout : en analyse, en géométrie, en probabilités.
  • En terminale, option maths expertes. Tout ce chapitre devient une théorie à part entière : division euclidienne, congruences, et une arithmétique qui sert aujourd'hui à chiffrer les communications. Le point de départ y est exactement le même — l'égalité $a = kb$.
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